France: il y a dix ans, Merah semait la terreur, militaires et enfants juifs dans le viseur

Mohamed Merah, 23 ans, a grandi dans un climat de violence familiale, entre foyers d'accueil, délinquance, voyages en Afghanistan, au Pakistan et en Syrie. (Photo, AFP / France 2)
Mohamed Merah, 23 ans, a grandi dans un climat de violence familiale, entre foyers d'accueil, délinquance, voyages en Afghanistan, au Pakistan et en Syrie. (Photo, AFP / France 2)
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Publié le Mercredi 09 mars 2022

France: il y a dix ans, Merah semait la terreur, militaires et enfants juifs dans le viseur

  • À bout portant, Merah assassine deux enfants Myriam Monsonego, 7 ans, et Gabriel Sandler, 3 ans, qui tentent de lui échapper dans la cour de récréation de l'école juive Ozar Hatorah
  • Quelques secondes plus tôt, Arié Sandler, 6 ans, et son père Jonathan Sandler succombent aux balles du tueur casqué

TOULOUSE : En mars 2012, une série d'attaques génère l'effroi dans le sud-ouest de la France: un militaire tué le 11, deux le 15, trois enfants et un professeur d'une école juive le 19. Leur auteur: Mohamed Merah, un délinquant qui a basculé dans le fondamentalisme.

Attentat d'Al-Qaïda? Groupe d'extrême droite? Tueur solitaire? Il faudra plusieurs jours pour établir un lien entre ces attaques et leur auteur, un jeune islamiste radicalisé en prison, passé sous les radars de l'antiterrorisme.

Mohamed Merah, 23 ans, a grandi dans un climat de violence familiale, entre foyers d'accueil, délinquance, voyages en Afghanistan, au Pakistan et en Syrie.

Le 11 mars, un militaire du 1er Régiment du train parachutiste, Imad Ziaten, 30 ans, est la première victime. Il a posté une annonce sur internet pour vendre une moto. Un rendez-vous est pris sur un parking de la ville méridionale de Toulouse. Merah lui loge une balle dans la tête, puis repart sur un puissant scooter.

Le 15, trois militaires retirent de l'argent devant la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste à Montauban, à une cinquantaine de kilomètres de là. Merah gare son scooter, s'approche, ouvre le feu. Mohamed Legouad, 23 ans, et Abel Chennouf, 26 ans, sont tués. Loïc Lieber, un Guadeloupéen de 28 ans, restera tétraplégique.

Identifier le tueur

Sur les plateaux de télévision, experts, journalistes, policiers se succèdent, échafaudent des hypothèses. 

"Qui en veut à ces parachutistes? A ce moment-là, comme les soldats tués sont d'origine maghrébine, on se demande s'il s'agit de crimes racistes. A ce stade, on n'a pas d'élément menant à l'hypothèse islamiste", explique l'historien Jack Thomas.

Le 19 mars, vers 08h00, l'affaire prend une autre tournure.

À bout portant, Merah assassine deux enfants Myriam Monsonego, 7 ans, et Gabriel Sandler, 3 ans, qui tentent de lui échapper dans la cour de récréation de l'école juive Ozar Hatorah. Quelques secondes plus tôt, Arié Sandler, 6 ans, et son père Jonathan Sandler succombent aux balles du tueur casqué.

Plusieurs centaines d'enquêteurs sont mobilisés pour l'identifier. Parmi les ordinateurs ayant cliqué sur la petite annonce d'Imad Ziaten, ils remontent jusqu'à celui de la mère de Mohamed Merah.

A ce moment-là, les soupçons se portent sur Abdelkader Merah, le frère aîné qui vit près de Toulouse. Surnommé "Ben Laden" dans le quartier toulousain des Izards où ils ont grandi, il est connu des services de la sécurité intérieure (DGSI) pour son appartenance à la mouvance salafiste.

Dans la nuit du 20 au 21 mars, les policiers lancent deux opérations quasi simultanées. Abdelkader est interpellé. Mais le RAID, unité d'élite de la police, se heurte à une résistance inattendue chez Mohamed. Retranché dans son appartement d'un quartier résidentiel de la ville, il ouvre le feu à travers la porte, les contraints à se replier.

