Présidentielle: L'invasion russe en Ukraine bouleverse la campagne

Le président français Emmanuel Macron participe à une vidéoconférence des dirigeants du G7 sur l'Ukraine à l'Elysée à Paris le 24 février 2022. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron participe à une vidéoconférence des dirigeants du G7 sur l'Ukraine à l'Elysée à Paris le 24 février 2022. (AFP)
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Publié le Vendredi 25 février 2022

Présidentielle: L'invasion russe en Ukraine bouleverse la campagne

  • L'invasion de l'Ukraine commencée jeudi, au terme d'une escalade que M. Macron n'a su enrayer malgré son activisme, rebat encore les cartes
  • A 45 jours du premier tour, il est encore trop tôt pour juger de l'impact de l'événement sur les Français et la présidentielle, mais elle bouleverse complètement la campagne

PARIS: Comme un air d'union sacrée, au moins pour un jour: Emmanuel Macron a plaidé jeudi l'"unité" des Français face à l'invasion russe de l'Ukraine, unanimement condamnée par les candidats à six semaines du premier tour de la présidentielle.

Lors d'une courte allocution télévisée, le président sortant et presque candidat a appelé à "ne rien céder autour de nos principes de liberté, de souveraineté et de démocratie".

M. Macron, qui doit adresser un message au Parlement lors d'une séance solennelle vendredi, a également souligné que cet "acte de guerre", "un tournant dans l'Histoire de l'Europe", aura "des conséquences profondes, durables sur nos vies et la géopolitique de notre continent".

A l'unisson, les candidats de droite comme de gauche ont condamné jeudi cette intervention armée, appelant au cessez-le-feu et à mêler action diplomatique et sévères sanctions ciblées contre Moscou, voire, pour l'écologiste Yannick Jadot, à livrer des armes à Kiev.

Y compris dans le camp de ceux qui ont le plus ménagé la Russie de Poutine, comme le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon ou encore les candidats d'extrême droite Eric Zemmour (Reconquête!) et Marine Le Pen (Rassemblement national).

"Il faut donner des capacités défensives supplémentaires à l'Ukraine", a affirmé la LR Valérie Pécresse sur France 2, dénonçant "une dérive (de M. Poutine qui) se comporte aujourd'hui en dictateur".

«Présidentiable»

A 45 jours du premier tour, il est encore trop tôt pour juger de l'impact de l'événement sur les Français et la présidentielle, mais elle bouleverse complètement la campagne.

Si les enjeux de politique étrangère pèsent généralement peu sur une élection présidentielle, le fait que la guerre soit aux portes de l'Union européenne et qu'elle impacte l'entrée en scène d'Emmanuel Macron pourrait changer la donne et favoriser le président sortant, estiment des analystes.

M. Macron se retrouve pris en tenaille, lui qui était monté en première ligne pour tenter de dénouer la crise russo-ukrainienne, ce qui lui a valu des critiques de l'opposition. Il est le grand favori des sondages d'intentions de vote mais il voit sa campagne de réélection aller de report en report.

Plus largement, ces évènements "empêche(nt) la campagne de progresser", souligne le sondeur de PollingVox Jérôme Sainte-Marie, pour qui "ça va encore plus affaiblir les enjeux réels de la campagne, notamment les enjeux sociaux qui sont inaudibles".

"C'est du jamais-vu" d'avoir une guerre en temps de campagne, note de son côté Frédéric Dabi, directeur général opinion à l'Ifop.

Sur la défensive

Participant jeudi soir à un Conseil européen extraordinaire à Bruxelles, le chef de l'Etat a dû annuler sa participation au traditionnel dîner du Crif - une des figures imposées de campagne - où il a été remplacé par le Premier ministre Jean Castex.

"Nous savons ce qu'ont été les longs efforts qui ont permis à notre continent européen d'établir au cours de ces 70 dernières années un équilibre fondé sur des valeurs de paix, de liberté des peuples et de souveraineté des Etats", a rappelé le Premier ministre à cette occasion, appelant à l'unité "pour défendre cet acquis fondamental".

De leur côté, plusieurs candidats ont bouleversé leur agenda, à l'image de Mme Pécresse qui a annulé un déplacement à La Réunion prévu en fin de semaine prochaine, ou l'eurodéputé M. Jadot qui ne se rendra pas comme prévu vendredi à Clermont-Ferrand et renonce à sa visite prévue mardi au Salon de l'agriculture.

Christiane Taubira et la socialiste Anne Hidalgo ont également annulé des déplacements jeudi pour participer à des manifestations pro-Ukraine à Paris.

Pour leur part, trois des principaux candidats, Mme Le Pen et MM. Zemmour et Mélenchon, apparaissent sur la défensive même s'ils ont promptement condamné l'invasion russe.

Ils ont été critiqués pour s'être, à des degrés divers, associés aux revendications russes contre l'expansion de l'Otan, sans cautionner les agissements du président russe.

