La fuite de personnes hors d'Ukraine, met en évidence la crise mondiale des réfugiés

La crise des réfugiés qui connaît la croissance la plus rapide en Europe depuis la 2e Guerre mondiale a considérablement augmenté la population mondiale de personnes déplacées de force (Photo, AFP).
La crise des réfugiés qui connaît la croissance la plus rapide en Europe depuis la 2e Guerre mondiale a considérablement augmenté la population mondiale de personnes déplacées de force (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 03 avril 2022

La fuite de personnes hors d'Ukraine, met en évidence la crise mondiale des réfugiés

  • La crise des réfugiés qui connaît la croissance la plus rapide en Europe depuis la 2e Guerre mondiale a considérablement augmenté la population mondiale de personnes déplacées de force
  • Les organisations d'aide de l'ONU se dépêchent de trouver des fonds et des ressources pour loger, nourrir et soigner les Ukrainiens traumatisés par la guerre

DUBAÏ : Les longues files d'attente de personnes en détresse aux points de contrôle dans les frontières, transportant le peu de biens qu'elles pouvaient porter avant d'abandonner à la hâte leurs maisons et leurs moyens d'existence, sont devenus un signe de notre époque. La faim ronge la dignité de ces réfugiés alors que leurs yeux implorent la compassion, mais ils sont obligés de faire exactement ce que les gardes-frontières apathiques leur ordonnent, de manière à maintenir l'ordre.

Environs sept ans après qu'un nombre record de réfugiés et de migrants a provoqué une crise au sein de l'Union européenne, la scène d'une fuite massive de personnes hors d'Ukraine a mis en évidence la crise mondiale des réfugiés. Cela a également suscité des accusations de deux poids, deux mesure et de discrimination raciale concernant l’accueil réservé par la communauté européenne pour des civils déplacés par la guerre. 

Selon une analyse de l'ONU, faite  par le Pew Research Center, depuis le 24 février, plus de 4,1 millions d'Ukrainiens ont fui vers les pays voisins, déclenchant le sixième plus grand flux de réfugiés des 60 dernières années. Accueillis par la Pologne, la Roumanie, la Moldavie, la Hongrie, la Slovaquie, la Russie et la Biélorussie, ces Ukrainiens, font partie d'une marée humaine composée de plus de 10 millions de personnes, représentant plus d'un quart de la population ukrainienne d'avant-guerre, que l'on pense ont fui leur domicile.

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La Pologne a accueilli plus de 2 millions de personnes en provenance d'Ukraine depuis le début du conflit, lorsque les réfugiés ont affronté des températures glaciales et de longues files d'attente afin de se rendre à l'ouest (Photo, AFP).

Les organisation d'aide de l'ONU se dépêchent de trouver des fonds et des ressources pour loger, nourrir et soigner les Ukrainiens traumatisés par la guerre, tout en espérant qu'un accord de paix puisse être conclu bientôt afin de leur permettre de rentrer chez eux en toute sécurité.

Mais même les plus grandes crises de réfugiés des temps modernes ne peuvent masquer l'ampleur préoccupante du problème à l’échelle mondiale. Selon l'ONU, au moins 84 millions de personnes, dont près de la moitié sont des enfants, sont présentement des personnes déplacées dans le monde. 

Si la guerre en Ukraine se prolonge sans issue claire, les civils forcés de quitter leurs foyers par les combats pourraient n'être qu'une simple statistique, ne représentant qu'un petit chiffre du nombre total de personnes dans le monde qui n'ont nulle part où aller, dans de nombreux cas même après des décennies.

Ces victimes de conflits sont des résidents des camps de réfugiés du Moyen-Orient, d'Asie, d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Europe du Sud, qui sont incapables de rentrer chez eux ou même d’aller dans un nouveau pays. Ce qui était à l'origine conçu comme des abris temporaires est devenu au fil du temps des habitations permanentes qui sont plongées dans les communautés d'accueil.

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Selon l'ONU, au moins 84 millions de personnes, dont près de la moitié sont des enfants, sont actuellement des personnes déplacées dans le monde (Photo, AFP).

Au Moyen-Orient et en Asie centrale, peu de progrès ont été réalisés pour permettre le retour ou la réinstallation des millions de personnes, qui ont fui les vague de conflits majeurs au cours des 20 dernières années.

