2022, l'année de l’immunité collective contre la Covid-19 ou celle des restrictions ?

À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions ce qui l’incitera à muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes. (AFP)
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Publié le Mercredi 12 janvier 2022

2022, l'année de l’immunité collective contre la Covid-19 ou celle des restrictions ?

  • Avec le variant Omicron qui ternit les festivités du Nouvel An, les experts hésitent à annoncer la fin de la phase la plus sombre de cette pandémie
  • De nombreux gouvernements tolèrent les taux d'infection élevés dans l'espoir de développer une immunité collective

DUBAÏ : Les craintes suscitées par Omicron, ce nouveau variant de la Covid-19, associées au stress des tests de dépistage PCR, aux annulations de vols et aux risques d'une nouvelle fermeture, ont gâché les festivités du Nouvel An pour bien des gens.

Un mème populaire a fait le tour du monde durant les vacances et a traduit un sentiment de déjà vu avec cette phrase choc : « The year 2022 is pronounced 2020 too » ou « la 2022 se prononce 2020 … aussi» (faisant allusion au chiffre deux, qui se prononce de la même manière que le mot ‘aussi’ en anglais, NDRL); cette phrase suggère que les restrictions rigoureuses imposées il y a deux ans risquent de refaire surface.

Ces mots se sont vite vérifiés. En effet, plusieurs pays ont imposé des mesures de confinement partiel, voire total pour pallier le record de cas d'infection par le coronavirus. D'autres ont durci les restrictions sur les rassemblements en intérieur et les voyages.

Résultat : une nouvelle fois, l'aviation civile a essuyé un revers financier en raison de l'annulation de plus de 8 000 vols dans le monde ; les événements, concerts et rassemblements mondains qui devaient célébrer la nouvelle année ont eux aussi été interrompus.

Le chaos provoqué par ce nouveau variant prédominant, auquel est venu s'ajouter le signalement de nouvelles souches plus transmissibles et résistantes aux vaccins en France, en Israël et à Chypre, a suscité chez de nombreuses personnes un doute quant à l'idée d'une immunité collective.

« On peut atteindre l'immunité collective, si elle existe vraiment, de deux manières : la première passe par une contamination généralisée, et la seconde, d'une vaccination à grande échelle », explique à Arab News le Dr Richard Kennedy, co-directeur du groupe de recherche sur les vaccins auprès de la Mayo Clinic.

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De nombreux gouvernements se montrent indulgents à l'égard des taux d'infection élevés pour éviter de devoir renforcer les restrictions et de saper la reprise économique ; ils espèrent que cette hausse des cas aboutira à une immunité collective. Mais comme on le dit souvent, l'espoir n'est pas une stratégie.

« Miser sur une propagation généralisée du coronavirus est une terrible erreur», affirme le Dr Kennedy. « L'infection engendre des maladies présentant des symptômes, nécessite le recours aux soins hospitaliers, entraîne la mort et génère davantage de variants. En effet, les nouvelles souches ne surgissent que lorsqu'une personne est infectée ».

Dr. Richard Kennedy. (Fourni)
Dr. Richard Kennedy. (Fourni)

« Le prix à payer en termes de morts, de souffrances et de perturbations sociétales ne justifie pas ce choix, surtout si l'on considère que cette méthode risque de prolonger voire d'aggraver la pandémie, suivant les particularités des souches qui apparaîtront forcément à l’avenir », affirme-t-il.

À mesure que l'immunité est renforcée dans le monde (par le biais des contaminations ou de la vaccination) le virus subira davantage de pressions pour muter et rien ne garantira que les nouvelles souches seront moins violentes.

« Nous sommes confrontés à un parasite microscopique qui se nourrit de cellules humaines pour survivre et se reproduire », explique-t-il. « Il est dépourvu de sentiments ou d'émotions. Peu lui importe que le patient survive ou meure. Il agit selon sa programmation génétique ».

Cela dit, la prédominance des variants plus bénins présente un avantage comparatif. Si une souche de virus provoque la mort rapide du patient, elle risque de se transmettre trop rapidement à d'autres sujets, ce qui compromettrait la survie de la souche elle-même.

