Pourquoi les femmes PDG peuvent être tout aussi corrompues que les hommes

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Publié le Jeudi 10 mars 2022

Pourquoi les femmes PDG peuvent être tout aussi corrompues que les hommes

  • Un article de The Economist suggère que les femmes PDG sont moins corrompues que les hommes, mais la recherche suggère le contraire
  • Des études ont montré que les femmes des pays autocratiques tolèrent la corruption autant que les hommes

LONDRES: Contrairement à un récent article publié par The Economist, intitulé «Why women are less likely to be corrupt than men» («Pourquoi les femmes sont moins susceptibles d'être corrompues que les hommes»), les recherches indiquent que, dans des circonstances données, les femmes et les hommes sont tout aussi susceptibles d'être corrompus.
L'idée que les femmes puissent être moins corrompues que les hommes a pris de l'ampleur au début des années 2000. En 2011, la Banque mondiale a publié une étude montrant que, dans les pays où la proportion de femmes députées est plus élevée, les travailleurs sociaux sont moins susceptibles d'exiger des pots-de-vin.
Selon cette étude, ce n'est pas parce que les femmes sont plus susceptibles de s’opposer aux arrangements ou de refuser les pots-de-vin. C'est parce que les femmes sont moins susceptibles d'être membres des réseaux de parrainage, qui sont majoritairement masculins.
De même, les femmes ont moins de possibilités de développer ou de se rendre coupable d’un système de corruption étant donné qu'il y a moins de femmes que d'hommes aux postes de pouvoir. Avec un tel pouvoir, les femmes peuvent en effet être tout aussi corrompues que les hommes.

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Les femmes qui arrivent au sommet dans les industries dominées par les hommes par des moyens contraires à l'éthique ou illégaux sont considérées comme moins mauvaises que les hommes qui font de même. (Archives/AFP)


Par conséquent, les femmes ne sont pas nécessairement moins corrompues que les hommes, mais elles sont perçues comme telles pour un certain nombre de raisons.
D'après une enquête menée par le World Values Survey, les réponses suggèrent que les femmes ont une tolérance moindre à l'égard des comportements corrompus. Toutefois, l'enquête souligne que cela n'est vrai «que dans les démocraties, mais pas dans les autocraties et les environnements où la corruption est endémique et largement tolérée».
L’étude poursuit: «Dans les autocraties et les environnements où la corruption est endémique, les femmes tolèrent la corruption autant que les hommes. Dans les démocraties, où la corruption tend à être stigmatisée à un degré plus élevé, les femmes désapprouvent la corruption plus que les hommes, et elles sont moins susceptibles de s'engager dans ces pratiques. Ces données semblent confirmer que les femmes sont plus sensibles aux signaux sociaux.»

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La valorisation de Theranos a grimpé en flèche après avoir prétendument révolutionné les tests sanguins. (Shutterstock)

Les femmes sont moins nombreuses à occuper des postes de direction dans tous les secteurs d'activité. Ainsi, lorsque les femmes occupent des postes de haut niveau, même si elles le font par des moyens illégaux ou contraires à l'éthique, elles sont nombreuses à être saluées comme des «méchantes courageuses» ou considérées comme un moindre mal par rapport aux hommes qui pourraient commettre des abus similaires.
Prenons l'exemple d'Elizabeth Holmes, la fondatrice de Theranos, une entreprise de technologie de la santé aujourd'hui dissoute, dont la valorisation a explosé après qu'elle a prétendu avoir révolutionné les tests sanguins en mettant au point des méthodes permettant d'utiliser des volumes de sang étonnamment faibles.
Bien qu'elle ait été reconnue coupable de fraude électronique, beaucoup l'ont admirée et saluée comme une femme fatale et «femme patron» qui ne respectait les règles de personne. Nombreux sont ceux qui ont même reconnu sa culpabilité, mais qui sont restés impressionnés par sa tactique, la qualifiant de «méchante audacieuse».
Malgré l'attention positive du public, voire son admiration, les femmes qui sont jugées corrompues ou coupables d’abus affectent les autres femmes entrepreneuses, dont les chances de réussite sont déjà inférieures à celles des hommes.
Récemment, Netflix a diffusé le documentaire The Tinder Swindler et la minisérie Inventing Anna. Tous deux évoquent l'histoire réelle d'un escroc et se classent dans le top 10 dans plusieurs pays, mais les réactions à ces émissions sont très différentes.
Le premier raconte l'histoire de Simon Leviev, qui soutirait aux femmes leur affection et leur argent, tandis que la seconde raconte l'histoire d'Anna Sorokin – ou Anna Delvey, comme elle préfère être appelée – qui extorquait le temps, l’attention et l’argent des hommes et des femmes.
Simon Leviev, bien qu'actuellement libre, est en général détesté en raison de ses manipulations émotionnelles et de ses fraudes. Il a été la source d'inspiration de plusieurs mèmes, citations et articles de développement personnel.

