Salon de l'agriculture: après deux ans de pandémie, l'heure des «retrouvailles» a sonné

L'édition 2019 du Salon international de l'Agriculture à Paris. (AFP).
L'édition 2019 du Salon international de l'Agriculture à Paris. (AFP).
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Publié le Mercredi 23 février 2022

Salon de l'agriculture: après deux ans de pandémie, l'heure des «retrouvailles» a sonné

  • Après deux ans d'absence, le Salon de l'agriculture va fêter samedi à Paris les «retrouvailles» de la ville et de la campagne
  • L'événement prend racine dans l'histoire du Concours général agricole, créé en 1870 pour faire «progresser l'agriculture» dans le pays

PARIS: Après deux ans d'absence, le Salon de l'agriculture va fêter les "retrouvailles" de la ville et de la campagne, samedi à Paris, avec l'espoir d'un changement dans le regard du public.

Alors que le terme d'"agribashing" était encore en vogue avant que le virus n'abrège la durée du salon en 2020, la pandémie a promu les paysans au rang de gardiens de la "souveraineté alimentaire", érigée comme priorité au sommet de l'Etat.

Cette édition s'annonce d'ailleurs très politique à six semaines du premier tour de la présidentielle.

Comme le veut la tradition, le président Emmanuel Macron, qui ne s'est toujours pas déclaré candidat à un nouveau mandat, est annoncé dès le premier jour sur le salon.

En amont, plusieurs rendez-vous entre le chef de l'Etat et des responsables du monde agricole sont prévus dans un agenda présidentiel largement consacré à la crise russo-ukrainienne.

Jusqu'ici, le président a pris l'habitude de passer la journée entière Porte de Versailles: 12 heures en 2020, plus de 14 en 2019.

Avant l'arrivée du virus, à l'hiver 2019, le salon avait accueilli 630.000 visiteurs, soit "1% de la population française", se plaisent à rappeler les organisateurs.

Cette année, la tête d'affiche est une vache de race Abondance prénommée Neige, dont la robe acajou a commencé à couvrir les panneaux publicitaires du métro parisien.

La tenue de cette 78e édition est demeurée longtemps incertaine, au gré de l'évolution de la courbe épidémique et des restrictions sanitaires.

Le Salon de l'agriculture ou la "grande machine" du monde rural français

PARIS: Le Salon de l'agriculture fait figure de "grande vitrine du monde rural" et de trait d'union entre les agriculteurs et les citadins, quasiment sans interruption depuis 58 ans, retrace son président Jean-Luc Poulain dans un entretien accordé à l'AFP.

La grande manifestation agricole se tient tous les ans Porte de Versailles à Paris depuis 1964, sauf l'an dernier où elle a été annulée en raison de l'épidémie de Covid-19.  

L'événement prend racine dans l'histoire du Concours général agricole, créé en 1870 pour faire "progresser l'agriculture" dans le pays, explique M. Poulain, "notamment avec la génétique animale".

À l'époque, le concours ne concernait que les animaux, sélectionnés puis utilisés comme reproducteurs. Des vaches pour le lait, des cochons pour la viande... mais aussi des chevaux de trait ou destinés à la cavalerie, ou encore des moutons dont la laine servait, entre autres, à confectionner les habits militaires. 

Peu à peu, le Concours général agricole s'ouvre aux produits régionaux français et essentiellement aux vins, qui représentent à ce jour près de la moitié des 12.000 produits en compétition, au milieu des fromages, charcuteries mais aussi des miels, confitures ou encore du piment d'Espelette. 

Des agriculteurs de tout l'Hexagone s'y pressent, l'événement prend de l'ampleur et éveille la curiosité du reste de la population.

Le premier Salon international de l'agriculture ouvre ses portes à Paris en 1964, sous l'égide du ministre de l'Agriculture Edgard Pisani, créateur du Ceneca (Centre national des expositions et concours agricoles), que Jean-Luc Poulain préside aujourd'hui.

