En Irak, les agriculteurs peinent sous l’effet des phénomènes météorologiques extrêmes

Ces dernières années, les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs qui vivent le long des rives du Tigre, fleuve autrefois puissant, se sont évaporés. (Photos AN/Kareem Botane)
Ces dernières années, les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs qui vivent le long des rives du Tigre, fleuve autrefois puissant, se sont évaporés. (Photos AN/Kareem Botane)
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Publié le Mercredi 10 novembre 2021

En Irak, les agriculteurs peinent sous l’effet des phénomènes météorologiques extrêmes

  • Le long du fleuve Tigre, des communautés autrefois florissantes affrontent une crise qui menace leur existence en raison des températures élevées qui sont devenues la norme
  • Le président irakien, Barham Salih, qualifie le changement climatique de menace la plus préoccupante sur le long terme pour son pays

MOSSOUL/BOGOTA: Couvert de la fine poussière jaunâtre que dégage sa planteuse tirée par un tracteur, Farman Noori Latif descend pour observer le résultat de son travail. Ce matin, il a semé du blé dans sa ferme au bord du fleuve Tigre, au sud de la ville de Mossoul, dans le nord de l'Irak.

La saison des semis de blé tire à sa fin, mais ce jeune homme de 30 ans a dû attendre les pluies d'automne indispensables à la culture du blé. Sous le soleil brûlant, la terre est encore desséchée. Il est pourtant nécessaire d’agir vite pour que les cultures prennent racine avant l'arrivée de l'hiver.

«Nous sommes le 2 novembre et il fait chaud. Le temps est trop chaud pour cette période de l'année», explique M. Latif à Arab News en inspectant la terre qu’il cultive avec sa famille depuis quatre générations. «Les températures actuelles sont habituellement ressenties au mois de septembre.»

Farman Noori Latif n'est pas le seul à mener une bataille désespérée contre le climat. Le sixième rapport de l'Organisation des nations unies (ONU) sur l'avenir de l'environnement mondial publié en 2019, a classé l'Irak en cinquième position sur la liste des pays les plus vulnérables en termes de quantité d'eau et de nourriture disponibles ou encore de températures extrêmes.

Ces dernières années, les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs qui vivent le long des rives du Tigre, fleuve autrefois puissant, se sont évaporés. Bon nombre des habitants des zones rurales ont été contraints d'abandonner leurs terres pour aller chercher du travail dans les villes.

«Nous avons tout perdu en raison du manque de pluie et des fortes chaleurs», confie à Arab News Ameer Khthr Yousif (30 ans), un agriculteur et pêcheur qui vend sa pêche au bord d'une route de la ville de Qayyarah.

«Nos récoltes dépendent du fleuve du Tigre. Si cette situation se prolonge, tout le monde ici va abandonner l'agriculture et chercher d'autres sources de revenus.»

Au cours du siècle dernier, les températures moyennes en Irak ont augmenté d'au moins 0,7°C, et les vagues de chaleur extrême sont devenues plus fréquentes. La Banque mondiale prévoit une augmentation de 2 °C des températures annuelles moyennes en Irak d'ici à 2050, et une baisse de 9 % de la moyenne des précipitations par an.

C'est en 2020-2021 que l'Irak a connu la deuxième saison la plus pauvre en pluie en quarante ans, selon les Nations unies; les aquifères du pays ne se sont pas remplis et la salinité des eaux souterraines résiduelles a augmenté.

«Les eaux souterraines se sont taries dans cette région», explique M. Latif. «Mon puits, d’une profondeur de 30 mètres, est désormais vide. Tous les puits ici se sont asséchés. Si l'on trouve encore de l'eau dans ces puits, elle sera rougeâtre ou salée.»