Les principaux attentats islamistes en France depuis l'affaire Merah

PARIS : Plus de 260 personnes ont été tuées en France dans des attentats islamistes depuis ceux commis par Mohammed Merah en mars 2012. Voici un rappel des principaux.

2021

Le 23 avril, un Tunisien de 36 ans poignarde à mort une agente administrative au commissariat de Rambouillet, en région parisienne. Il est tué sur place par la police.

2020

- A Romans-sur-Isère (sud-est), un réfugié soudanais de 33 ans tue deux personnes et en blesse cinq en les poignardant le 4 avril. Il est mis en examen et écroué.

- Un enseignant de 47 ans, Samuel Paty, est décapité le 16 octobre près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, une dizaine de jours après avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet lors de cours sur la liberté d'expression. L'assaillant de 18 ans, un réfugié russe d'origine tchétchène, est tué par la police.

- Le 29 octobre, un Tunisien de 22 ans tue trois personnes au couteau dans la basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice (sud-est). Il est mis en examen et écroué.

2019

Un informaticien travaillant à la Préfecture de police de Paris, converti à l'islam, poignarde à mort trois policiers et un agent administratif le 3 octobre dans l'enceinte de la préfecture, avant d'être tué.

2018

- Un Français d'origine marocaine de 25 ans vole une voiture le 23 mars à Carcassonne (sud) en tuant le passager. A quelques kilomètres de là, dans un supermarché de Trèbes, il tue trois personnes dont un officier de gendarmerie qui s'était livré comme otage à la place d'une femme. Le jihadiste, qui s'était revendiqué de l'organisation Etat islamique (EI), est abattu.

- Un Français de 20 ans d'origine tchétchène tue une personne et en blesse cinq au couteau dans le quartier de l'Opéra à Paris, le 12 mai. Il est tué par la police. Le groupe EI revendique l'attentat.

- Un homme de 29 ans fiché "S", armé d'un revolver et d'un couteau, tue cinq personnes et en blesse onze près du marché de Noël de Strasbourg (est) le 11 décembre. Il est tué après deux jours de traque. Son action est revendiquée par l'organisation Etat islamique.

2017

- Un policier est tué par balle le 20 avril sur les Champs-Élysées à Paris par un Français de 39 ans qui est abattu. L'EI revendique l'attentat.

- Un Tunisien de 29 ans poignarde à mort deux jeunes femmes devant la gare Saint-Charles à Marseille (sud-est) le 1er octobre, avant d'être abattu. L'attentat est revendiqué par l'EI.

2016

- Un policier et sa compagne agente administrative sont assassinés le 13 juin à leur domicile de Magnanville, en région parisienne, par un jihadiste de 25 ans se réclamant de l'EI qui sera tué par la police.

- A Nice, un Tunisien de 31 ans fonce dans la foule avec son camion après le feu d'artifice du 14 juillet, tuant 86 personnes et en blessant plus de 400. Il est abattu par la police. L'attaque est revendiquée par l'EI.

- Le prêtre Jacques Hamel est égorgé dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray (nord-ouest) le 26 juillet par deux jeunes de 19 ans fichés S qui sont abattus. L'assassinat est revendiqué par l'EI.

2015

- Deux frères français, de parents algériens, tuent 12 personnes le 7 janvier au siège de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris. Les deux islamistes, qui se réclament d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique, sont tués après deux jours de cavale.

- Le 8 janvier, un Français, né de parents maliens, tue une policière à Montrouge, en banlieue parisienne. Le lendemain, ce délinquant radicalisé, qui se revendique de l'EI, tue quatre otages, tous juifs, dans un supermarché casher de l'Est parisien. Il est abattu dans l'assaut.

- Un chauffeur-livreur tue et décapite son patron le 26 juin puis tente de faire exploser une usine à Saint-Quentin-Fallavier (sud-est). Mis en examen, il se suicide en prison six mois plus tard.