L'année de son inauguration, on dénombre environ 300.000 visiteurs. Des producteurs français pour la plupart, "mais aussi tout l'environnement économique autour: la compagnie d'omnibus de Paris pour les chevaux ou bien les grands restaurants parisiens pour le champagne médaillé d'or", précise M. Poulain.

«Choc des générations»

Au fil des années, le salon grossit (jusqu'à plus de 700.000 visiteurs en 2014), attire de plus en plus de curieux non issus du monde agricole. 

Il devient aussi le rendez-vous incontournable des politiques, qui se prêtent volontiers à des visites aux allures de marathon (plus de 14 heures pour Emmanuel Macron en 2019).

Jean-Luc Poulain se souvient en riant du "Casse-toi, pauvre con", lancé en 2008 par le président Nicolas Sarkozy à un agriculteur ayant refusé de lui serrer la main. 

Mais il retient surtout les visites de Jacques Chirac, l'homme qui selon lui a donné du souffle au Salon de l'agriculture. 

"C'était un de nos plus fervents supporters", se rappelle-t-il. "Il y passait beaucoup de temps, tutoyait tout le monde et serrait des centaines de mains."

Le salon, "c'est un choc des générations, entre les nostalgiques et ceux qui découvrent", estime Jean-Luc Poulain. "Les gens ont envie de montrer à leurs enfants ce qu'est une vache, un poussin ou un poulet. La proximité avec les agriculteurs manque beaucoup aux Français." 

"Autrefois, vous alliez acheter votre beurre et votre poulet à la ferme mais tout ça, c'est terminé. Le monde rural est de plus en plus isolé", déplore-t-il. Les gens n'ont plus aucune notion du travail agricole, ils sont déconnectés."

"La substantifique moelle du salon c'est de goûter, être collés serrés, toucher des animaux... On va respecter tout cela mais différemment", explique à l'AFP la directrice du salon, Valérie Le Roy.

"Il y avait une très forte attente du secteur [agricole]. On a estimé que le jeu en valait la chandelle" même s'il y aura "un peu moins d'exposants" et "peut-être moins de visiteurs".

Ces derniers devront présenter un pass vaccinal et porter le masque - au moins les prochains jours. A partir du 28 février, le masque n'est plus censé être obligatoire dans les lieux clos soumis au pass vaccinal, transports exceptés, mais les organisateurs attendent les dernières consignes préfectorales sur le sujet.

«Impatients»

A l'approche du premier tour de la présidentielle, le 10 avril, les candidats devraient défiler, le salon représentant une exposition pour eux comme pour les revendications du monde agricole. 

"Nous voulons peser dans cette campagne électorale", a prévenu lundi la patronne du syndicat majoritaire FNSEA, Christiane Lambert.

Le président de la Fédération nationale bovine (FNB, section spécialisée de la FNSEA), Bruno Dufayet, s'attend à des échanges pas toujours sincères.

"Un salon électoral, c'est toujours le plus chiant, tout le monde va nous aimer, on aura raison sur tout ce qu'on va dire", sourit l'éleveur de vaches Salers du Cantal.

L'agriculture française en chiffres

PARIS:  À la veille du Salon international de l'agriculture qui ouvre ses portes samedi à Paris, tour d'horizon de la "Ferme France", premier producteur agricole de l'Union européenne.

Vins, vaches, cochons

La France produit environ 47 millions d'hectolitres de vin, 24 millions de litres de lait de vache ou encore plus de 15 milliards d'oeufs par an.

Premier exportateur mondial de vin en valeur, l'Hexagone est le premier producteur européen de céréales, d'oeufs et de viande bovine, le deuxième pour le lait et le troisième pour le porc. 

Côté pêche et aquaculture, la France est le 3e producteur de l'UE.

L'industrie agroalimentaire, nourrie par les produits agricoles, est la première industrie française en termes d'emplois, avec près de 450.000 travailleurs, dont 100.000 dans la filière viande.

Les produits issus de l'agriculture et de l'agroalimentaire forment le troisième poste excédentaire de la balance commerciale de la France derrière l'aéronautique et spatial, et l'industrie chimique, parfumerie et cosmétique. 

