Pourquoi l’expérience des États-Unis avec la prohibition est un avertissement pour l’Arabie saoudite

Un restaurant new-yorkais exprime clairement son point de vue sur l’alcool à l’époque de la prohibition des années 1930 (Photo, Getty Images).
Un restaurant new-yorkais exprime clairement son point de vue sur l’alcool à l’époque de la prohibition des années 1930 (Photo, Getty Images).
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Publié le Jeudi 31 mars 2022

Pourquoi l’expérience des États-Unis avec la prohibition est un avertissement pour l’Arabie saoudite

  • La consommation souterraine d'alcool en Arabie saoudite présente ses propres défis sanitaires et sociaux
  • Cette question épineuse devrait faire partie des débats car le statu quo du Royaume est semblable à celui des États-Unis dans les années 1920

RIYAD: Le 6 janvier, un chroniqueur saoudien du quotidien Okaz, basé à Djeddah, s’est penché sur l’un des problèmes les plus urgents du Royaume, mais dont on parle rarement: l’alcool.
Il s’agissait d’un article audacieux, étant donné que le sujet est rarement abordé sur les plates-formes publiques. Il contenait un message brutal ayant de vastes implications sociales, religieuses et de santé publique: la façon dont l’alcool a été abordé est problématique et doit être discutée.
«Je ne me souviens pas que les médias saoudiens aient soulevé la question de la consommation d’alcool, et je ne me souviens pas qu’un journal saoudien ait osé soulever la question de l’abus d’alcool dans le Royaume malgré la propagation de l’intoxication alcoolique due à la consommation d’alcool fabriqué localement», écrit Abdallah ben Bakheet.
«Nous traitons cette question à la manière d’une autruche», affirme-t-il avant de poursuivre: «C’est comme si ceux qui boivent de l’alcool n’étaient pas nos fils et nos frères, et nous ne réalisons pas que les victimes de ce type d’alcool sont issues des classes moyennes et pauvres, alors que les riches qui aiment l’alcool ont enrichi de leur argent les gangs qui font passer du bon vin en contrebande et le vendent à l’intérieur du pays.»
Bien que ce sujet soit rarement abordé ou couvert par les médias locaux, ce n’est un secret pour personne qu’il existe une scène alcoolique souterraine en plein essor en Arabie saoudite, avec tous les problèmes sanitaires et sociaux que cela implique.
L’Arabie saoudite a une population jeune. Une étude récente des recherches sur la toxicomanie dans le Royaume révèle que, sur les 7 à 8% de l’ensemble des Saoudiens qui ont déclaré consommer des substances telles que l’alcool, les amphétamines et l’héroïne, 70% ont entre 12 et 22 ans.
Les auteurs de l’étude, intitulée «Substance use disorders in Saudi Arabia : a scoping review» («Les troubles liés aux substances psychoactives en Arabie saoudite: étude de la portée») et publiée dans la revue Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy en juin 2020, signalent que «la répartition démographique de l’Arabie saoudite est fortement orientée vers les jeunes (environ 15% de la population totale a entre 15 et 24 ans) et que les jeunes sont les plus touchés par la consommation de substances».
Les auteurs, de la faculté de médecine de l’université Sulaiman al-Rajhi à Bukairyah, dans la province d’Al-Qassim, ont conclu qu’«une étude complète de la recherche sur les TLS (troubles liés aux substances psychoactives) en Arabie saoudite est opportune et peut constituer le point de départ de la compréhension de ce problème pour les décideurs et les chercheurs locaux».
Aujourd’hui, en Arabie saoudite, personne n’ignore que les jeunes saoudiens et expatriés participent régulièrement à des soirées clandestines où l’alcool coule à flot, ce dans tout le Royaume. Il peut s’agir de groupes d’amis qui se réunissent et boivent ensemble dans des complexes, ou de raves privées organisées dans des lieux secrets, divulgués aux invités de confiance par message le jour même.
Confrontée au maintien de l’interdiction de l’alcool alors même qu’elle s’ouvre au monde extérieur, l’Arabie saoudite risque d’être victime de la loi des conséquences involontaire, ce qui n’est pas sans rappeler le flirt des États-Unis avec l’interdiction de l’alcool au début du XXe siècle.
Cette prohibition, ainsi que le 18e amendement de la Constitution des États-Unis qui la formule, est le fruit d’une pression soutenue des militants de la tempérance et du renouveau religieux. Il s’agissait, comme l’a déclaré le président Herbert Hoover à l’époque, d’une «grande expérience sociale et économique, noble dans ses motivations et ambitieuse dans ses objectifs». Toutefois, cette expérience a échoué.
Entrée en vigueur en 1920, la prohibition a pris fin après 13 années désastreuses. Noble, elle l’a peut-être été, mais son premier effet a été de mettre en faillite des milliers d’entreprises et de détruire les emplois des innombrables personnes qu’elles employaient.
La deuxième conséquence a été la création, du jour au lendemain, d’un nouveau marché noir et d’une source de revenus extrêmement rentable pour le crime organisé. La corruption parmi les officiers de police et les agents du Bureau de la Prohibition était monnaie courante.
Des alambics illégaux, des bars clandestins et des contrebandiers sont apparus partout, entraînant des conséquences fatales: à l’époque de la prohibition, un millier de personnes en moyenne mouraient chaque année d’une intoxication alcoolique.