- Dans le train Thalys Amsterdam-Paris, le 21 août, un Marocain de 25 ans muni d'un fusil d'assaut blesse grièvement au pistolet un passager avant d'être maîtrisé par d'autres passagers. Condamné à la réclusion à perpétuité en décembre 2020, il a fait appel. 

- Le 13 novembre, neuf jihadistes font 130 morts et plus de 350 blessés, à Paris dans la salle de concert du Bataclan et aux terrasses de bars et restaurants, ainsi qu'à Saint-Denis, en banlieue. L'EI revendique les attaques.

Un siège de 30 heures

Des négociateurs de la police parlementent avec le jeune délinquant, qui revendique les trois attentats au nom d'Al-Qaïda. Le siège durera trente heures, jusqu'à l'assaut au cours duquel il est abattu.

Présenté comme son "mentor", Abdelkader sera condamné à trente ans de prison pour "complicité d'assassinats", la justice estimant qu'il a "sciemment apporté aide ou assistance dans la préparation des crimes commis par Mohammed Merah". 

Latifa Ibn Ziaten, mère du premier soldat tué, regrette que le jihadiste n'ait pas été capturé vivant et jugé. Elle avait été choquée d'entendre, un mois après les attentats, des jeunes du quartier des Izards lui dire: "Mohamed Merah, c'est un martyr, un héros de l'islam".

Depuis, elle a fondé l'association Imad pour la jeunesse et la paix, portant un message de lutte contre le fanatisme. Elle se dit "inquiète" car "la jeunesse est fracturée, souffre énormément. Je rencontre beaucoup de jeunes qui n'ont plus d'espoir. Il y a toujours de la haine, on n'est pas à l'abri".

De son côté, Jonathan Chetrit, ancien élève d'Ozar Hatorah, reprend dans son livre "Toulouse, 19 mars 2012" les témoignages poignants d'autres survivants au procès d'Abdelkader Merah. Il regrette "un traitement médiatique focalisé sur la personnalité et la famille du tueur" plutôt que sur ses victimes au moment des faits.

Le 20 mars, une cérémonie commémorative est prévue à Toulouse en présence de proches des victimes, de politiques et responsables religieux.


Macron au Caire: vers une consolidation du plan arabe de reconstruction à Gaza

La visite du président français Emmanuel Macron en Égypte, qui se déroulera du 6 au 8 avril, s'articulera autour de deux axes principaux: renforcer les relations bilatérales en les transformant en un partenariat stratégique et consolider le plan de reconstruction de Gaza. (AFP)
La visite du président français Emmanuel Macron en Égypte, qui se déroulera du 6 au 8 avril, s'articulera autour de deux axes principaux: renforcer les relations bilatérales en les transformant en un partenariat stratégique et consolider le plan de reconstruction de Gaza. (AFP)
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  • Le président français rencontrera des acteurs humanitaires français et internationaux, ainsi que des représentants des Nations unies et des acteurs sanitaires
  • Un protocole d’accord sanitaire sera signé «pour renforcer le soutien français au système de santé égyptien et contribuer à l’aide humanitaire dans la bande de Gaza»

PARIS: La visite du président français Emmanuel Macron en Égypte, qui se déroulera du 6 au 8 avril, s'articulera autour de deux axes principaux: renforcer les relations bilatérales en les transformant en un partenariat stratégique et consolider le plan de reconstruction de Gaza.

Le lundi matin, selon le palais de l’Élysée, la visite débutera par un entretien en tête-à-tête entre le président français et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, suivi d’une réunion élargie avec plusieurs membres des gouvernements des deux pays.

La délégation française comprendra notamment le ministre des Armées, Sébastien Le Cornu, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le ministre des Transports, Philippe Soro, et la ministre du Travail et de la Santé, Catherine Vautrin.

Les discussions porteront sur l’ensemble des crises au Moyen-Orient, y compris celles en Libye, au Soudan, au Liban, en Syrie et en Iran.

Cependant les discussions se concentreront sur la situation à Gaza, avec un accent particulier sur le plan de reconstruction récemment adopté par la Ligue arabe, en partenariat avec l’Organisation de la coopération islamique (OCI). 