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Anna Sorokin – ou Anna Delvey, comme elle préfère être appelée – a escroqué des hommes et des femmes pour leur temps, leur attention et leur argent. (AFP)

Entre 2013 et 2017, Anna Sorokin a prétendu être une riche héritière allemande nommée Anna Delvey. En 2017, elle a été arrêtée après avoir escroqué ou trompé de grandes institutions financières, des banques, des hôtels et des connaissances aux États-Unis pour un total de 275 000 dollars (1 dollar = 0,90 euro).
Elle a été condamnée à une peine de quatre à douze ans de prison, à l'expulsion vers l'Allemagne à sa sortie, et à payer une amende de 24 000 dollars et une restitution de 199 000 dollars. Pourtant, le public semble admirer son intelligence et sa capacité à se frayer un chemin dans le monde de la mode, de l'art et de la finance à New York.
Une grande partie de sa popularité est due aux réseaux sociaux, en particulier à Instagram. Sa tenue au tribunal a même son propre compte Instagram avec plus de 45 000 followers.

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Ruja Ignatova, fondatrice de la pyramide de Ponzi OneCoin, que le Times a décrite comme «l'une des plus grandes escroqueries de l'Histoire». (Fourni)

La tech et la crypto, domaines typiquement dominés par les hommes, ont leur juste part d'escrocs féminins. Prenons l’exemple de Ruja Ignatova, fondatrice de la chaîne de Ponzi OneCoin, que le Times a décrite comme «l'une des plus grandes escroqueries de l'Histoire». Bien qu'elle ait escroqué des milliards de personnes et qu’elle ait été condamnée à une peine pouvant aller jusqu'à quatre-vingt-dix ans de prison, Ruja Ignatova est portée disparue depuis 2017.
Selon un rapport de la BBC, elle est toujours propriétaire d'un luxueux penthouse d'une valeur de 13,5 millions de livres sterling (1 livre sterling = 1, 19 euro) à Londres, qui est actuellement loué.
Puis il y a Heather Morgan et son mari Ilya «Dutch» Lichtenstein qui ont été accusés d'avoir conspiré pour blanchir 119 754 bitcoins – désormais évalués à 4,5 milliards de dollars – volés lors d’un hold-up sur Bitfinex en 2016.
Le mois dernier, la juge de district américaine Beryl Howell, à Washington, a annulé la décision d'un juge new-yorkais accordant une caution à Lichtenstein, tout en permettant à Heather Morgan de rester libre en attendant le procès. Mme Howell a déclaré que tous deux avaient des compétences et des ressources qui pouvaient les aider à s'échapper, mais que M. Lichtenstein avait plus de «facilités et de compétences» que Mme Morgan et que rien n'indiquait qu'elle avait eu accès aux cryptomonnaies volées avant qu'elles ne soient retirées du portefeuille numérique qui aurait été contrôlé par son mari.

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Elizabeth Holmes a fondé Theranos. (AFP)