L'invasion américaine de l'Irak en 2003, qui a renversé le dictateur Saddam Hussein, a déclenché une insurrection sunnite meurtrière et une guerre sectaire en 2014, qui ont favorisé la montée de Daech. La violence et l'insécurité qui en ont résulté ont forcé des millions d'Irakiens, Arabes, Kurdes et autres minorités, à quitter leurs foyers.

Plus de 260 000 personnes ont fui l'Irak et 3 millions d'autres ont été déplacées à l'intérieur du pays au cours de cette période. Beaucoup de ceux qui sont restés à l'intérieur du pays se sont installés dans des camps ou des établissements informels dans les zones urbaines de la région du Kurdistan au nord de l'Irak.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés estime que plus de 4,1 millions d’Irakiens, soit environ 15 % de la population d’après-guerre du pays, ont encore besoin d’une forme de protection ou d’assistance humanitaire, même des années après la défaite territoriale de Daech à la fin de 2017.

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Depuis le 24 février, plus de 4,1 millions d'Ukrainiens ont fui vers les pays voisins, créant le sixième plus grand flux de réfugiés des 60 dernières années (Photo, AFP).

Le conflit s'est propager en Syrie voisine, où un soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad avait provoqué un exode de civils vers la Turquie, la Jordanie et le Liban, trois pays où la majeure partie de ces refugiés se trouve encore aujourd'hui.

Depuis 2011, plus de la moitié de la population syrienne d'avant-guerre, qui s'élevait à 22 millions, a dû faire face à des déplacements forcés, plus d'une fois. On estime que 6,7 millions de Syriens sont jusqu’à présent déplacés à l'intérieur du pays.

Beaucoup d’entre eux ont cherché refuge à Idlib, une zone instable sous le contrôle des rebelles au nord-ouest qui est soumis aux bombardements quotidiens du régime syrien et russes. 

Hajj Hassan, originaire de Homs en Syrie, a d'abord été déplacé en 2012, puis à nouveau en 2016. L'homme de 62 ans est depuis cette date à Idlib. «Nous avons tout perdu en 2012», a-t-il déclaré à Arab News.

«Aucun bâtiment n'a été épargné. J'ai de nouveau déménagé et les bombardements ont suivi. Je vis maintenant dans l'endroit le plus misérable du monde. Je suis devenu un réfugié dans mon propre pays».

Les enfants syriens ont enduré les conséquences du déplacement car ils étaient exposés à la violence, aux chocs, aux traumatismes et à la faim ainsi qu’aux conditions météorologiques difficiles. Beaucoup ont été contraints de grandir en exil, souvent séparés de leur famille, où ils ont été victimes de violences, de mariages précoces forcés, de recrutement par des groupes armés, d'exploitation et de détresse psychologique.

Depuis l'effondrement du gouvernement internationalement reconnu à Kaboul en août de l'année dernière, l'Afghanistan est confronté à des défis humanitaires, aggravés par la réduction de l'aide étrangère, du commerce international et de la nature de la gouvernance des talibans.

Au cours des 40 dernières années, les Afghans ont été victimes de guerres civiles, d'insurrections, de catastrophes naturelles, de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire. Ils forment aujourd'hui l'une des plus grandes populations de réfugiés au monde, avec au moins 2,5 millions enregistrés par l'ONU. La grande majorité de ces réfugiés vivent en Iran et au Pakistan.

Lorsque les crises humanitaires au Yémen, au Myanmar et dans les pays d'Afrique du Nord s'ajoutent à tous ces problèmes, le nombre de réfugiés semble trop important pour un monde fatigué par la guerre et toute une communauté d'ONG qui n’arrivent plus à les gérer. Selon des responsables humanitaires, «L'usure de compassion» menace la viabilité des programmes de santé et d'éducation dans les trois pays.

«Maintenant, avec la crise ukrainienne, l'accent sera encore moins mis sur le Yémen qu'auparavant. Il est peut-être temps de faire autre chose», a déclaré à Arab News, un travailleur humanitaire basé au Moyen-Orient. «Je ne peux pas supporter le coup dur qui serait de quitter lorsque l'argent s'épuise, alors je préfère partir en premier».

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Des migrants attendent d'être secourus par des membres de l'ONG Proactiva Open Arms en mer Méditerranée, à environ 12 milles marins au nord de la Libye (Photo, AFP).

La chose commune à la guerre en Ukraine et aux récents conflits au Moyen-Orient est le rôle majeur que les pays voisins ont joué dans les actions humanitaires.

