2022, l'année de l’immunité collective contre la Covid-19 ou celle des restrictions ?

À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
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Publié le Mercredi 12 janvier 2022

2022, l'année de l’immunité collective contre la Covid-19 ou celle des restrictions ?

  • Avec le variant Omicron qui ternit les festivités du Nouvel An, les experts hésitent à annoncer la fin de la phase la plus sombre de cette pandémie
  • De nombreux gouvernements tolèrent les taux d'infection élevés dans l'espoir de développer une immunité collective

DUBAÏ : Les craintes suscitées par Omicron, ce nouveau variant de la Covid-19, associées au stress des tests de dépistage PCR, aux annulations de vols et aux risques d'une nouvelle fermeture, ont gâché les festivités du Nouvel An pour bien des gens.

Un mème populaire a fait le tour du monde durant les vacances et a traduit un sentiment de déjà vu avec cette phrase choc : « The year 2022 is pronounced 2020 too » ou « la 2022 se prononce 2020 … aussi» (faisant allusion au chiffre deux, qui se prononce de la même manière que le mot ‘aussi’ en anglais, NDRL); cette phrase suggère que les restrictions rigoureuses imposées il y a deux ans risquent de refaire surface.

Ces mots se sont vite vérifiés. En effet, plusieurs pays ont imposé des mesures de confinement partiel, voire total pour pallier le record de cas d'infection par le coronavirus. D'autres ont durci les restrictions sur les rassemblements en intérieur et les voyages.

Résultat : une nouvelle fois, l'aviation civile a essuyé un revers financier en raison de l'annulation de plus de 8 000 vols dans le monde ; les événements, concerts et rassemblements mondains qui devaient célébrer la nouvelle année ont eux aussi été interrompus.

Le chaos provoqué par ce nouveau variant prédominant, auquel est venu s'ajouter le signalement de nouvelles souches plus transmissibles et résistantes aux vaccins en France, en Israël et à Chypre, a suscité chez de nombreuses personnes un doute quant à l'idée d'une immunité collective.

« On peut atteindre l'immunité collective, si elle existe vraiment, de deux manières : la première passe par une contamination généralisée, et la seconde, d'une vaccination à grande échelle », explique à Arab News le Dr Richard Kennedy, co-directeur du groupe de recherche sur les vaccins auprès de la Mayo Clinic.

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De nombreux gouvernements se montrent indulgents à l'égard des taux d'infection élevés pour éviter de devoir renforcer les restrictions et de saper la reprise économique ; ils espèrent que cette hausse des cas aboutira à une immunité collective. Mais comme on le dit souvent, l'espoir n'est pas une stratégie.

« Miser sur une propagation généralisée du coronavirus est une terrible erreur», affirme le Dr Kennedy. « L'infection engendre des maladies présentant des symptômes, nécessite le recours aux soins hospitaliers, entraîne la mort et génère davantage de variants. En effet, les nouvelles souches ne surgissent que lorsqu'une personne est infectée ».

Dr. Richard Kennedy. (Fourni)
Dr. Richard Kennedy. (Fourni)

« Le prix à payer en termes de morts, de souffrances et de perturbations sociétales ne justifie pas ce choix, surtout si l'on considère que cette méthode risque de prolonger voire d'aggraver la pandémie, suivant les particularités des souches qui apparaîtront forcément à l’avenir », affirme-t-il.

À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions pour muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes.

« Nous sommes confrontés à un parasite microscopique qui se nourrit de cellules humaines pour survivre et se reproduire », explique-t-il. « Il est dépourvu de sentiments ou d'émotions. Peu lui importe que le patient survive ou meure. Il agit selon sa programmation génétique ».

Cela dit, la prédominance des variants plus bénins présente un avantage comparatif. Si une souche de virus provoque la mort rapide du patient, elle risque de se transmettre trop rapidement à d'autres sujets, ce qui compromettrait la survie de la souche elle-même.

En revanche, des virus comme l’Omicron « parviennent aisément à contaminer une personne, à se reproduire et à infecter de nouvelles victimes », précise le Dr Kennedy.