Cet excédent est toutefois en recul depuis une quinzaine d'années, et avant tout porté par les vins et spiritueux ainsi que les céréales.

Environ 20% de la consommation alimentaire des Français est importée (plus de la moitié pour les fruits et légumes).

Secteur vieillissant cherche bras

Selon le ministère de l'Agriculture, les "métiers du vivant" (agriculture, agroalimentaire, filière bois-forêt, pêche) représentent 3,4 millions d'emplois et entre 70.000 et 100.000 postes à pourvoir chaque année.

Selon les résultats provisoires du recensement agricole, la France métropolitaine compte 389.000 exploitations agricoles (et 26.600 dans les départements d'Outre-Mer) - 100.000 de moins qu'en 2010 et quatre fois moins qu'en 1970.

A leur tête, la sécurité sociale agricole (MSA) recense près de 436.000 chefs d'exploitation (seuls ou associés). Un quart sont des femmes. 

En 2020, un million de personnes ont été employées dans les fermes françaises, dont plus de 600.000 saisonniers.

58% des agriculteurs-exploitants sont âgés de 50 ans ou plus et donc susceptibles de prendre leur retraite dans les années qui viennent, posant la question du devenir des fermes et de l'attractivité du métier.

En 2020, la profession comptait 19.359 nouvelles installations pour 25.316 départs: un taux de remplacement de 76,5%.

Selon l'INSEE, près d'un ménage agricole sur cinq vit sous le seuil de pauvreté (18% contre 13% pour l'ensemble des ménages ayant des revenus d'activité).

On constate une grande disparité selon les productions: 25% de pauvreté chez les éleveurs bovins et 13,4% chez les viticulteurs.

Le monde agricole est largement dépendant des aides publiques, et notamment des neuf milliards d'euros annuels de la politique agricole commune (PAC) dont la France est le premier bénéficiaire.

Le bio progresse

La surface agricole utile française (SAU) s'étend sur 26,7 millions d'hectares, soit près de 50% du territoire métropolitain en 2020, contre 63% en 1950.

En 2016, en France, 5% des surfaces agricoles étaient irriguées (jusqu'à 14% en Provence-Alpes-Côte d'Azur).

La surface cultivée en bio couvrait 9,5% de la surface agricole utile française fin 2020, soit 2,5 millions d'hectares. L'objectif d'atteindre 15% des surfaces en bio en 2022 ne sera pas atteint, a reconnu le gouvernement. 

En 2020, près de 6.000 fermes se sont tournées vers l'agriculture biologique, portant le total d'exploitations bio à plus de 53.000 dans le pays. 

En cinq ans, le marché du bio a doublé et atteint dorénavant 13 milliards d'euros.

 

Sources: Insee, ministère de l'Agriculture, ministère de la Mer, MSA, Agence bio 

La tension ne sera pas pour autant absente: le salon coïncide avec la clôture, le 1er mars, des négociations commerciales entre les agroindustriels et les supermarchés qui déterminent le prix des produits mis en rayon pendant l'année et, in fine, le revenu des agriculteurs.

Ces derniers, comme les industriels, se battent pour répercuter sur les consommateurs l'inflation qu'ils subissent (notamment sur l'alimentation des animaux), tandis que le gouvernement s'efforce de préserver la part revenant aux agriculteurs.

Promulguée en octobre, la loi Egalim 2 est l'ultime tentative du quinquennat pour que des agriculteurs n'en soient pas réduits à vendre à perte. En 2019, 16% d'entre eux n'ont eu aucun revenu voire été déficitaires, selon les chiffres les plus récents de l'Insee. 

Mais le salon, c'est aussi le théâtre du Concours général agricole qui voit l'élite du cheptel français, des vins, bières ou miels soumis à l'avis de jurés professionnels et consommateurs.

"Les producteurs et viticulteurs sont impatients. Une médaille c'est entre 18% et 40% d'augmentation du chiffre d'affaires", souligne le commissaire général du concours, Olivier Alleman. 