Tout comme les pays frontaliers de la Syrie, qui ont accueilli des millions de réfugiés au cours de la dernière décennie, les pays d'Europe de l'Est qui ont accepté que les Ukrainiens déplacés auront peut-être besoin d'une aide extérieure pour faire face à la pression démographique accrue, surtout si l'invasion se transforme en une longue et épuisante guerre.

Le Liban accueille actuellement environ 850 000 des Syriens qui sont devenus des réfugiés par la guerre civile. La Jordanie abrite 600 000 autres et la Turquie plus de 3 millions. Toutefois, étant accablés par leurs propres problèmes socio-économiques et leurs difficultés budgétaires, ces pays ont montré une réticence croissante à assumer le fardeau tout en essayant de repousser certains réfugiés vers la Syrie.

Beaucoup de ceux qui sont rentrés chez eux dans le pays déchiré par la guerre se sont rapidement enrôlés dans l'armée nationale ou ils ont accepté d’appartenir aux groupes mafieux afin de se protéger.

Alors que l'afflux d'Ukrainiens a suscité un élan de générosité de la part des gouvernements européens, l'accueil unifié du continent contraste fortement avec l'accueil mitigé réservé aux réfugiés syriens, sans parler de l'hostilité pure et simple envers les migrants qui voulaient traverser la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, à la fin de l'année dernière.

Effectivement, il semble difficile de croire qu'il y a quelques mois à peine, la Pologne a commencé à construire un mur de 380 millions de dollars le long de sa frontière avec la Biélorussie dans le but de stopper des milliers de réfugiés non européens qui cherchent à demander l'asile dans les pays de l'UE.

«La situation des réfugiés non ukrainiens aux frontières, surtout en ce moment, est horrible. La scène est épouvantable à regarder», a déclaré à Arab News, Nadine Kheshen, une avocate des droits de l'homme basée au Liban. 

«D'une part, c'est beau de voir les Ukrainiens accueillis à bras ouverts. De l'autre, c'est tout à fait désolant de voir comment les réfugiés syriens, afghans, kurdes, irakiens et autres sont traités à la frontière polonaise.

L'opinion de Kheshen est reprise par Nadim Houry, directeur exécutif du groupe de réflexion Arab Reform Initiative basé à Paris. « Il y a sans aucun doute une sorte de deux poids, deux mesures dans la manière dont les réfugiés sont traités », a-t-il déclaré à Arab News. «Je dirais, en particulier vis-à-vis des réfugiés afghans en Europe, que cela doit être condamné. Les personnes fuyant la violence doivent être bien accueillies».

Bien que les besoins des réfugiés soient les mêmes, quelle que soit leur origine, il semble que le type de conflit qu'ils fuient pourrait bien déterminer pour combien de temps ils seront déplacés ou s'ils peuvent revenir un jour.

«Je trouve qu’il y a une différence majeure entre l'Ukraine et la Syrie, par exemple», a révélé Houry. «Dans le cas de l'Ukraine, les gens fuient un agresseur extérieur. Au moment où l'agresseur externe s'arrêtera, les gens se sentiront en sécurité pour revenir chez eux. Cependant, en Syrie, les gens fuyaient le régime syrien en général.

«La même chose s'est produite entre Israël et le Liban en 2006. Il y eu des déplacements massifs, mais une fois que les Israéliens se sont arrêtés, les Libanais sont retournés dans leurs villes».

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Des enfants réfugiés rohingyas jouent dans le camp de réfugiés de Kutupalong à Ukhia, le 27 mars (Photo, AFP).

Bien que les pays d'Europe centrale et orientale n'aient pas tardé à accueillir les millions d'Ukrainiens arrivant sur leur sol, on craint que ces nouveaux arrivants ne se retrouvent finalement confinés à une vie de réfugiés permanents. Beaucoup pourraient éventuellement rester plus longtemps que la période de leur accueil.

«Nous constatons maintenant des niveaux élevés de soutien, d'accueil et de solidarité de la part des pays voisins», a déclaré Houry à Arab News. «Cependant, certains pays, comme la Moldavie et la Pologne, auront besoin d'un soutien financier pour faire face au phénomène de réfugiés».

«Les gens ont tendance à oublier le début du conflit en Syrie. Les réfugiés syriens étaient généralement bien accueillis. Mais ensuite, cela a changé à mesure que le conflit faisait rage ».

La solidarité de l'Europe avec les personnes fuyant la guerre en Ukraine a été jusqu'à présent impressionnante. Mais étant donné que l'invasion n'en est qu'à sa cinquième semaine, ce n'est peut-être que le début.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.