La deuxième journée de la visite, indique l’Élysée, se déroulera à Al-Arich (au nord du Sinaï) et sera dédiée à la gestion de la crise à Gaza, marquée récemment par une détérioration dramatique de la situation humanitaire. 

Le président français rencontrera des acteurs humanitaires français et internationaux, ainsi que des représentants des Nations unies et des acteurs sanitaires présents sur place. 

Un protocole d’accord sanitaire sera signé «pour renforcer le soutien français au système de santé égyptien et contribuer à l’aide humanitaire dans la bande de Gaza» indique l’Élysée, ajoutant que «malgré les difficultés d’accès, la France reste déterminée à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza».

Outre les préoccupations humanitaires, la question de la sécurité à Gaza sera un point central des discussions. Le président échangera avec le contingent français déployé dans le cadre de la mission européenne EUBAM, chargée de sécuriser le point de passage de Rafah et de soutenir le retour de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, «élément clé pour un avenir stable et sécurisé» selon le palais présidentiel.

La visite constitue également une occasion pour réaffirmer le soutien français au plan de reconstruction de Gaza, porté par la Ligue arabe en partenariat avec l’Organisation de la coopération islamique (OCI). 

La France souligne l’importance de «définir un cadre de sortie de crise solide avant même de considérer une solution politique durable fondée sur le principe de deux États».

Cette approche inclut, selon l’Élysée, «la sécurité et la gouvernance de Gaza, ainsi que la nécessité d’une coordination avec les partenaires internationaux, dont les États-Unis et les acteurs arabes».

Le président français et son homologue égyptien «entretiennent des échanges réguliers sur ces questions, témoignant de la proximité et de l’intensité de leurs relations bilatérales», souligne l’Élysée.

Cependant leur volonté de conjuguer les efforts, pour une sortie de crise et un plan de reconstruction, reste pour l’instant compromise par la position des États-Unis, qui plaident pour une éviction des Gazaouis de leur territoire et celle d’Israël qui tente dans l’immédiat d’élargir sa mainmise sur une partie de l’enclave.

Interrogé au sujet d’une éventuelle reconnaissance de la Palestine, au cours de cette visite, l’Élysée a esquivé la question, indiquant que Macron «n’exclut pas, à terme, la reconnaissance de l’État palestinien, considérée comme une étape potentielle vers la résolution du conflit.»

Mais cette démarche «pourrait intervenir à un moment opportun, notamment en amont de la conférence de juin organisée sous l’égide des Nations unies, avec le soutien de l’Arabie saoudite».

Cette reconnaissance, ajoute l’Élysée en coordination avec les partenaires arabes et européens, «vise à contribuer à une sortie de crise et à répondre aux aspirations des peuples palestinien et israélien» et la conférence de juin prochain «portera sur des questions politiques clés», en s’appuyant sur les résolutions du Conseil de sécurité et les paramètres internationaux.

La visite du président français sera également l’occasion d’aborder des questions stratégiques, notamment en mer Rouge où le contexte sécuritaire reste tendu.

Le passage du porte-avions Charles de Gaulle dans le canal de Suez souligne l’engagement de la France en faveur de la sécurité maritime dans cette région stratégique.

Le renforcement de la coopération militaire franco-égyptienne se concrétise également par la livraison de nouveaux Rafales, dans le cadre d’un contrat signé précédemment. 

«Ces livraisons coïncideront avec la visite du président français, qui sera accompagnée d’un volet défense renforcé au sein de la délégation officielle», affirme l’Élysée.

Au-delà des enjeux sécuritaires et humanitaires, la visite du président français inclut également un volet culturel majeur. Le lancement de la nouvelle Université française d’Égypte et la signature de plus d’une dizaine d’accords universitaires illustrent l’ambition de renforcer les liens éducatifs et culturels entre les deux pays.

 


Droits de douane: la France en appelle au patriotisme des entreprises

Face aux droits de douane massifs annoncés par les Etats-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l'Economie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques. (AFP)
Face aux droits de douane massifs annoncés par les Etats-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l'Economie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques. (AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis, et de 20% pour celles arrivant de l'Union européenne
  • "Nous faisons appel au patriotisme", a déclaré M. Lombard. "Il est clair que si une grande entreprise française acceptait d'ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains" dans les discussions

PARIS: Face aux droits de douane massifs annoncés par les Etats-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l'Economie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques.