Les spécialistes conseillent aux gouvernements de rester vigilants face à l'omicron. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un avertissement : on a tort de qualifier l'Omicron de « variant modéré », car il entraîne tout de même des « hospitalisations et des décès ».

A l'heure actuelle, le virus ne semble pas contraint de se développer et de devenir plus ou moins agressif. Cependant, les nouvelles souches du virus seront probablement plus contagieuses, comme c'est le cas avec l'Omicron.

Légende

Lundi, 1, 35 million de nouvelles infections au coronavirus ont été signalées aux États-Unis ; un record mondial en termes de nombre de nouveaux cas par jour. Ce record de nouvelles infections a été enregistré le jour où le nombre de personnes hospitalisées pour la Covid-19 a lui aussi battu un record historique.

En Arabie saoudite, le nombre de cas par jour a plus que doublé en deux jours seulement durant la première semaine de janvier ; les autorités ont dû imposer à nouveau le port du masque dans les endroits publics et réintroduire des mesures préventives dans la Grande Mosquée de La Mecque pour les pèlerins qui accomplissent l’Omra.

Depuis le début du mois de décembre, les infections dans les Émirats arabes unis (EAU) ne cessent d'augmenter, bien que le nombre de cas ne dépassait pas auparavant les 50 cas par jour. Sur une population de 10 millions d'habitants, les cas positifs dépassent désormais la barre de 2 500 personnes par jour, ce qui pèse sur les centres de dépistage et encourage les gens à se faire vacciner.

Dans les autres pays du Golfe, le nombre quotidien de cas de Covid-19 franchit désormais le seuil des 1 000 cas, aussi bien au Qatar qu'au Bahreïn et au Koweït. Le Qatar a réinstauré l'enseignement à distance pour les écoles et les collèges. Le Koweït, quant à lui, a interdit les événements publics.

Le Dr Abdullah Algaissi, virologue et professeur adjoint au Collège des sciences médicales appliquées de l'Université de Jazan, en Arabie saoudite, est convaincu que les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont dotés des meilleurs systèmes pour faire face aux nouvelles souches de coronavirus même si la région connaît une explosion du nombre de cas d'Omicron.

70 % de la population des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ou presque, est déjà vaccinée, ce qui diminue le risque de maladies graves causées par le virus dans ces pays, affirme-t-il.

Dr Abdullah Algaissi. (Fourni)
Dr Abdullah Algaissi. (Fourni)

« Les gouvernements des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se sont montrés plus performants que d'autres pays dans le contrôle des trois vagues de la Covid-19, et il en sera de même pour l'Omicron », a confié le Dr Algaissi à Arab News.

« Le nombre d'infections et de décès pourrait augmenter, mais les répercussions de l'Omicron seront moins importantes dans la région du Golfe que dans d'autres pays ».

Le Dr Algaissi est convaincu que la vague de l'Omicron sera éphémère et que la phase la plus difficile de cette pandémie est derrière nous

« Je crois qu'elle passera au stade de maladie endémique, ce qui signifie que la maladie deviendra moins inquiétante dans la mesure où moins de personnes pourront la contracter et où nous serons mieux équipés pour l'affronter », dit-il.

Pour le Dr Algaissi, il est indispensable de fournir un « vaccin universel contre la Covid-19 » - celui-ci est actuellement en phase de vérification - pour éliminer tous les variants et accélérer ainsi le passage de la pandémie a l’épidémie.

« Nous sommes en mesure de prédire certaines mutations du virus et nous pourrons disposer dans quelques années d'un vaccin capable de couvrir toutes les souches qui apparaîtront à l'avenir, comme le vaccin universel contre la grippe », précise-t-il.

Le Dr Algaissi n'exclut pas la possibilité d'une nouvelle souche résistante au vaccin auprès des populations à faible taux de vaccination ; on assisterait alors à une cinquième vague. D'après lui, toute nouvelle vague de Covid-19 sera toutefois brève.

M. Kennedy, qui fait partie de l’équipe de Mayo Clinic, envisage l'avenir avec moins d'optimisme et prévient contre un nouveau Coronavirus que le monde aura du mal à combattre pendant des années.