La chronique Okaz a exploré la question plus tôt cette année (Photo, AN).


Mais c’est le gouvernement lui-même qui a ressenti le plus grand choc, car il a soudainement perdu une source d’impôts extrêmement importante — dans le cas de New York, près de 75% de l’ensemble des recettes — entraînant un manque à gagner fiscal pour le gouvernement fédéral estimé à plus de 11 milliards de dollars (1 dollar = 0,90 euro).
La chronique publiée dans Okaz a été déclenchée par la réaction sur les réseaux sociaux à une interview télévisée du Dr Saad al-Soyan, sociologue et anthropologue saoudien chevronné qui a étudié aux États-Unis et en Allemagne avant de rentrer au Royaume en 2003 pour enseigner à l’université du Roi Saoud.
Au cours de l'interview, qui a abordé de nombreux sujets importants, Al-Soyan a mentionné en passant les «petites bouteilles» d'alcool trouvées dans les supermarchés américains que, comme l'a indiqué Bakheet dans sa chronique, nombre de ses contemporains et des générations suivantes de jeunes Saoudiens avaient rencontrées lors de leurs études à l'étranger.
Les critiques, a écrit Bakheet, ont extrait ce court passage de la longue interview et l’ont diffusé de manière désapprobatrice sur les réseaux sociaux.
Bakheet, un romancier dont l’ouvrage de 2010 «Al-Atayef Street» a été sélectionné pour le Prix international de la fiction arabe, a déclaré que la réalité était qu'Al-Soyan et de nombreux autres qui, comme lui, avaient étudié à l'étranger, étaient rentrés dans leur pays pour enseigner à des dizaines de milliers de Saoudiens. Ce faisant, ils avaient rempli l'objectif du programme de bourses d'études du roi Abdallah, qui est de créer une société fondée sur la connaissance et équipée pour être compétitive sur le plan économique et académique sur la scène mondiale.
Bakheet, qui compte 39 000 followers sur Twitter, a réprimandé les conservateurs religieux qui s'étaient si amèrement opposés au programme de bourses d’études qui, après son introduction en 2005, a vu le nombre d'étudiants saoudiens à l'étranger augmenter de façon spectaculaire.
La «guerre contre les bourses d'études», menée au motif que, pendant leur séjour en Europe ou aux États-Unis, les jeunes Saoudiens seraient tentés de boire de l'alcool, a failli faire échouer le programme et nous a presque «ramenés 800 ans en arrière», a-t-il écrit.
Si le professeur Al-Soyan et tous les autres Saoudiens qui ont étudié à l'étranger s'étaient vu refuser cette opportunité par crainte de les exposer au vice de l'alcool, a demandé Bakheet, «aurions-nous les banques saoudiennes géantes, aurions-nous les hôpitaux de pointe, serions-nous capables de diriger une entreprise géante comme Aramco, aurions-nous créé SABIC (Saudi Basic Industries Corp.) et Almarai?»
Oui, a-t-il reconnu: «Tous ceux qui ont participé à la construction de cette renaissance ont été tentés par les tentations de «Queirerat al-Wanasah». Certains d'entre eux ont vécu cette expérience et d'autres l'ont évitée.
«Mais ils sont tous revenus et ont contribué à la construction de leur pays.»
Une autre conséquence du tabou qui empêche de parler de l'alcool est l'impact sur la recherche concernant l'ampleur et la nature des abus dans le Royaume, compromettant la capacité des autorités à y faire face et à résoudre les problèmes de santé qu'il provoque - des problèmes qui dévastent les familles et coûtent à l'État une petite fortune en services médicaux et de réadaptation.
Les chercheurs de l'université Sulaiman al-Rajhi, qui ont publié un article dans la revue Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy en juin 2020, ont passé en revue toute la littérature publiée sur le sujet des troubles liés à la consommation de substances en Arabie saoudite, notamment l'alcoolisme, et ont constaté un manque cruel de connaissances sur le sujet.
Sur les 23 articles sur ce sujet qu'ils ont pu trouver dans la littérature, tous étaient «obsolètes, peu méthodologiques et de mauvaise qualité». Tous avaient tiré leurs échantillons d’hôpitaux des régions de l'ouest, du centre et de l'est, seuls deux incluaient des femmes, et le plus récent avait été publié en 2013. Le problème de la toxicomanie s'est très certainement aggravé au cours de la décennie, ou plus encore, qui s’est écoulée depuis que la recherche la plus récente a été menée.