 

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Hazim Mahamad Ebrahim (60 ans), agriculteur originaire de Hoot al-Fouaqni, dans la ville de Qayyarah, à Mossoul. (AN Photo/Kareem Botane)

 

Du fait de la dégradation des sols, les tempêtes de poussière se font de plus en plus intenses et fréquentes. Entre 1951 et 1990, l'Irak a enregistré une moyenne de vingt-quatre jours de tempêtes de poussière par an. En 2013, il y en a eu cent vingt-deux, selon les Nations unies.

Dans une tribune publiée dans le Financial Times le 31 octobre, à l'occasion du début du sommet des Nations unies sur le climat COP26 à Glasgow, le président irakien, Barham Salih, a qualifié les conséquences économiques et environnementales du changement climatique de «menace la plus préoccupante sur le long terme» pour l'Irak.

«Les températures extrêmes et les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes et les tempêtes de poussière plus violentes», souligne M. Salih. «La désertification touche 39 % de la superficie de l'Irak et la salinisation accrue met en péril les activités agricoles sur 54 % de nos terres.».

Le même scénario de sécheresse et de hausse des températures s'applique aux pays voisins, ce qui entraîne des conflits régionaux autour de l'eau. Cette année, le ministère irakien de Ressources en eau a signalé une baisse de 50 % du débit d'eau en provenance d'Iran et de Turquie au cours de l'été.

«Les barrages installés sur les cours supérieurs et les affluents du Tigre et de l'Euphrate – fleuves historiques qui alimentent notre pays – ont réduit le débit d'eau et entraîné des pénuries», ajoute le président irakien. «Selon le ministère irakien des Ressources en eau, notre pays risque de connaître en 2035 un déficit annuel pouvant atteindre 10,8 milliards de m³ d'eau ».

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Farman Noori Latif (30 ans), agriculteur et entrepreneur du village de Muhssin, dans la région de Qarach, à Makhmur, Qayyarah, Mossoul. (Photo AN/Kareem Botane)

M. Salih est conscient de la menace que le changement climatique fait peser sur ce pays qui dépend entièrement des revenus du pétrole et où la jeune population n'arrive pas à refouler sa frustration. 

«La population irakienne est appelée à doubler, passant de 40 millions d'habitants actuellement à 80 millions d'ici à 2050. Dans le même temps, nos revenus, largement tributaires du pétrole, baisseront considérablement, à mesure que le monde renoncera aux combustibles fossiles en faveur des énergies durables et propres», précise-t-il.

«La perte de revenus risque de provoquer une migration vers les villes dont les infrastructures ne suffisent pas à subvenir aux besoins des populations qui y vivent aujourd'hui. On pourra assister, en raison de cette migration, à une montée de l'extrémisme et de l'insécurité, car les jeunes ne trouveront pas d'emploi leur assurant un niveau de vie décent.»

 

FAITS MARQUANTS

* La température moyenne en Irak a augmenté d'au moins 0,7 °C depuis 1921.

 

* En 2020-2021, l'Irak a connu la deuxième saison la plus pauvre en pluie en quarante ans.

 

* En 2013, l'Irak a connu au moins cent vingt-deux jours de tempêtes de poussière.

 

Mohammed Abdallah Ibrahim cultive sa parcelle de terre à Qayyarah depuis des dizaines d’années. Il nous parle des bouleversements climatiques auxquels il a assisté au cours de sa vie.

«Je suis agriculteur depuis les années 1970 et je n'ai jamais rien vu de pareil», déclare cet homme de 64 ans à Arab News.

Les pénuries d'eau ont contraint les agriculteurs de la région à renoncer à cultiver plusieurs types de fruits et de légumes gourmands en eau. Les variétés qui continuent à être cultivées donnent une récolte deux fois moins importante, selon M. Ibrahim.

«L'agriculture constituait une source de revenus suffisante», ajoute-t-il. «La culture nous suffisait et nous procurait des bénéfices. Nous ne travaillions autrefois que dans l'agriculture, sans avoir besoin de salaire. Mais la situation a changé. Nous sommes obligés de chercher un autre emploi pour subsister.»