Seuls animaux absents cette année: les volailles, confinées en raison de la grippe aviaire.


Incendies: Paris sollicite l'aide européenne, état d'urgence en Espagne

L'année 2026 se situe, à ce stade, au deuxième rang des surfaces brûlées dans l'Union européenne depuis deux décennies de mesures, selon une analyse par l'AFP des données satellitaires du Système européen d'information sur les feux de forêt. Mais c'est la pire année en France, et parmi les pires en Espagne et en Italie. (AFP)
L'année 2026 se situe, à ce stade, au deuxième rang des surfaces brûlées dans l'Union européenne depuis deux décennies de mesures, selon une analyse par l'AFP des données satellitaires du Système européen d'information sur les feux de forêt. Mais c'est la pire année en France, et parmi les pires en Espagne et en Italie. (AFP)
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  • Face aux incendies qui ont conduit à l'évacuation de dizaines de milliers de personnes dans le sud-ouest de la France, le président Emmanuel Macron a demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (UE)
  • "Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque"

LEGE-CAP-FERRET: De violents incendies font toujours rage vendredi en Europe du Sud, en particulier en France qui doit recevoir rapidement de nouveaux renforts européens, et en Espagne où l'état d'urgence a été décrété près de Madrid.

L'année 2026 se situe, à ce stade, au deuxième rang des surfaces brûlées dans l'Union européenne depuis deux décennies de mesures, selon une analyse par l'AFP des données satellitaires du Système européen d'information sur les feux de forêt. Mais c'est la pire année en France, et parmi les pires en Espagne et en Italie.

Face aux incendies qui ont conduit à l'évacuation de dizaines de milliers de personnes dans le sud-ouest de la France, le président Emmanuel Macron a demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (UE).

"Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque", a détaillé sur X le président français, en soulignant que "la situation reste sous très forte tension face aux incendies qui frappent le pays, en particulier en Gironde".

Près de Bordeaux (sud-ouest), plus de 400 personnes sont déjà arrivées par bateau à la jetée d'Arcachon pour fuir l'avancée des flammes après un ordre d'évacuation depuis la très touristique presqu'île du Cap-Ferret, a annoncé à l'AFP vendredi matin la mairie d'Arcachon.

L'ensemble des résidents a été priés d'évacuer par route ou voie maritime alors que les pompiers luttent contre un feu de forêt, d'origine probablement accidentelle, qui a parcouru 8.700 hectares au nord du bassin d'Arcachon. Cette région touristique sur la façade atlantique avait déjà été frappée par de violents incendies à l'été 2022.

"C'est une catastrophe, c'est horrible", a témoigné pour l'AFP Jean Gonçalves, 54 ans, qui habite Lège-Cap-Ferret depuis 30 ans et a quitté sa maison en catastrophe.

En short et claquettes, un tee-shirt noué autour du bas de son visage, il explique que la maison de son voisin, un chalet en bois dont les habitants avaient été évacués, a complètement brûlé. "J'ai vu le feu, c'est la maison juste à côté, je me suis dit, je dégage", a-t-il confié tôt vendredi, inquiet pour sa maison "et pour ses poules, dans un poulailler pas loin de la forêt".

La préfecture a ordonné tôt vendredi l'évacuation des "premiers villages de la presqu'île du Cap-Ferret", particulièrement fréquentée, sans préciser le nombre de personnes concernées.

Dans le département voisin des Landes, un autre incendie a été déclenché par un véhicule jeudi près de Biscarrosse et s'est rapidement propagé, parcourant plus de 2.500 hectares jusqu'aux portes de la ville et conduisant à l'évacuation de 23.000 personnes, selon les pompiers.

Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint des pompiers du département, avait décrit jeudi un "feu apocalyptique". Vendredi matin, il a déclaré à l'AFP redouter une "journée encore plus criante" car "le vent forcit et change de sens".

Les forêts brûlent d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude publiée jeudi par des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère.

