Les talibans peuvent-ils éradiquer la puissante menace de l’État islamique?

Les talibans ont refusé de coopérer avec les États-Unis contre l’EI, avant que les deux parties ne s'entretiennent directement le week-end dernier. (AFP)
Les talibans ont refusé de coopérer avec les États-Unis contre l’EI, avant que les deux parties ne s'entretiennent directement le week-end dernier. (AFP)
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Publié le Mercredi 13 octobre 2021

Les talibans peuvent-ils éradiquer la puissante menace de l’État islamique?

  • Les talibans minimisent les capacités de l’État islamique et le considèrent comme un groupe marginal sans attrait pour le grand public
  • L’évolution future de l’État islamique en Afghanistan dépendra en grande partie de sa capacité à recruter davantage de membres et à conquérir une grande partie de la population

KABOUL: Avec l’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan, un nouvel ennemi se profile. L’État islamique (EI) menace d’entamer une nouvelle phase de violence. Cette fois cependant, les anciens insurgés – les talibans – jouent le rôle de l’État, maintenant que les troupes américaines et leur gouvernement afghan allié sont partis. Les talibans ont promis aux États-Unis de contrôler le groupe extrémiste lors des cycles successifs de pourparlers de paix. Dans le cadre de l’accord entre les États-Unis et les talibans de 2020, les talibans s’engagent à ne pas faire de l’Afghanistan un refuge pour les groupes terroristes menaçant les États-Unis ou leurs alliés.

On ne sait toujours pas s’ils sont capables de tenir leur engagement, au vu de l’augmentation soudaine des attaques de l’EI depuis la prise de contrôle des talibans le 15 août. Vendredi, un attentat meurtrier dans la province de Kunduz a tué quarante-six fidèles à l’intérieur d’une mosquée où se recueillent les chiites. D’autres attentats meurtriers ont frappé la capitale, Kaboul, et les provinces de l’Est et du Nord, tandis que des attaques à plus petite échelle prennent des combattants talibans pour cible presque quotidiennement.

«Historiquement, la majorité des attaques de l’EI sont dirigées contre l’État. Maintenant que les États-Unis et les forces internationales ont déserté les lieux, ils doivent s’en prendre à l’État – soit les talibans», déclare Andrew Mines, chercheur associé au sein du Programme sur l’extrémisme de l’université George Washington.

Rivalité de longue date

Les talibans et l’EI veulent tous deux établir un État de droit selon leurs interprétations radicales de la loi islamique. Mais il existe des différences idéologiques essentielles qui alimentent la haine d’un groupe envers l’autre. Les talibans soutiennent qu’ils mettent en place un État islamique en Afghanistan, à l’intérieur des frontières de ce pays. L’EI se veut lui-même LE califat mondial que tous les musulmans devraient soutenir. Il méprise les objectifs nationalistes des talibans et ne les reconnaît pas comme un pur mouvement islamiste. Pour des raisons similaires, l’EI est depuis longtemps un ennemi farouche d’Al-Qaïda.

Les talibans et l’EI prônent des versions particulièrement dures de la charia islamique et ont recours à des tactiques telles que les attentats-suicides. Mais lorsque des territoires de la Syrie étaient sous son emprise, l’EI a mené des actes bien plus brutaux, et infligé des punitions plus horribles que les talibans. 

L’EI est apparu en 2015 en Afghanistan, dans la province du Khorasan, à une époque où le groupe était à son apogée, contrôlant une grande partie de l’Irak et de la Syrie. Il a attiré des militants afghans et pakistanais, notamment une vague de transfuges talibans.

Le groupe a d’abord trouvé du soutien auprès du petit mouvement salafiste afghan dans les provinces orientales de Kunar et de Nangarhar. Les salafistes avaient été largement marginalisés par les talibans et, en se liant à l’EI, ils ont trouvé moyen d’établir une force militaire.

Cependant, les actes brutaux de l’EI ont, depuis, conduit certains religieux salafistes à exprimer leur opposition. Dans les années qui ont suivi son émergence, l’EI a été durement touché par des revers militaires face aux talibans et par des frappes aériennes américaines, avant de regagner en puissance l’année dernière.

Les talibans minimisent les capacités de l’EI et le considèrent comme un groupe marginal sans attrait pour le grand public.

«Ils n’ont pas de racines ici», déclare le cheikh Abdelhamid Hamasi, figure influente des talibans, dans un entretien accordé à l’Associated Press.