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« La race humaine a eu l'occasion de contenir et d'éradiquer ce virus. On risque de rater cette chance, si on ne l'a pas déjà gâchée. Il convient maintenant de vivre avec la présence permanente du SRAS-CoV-2 », dit-il, en désignant le nouveau coronavirus par son nom scientifique.

Si l'avenir semble incertain, le Dr Kennedy table sur des progrès qui seront réalisés à travers la mise au point de nouveaux vaccins et de médicaments antiviraux, de vaccins spécifiques à un variant et de meilleurs traitements. Il s'attend toutefois à des revers de taille.

« La réponse de la plupart des pays a été désordonnée, intermittente et a évolué rapidement, cela tient à la nature humaine elle-même. Cette situation a affaibli l'efficacité de ces mesures de prévention ».

Les progrès réalisés grâce aux nouveaux vaccins et médicaments antiviraux laissent entrevoir un certain espoir sur fond d'incertitudes liées à la pandémie qui sévit. (AFP)
Les progrès réalisés grâce aux nouveaux vaccins et médicaments antiviraux laissent entrevoir un certain espoir sur fond d'incertitudes liées à la pandémie qui sévit. (AFP)

Ainsi, lorsque les voyages internationaux reprendront leur cours, un pays présentant un taux de vaccination élevé continuera à connaître des difficultés s’il est entouré de pays à faible taux de vaccination. D'où l'importance de fournir les vaccins aux pays en développement de manière plus efficace.

« Il s'agit d'un problème d'envergure mondiale qui nécessite une solution mondiale », explique le Dr Kennedy. « L'immunité de troupeau doit se traduire par une immunité de troupeau au niveau mondial. Sans cela, nous ne parviendrons jamais à enrayer la pandémie ».

Le Dr Kennedy craint toutefois qu'à l'avenir, de larges pans de la population s'obstineront à défier la logique, les faits et le bon sens au lieu de relever ce défi ».

Selon lui, c'est la politique qui continuera d'orienter la stratégie de chaque pays. Il conclut par un avertissement brutal : « Dans leur lutte contre la pandémie, nous verrons des pays bricoler leur propre stratégie en s'appuyant tantôt sur les faits et la science, tantôt sur l'émotion et la perception de la population ».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 


Amnesty International exhorte la Belgique à mettre fin aux violations des droits des demandeurs d'asile

Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
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  • La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme. Sans intervention urgente, cette crise va s'aggraver
  • L'organisation a interrogé des personnes, dont des Palestiniens, qui naviguent dans le système d'asile du pays.

LONDRES : Amnesty International a condamné jeudi la Belgique pour avoir rejeté les demandes d'asile de milliers de personnes, les "forçant à devenir des sans-abri".

Amnesty a accusé ce pays membre de l'UE de "discrimination à l'encontre des hommes célibataires racialisés", ce qui a eu "un impact sur la vie, la dignité et les droits de l'homme des demandeurs d'asile".

L'organisation a ajouté : "À ce jour, les tribunaux nationaux et internationaux ont ordonné plus de 12 000 fois aux autorités belges d'accueillir des demandeurs d'asile.

"La Belgique a toujours refusé de se conformer pleinement aux jugements, bien que ceux-ci soient définitifs et juridiquement contraignants.

Amnesty a interrogé des personnes qui se sont retrouvées sans domicile fixe alors qu'elles naviguaient dans le système d'asile belge depuis 2021. Nombre d'entre elles ont déclaré qu'en plus de se voir refuser un logement, l'accès aux soins de santé est un problème majeur.

Sayed, qui a voyagé depuis l'Afghanistan, a passé du temps dans un squat à Bruxelles avec d'autres migrants sans-abri d'octobre 2022 à 2023.

"Au début, c'était assez bien, il y avait des toilettes et des douches, et certaines personnes apportaient de la nourriture l'après-midi ", a-t-il expliqué à Amnesty.

"Mais peu à peu, le centre s'est complètement transformé en cimetière. Les douches et les toilettes étaient cassées, avec le temps... L'urine arrivait jusqu'à l'endroit où l'on dormait."