Qu'il s'agisse de l'intelligence de Mme Sorokin, de la capacité de Mme Holmes à créer une entreprise innovante, de la disparition de Ruja Ignatova ou des nombreux talents de Mme Morgan, de la rappeuse à la designer, toutes ces femmes ont fraudé émotionnellement et financièrement.
Pourtant, les gens semblent être plus indulgents, voire admiratifs, à leur égard. Il est possible qu'étant donné que peu de femmes parviennent au sommet, les gens choisissent de louer leur capacité à y parvenir, ignorant souvent les moyens qu'elles ont choisis pour y arriver.
Une autre tendance commune à ces femmes, et à d'autres fraudeurs et escrocs, est l’usage des réseaux sociaux et l'idée de «magouille» qui est devenue si populaire parmi les milléniaux (personnes nées autour des années 2000).
«Dans cette culture de l'arnaque – qui semble la plus répandue sur l’application d'images Instagram, avec #hustle apparaissant 28,7 millions de fois, suivi de près par #grind sur 24,8 millions de posts – la richesse et le succès sont valorisés par-dessus tout, et renforcés par les influenceurs qui préconisent que si vous vous secouez suffisamment, le monde vous appartient», écrit Laura Martin dans The Guardian.
Mais comme l'a écrit Rachel Williams, victime et ancienne amie de Mme Sorokin, dans Vanity Fair : «Je pense que promouvoir tout ce récit et glorifier une criminelle avérée, sociopathe et narcissique est une erreur.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Witkoff et Kushner à Doha, pas de pourparlers directs entre américains et iraniens

Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
  • Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour
  • En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn

DOHA: Une délégation iranienne doit rencontrer des médiateurs mercredi à Doha dans le cadre des négociations avec Washington pour mettre fin à la guerre, selon les autorités iraniennes qui soulignent leur refus de négociations directes avec les Etats-Unis.

Des émissaires américains sont arrivés mardi à Doha pour des discussions sur l'Iran avec des médiateurs qataris.

L'Iran a lui aussi annoncé l'envoi cette semaine d'une délégation au Qatar, mais exclu tout contact direct avec les responsables américains, après des échanges de frappes qui ont menacé de faire voler en éclats la trêve.

Voici ce que l'on sait de la situation:

Witkoff et Kushner à Doha 

Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, hommes de confiance du président Donald Trump, sont arrivés à Doha pour discuter avec des responsables qataris de l'Iran et de la situation au Liban, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed al-Ansari.

"A ma connaissance, aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties (américaine et iranienne) dans les prochains jours", a-t-il néanmoins ajouté.

Lundi, Donald Trump avait laissé entendre que des discussions entre Washington et Téhéran devaient se tenir mardi. "L'Iran a demandé une réunion. Elle aura lieu demain (mardi) à Doha", avait-il affirmé.

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha, menée par le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi. Une première réunion est prévue avec les médiateurs mercredi selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a-t-il insisté.

Les Etats-Unis et l'Iran se sont à plusieurs reprises contredits depuis le début des discussions ayant abouti le 17 juin à la signature d'un protocole d'accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, avec des négociations se matérialisant subitement alors que la situation semblait dans l'impasse.

Ormuz, le nœud gordien 

Un diplomate au fait des pourparlers a déclaré à l'AFP que des "équipes techniques" américaines et iraniennes devaient se rencontrer pour parler de "la mise en œuvre du protocole d'accord" conclu entre les deux pays.

"Les canaux de communication pour désamorcer les incidents sont opérationnels", a-t-il ajouté.

Si la signature du pacte entre Washington et Téhéran a permis de réduire l'intensité du conflit, d'importantes tensions existent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce weekend après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines vouloir imposer un droit de passage sous une forme ou une autre, une mesure jugée inacceptable par les Etats-Unis.

Depuis la levée du blocus ayant suivi le protocole d'accord avec les Etats-Unis, l'Iran a exporté "plus de 40 millions de barils de pétrole, a déclaré le chef de l'équipe de négociation Mohammad Bagher Ghalibaf lors d'une interview diffusée mardi soir à la télévision d'Etat.

En revanche, durant les 50 à 60 jours précédents, "nous avions été dans l'impossibilité totale d'exporter ne serait-ce qu'un seul baril de pétrole", a-t-il observé.

Reflétant les incertitudes sur les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, le prix du brut progressait mercredi. Vers 01H50 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, montait de 0,32% à 73,18 dollars.

L'Iran prêt pour le dialogue et la guerre  

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour. En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn.

La situation semble depuis s'être apaisée sur le plan militaire, même si le chef de l'équipe de négociation iranienne Mohammad Bagher Ghalibaf a encore répété que l'Iran se tenait prêt pour "la guerre" - tout en privilégiant "le dialogue".

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ces derniers jours, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue d'occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes - ce qu'il refuse de faire.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en œuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à l'Iran, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.