Les déclarations d'Eric Lombard sur BFMTV/RMC interviennent au lendemain de celles du président Emmanuel Macron appelant à suspendre les investissements outre-Atlantique, dans le cadre d'une riposte européenne qu'il souhaite "proportionnée" afin de laisser sa chance à la négociation avec les Américains.

"Nous faisons appel au patriotisme", a déclaré M. Lombard. "Il est clair que si une grande entreprise française acceptait d'ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains" dans les discussions.

Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis, et de 20% pour celles arrivant de l'Union européenne, faisant dégringoler les marchés financiers et suscitant des représailles chinoises.

Emplois menacés 

Les entreprises françaises sont bien implantées aux Etats-Unis, où la France était le troisième investisseur européen et le cinquième investisseur étranger en 2023.

"La première inquiétude, (..) celle qui doit nous alerter, c'est pour les producteurs français, pour les entreprises qui produisent et exportent aux Etats-Unis", a déclaré le Premier ministre François Bayrou, avertissant que des "dizaines de milliers d'emplois (étaient) menacés" dans le domaine agricole, viticole et des spiritueux.

Pour Eric Lombard, la riposte européenne doit être "proportionnée" et "nous conduire à la table de négociation", laquelle se fait "d'égal à égal", l'économie européenne étant une "des plus puissantes du monde" avec un marché intérieur de 450 millions de consommateurs.

"Nous avons tout à fait les moyens de négocier (...) pour obtenir un désarmement (des mesures annoncées, NDLR) le plus rapidement possible. Le dialogue se poursuit en permanence", a-t-il ajouté.

Il a averti qu'une riposte pourrait aller "au-delà des droits de douane", évoquant normes, échange de données ou outils fiscaux, afin de ne pas "désorganiser l'échelle de valeur en Europe".

"La riposte peut être très vigoureuse et il ne faut pas qu'on riposte exactement avec les mêmes armes parce que si on fait comme les Etats-Unis (...), on va avoir aussi un effet négatif en Europe", avec inflation et baisse de la croissance, a-t-il souligné.

Alors que se prépare le budget pour 2026 dans un contexte très contraint pour les finances publiques, le gouvernement redoute aussi un nouveau coup de frein à la croissance, déjà pénalisée par les fortes incertitudes internationales.

En cas d'accord négocié, "on peut encore avoir une année (...) de croissance, certes modérée mais positive", a estimé Eric Lombard. En cas d'escalade de la guerre commerciale, "on sera (...) dans une autre situation, beaucoup plus difficile".

Déficit malmené?

La Banque de France a déjà abaissé de 0,2 point à 0,7% sa prévision de croissance pour 2025 et le gouvernement pourrait prochainement suivre le mouvement, possiblement le 15 avril lors d'une conférence sur les finances publiques.

Une détérioration de l'économie entraînerait aussi le risque pour la France de manquer son objectif de ramener le déficit public à 5,4% du produit intérieur brut en 2025, contre 5,8% en 2024, a laissé entendre le ministre.

Et il a exclu un "coup de rabot supplémentaire (sur) la dépense publique" après un effort budgétaire d'une cinquantaine de milliards d'euros cette année.

L'objectif de réduction du déficit est toutefois maintenu, a ensuite précisé son ministère.

Pour prémunir les entreprises exportatrices face au "risque réel" de perturbation économique, Eric Lombard leur a promis un "accompagnement" par le ministère, avec notamment des échanges réguliers, à l'instar de la réunion jeudi à l'Elysée avec les filières les plus exposées, comme l'aéronautique, la viticulture ou les cosmétiques.

La banque publique d'investissement Bpifrance est mobilisée. "Mais je demande aussi à l'ensemble des réseaux bancaires d'être très attentifs dans le suivi de ces entreprises, dans ce moment où notre économie peut être en fragilité", a-t-il expliqué.