Selon lui, les Belges ordinaires et les organisations caritatives locales ont été accueillants, mais l'État ne l'a pas été. "Les gens ressentaient notre douleur, mais pas les autorités", a-t-il ajouté.

Les réfugiés palestiniens Ahmet et Baraa, qui ont fui la guerre de Gaza l'année dernière, ont également été contraints de vivre dans un squat.

"Il faisait froid... Vous pouvez être affamé et personne ne le saura. Personne ne vous aidera", a déclaré Ahmet. "J'ai perdu beaucoup de parents et d'amis (à Gaza). Ma mère est gravement blessée, ainsi que mes frères et ma sœur. Je me suis mis à leur place : Je dois juste survivre."

Baraa a déclaré qu'il souhaitait simplement "une vie simple, des droits fondamentaux, un travail, de la nourriture dans (mon) estomac et vivre comme une personne normale. Nous avions une vie à Gaza, mais nous n'avions pas la sécurité nécessaire et c'est pour cela que nous sommes partis. C'est pourquoi nous sommes venus ici : pour trouver un endroit sûr".

Amnesty International craint que la Belgique ne continue d'exacerber le problème après que son nouveau gouvernement se soit engagé à adopter "la politique migratoire la plus stricte possible".

Amnesty a exhorté le gouvernement à "fournir immédiatement des places d'accueil en nombre suffisant et à veiller à ce que toutes les personnes demandant l'asile bénéficient d'un logement adéquat".

"Il doit veiller à ce que les personnes aient accès à des services de santé adéquats, y compris à un soutien psychologique spécialisé, quelle que soit leur situation en matière de logement.

L'organisation a également demandé à l'Union européenne de "veiller à ce que la Belgique rétablisse le respect" de ses obligations légales à l'égard des demandeurs d'asile, "notamment en lançant des procédures d'infraction si nécessaire".

Eva Davidova, porte-parole d'Amnesty International Belgique, a déclaré que "l'incapacité du pays à fournir un accueil n'est pas due à un manque de ressources mais à un manque de volonté politique".

Elle a ajouté : "Le gouvernement précédent a eu amplement le temps de résoudre la situation des sans-abri et ne l'a pas fait.

"Le gouvernement actuel se préoccupe davantage de réduire le nombre de personnes qui reçoivent l'asile que de s'attaquer aux préjudices réels infligés aux demandeurs d'asile qui se trouvent actuellement dans le pays.

"L'ampleur et la durée du mépris persistant de la Belgique pour les décisions de justice soulèvent des questions quant à la manière dont les détenteurs de droits peuvent espérer demander des comptes au gouvernement belge, en particulier les personnes marginalisées et racialisées comme celles qui sont affectées par cette situation.

Mme Davidova poursuit : "La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme qui aura un impact négatif durable sur la vie et la dignité des personnes, tandis que la société civile est laissée à elle-même pour ramasser les morceaux.

"Sans une intervention urgente, cette crise s'aggravera, violant davantage les droits des demandeurs d'asile et érodant à la fois les pays et l'engagement de l'UE en faveur des droits de l'homme.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Tarifs douaniers américains: Trump impose des prélèvements de 10% aux pays du CCG

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
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  • Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées
  •  La Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement

RIYAD: Les pays du Conseil de coopération du Golfe seront soumis à des droits de douane américains de 10% dans le cadre de la nouvelle politique commerciale de Donald Trump, qui vise à remédier à ce qu'il appelle des pratiques déloyales de longue date.

Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées: la Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement, suivis par la Libye à 31%, l'Algérie à 30%, la Tunisie à 28% et la Jordanie à 20%.

L'Égypte, le Maroc, le Liban et le Soudan ont reçu la même base de 10% que le CCG, ce qui reflète leurs liens commerciaux relativement stables avec les États-Unis, notamment en ce qui concerne les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques.

Hamza Dweik, responsable du négoce chez Saxo Bank, a déclaré à Arab News: «Les secteurs non énergétiques du CCG les plus vulnérables aux nouveaux droits de douane sont l'électronique, l'automobile, la construction, la vente au détail et les biens de consommation.»