En revanche, des virus comme l’Omicron « parviennent aisément à contaminer une personne, à se reproduire et à infecter de nouvelles victimes », précise le Dr Kennedy.

Les spécialistes conseillent aux gouvernements de rester vigilants face à l'omicron. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un avertissement : on a tort de qualifier l'Omicron de « variant modéré », car il entraîne tout de même des « hospitalisations et des décès ».

A l'heure actuelle, le virus ne semble pas contraint de se développer et de devenir plus ou moins agressif. Cependant, les nouvelles souches du virus seront probablement plus contagieuses, comme c'est le cas avec l'Omicron.

Légende

Lundi, 1, 35 million de nouvelles infections au coronavirus ont été signalées aux États-Unis ; un record mondial en termes de nombre de nouveaux cas par jour. Ce record de nouvelles infections a été enregistré le jour où le nombre de personnes hospitalisées pour la Covid-19 a lui aussi battu un record historique.

En Arabie saoudite, le nombre de cas par jour a plus que doublé en deux jours seulement durant la première semaine de janvier ; les autorités ont dû imposer à nouveau le port du masque dans les endroits publics et réintroduire des mesures préventives dans la Grande Mosquée de La Mecque pour les pèlerins qui accomplissent l’Omra.

Depuis le début du mois de décembre, les infections dans les Émirats arabes unis (EAU) ne cessent d'augmenter, bien que le nombre de cas ne dépassait pas auparavant les 50 cas par jour. Sur une population de 10 millions d'habitants, les cas positifs dépassent désormais la barre de 2 500 personnes par jour, ce qui pèse sur les centres de dépistage et encourage les gens à se faire vacciner.

Dans les autres pays du Golfe, le nombre quotidien de cas de Covid-19 franchit désormais le seuil des 1 000 cas, aussi bien au Qatar qu'au Bahreïn et au Koweït. Le Qatar a réinstauré l'enseignement à distance pour les écoles et les collèges. Le Koweït, quant à lui, a interdit les événements publics.

Le Dr Abdullah Algaissi, virologue et professeur adjoint au Collège des sciences médicales appliquées de l'Université de Jazan, en Arabie saoudite, est convaincu que les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont dotés des meilleurs systèmes pour faire face aux nouvelles souches de coronavirus même si la région connaît une explosion du nombre de cas d'Omicron.

70 % de la population des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ou presque, est déjà vaccinée, ce qui diminue le risque de maladies graves causées par le virus dans ces pays, affirme-t-il.

Dr Abdullah Algaissi. (Fourni)
Dr Abdullah Algaissi. (Fourni)

« Les gouvernements des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se sont montrés plus performants que d'autres pays dans le contrôle des trois vagues de la Covid-19, et il en sera de même pour l'Omicron », a confié le Dr Algaissi à Arab News.

« Le nombre d'infections et de décès pourrait augmenter, mais les répercussions de l'Omicron seront moins importantes dans la région du Golfe que dans d'autres pays ».

Le Dr Algaissi est convaincu que la vague de l'Omicron sera éphémère et que la phase la plus difficile de cette pandémie est derrière nous

« Je crois qu'elle passera au stade de maladie endémique, ce qui signifie que la maladie deviendra moins inquiétante dans la mesure où moins de personnes pourront la contracter et où nous serons mieux équipés pour l'affronter », dit-il.

Pour le Dr Algaissi, il est indispensable de fournir un « vaccin universel contre la Covid-19 » - celui-ci est actuellement en phase de vérification - pour éliminer tous les variants et accélérer ainsi le passage de la pandémie a l’épidémie.

« Nous sommes en mesure de prédire certaines mutations du virus et nous pourrons disposer dans quelques années d'un vaccin capable de couvrir toutes les souches qui apparaîtront à l'avenir, comme le vaccin universel contre la grippe », précise-t-il.

Le Dr Algaissi n'exclut pas la possibilité d'une nouvelle souche résistante au vaccin auprès des populations à faible taux de vaccination ; on assisterait alors à une cinquième vague. D'après lui, toute nouvelle vague de Covid-19 sera toutefois brève.