Le groupe bancaire BPCE et ses réseaux Banque Populaire, Caisse d'Epargne et Natixis se sont dits "particulièrement attentifs à accompagner" les entreprises clientes.

 


La France et Israël veulent éviter que l'Iran se dote de l'arme nucléaire 

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (à gauche), s'entretient avec le ministre grec des Affaires étrangères, Georgios Gerapetritis (à droite), avant le début d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord en session des ministres des Affaires étrangères avec les partenaires indo-pacifiques, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée, au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 3 avril 2025. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (à gauche), s'entretient avec le ministre grec des Affaires étrangères, Georgios Gerapetritis (à droite), avant le début d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord en session des ministres des Affaires étrangères avec les partenaires indo-pacifiques, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée, au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 3 avril 2025. (AFP)
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  • Le ministre israélien, qui a rencontré dans la matinée son homologue français Jean-Noël Barrot, a souligné que l'Iran était une menace pour toute la région et pas seulement pour Israël
  • Dans ce contexte, Israël a des discussions avec la France et le Royaume Uni et "un dialogue plus intense" avec les Etats-Unis

PARIS: La France et Israël ont pour "objectif commun de ne pas laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire", a déclaré jeudi le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar lors d'une conférence de presse à Paris.

Le ministre israélien, qui a rencontré dans la matinée son homologue français Jean-Noël Barrot, a souligné que l'Iran était une menace pour toute la région et pas seulement pour Israël. Dans ce contexte, Israël a des discussions avec la France et le Royaume Uni et "un dialogue plus intense" avec les Etats-Unis.

Interrogé sur l'imminence d'un conflit direct avec l'Iran, Gideon Saar ne s'est toutefois pas prononcé. "Nous n'excluons pas la voie diplomatique", a-t-il dit. Les Iraniens "ont clairement indiqué qu'ils étaient prêts à une négociation indirecte avec les Etats-Unis et je ne serais pas surpris si cette négociation commençait", a-t-il dit.

Mercredi, le chef de la diplomatie française avait estimé que si les négociations sur le programme nucléaire iranien venaient à échouer, "une confrontation militaire" serait "presque inévitable".

L'inquiétude monte alors que les discussions semblent dans l'impasse et que la fenêtre pour négocier un nouveau traité avec Téhéran doit se refermer à l'automne.

"Il y a a une coopération entre l'Iran, le Hezbollah (libanais) et le Hamas (palestinien). Et nous ne laisserons pas faire les activités terroristes de là-bas contre Israël et nos civils", a par ailleurs dénoncé Gideon Saar.

Sur la reprise des opérations militaires meurtrières à Gaza, il a martelé que l'objectif israélien était d'anéantir toute menace du groupe islamiste palestinien Hamas.

Il a en outre assuré que son gouvernement était "engagé à faire libérer tous les otages". Il a balayé l'idée que celui-ci "sacrifiait" les otages, soulignant que les autorités rencontraient les familles des otages constamment et qu'elles ne portaient pas toutes le même point de vue sur la politique menée à Gaza.

Le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, a accusé mardi le Premier ministre Benjamin Netanyahu de "sacrifier" les captifs à Gaza en ordonnant des frappes intenses sur le territoire palestinien.

La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Concernant le Liban, où Israël a frappé à deux reprises la banlieue sud de Beyrouth en dépit du fragile cessez-le-feu conclu il y a 4 mois, M. Saar a affirmé que son pays souhaitait la stabilité au Liban, mais ne laisserait pas le mouvement pro-iranien Hezbollah "se réarmer".

"Nous souhaitons normaliser nos relations avec le Liban", a-t-il assuré. "C'est peut-être prématuré du point de vue libanais", a-t-il dit, tout en faisant part de début de négociations "sur certaines problématiques". "Nous avons une équipe qui négocie sur (...) les différends à la frontière", a-t-il dit.

Gideon Saar a par ailleurs annoncé avoir invité le ministre français en Israël, assurant avoir "un dialogue continu" avec les autorités françaises. Et la visite de M. Barrot pourrait avoir lieu "prochainement".