Il a ajouté: «Ces industries dépendent fortement des biens importés, et l'augmentation des coûts due aux droits de douane pourrait entraîner une hausse des prix pour les consommateurs et une baisse de la compétitivité sur le marché.»

M. Dweik a également averti que le secteur des services financiers de la région pourrait être confronté à des défis, car l'incertitude mondiale accrue pourrait perturber les flux d'investissement et avoir un impact sur les marchés financiers régionaux.

Des préoccupations ont été soulevées concernant l'impact potentiel d'un tarif de base sur les chaînes d'approvisionnement du CCG, notamment dans les secteurs des métaux, des produits chimiques et de l'industrie.

Selon M. Dweik, des représailles mondiales ou des retombées commerciales sont possibles et pourraient affecter indirectement les économies du Golfe.

«L'incertitude politique et la possibilité de changements rapides pèsent lourdement sur les marchés mondiaux, y compris ceux du CCG. La région devrait se concentrer sur la diversification des relations commerciales et le renforcement des liens avec les régions non touchées afin d'atténuer les pertes potentielles», a-t-il ajouté.

Le pétrole exempté de droits de douane

La Maison Blanche a confirmé que les importations de pétrole et de gaz seraient exemptées des nouveaux droits de douane, ce qui constitue un soulagement notable pour les exportateurs du Golfe. Cette décision, qui s'applique également aux importations d'énergie en provenance du Canada, du Mexique et de l'Europe, vise à éviter de perturber les marchés américains de l'énergie et de faire grimper les prix des carburants.

Pour le CCG, cette exemption protège le secteur d'exportation le plus important de la région, puisque le pétrole et le gaz représentent plus de 60% des exportations de l'Arabie saoudite vers les États-Unis et restent un pilier essentiel du commerce entre le Golfe et les États-Unis.

Étant donné la dépendance du CCG à l'égard des exportations de pétrole, tout ralentissement économique mondial causé par les tensions commerciales pourrait avoir un impact négatif sur les prix du pétrole, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur leurs économies, a déclaré M. Dweik, avant d'ajouter: «L'exonération permet d'atténuer certains de ces effets, en veillant à ce que la principale source de revenus de ces pays reste relativement stable malgré les perturbations commerciales plus générales.»

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First» visant à protéger les industries nationales et à réduire les déficits commerciaux.

Le président a relancé cette approche avec de nouveaux droits d'importation radicaux, arguant que les pratiques commerciales déloyales ont désavantagé les travailleurs américains pendant des décennies.

Les pays les plus durement touchés par la hausse des droits de douane – notamment la Chine, l'Union européenne, l'Australie et le Japon – ont vivement critiqué cette décision et plusieurs d'entre eux ont déjà imposé des droits de rétorsion sur les produits américains. Ces mesures radicales ont suscité l'inquiétude dans le monde entier, alimentant les craintes d'une montée du protectionnisme, de perturbations de la chaîne d'approvisionnement et du risque d'une guerre commerciale plus large.

Bien que les pays du CCG ne soient pas parmi les plus durement touchés, les analystes ont averti que les exportateurs de la région pourraient encore être confrontés à une augmentation des coûts, à des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et à une augmentation des frictions commerciales, en particulier dans des secteurs tels que l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels.

Risque indirect du CCG lié aux droits de douane américains

Selon une analyse réalisée en février par S&P Global Market Intelligence, des pays comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – qui maintiennent des taux de change fixes par rapport au dollar américain – sont particulièrement vulnérables au resserrement des conditions monétaires, car la Réserve fédérale américaine pourrait maintenir des taux d'intérêt élevés pour contenir les pressions inflationnistes résultant des perturbations commerciales.

Un dollar plus fort pourrait éroder la compétitivité des exportations et affaiblir les balances commerciales de ces économies ancrées. Le rapport met en garde contre le fait que des taux d'intérêt américains durablement élevés puissent également réduire les flux de portefeuille vers la dette des marchés émergents, ce qui pourrait déclencher des sorties de capitaux et des pressions sur les liquidités, en particulier dans les pays surendettés tels que l'Égypte et la Tunisie.