M. Kennedy, qui fait partie de l’équipe de Mayo Clinic, envisage l'avenir avec moins d'optimisme et prévient contre un nouveau Coronavirus que le monde aura du mal à combattre pendant des années.

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« La race humaine a eu l'occasion de contenir et d'éradiquer ce virus. On risque de rater cette chance, si on ne l'a pas déjà gâchée. Il convient maintenant de vivre avec la présence permanente du SRAS-CoV-2 », dit-il, en désignant le nouveau coronavirus par son nom scientifique.

Si l'avenir semble incertain, le Dr Kennedy table sur des progrès qui seront réalisés à travers la mise au point de nouveaux vaccins et de médicaments antiviraux, de vaccins spécifiques à un variant et de meilleurs traitements. Il s'attend toutefois à des revers de taille.

« La réponse de la plupart des pays a été désordonnée, intermittente et a évolué rapidement, cela tient à la nature humaine elle-même. Cette situation a affaibli l'efficacité de ces mesures de prévention ».

Les progrès réalisés grâce aux nouveaux vaccins et médicaments antiviraux laissent entrevoir un certain espoir sur fond d'incertitudes liées à la pandémie qui sévit. (AFP)
Les progrès réalisés grâce aux nouveaux vaccins et médicaments antiviraux laissent entrevoir un certain espoir sur fond d'incertitudes liées à la pandémie qui sévit. (AFP)

Ainsi, lorsque les voyages internationaux reprendront leur cours, un pays présentant un taux de vaccination élevé continuera à connaître des difficultés s’il est entouré de pays à faible taux de vaccination. D'où l'importance de fournir les vaccins aux pays en développement de manière plus efficace.

« Il s'agit d'un problème d'envergure mondiale qui nécessite une solution mondiale », explique le Dr Kennedy. « L'immunité de troupeau doit se traduire par une immunité de troupeau au niveau mondial. Sans cela, nous ne parviendrons jamais à enrayer la pandémie ».

Le Dr Kennedy craint toutefois qu'à l'avenir, de larges pans de la population s'obstineront à défier la logique, les faits et le bon sens au lieu de relever ce défi ».

Selon lui, c'est la politique qui continuera d'orienter la stratégie de chaque pays. Il conclut par un avertissement brutal : « Dans leur lutte contre la pandémie, nous verrons des pays bricoler leur propre stratégie en s'appuyant tantôt sur les faits et la science, tantôt sur l'émotion et la perception de la population ».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 


Trump loin de susciter «l'enthousiasme» avec sa demande d'aide sur le détroit d'Ormuz

Loin de "l'enthousiasme" qu'il espérait susciter avec sa demande d'aide pour le détroit d'Ormuz, Donald Trump fait face à la froideur des alliés des Etats-Unis, échaudés par des mois d'attaques commerciales et d'humiliations diplomatiques, contraints aussi dans leurs capacités militaires. (AFP)
Loin de "l'enthousiasme" qu'il espérait susciter avec sa demande d'aide pour le détroit d'Ormuz, Donald Trump fait face à la froideur des alliés des Etats-Unis, échaudés par des mois d'attaques commerciales et d'humiliations diplomatiques, contraints aussi dans leurs capacités militaires. (AFP)
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  • "Nous encourageons vivement les autres pays à s'impliquer avec nous, et à s'impliquer vite et avec beaucoup d'enthousiasme", a dit lundi le président américain
  • Le dirigeant républicain, qui a déclenché l'offensive israélo-américaine contre l'Iran sans guère se soucier des alliés des Etats-Unis, a présenté sa demande d'aide comme une sorte de test de loyauté

WASHINGTON: Loin de "l'enthousiasme" qu'il espérait susciter avec sa demande d'aide pour le détroit d'Ormuz, Donald Trump fait face à la froideur des alliés des Etats-Unis, échaudés par des mois d'attaques commerciales et d'humiliations diplomatiques, contraints aussi dans leurs capacités militaires.