Une cargaison d’alcool illégale saisie par les douanes saoudiennes (Photo, SPA).


Aujourd'hui, «le nombre total de personnes qui ont un problème de consommation de drogues est probablement élevé en Arabie saoudite, car sa répartition démographique est fortement orientée vers les jeunes, ceux-ci étant les plus touchés par la consommation de substances».
Compte tenu de «la nature changeante de la société saoudienne, qui a traditionnellement été profondément conservatrice sur le plan religieux, soutenue par les principes islamiques d'équilibre, de retenue et de modestie», il est urgent d’approfondir les recherches sur les problèmes d'alcoolisme et de toxicomanie.
Naturellement, certains rejettent ces conclusions et affirment que l'alcool a toujours été consommé en secret dans le Royaume.
«Cela n'a rien à voir avec l'âge du buveur. Il y a beaucoup de personnes qui consomment du whisky et du vin à 60 ou 70 ans, et ce depuis des décennies», a affirmé un citoyen saoudien à Arab News sous couvert d'anonymat.
Il a ajouté que «Ceux qui boivent peuvent acheter de l’alcool au marché noir, à un prix ridiculement élevé. Ceux qui n'ont pas les moyens de s’offrir des marques connues finissent par acheter de la bière artisanale fabriquée localement, qui peut être toxique et présenter toutes sortes de risques pour la santé.
Un autre facteur doit être pris en compte dans le débat sur l'alcool.
L'ouverture aux touristes et aux expatriés est un élément clé du plan de la Vision 2030 visant à diversifier l'économie saoudienne loin de la dépendance aux combustibles fossiles. Pour réussir à se frayer un chemin dans un monde post-pétrole, tout en préservant son identité culturelle unique, le Royaume s'aligne plus étroitement sur les normes sociales mondiales en s'ouvrant de plus en plus sur l'extérieur.
En créant de nouveaux mégaprojets passionnants, tels que NEOM et Diriyah Gate, et en organisant des événements sportifs et culturels d’envergure mondiale, le Royaume met en avant son attrait culturel et historique en tant que destination unique et verra affluer des millions de visiteurs, Musulmans et non Musulmans.
La disponibilité de l'alcool est-elle cependant indispensable pour attirer les 100 millions de visiteurs que le Royaume souhaite atteindre d'ici 2030?
Eh bien non, selon une récente interview accordée à Arab News par le ministre saoudien du Tourisme Ahmad al-Khateeb. Lorsqu'on lui a demandé si l'alcool serait autorisé dans le Royaume compte tenu de sa popularité auprès des touristes, il a souligné que des recherches approfondies montraient que «40 à 50% des voyageurs se rendraient dans des destinations n'offrant pas d'alcool».
«Nous avons beaucoup à offrir en dehors de l'alcool. Il reste encore beaucoup à améliorer, que ce soit dans l'hôtellerie, la culture, la nourriture et le luxe, et nous serons donc en concurrence sur d'autres choses pour lesquelles les touristes voyagent», a-t-il déclaré.
«Je pense que vous savez que nos destinations, principalement celles la mer Rouge, seront positionnées parmi les meilleures destinations mondiales d'ici 2030 et les gens les découvriront certainement, même si nous ne proposons pas d'alcool.»
À tout le moins, comme l'a conclu Bakheet dans son article dans Okaz, la question épineuse de l'alcool ne peut plus être escamotée. Elle doit être remise sur le tapis, alors que l'Arabie saoudite va à la rencontre du meilleur des mondes.
À l'heure actuelle, a-t-il écrit, le commerce de l'alcool en Arabie saoudite est entre les mains de gangs - gangs de contrebande, gangs de distribution et gangs de blanchiment d'argent, qui forment une sous-culture dont l'impact combiné représente une menace pour la sécurité nationale.
«Il est temps pour nous de commencer à discuter des questions ignorées afin de nous libérer de la phobie que les partisans du "réveil" ont semée en nous», a-t-il écrit.
«Il est grand temps que les services de sécurité, les services de santé et les autorités financières coopèrent pour établir une estimation des pertes substantielles dues à la contrebande et des dommages importants causés par l'alcool frelaté fabriqué localement. En outre, d'énormes sommes d'argent sont dépensées à l'étranger, sortant des poches de ceux qui recherchent ce genre de divertissement.
«Nous devons commencer à discuter des questions importantes en sortant des sentiers battus.»
Cette réflexion devrait commencer, a déclaré Bakheet, par tous les responsables des secteurs concernés qui se posent une question difficile: «La loi interdisant l'entrée d'alcool dans le pays, empêche-t-elle réellement l'entrée de l'alcool et arrête-t-elle sa consommation?
«Poser cette question et y répondre sans arguties idéologiques nous ouvrira une porte restée longtemps close et libérera nos esprits fermés à la pensée scientifique, pratique et économique.»

* Jonathan Gornall d'Arab News Research & Studies Unit a contribué à ce rapport.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.