Bien que la situation de l'Égypte se soit améliorée grâce aux investissements du Golfe et à un programme du Fonds monétaire international, un cycle prolongé de resserrement des taux américains pourrait compromettre cette reprise.

En outre, si les prix du pétrole chutent dans un contexte de ralentissement économique mondial, les exportateurs de pétrole du CCG pourraient être contraints de retarder leurs dépenses d'infrastructure, ce qui exercerait une pression sur les programmes de diversification à grande échelle.

Le géant du transport maritime Maersk a mis en garde contre les retombées mondiales des nouveaux tarifs douaniers américains, avertissant que l'escalade des tensions commerciales pourrait perturber les chaînes d'approvisionnement et augmenter les coûts d'expédition dans le monde entier.

Pour la région du CCG, qui dépend fortement du commerce maritime pour ses exportations pétrolières et non pétrolières, ces perturbations représentent un risque important. Si les exportations de pétrole du Golfe vers les États-Unis restent exemptées, des secteurs comme l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels pourraient être indirectement touchés par le ralentissement de la demande mondiale et l'augmentation des coûts de fret.

M. Dweik a fait remarquer que le CCG pourrait bénéficier de l'évolution de la structure du commerce mondial, en particulier si les droits de douane américains restent concentrés sur les concurrents d'autres régions.

Réaction du marché des actions du CCG

Selon les données de Bloomberg, les marchés boursiers régionaux du CCG ont largement baissé à la suite de l'annonce des tarifs douaniers.

Le principal indice d'Arabie saoudite, le Tadawul All-Share Index, a chuté de 72,78 points, soit 0,61%, tandis que le marché parallèle Nomu a baissé de 0,77% à 12h20, heure saoudienne. Les Émirats arabes unis ont connu les plus fortes baisses, l'indice d'Abu Dhabi ayant chuté de 2,86% et l'indice DFM de Dubaï de 2,64%.

L'indice MSX 30 de la Bourse d'Oman a perdu 0,76%, l'indice Bahrain Bourse All Share a chuté de 0,50% et l'indice général de la Bourse d'Amman en Jordanie a baissé de 1,70%.

En revanche, le Qatar a fait figure d'exception, tous les principaux indices affichant une évolution positive. La bourse du Qatar a gagné 0,46%, reflétant probablement la confiance des investisseurs dans le positionnement économique diversifié du pays et une exposition directe moindre aux risques de la politique commerciale américaine.

Alors que les exportations de pétrole de la région restent exemptes des nouveaux tarifs douaniers, le sentiment du marché semble avoir été affaibli par les préoccupations concernant les impacts indirects sur des secteurs clés tels que les métaux, l'industrie manufacturière et les biens industriels. Cette réaction souligne la sensibilité croissante des investisseurs à l'escalade des tensions commerciales mondiales et à leurs retombées potentielles sur les économies régionales.

Mesures prises par le CCG pour atténuer les risques liés aux droits de douane américains

Bien que les derniers droits de douane américains visent principalement la Chine, le Mexique et le Canada, les exportateurs du CCG ne peuvent pas se permettre de rester passifs. Les États-Unis ayant explicitement lié leur politique commerciale à la sécurité nationale et revu tous les accords commerciaux mondiaux dans le cadre d'un «plan équitable et réciproque», les entreprises basées dans le Golfe sont de plus en plus exposées.

Selon le rapport de mars de PwC sur le commerce, les droits de douane récemment annoncés sur l'aluminium et l'acier s'appliqueront à tous les pays, y compris les Émirats arabes unis, Bahreïn et Oman, et primeront sur les accords de libre-échange existants. Le rapport prévient également que les réductions de droits de douane ne s'appliqueront plus à ces produits, ce qui augmentera les coûts pour les exportateurs du CCG et affectera la compétitivité sur le marché américain.

PwC recommande aux entreprises du CCG d'évaluer d'urgence leur exposition en modélisant l'impact des coûts, en réexaminant les classifications commerciales et en exploitant des outils tels que les zones de libre-échange et les stratégies d'optimisation douanière.

Les entreprises devraient également renforcer la conformité commerciale, investir dans des solutions numériques pour la chaîne d'approvisionnement et explorer la diversification des marchés pour réduire la dépendance à l'égard des États-Unis.