«Si cette situation perdure, un avenir sombre nous attend. La jeune génération sera confrontée au chômage.»

Pour Hilal Faraj Mohamoud, le voisin d'Ibrahim, le climat du pays a énormément changé. «L'année dernière, le pays a connu une canicule inédite», raconte-t-il à Arab News. «J'ai 56 ans et je n'ai jamais ressenti une telle chaleur auparavant.»

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Hilal Faraj Mohamoud, 56 ans, un agriculteur de Hoot al-Fouaqni, Qayyarah, Mossoul. Crédit : (Photo AN /Kareem Botane)

«Nombre de fermiers ont quitté leurs terres et abandonné l'agriculture. Si la situation perdure, je crains que nous soyons tous obligés de migrer vers les villes et de renoncer à l'agriculture; nous quitterons les villages qui n'auront plus rien à nous offrir.»

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à souffrir de la chaleur accablante. Les pâturages peu abondants, le fourrage insuffisant et la pénurie d'eau douce ont contraint les éleveurs de bétail à vendre voire à abattre leurs animaux.

«La sécheresse et des pluies insuffisantes ont tué nos animaux», raconte à Arab News Jamal Ali (49 ans), un berger de Makhmur. 

«L'élevage de bétail constitue désormais une activité coûteuse. Nous devons acheter du fourrage pour nos moutons et nos vaches: nos terres ne produisent plus suffisamment de nourriture en raison de la saison des pluies tardive et de la sécheresse. Nous avons donc vendu nos moutons pour pallier cette perte. Le changement climatique nous a fait perdre 50 % des revenus provenant des animaux et de l'agriculture.»

En outre, la déshydratation a provoqué de sérieux problèmes de santé parmi le bétail, ce qui a affecté leur capacité de reproduction.

«Les animaux sont victimes de nombreuses maladies liées au changement climatique», explique Jamal Ali. «La plus répandue concerne les malformations congénitales. Tous ces problèmes sont imputables à la pénurie de pluie et d'eau.» 

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Rayid Khalaf al-Wagaa (51 ans), agriculteur et maire de Hoot al-Foqani, Qayyarah, Mossoul. (AN Photo/Kareem Botane)

Rayid Khalaf al-Wagaa, maire de Hoot al-Foqani, un village de Qayyarah, déclare que le gouvernement fédéral de Bagdad a peu agi pour subventionner l'agriculture et prévenir les déplacements ruraux liés au climat.

«La pénurie de pluie et d'eau nous a fait perdre plus de cent mille hectares de terres. Nous possédons moins d'animaux que par le passé, en particulier des moutons», indique-t-il.

«Près de cinquante à soixante agriculteurs ont quitté la région à ce jour. Nous avons besoin du soutien des organisations internationales car les capacités du gouvernement sont limitées. Nous espérons qu'ils pourront nous aider, sinon il y aura moins d'animaux et d'agriculteurs dans les années à venir.»

En dépit du plan national d'adaptation que le gouvernement irakien a initié avec le soutien des Nations unies pour renforcer la résilience du pays au changement climatique, les communautés agricoles qui vivent sous le soleil brûlant le long du Tigre n'en ont guère profité.

Agenouillé dans la terre poudreuse pour arracher une petite plante jaune, M. Latif avertit que les fermiers irakiens ont urgemment besoin d'une aide étrangère pour maintenir leur mode de vie dans un contexte de changements climatiques impitoyables.

«Nous avons perdu tout espoir dans le gouvernement irakien; nous exhortons les pays étrangers à nous secourir», lance-t-il. «C'est le seul moyen qui nous permette de gagner notre vie. Notre seul espoir, c'est l'agriculture et sans elle, il est difficile de prévoir quel avenir nous attend.» 

 

Twitter: @kareem_botane / @RobertPEdwards

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.