 Vent et sécheresse 

Dans le sud-est de la France, l'incendie qui touche le département du Var depuis trois jours a connu de nombreuses reprises de feu jeudi mais l'amélioration des conditions météo a permis le retour de certains évacués et devrait faciliter le travail des 800 pompiers engagés, selon la préfecture.

Parti mardi d'un champ, l'incendie a parcouru environ 2.700 hectares, et une cinquantaine de maisons ont été impactées, dont 25 détruites, selon la préfecture.

Etat d'urgence en Espagne 

En Espagne, la région de Madrid est traversée par les flammes. Au total, plus de 10.000 personnes ont été évacuées ces derniers jours et heures de la région de la capitale, où plusieurs feux de forêt sont actifs.

Le gouvernement espagnol a décrété l'état d'urgence national dans la région de Madrid et la province d'Avila voisine pour mobiliser davantage de ressources.

Au total, près de 125.000 hectares ont déjà brûlé depuis le 1er janvier en Espagne, selon Effis.

Et dans le sud de l'Italie, des dizaines de feux de forêt et de végétation, attisés par le vent chaud, font rage notamment en Sicile.

 


Incendies dans le Sud-Ouest: des dizaines de milliers d'évacués, renforts aériens attendus

Un habitant fait son jogging sur le site où un incendie s'est déclaré le 21 juillet et où deux pompiers ont perdu la vie en combattant les flammes à Mérignac, près de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, dans le sud-ouest de la France, le 22 juillet 2026. (AFP)
Un habitant fait son jogging sur le site où un incendie s'est déclaré le 21 juillet et où deux pompiers ont perdu la vie en combattant les flammes à Mérignac, près de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, dans le sud-ouest de la France, le 22 juillet 2026. (AFP)
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  • La préfecture de la Gironde a ordonné tôt vendredi l'évacuation de plusieurs villages de la presqu'île du Cap-Ferret, très touristique, précisant dans un communiqué que les flammes ont "franchi vers 1H00 la ligne d'appui
  • Près de 20.000 personnes avaient déjà été évacuées préventivement dans le secteur depuis le début de l'incendie mercredi et plusieurs maisons ont brûlé

LEGE-CAP-FERRET: Deux incendies font rage en Nouvelle-Aquitaine, où les feux ont parcouru 4.800 hectares en Gironde et 2.500 dans les Landes, provoquant l'évacuation de dizaines de milliers de personnes et poussant la France à solliciter des renforts aériens européens.

En Gironde, quelque 800 sapeurs-pompiers ont été mobilisés pour lutter contre le feu, d'origine probablement accidentelle, qui a parcouru 4.800 hectares au nord du bassin d'Arcachon, ravivant le spectre des méga-feux de l'été 2022 dans le département.

La préfecture de la Gironde a ordonné tôt vendredi l'évacuation de plusieurs villages de la presqu'île du Cap-Ferret, très touristique, précisant dans un communiqué que les flammes ont "franchi vers 1H00 la ligne d'appui mise en œuvre par les sapeurs-pompiers" pour tenter de stopper l'avancée du feu et protéger les habitats.

Près de 20.000 personnes avaient déjà été évacuées préventivement dans le secteur depuis le début de l'incendie mercredi et plusieurs maisons ont brûlé.

"C'est une catastrophe, c'est horrible", a témoigné pour l'AFP Jean Gonçalves, 54 ans, qui habite Lège-Cap-Ferret depuis 30 ans et a quitté sa maison en catastrophe.

En short et claquettes, un tee-shirt noué autour du bas de son visage, il explique que la maison de son voisin, un chalet en bois dont les habitants avaient été évacués, a complètement brûlé. "J'ai vu le feu, c'est la maison juste à côté, je me suis dit, je dégage", a-t-il confié tôt vendredi, inquiet pour sa maison "et pour ses poules, dans un poulailler pas loin de la forêt".

Un pompier en intervention à Lège a été blessé par une explosion, probablement d'une bouteille de gaz.

Face à une situation "sous très forte tension", le président Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (UE).

"Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque", a-t-il précisé sur X.