Alors que l'environnement commercial mondial évolue vers des politiques plus protectionnistes, le rapport conclut qu'une approche «attentiste» n'est plus viable pour la région.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'émissaire spécial de Poutine se rend à Washington pour améliorer les relations bilatérales

Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
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  • Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
  • Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement n'est pas un processus facile ».

WASHINGTON : L'émissaire économique spécial du président russe Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, a annoncé qu'il tiendrait jeudi « des réunions » à Washington avec des représentants de l'administration Trump, alors que les États-Unis et la Russie sont en plein rapprochement.

Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, alors que le président américain Donald Trump affirme vouloir trouver une issue en négociant avec Moscou.

Elle survient au lendemain de l'annonce par M. Trump de droits de douane significatifs visant de nombreux pays, mais pas la Russie, déjà soumise à des sanctions américaines en raison de la guerre et qui n'est officiellement plus un partenaire commercial important selon Washington.

« Les 2 et 3 avril (...), je dois tenir des réunions à Washington avec des représentants de l'administration du président Donald Trump », a annoncé Kirill Dmitriev sur Telegram. 

Des médias américains ont annoncé son arrivée sur le sol américain dès mercredi, mais la Maison Blanche n'a pas confirmé sa venue à ce stade. Il n'a pas été précisé s'il s'était déjà entretenu avec des représentants américains.

Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a refusé de donner « des détails » de ce déplacement organisé « sur instruction du président » Vladimir Poutine. Le patron du puissant Fonds souverain russe, M. Dmitriev, ne s'exprime pas sur les discussions en cours concernant l'Ukraine.

Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement (...) n'est pas un processus facile ». « Mais chaque réunion, chaque conversation franche, nous permet d'avancer », a-t-il assuré.

De son côté, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a qualifié de « dynamique » le dialogue avec les États-Unis « sur les irritants » qui dure depuis plusieurs semaines, évoquant « quelques progrès » mais « pas de percées » à ce stade. 

- Trump « furieux » -

Les sanctions américaines visant l'économie russe et les perspectives de coopération économique devraient ainsi figurer au programme des discussions.

Le 13 mars dernier, c'était Steve Witkoff qui s'était déplacé en personne à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine au Kremlin. Sa visite n'avait toutefois pas permis d'aboutir à une trêve sans conditions des combats en Ukraine, comme le proposait Donald Trump et comme le validait le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Depuis, le locataire de la Maison Blanche s'est dit « très énervé, furieux » contre son homologue russe, après que Vladimir Poutine eut évoqué l'idée d'une « administration transitoire » en Ukraine, sans M. Zelensky, dans le cadre du processus de paix. 

Dans la foulée, il a menacé la Russie de sanctions secondaires visant son pétrole si Moscou et Washington ne parvenaient pas à un accord rapide sur la question ukrainienne. 

Kirill Dmitriev est, lui, personnellement sous sanctions américaines depuis 2022 et a dû obtenir une suspension temporaire de ces restrictions pour obtenir un visa et se rendre aux États-Unis.

Il figurait parmi les négociateurs russes lors des pourparlers russo-américains qui se sont tenus le 18 février en Arabie saoudite, première rencontre de ce genre entre Russes et Américains, quelques jours après le premier appel officiel entre Vladimir Poutine et Donald Trump depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche en janvier.

Fin février, une autre réunion russo-américaine a eu lieu à Istanbul concernant le travail des ambassades, après de multiples expulsions de diplomates des deux côtés depuis plusieurs années.

Né à Kiev sous l'URSS, Kirill Dmitriev connaît très bien les États-Unis où il a fait carrière. Il a travaillé auparavant pour la banque Goldman Sachs à New York, ainsi qu'au sein du cabinet de conseil McKinsey. Il est diplômé de l'université de Stanford et de la prestigieuse Harvard Business School.

Dans les années 2000, il a dirigé une division du fonds d'investissement USA-Russie, mis en place en 1995 par le président américain Bill Clinton pour dynamiser l'économie russe, alors en proie à des difficultés.