Le long déclin: les Balkans décimés par une émigration massive

Cette photographie prise à Valandovo le 20 décembre 2021, montre un piéton marchant dans une rue de la ville de Valandovo en Macédoine du Nord, d'où fuient en grand nombre des jeunes dans l'espoir de trouver une vie meilleure à l'étranger. (AFP)
Cette photographie prise à Valandovo le 20 décembre 2021, montre un piéton marchant dans une rue de la ville de Valandovo en Macédoine du Nord, d'où fuient en grand nombre des jeunes dans l'espoir de trouver une vie meilleure à l'étranger. (AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 02 janvier 2022

Le long déclin: les Balkans décimés par une émigration massive

  • Comme d'autres pays des Balkans, la Macédoine du Nord lutte contre un déclin démographique alarmant, alimenté par une émigration massive et le vieillissement de ses habitants
  • Parmi les principales raisons de cette émigration, une croissance économique en berne et un manque d'investissements

VALANDOVO, Macédoine du Nord: Avec ses boutiques abandonnées et ses rues quasi désertes, la petite ville de Valandovo est à l'image de nombreuses localités de Macédoine du Nord que les jeunes quittent en nombre dans l'espoir de trouver une vie meilleure à l'étranger.

Comme d'autres pays des Balkans, la Macédoine du Nord lutte contre un déclin démographique alarmant, alimenté par une émigration massive et le vieillissement de ses habitants.

Le pays a perdu 10% de sa population au cours des vingt dernières années, et compte aujourd'hui 1,8 million d'habitants, selon les résultats préliminaires du recensement de septembre, soit 200.000 de moins que lors du dernier recensement en 2002.

Trente ans après l'indépendance du pays, quelque 600.000 Macédoniens vivent à l'étranger, selon des données de la Banque mondiale et du gouvernement à Skopje.

Parmi les principales raisons de cette émigration, une croissance économique en berne et un manque d'investissements.

"Si environ un quart de vos 2,4 millions d'habitants sont partis, vous devriez être sérieusement inquiet de ce qui se passe", assène Apostol Simevski, directeur de l'Office national des statistiques.

Les villages et petites localités, telle Valandovo située à 146 km au sud-est de Skopje, offrent peu d'opportunités d'emplois, poussant les ambitieux à chercher ailleurs.

"L'esprit des jeunes a été systématiquement détruit et leur enthousiasme pour lutter et rester chez eux a disparu", confie à l'AFP Pero Kostadinov, 33 ans, le maire récemment élu de Valandovo.

"Cinq de mes camarades de classe sont déjà à l'étranger avec leurs familles", renchérit Bojan Nikolov, 24 ans, membre du conseil municipal des jeunes à Valandovo, localité qui survit surtout grâce à l'agriculture.

« Mieux vaut être un esclave à l'étranger »

Après l'indépendance du pays en 1991, nombreux espéraient qu'une adhésion à l'Union européenne apporterait un progrès.

Mais le chemin de la Macédoine du Nord vers l'UE a systématiquement été barré, d'abord par la Grèce, puis, plus récemment, par la Bulgarie faisant naître des doutes sur la possibilité que le pays rejoigne un jour le bloc des vingt-sept.

Pour ceux qui restent au pays, le salaire mensuel moyen de 470 euros permet à peine de subvenir aux besoins essentiels.

"Mieux vaut être un esclave pour 2.000 euros à l'étranger que l'être à la maison pour 300 euros", entend-on fréquemment à travers le pays.

Mais la Macédoine du Nord n'est pas seule à connaître cette situation dans les Balkans.

En Albanie, environ 1,7 million d'habitants, soit près de 37% de la population, ont quitté le pays au cours des 30 dernières années.

En Serbie, des centaines de milliers de personnes ont refait leur vie à l'étranger, dont 10.000 médecins, partis au cours des deux dernières décennies, selon des estimations.

« Le dernier train démarre »

Et l’adhésion à l'Union européenne ne garantit pas un renversement de cette tendance démographique.

Depuis qu'elle a rejoint l'UE en 2013, la population de la Croatie s'est réduite de près de 10% et dépasse actuellement à peine les quatre millions d'habitants, selon les premiers résultats du recensement de 2021.

La Croatie pourrait d'ici la fin du siècle compter à peine 2,5 millions d'habitants, selon des estimations de l'ONU.

En décembre, Zagreb a dévoilé un projet visant à encourager ses citoyens résidant dans l'UE à revenir au pays en proposant jusqu'à 26.000 euros pour les aider à créer une entreprise.

Mais pour certaines régions, il est peut-être déjà trop tard.

En Croatie centrale et orientale, particulièrement touchées par la guerre des années 1990, l'émigration a été particulièrement massive.

A Pozega (est) et ses alentours, les pancartes "à vendre" sont omniprésentes. 

Plus de 16% des 80.000 personnes habitant cette région l'ont quittée au cours de la décennie écoulée, selon des chiffres officiels.

"Dans ma rue, un tiers des maisons sont vides et un deuxième tiers sera vide d'ici dix ans", déplore Igor Cancar, 39 ans, du village de Brestovac.

Parmi eux, sa soeur, partie en Autriche avec son mari et leurs deux enfants, et la plupart de ses amis proches.

"Si nous voulons que les jeunes restent, il faut les aider à bâtir une maison, mettre à leur disposition des jardins d'enfants", estime Igor Cancar.

"Le dernier train est en partance, et nous ne faisons rien à part rester sur le quai et faire au revoir de la main", conclut-il.


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Short Url
  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Short Url
  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Short Url
  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.