«Je n'ai pas dormi»: le désarroi de maires ruraux face au vote Le Pen

Traditionnellement, les maires ruraux ne sont pas affiliés à un parti, refusent d'accorder leur parrainage à un candidat (Photo, AFP).
Traditionnellement, les maires ruraux ne sont pas affiliés à un parti, refusent d'accorder leur parrainage à un candidat (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 28 avril 2022

«Je n'ai pas dormi»: le désarroi de maires ruraux face au vote Le Pen

  • Comme dans cette commune de 2 500 habitants, la vague Le Pen a déferlé sur la ruralité lors de la présidentielle
  • Elle s'est imposée dans plus de la moitié des communes françaises, particulièrement dans celles de moins de 1 000 habitants (57,19%)

PARIS: "Je n'ai pas dormi": comme de nombreux autres maires non encartés, Michel Gros, l'édile de La Roquebrussanne, petite commune du Var, n'a pas digéré la poussée de Marine Le Pen dans les communes rurales à la présidentielle. 

Comme dans cette commune de 2 500 habitants, la vague Le Pen a déferlé sur la ruralité lors de la présidentielle: elle s'est imposée dans plus de la moitié des communes françaises, particulièrement dans celles de moins de 1 000 habitants (57,19%). 

"Bien sûr que j'ai eu envie d'arrêter. Bien sûr que je me suis demandé à quoi ça sert de se décarcasser, de ne pas consacrer mon temps à ma famille et à mes petits-enfants", témoigne à l'AFP M. Gros, maire depuis 14 ans de La Roquebrussanne, où la candidate du Rassemblement national a obtenu 64% des voix au second tour.

"Je n'ai pas dormi dans la nuit de dimanche à lundi. Et puis 48 heures plus tard, on se dit qu'il y a encore de belles choses à faire pour la commune et pour ses habitants malgré tout", explique l'élu qui s'est abstenu de donner des consignes de vote, sans cacher pour autant sa préférence pour Emmanuel Macron au second tour. 

"Après coup, je me suis rendu compte que ce résultat n'était pas un désaveu pour le maire, mais pour la classe politique qui nous gouverne", tempère-t-il. 

Traditionnellement, les maires ruraux ne sont pas affiliés à un parti, refusent d'accorder leur parrainage à un candidat et donnent encore moins de consigne de votes pour ne pas se retrouver en porte à faux avec leurs administrés.   

"Je crois qu'une grande majorité d'élus ruraux, voire une très grande, n'est pas dans un registre à soutenir une candidature type Le Pen", affirme à l'AFP Michel Fournier le président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), dont le village vosgien des Voivres a soutenu à 70% la candidate d'extrême droite.

"On ne peut pas tirer les enseignements d'une élection locale sur une nationale", explique ce maire depuis 1989 qui a réalisé son meilleur score lors des dernières municipales en 2020. "Au niveau local, les électeurs choisissent des gens qui représentent la proximité. A l'inverse, ils expriment le sentiment d'oubli de la part de l'Etat" lors de la présidentielle, observe-t-il.

Proximité

Dans le département voisin de la Haute-Saône, où Marine Le Pen est également arrivée en tête, Jean-Paul Carteret, maire de Lavoncourt, commune de 350 habitants, avoue avoir poussé un ouf de soulagement en découvrant dimanche soir que sa commune avait voté pour Emmanuel Macron à 52,51%. 

"Je suis républicain et je me suis déjà demandé si je resterais au poste de maire si un jour il y avait un énorme écart dans l'autre sens", explique l'élu, à la recherche d'un médecin comme son homologue de La Roquebrussanne. 

Il se félicite d'abriter dans sa commune une Maison France Services qui permet à ses citoyens d'accomplir leurs démarches administratives à proximité de leur domicile. "Elle est fondamentale, sinon mon village se meurt", explique-t-il, déplorant que ces maisons et l'agenda rural mis en place sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron n'aient pas été plus mis en valeur pendant la campagne. 

En Bourgogne, dans le nord du département de la Côte d'or, Loup Bommier a fait le choix inverse, pour répondre à un électorat qui a "glissé à droite".

Cet ancien LR est devenu un fervent soutien du parti Reconquête! d'Eric Zemmour, dénonçant l'abandon du monde rural. Maire de Gurgy-le-Château, commune de 50 habitants où Marine Le Pen a atteint 62,74%, il estime que les maires ruraux "sont aujourd'hui entre deux chaises".

Selon lui, beaucoup n'ose pas franchir le pas d'un soutien affiché à l'extrême droite car le "maire doit compter aujourd'hui sur tout le monde et n'a donc pas envie de cliver dans son conseil municipal. Parallèlement, il doit travailler avec les décideurs qui sont à la préfecture", précise-t-il.

Face à cette poussée radicale, Michel Gros appelle lui à ne pas baisser les bras et adresse deux messages à l'Etat pour le quinquennat qui commence: "aidez-nous et faites-nous confiance".


France: jugement pour Lafarge, accusé de financement du terrorisme en Syrie

Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
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  • L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés
  • Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières

PARIS: La justice française rend lundi son jugement à l'encontre du cimentier Lafarge et huit anciens responsables du groupe accusés de financement du terrorisme pour avoir payé des groupes jihadistes afin qu'ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie

Dans ce dossier à la croisée du monde international des affaires, de la géopolitique et des eaux troubles du renseignement, l'affaire Lafarge raconte la retentissante compromission d'une grande entreprise pour préserver ses intérêts économiques dans une Syrie à feu et à sang, que les autres multinationales avaient quittée.