Fin de partie

Pourtant, nul ne peut contester la puissance de la menace de l’EI. Deux attentats meurtriers ont frappé Kaboul, dont un à l’extérieur de l’aéroport au plus fort des évacuations, avant le retrait des États-Unis. Cent soixante-neuf Afghans et treize militaires américains y ont trouvé la mort. Les attaques à plus petite échelle augmentent également. «L’intensité et l’ampleur des attaques montrent que les capacités et la portée nationale de l’EI ont pris les talibans au dépourvu», affirme Ibrahim Bahiss, consultant auprès de l’International Crisis Group. L’EI «ne constitue pas une menace à court terme».

L’EI risque de mettre du temps avant de reprendre le contrôle des territoires. Son objectif immédiat est de déstabiliser les talibans et de briser l’image du groupe en tant que gardien de la sécurité. Pour l’instant, sa stratégie est lente et méthodique. Il tend la main aux tribus et à d’autres groupes pour recruter des personnes tout en éradiquant toute forme de contestation parmi les salafistes modérés et en orchestrant des opérations d’évasion de prison, des assassinats et des attaques contre les talibans. 

«L’accumulation de tous ces actes est une technique d’insurrection à part entière que les talibans ne sont pas en mesure de gérer», soutient M. Mines.

Bill Roggio du Long War Journal, publié par la Fondation pour la défense des démocraties – un groupe de réflexion à but non lucratif – a un avis différent. Il pense que les talibans peuvent eux-mêmes éradiquer l’EI, même sans le soutien des frappes aériennes américaines qui ont presque éliminé le groupe.

Selon M. Roggio, les talibans se sont montrés capables d’éradiquer certaines cellules terroristes de l’EI, en utilisant leurs vastes réseaux locaux de collecte de renseignements. Il note que l’EI – contrairement aux talibans pendant leur insurrection – n’a pas accès à des abris sûrs au Pakistan et en Iran.

Les talibans ont refusé de coopérer avec les États-Unis contre l’EI, avant que les deux parties ne s'entretiennent directement le week-end dernier.

L’évolution future de l’EI en Afghanistan dépendra en grande partie de sa capacité à recruter davantage de membres et à conquérir une grande partie de la population. Depuis sa création, il débauche des membres des talibans. En 2015, un ancien commandant taliban, Abdel Rauf Khadim, est nommé vice-président de l’EI en Afghanistan. Il aurait proposé des incitations financières à d’autres combattants talibans pour qu’ils rejoignent le groupe.

En 2020, lorsque l’EI réapparaît en Afghanistan, il est dirigé par un nouveau chef issu du réseau Haqqani – actuellement une faction des talibans. Les membres de la ligne dure des talibans pourraient rejoindre l’EI, parce que les dirigeants talibans désormais au pouvoir doivent faire des compromis, que ce soit dans le pays ou à l’étranger. Les talibans ont promis un gouvernement plus inclusif, bien que l’administration temporairement mise en place soit entièrement composée de talibans.

Plus les talibans coopèrent avec d’autres pays à l’échelle internationale, plus ils vont à l’encontre de l’image des moudjahidines. «C’est une identité clé que les talibans vont perdre», ajoute M. Mines. 

Traitement des minorités 

Alors que les talibans passent de l’insurrection à la gouvernance, un test vital serait de savoir s’ils agissent pour protéger les groupes minoritaires que leurs combattants ont autrefois tyrannisés, comme les Hazaras de confession chiite. Ces derniers ont été victimes de plusieurs campagnes de persécution et de déplacement tout au long de l’Histoire de l’Afghanistan. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir pour la première fois dans les années 1990, ils ont perpétré des massacres contre la communauté, parfois en guise de représailles contre les massacres de Pachtounes.

L’EI a pris les Hazaras pour cible parce que la plupart sont des musulmans chiites. Le groupe a tué des centaines de personnes lors d’attaques brutales visant leurs lieux de culte dans le cadre de ce qu’il appelle une «guerre contre les hérétiques». L’attaque de la mosquée de vendredi à Kunduz a été l’occasion pour les talibans de montrer une nouvelle image en tant que pouvoir d’État. Les talibans ont agi rapidement: des forces spéciales ont été dépêchées sur les lieux du massacre, des enquêtes ouvertes et le chef de la police provinciale a fait de belles promesses, en s’engageant notamment à protéger les «frères» minoritaires.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
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  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.

 


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
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  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.