"Nous encourageons vivement les autres pays à s'impliquer avec nous, et à s'impliquer vite et avec beaucoup d'enthousiasme", a dit lundi le président américain, qui veut rétablir la circulation dans cette artère vitale pour le commerce de pétrole, désertée depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Le dirigeant républicain, qui a déclenché l'offensive israélo-américaine contre l'Iran sans guère se soucier des alliés des Etats-Unis, a présenté sa demande d'aide comme une sorte de test de loyauté.

"Le degré d'enthousiasme est important pour moi", a-t-il dit.

"Nous n'avons besoin de personne", a assuré Donald Trump, avant d'ajouter, à propos des pays de l'Otan en particulier: "Ils devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années."

Il a même jugé que la plus grande rivale des Etats-Unis, la Chine, "devrait (le) remercier" d'avoir engagé ce conflit.

"Incroyable"

Mais personne ou presque ne "bondit", à l'exception de certains mystérieux pays dont Donald Trump assure qu'ils vont soutenir les Etats-Unis, mais en se refusant à les nommer.

Interrogé lundi sur un appel passé avec le président français Emmanuel Macron, le républicain a déclaré: "Sur une échelle de zéro à dix, je dirais qu'il mérite un huit". Avant d'ajouter: "Pas parfait, mais c'est la France."

Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont écarté lundi toute mission de l'Otan pour rétablir la circulation maritime. le Japon et l'Australie, alliés historiques des Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique, ont exclu tout envoi de moyens dans le détroit.

"C'est vraiment une demande incroyable", commente pour l'AFP Philip Gordon, ancien conseiller pour la sécurité nationale de la vice-présidente démocrate Kamala Harris, désormais expert pour la Brookings Institution.

Il juge que Donald Trump récolte en quelque sorte ce qu'il a semé, à force d'imposer des droits de douane, de critiquer l'Otan, de convoiter le Groenland ou de minimiser voire franchement nier les pertes subies par les alliés des Etats-Unis en Afghanistan par exemple.

"Imaginez que vous êtes un dirigeant européen qui doit justifier de risquer des vies humaines non seulement pour cette opération, mais pour un président qui n'a eu de cesse de vous insulter et de vous rabaisser depuis quinze mois. Cela va trop loin", juge-t-il.

"Les Etats-Unis lancent une guerre sans consulter leurs alliés et espèrent maintenant qu'ils viennent réparer les dégâts, cela ne va pas être bien reçu", abonde Erwan Lagadec, professeur à la George Washington University.

Au-delà de la dimension politique, il souligne que la demande d'aide de l'hôte de la Maison Blanche se heurte aussi à des limites pratiques.

Manque de capacités 

L'Otan "n'a pas tant de capacités navales que cela", explique ce spécialiste en relations internationales, pour qui la situation n'est pas "sans ironie", car les capacités en question "étaient jusqu'ici destinées à être déployées dans une volonté d'apaisement face à Trump au Groenland".

L'ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis Gérard Araud, commentateur prolifique des affaires internationales sur X, a réagi vivement aux demandes de la Maison Blanche.

"A ce niveau, le mot +culot+ est bien trop faible... Impudence, toupet, effronterie, outrecuidance. Ou alors les "Tontons flingueurs": les c... osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...", a-t-il écrit en référence à la célébrissime réplique inventée par Michel Audiard pour le film de Georges Lautner.

Certains pays alliés des Etats-Unis "pourraient changer de ton ou proposer quelque chose de mineur, par exemple plus de soutien logistique", mais sans modifier fondamentalement leur position, prévoit pour l'AFP Liana Fix, chercheuse au Council on Foreign Relations.

Donald Trump a fait lourdement pression sur les pays de l'Otan pour qu'ils augmentent leurs dépenses militaires.

Mais "de nombreux équipements militaires et missiles que (les Européens) avaient commandés auprès des Etats-Unis pour leur propre défense et celle de l'Ukraine sont maintenant utilisés en Iran", explique-t-elle.

La réserve européenne face aux demandes du président américain concernant le détroit d'Ormuz "n'est pas un retour de bâton" pour les attaques passées, elle repose "sur des contraintes et arbitrages très concrets", souligne-t-elle.

 

 


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
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  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.