Pour le politologue Pascal Perrineau, "Mélenchon, Zemmour et Le Pen anticipent qu'ils pourraient éventuellement payer le coût électoral de certaines imprudences".

Le leader de LFI, arrivé jeudi matin à l'île de la Réunion, a appelé "au retrait de toutes les troupes étrangères d'Ukraine".

"Nous avons intérêt à avoir une conférence lucide, franche et déterminée sur la sécurité des frontières en Europe", a-t-il répété sur France 2.

Eric Zemmour, qui a lui condamné "sans réserve" Moscou, a fait valoir que "comme d'autres, y compris les Ukrainiens eux-mêmes, j'ai cru que Vladimir Poutine ne franchirait pas cette ligne rouge. M. Zemmour avait dit à plusieurs reprises ne pas croire à une invasion russe.

Enfin, Marine Le Pen a appelé "à la cessation immédiate des opérations russes", une invasion qui rompt "l'équilibre de la paix en Europe" et "doit sans ambiguïté être condamnée". Mme Le Pen avait été reçue par Vladimir Poutine lors de la campagne présidentielle de 2017.

Sur le plan comptable, M. Mélenchon a franchi à son tour la barre des 500 parrainages (540) et s'est joint aux sept premiers candidats qui disposent des signatures nécessaires pour se présenter au premier tour le 10 avril. 

Eric Zemmour et Marine Le Pen, tous deux crédités de plus de 10% des intentions de vote dans les sondages, restent en deçà de la barre fatidique, mais ils s'en rapprochent avec respectivement 415 et 414 signatures.


Carburants: Lecornu veut utiliser le "surplus" de recettes fiscales pour décarboner l'économie

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement français privilégie une stratégie à long terme : utiliser les surplus fiscaux liés à la hausse des carburants pour accélérer l’électrification, plutôt que baisser immédiatement les taxes
  • La flambée des prix de l’énergie alimente un fort débat politique : l’opposition réclame baisses de taxes, plafonnement ou aides ciblées, tandis que l’exécutif maintient une ligne de rigueur budgétaire et d’aides limitées

PARIS: Les carburants sont le gros morceau d'une réunion mercredi du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui promet d'utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l'économie et maintient sa prudence sur des mesures massives d'allègement à court terme de la facture des usagers.

L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.

Avant cette réunion au parfum de Conseil des ministres qui a débuté à Matignon à 10H30, le chef du gouvernement a donné "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés. Il a suggéré de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure est ainsi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.

De son côté, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon s'est défendue de l'idée d'un Etat "profiteur" de crise, ce dont l'accuse le Rassemblement national.

"L'Etat ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise, parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez (...), vous n'êtes jamais gagnant" mais s'il existe des surplus ponctuels, "ils doivent aller sur ces réponses structurelles", a-t-elle expliqué sur TF1.

- "Long terme" -

Il s'agit d'une réponse de "long terme", a-t-elle assumé, en indiquant que "moins de 10%" des stations-service rencontraient actuellement des problèmes d'approvisionnement.

Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient se prolonge.

Il a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, mesure demandée par le RN.

A droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".

Marine Le Pen pour le RN a manié l'ironie sur X. "Je croyais qu’il n’y avait pas de +surplus+ fiscal ?" et "qu’il n’existait aucun risque de pénurie ?".

A gauche, La France insoumise réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel.

Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".

Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre.

- "Sur-profits" -

Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année, l'exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, une mesure réclamée par le RN jugée trop onéreuse.

Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels.

Sans pour autant calmer les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu, qui a promis de nouvelles aides si le conflit s'éternisait.

Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression mardi.

L'ONG Greepeace a accusé dans une étude publiée mercredi, les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "sur-profits" par jour, dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre, grâce à une augmentation de leurs marges.

Outre les carburants, les ministres discuteront du calendrier parlementaire, très restreint pour cause d'élections sénatoriales en septembre, et de mesures de simplification visant à rendre l'Etat plus efficace.

Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, à la sortie des municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice.


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.

 


Moyen-Orient : la France «s'étonne» des reproches de Trump sur l'interdiction de survol de son territoire

La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
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  • "Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux.
  • "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française

PARIS: La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire".

"Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux. "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française.

"Nous nous étonnons de ce tweet" de Donald Trump, a-t-elle encore affirmé.

Paris n'avait pas annoncé officiellement ou publiquement d'interdiction de survol de son territoire pour les appareils américains impliqués dans le conflit, comme l'a en revanche fait l'Espagne.

La France avait autorisé les Etats-Unis à poser des avions ravitailleurs sur sa base méridionale d'Istres début mars après avoir obtenu la garantie qu'ils ne participaient aux opérations menées en Iran.

"La France n'a pas laissé des avions à destination d'Israël, chargés d'équipement militaire, survoler le territoire français. La France a été TRES PEU COOPERATIVE en ce qui concerne le +boucher iranien+ qui a été éliminé avec succès", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.