"C'est l'histoire d'un dérapage, d'un dévoiement qui fait que la société Lafarge, fleuron de l'industrie française, en est venue à financer des organisations terroristes, dans une seule visée: mercantile", avait fustigé le parquet national antiterroriste (Pnat) dans ses réquisitions en décembre dernier.

L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.

"On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l'usine si nous étions partis?", a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. "On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire."

Décortiquant échanges de mails, comptes-rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal correctionnel de Paris s'est plongé de longues semaines durant dans l'engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes Etat islamique (EI) et Jabhat al-Nosra.

Pour le Pnat, les versements aux entités classées comme "terroristes" ont atteint un montant minimal de près de 4,7 millions d'euros.

"Ahurissant de cynisme" 

Ce système prévoyait le versement d'argent pour, d'une part, financer l'acquisition d'intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d'autre part, assurer des "paiements de sécurité" et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.

Si les prévenus ont soutenu avoir été victimes de "racket", le terme a fait tiquer la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez, plusieurs messages internes à Lafarge faisant plutôt état de "négociations" ou d'"accords".

"Il y avait cette conviction que (la guerre) n'allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises", a expliqué Bruno Pescheux, l'un des protagonistes du dossier en tant que directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l'été 2014.

"Cette crise était un tunnel. Tout le monde nous disait que cette crise serait courte, qu'on allait voir la lumière. Mais en fait, la lumière n'est jamais venue", a-t-il dit.

A l'audience, les deux procureures du Pnat ont souligné "l'absence totale d'adhésion à l'idéologie jihadiste" des prévenus, mais noté leur "absence de reconnaissance" et de "regrets" sur les faits.

Elles ont requis à l'encontre de la société Lafarge l'amende maximale de 1,125 million d'euros ainsi qu'une confiscation partielle du patrimoine à hauteur de 30 millions d'euros.

Contre l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, qui nie mordicus avoir été au courant des versements illicites, le parquet a demandé six ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé mais sans exécution provisoire.

Le Pnat estime que Bruno Lafont était bien informé et qu'il a "donné des directives claires" pour maintenir l'activité de l'usine, "un choix purement économique, ahurissant de cynisme".

Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya est finalement évacuée par Lafarge dans l'urgence et l'impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l'avancée de l'EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des jihadistes.

Particularité de ce dossier, des victimes des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris et ses environs se sont constituées parties civiles, voyant dans cette affaire l'un des "rouages" des attaques qui ont ensanglanté la France les années suivantes.

 


Macron: Paris et Londres organiseront une «conférence» en vue d'une «mission multinationale pacifique» à Ormuz

La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron. (AFP)
La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron. (AFP)
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  • "Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra", a ajouté le président français sur le réseau X
  • Emmanuel Macron, qui s'était entretenu dimanche avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, ne commente pas la décision américaine d'un "blocus" naval dans ce passage maritime du Golfe, annoncée par Donald Trump après l'échec des négociations

PARIS: La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron.

"Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra", a ajouté le président français sur le réseau X. Autrement dit, cette mission n'a pas vocation à être intégrée directement dans les efforts des Etats-Unis dans le détroit.

Aucun effort ne doit être ménagé pour parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie.

Un règlement qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité.…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 13, 2026

Emmanuel Macron, qui s'était entretenu dimanche avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, ne commente pas la décision américaine d'un "blocus" naval dans ce passage maritime du Golfe, annoncée par Donald Trump après l'échec des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran et censé entrer en vigueur lundi.

Keir Starmer a lui dit ne pas soutenir ce blocus.

Dans son message sur X, le président français a appelé à ne ménager "aucun effort" pour "parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie", "qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité".

"Pour y parvenir, toutes les questions de fond doivent être traitées en leur apportant une réponse durable, aussi bien s’agissant des activités nucléaires et balistiques de l’Iran que de ses actions déstabilisatrices dans la région, mais aussi pour permettre la reprise, le plus rapidement possible, d’une navigation libre et sans entrave dans le détroit d’Ormuz et faire en sorte que le Liban retrouve le chemin de la paix dans le plein respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale", a-t-il insisté.

 


Grenoble: un homme tué par balles, le troisième en une semaine

Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police. (AFP)
Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police. (AFP)
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  • La victime est un homme de 27 ans atteint par balles "au thorax et au visage", qui n'a pas pu être ranimé par les secours, selon une autre source policière. L'auteur des tirs a pris la fuite à pied, a-t-on ajouté
  • Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est un homme de 38 ans, videur d'un établissement de nuit, qui est mort après avoir été visé par plusieurs tirs dans le centre-ville

LYON: Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police.

Les coups de feu ont été tirés vers 01H15 place André Malraux, dans le quartier Hoche, près d'un point de deal connu de la ville, a précisé cette source.

La victime est un homme de 27 ans atteint par balles "au thorax et au visage", qui n'a pas pu être ranimé par les secours, selon une autre source policière. L'auteur des tirs a pris la fuite à pied, a-t-on ajouté.

Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est un homme de 38 ans, videur d'un établissement de nuit, qui est mort après avoir été visé par plusieurs tirs dans le centre-ville. Une femme de 26 ans qui se trouvait à ses côtés a été légèrement touchée à un bras, "victime collatérale" des tirs, selon le parquet.

Le 8 avril, un homme de 27 ans avait été tué par balles sur un point de deal dans le quartier Villeneuve-Village-Olympique. Il avait été condamné à plusieurs reprises, notamment pour trafic de stupéfiants et des violences.

Grenoble et certaines de ses banlieues sont régulièrement marquées par des épisodes de violence par arme à feu liées au trafic de drogue.