Car en parallèle, un autre incendie a été déclenché par un véhicule jeudi après-midi près de Biscarrosse (Landes) et s'est rapidement propagé, parcourant plus de 2.500 hectares jusqu'aux portes de la ville et conduisant à l'évacuation de 23.000 personnes, selon le SDIS des Landes.

Dans son point de 7H00, la préfecture a décrit un feu qui "n'est pas sous contrôle", avec une "situation très évolutive et défavorable". Quelque 600 sapeurs-pompiers sont mobilisés.

Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint du Sdis 40, avait décrit jeudi un "feu apocalyptique". Vendredi matin, il a déclaré à l'AFP redouter une "journée encore plus criante" car "le vent forcit et change de sens".

Sécheresse "pire qu'en 2022" 

En Gironde, la défense de Lège-Cap-Ferret, en bordure du massif forestier, se fait "îlot par îlot, maison par maison", a souligné Marc Vermeulen, directeur du Sdis en Gironde.

Parti de Saumos mercredi, l'incendie a gagné Le Porge avant de s'orienter vers Lège-Cap-Ferret, progressant rapidement dans une forêt de pins dense.

Avec 200 moyens terrestres et huit appareils aériens, dont un Dash et deux Canadair, les pompiers ont lutté toute la journée sur le flanc gauche, "pour éviter une propagation en direction d'Arès".

Selon le Sdis 33, la "sécheresse du massif est pire qu'en 2022", où près de 30.000 hectares avaient brûlé, rendant les conditions de lutte "plus difficiles".

Travaux forestiers interdits 

Le feu de Saumos a pu être déclenché par un engin de débroussaillage qui intervenait sous une ligne électrique pour le compte d'Enedis au milieu de pinèdes, d'après plusieurs sources interrogées par l'AFP.

Selon le gouvernement, plus de 12.500 départs de feu sont intervenus depuis janvier et la surface déjà brûlée dépasse celle de 2022, quand des incendies avaient conduit à l'évacuation de quelque 50.000 personnes. Plus de 3.000 hectares avaient déjà brûlé à l'époque autour de Saumos.

Dans le sud-est, l'incendie qui touche le Var depuis trois jours a connu de nombreuses reprises de feu jeudi mais l'amélioration des conditions météo a permis le retour de certains évacués et devrait faciliter le travail des 800 pompiers engagés, selon la préfecture.

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude publiée jeudi par des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère.

Les incendies surviennent après que deux sapeurs-pompiers sont morts, mardi, lors d'un feu près de l'aéroport de Bordeaux, après un précédent décès en Savoie début juillet. Les syndicats de la profession dénoncent un manque de moyens et "l'épuisement" des troupes.


Présidentielle : Attal lance sa campagne estivale «accélérée» en Bretagne

 Gabriel Attal ne relâche pas le rythme de sa campagne présidentielle pendant l'été. Il a entamé jeudi un déplacement de trois jours en Bretagne où il entend montrer son "envie" d'aller à l'Elysée, qu'il juge plus forte que celle de son concurrent Edouard Philippe. (AFP)
Gabriel Attal ne relâche pas le rythme de sa campagne présidentielle pendant l'été. Il a entamé jeudi un déplacement de trois jours en Bretagne où il entend montrer son "envie" d'aller à l'Elysée, qu'il juge plus forte que celle de son concurrent Edouard Philippe. (AFP)
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  • Venu en avion de Paris, l'ancien Premier ministre a été accueilli par une poignée de militants et d'élus à la criée de Brest, où il a déambulé au milieu des bacs de lotte, de langoustes et de raies
  • Jeudi, M. Attal devait déjeuner avec le patron des supermarchés Michel-Edouard Leclerc, avant de poursuivre la journée aux fêtes maritimes de Douarnenez

BREST: Gabriel Attal ne relâche pas le rythme de sa campagne présidentielle pendant l'été. Il a entamé jeudi un déplacement de trois jours en Bretagne où il entend montrer son "envie" d'aller à l'Elysée, qu'il juge plus forte que celle de son concurrent Edouard Philippe.

"Gabriel (Attal) continue à accélérer, il en a plus envie que les autres. Il trace sa route, fort et vite", résume son entourage.

Venu en avion de Paris, l'ancien Premier ministre a été accueilli par une poignée de militants et d'élus à la criée de Brest, où il a déambulé au milieu des bacs de lotte, de langoustes et de raies.

"Qu'est-ce qu'on peut faire pour aider la filière?", a interrogé le candidat.

Un représentant des goémoniers bretons, Yvon Troadec, l'a interpellé sur les difficultés de la profession, confrontée aux effets du réchauffement climatique, qui plombe la récolte d'algues.

"Je n'ai aucune illusion" d'avoir été entendu, a confié le pêcheur à l'AFP.

Sur les quais du port breton, M. Attal a vanté "l'identité extrêmement forte", "heureuse" et "conquérante" de la Bretagne. "C'était important pour moi d'être ici (...) pour aller aussi à la rencontre des Français qui travaillent, y compris en plein été, c'est le sens de mes déplacements tout au long de cet été et je vais continuer à le faire", a-t-il ajouté.

Jeudi, M. Attal devait déjeuner avec le patron des supermarchés Michel-Edouard Leclerc, avant de poursuivre la journée aux fêtes maritimes de Douarnenez.

Vendredi, il doit tenir une réunion publique à Lorient et pour finir un passage samedi sur l'île aux Moines, où il passait ses vacances en famille.

Distancé par le candidat d'Horizons dans les sondages, le patron du parti Renaissance veut "convaincre les Français un par un sur le terrain", notamment ceux "qui travaillent".

Edouard Philippe s'est aussi rendu dans l'ouest de la France samedi dernier, du marché de Guérande à la plage de La Baule en Loire-Atlantique, pour évoquer l'érosion côtière ou la question du tourisme.

Alors que les candidatures des deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron font craindre un effacement du centre et de la droite au second tour de la présidentielle, Gabriel Attal estime dans un entretien au quotidien régional Le Télégramme qu'il "faut d'abord une campagne et, ensuite, un vrai rassemblement", promis pour "début 2027".

En Bretagne, il entend développer la thématique des salaires, qu'il refuse de laisser à la gauche.

Désireux de réduire l'écart entre les salaires bruts et nets, il promet l'équivalent d'un treizième mois pour les Français "de la classe moyenne qui travaillent", soit 250 euros de plus par mois pour un salarié qui touche 2.200 euros net par mois.

 Pas de "facilité" 

Celui qui a pris ses distances avec Emmanuel Macron se défend d'aller "à la facilité" en Bretagne, terre macroniste.

Il défend son "ADN singulier" et considère au passage qu'"on n'a pas été assez loin" sur l'adaptation au changement climatique.

"Si on reprend les 10 dernières années, il y a eu un certain nombre de progrès" mais "on n'a pas été assez loin, notamment sur l'adaptation de notre pays. Les épisodes de canicule l'ont démontré", dit-il.

Alors qu'une partie des députés Renaissance sont très remontés après la réintroduction à titre dérogatoire de deux pesticides dans la loi d'urgence agricole, M. Attal reconnaît "un trouble" parmi les troupes du bloc central qui restent "en soutien" des agriculteurs.

Il entend plus largement pendant l'été s'arrêter sur le "quotidien" des Français et des thèmes parfois inhabituels dans une campagne présidentielle.

Il évoquera ainsi fin juillet la gestion de l'eau à Annecy, alors que la sécheresse s'étend après plusieurs épisodes de canicule, les gens du voyage en Vendée, ou encore l'abandon des animaux de compagnie, avant de visiter en août un quartier prioritaire et une colonie de vacances, puis de rencontrer des "mamans solo".

Fin août, il entrera dans une "nouvelle phase", avec la présentation de son quatrième et dernier chantier dédié à l'éducation et de son équipe de campagne.

Avant d'entamer une série de meetings régionaux, dont le premier se tiendra le 10 octobre à Lyon.