Les jeunes électeurs irakiens désirent un changement réel

Alors que le jour des élections commence dimanche, de nombreux jeunes Irakiens se sentent toujours écartés du processus politique et sont devenus sceptiques quant à un changement significatif par le biais des urnes. (Photo, AFP/Archives)
Alors que le jour des élections commence dimanche, de nombreux jeunes Irakiens se sentent toujours écartés du processus politique et sont devenus sceptiques quant à un changement significatif par le biais des urnes. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Dimanche 10 octobre 2021

Les jeunes électeurs irakiens désirent un changement réel

  • Les jeunes veulent du changement mais ne savent pas si l'ordre politique existant peut répondre à leurs attentes
  • Ils sont descendus dans la rue en grand nombre en 2019 pour exiger la destitution de l'élite d'après 2003

BAGDAD, Irak / BOGOTA, Colombie : Dix-huit ans après que l'invasion de l'Irak menée par les États-Unis a renversé la dictature baathiste de Saddam Hussein, toute une génération a grandi en ne connaissant que le système de démocratique parlementaire instauré à sa place.

Mais alors que les élections se déroulent aujourd'hui, de nombreux jeunes Irakiens se sentent toujours écartés du processus politique et sont devenus sceptiques quant à un changement significatif par le biais des urnes.

En 2003, dans le cadre de sa stratégie de débaathification, l'Autorité provisoire de la coalition s'est associée à des opposants irakiens, dont beaucoup avaient passé des décennies en exil, pour fonder les institutions vitales de l'État presque à partir de zéro.

Cependant, le système qu'ils ont installé, modelé sur les institutions séculaires de l'Occident, était étranger à de nombreux Irakiens qui avaient pendant des siècles mené leurs affaires selon des lignes tribales et religieuses et étaient divisés selon des lignes sectaires.

Mourtatha Al-Makhsousi, un diplômé de 27 ans au chômage, de la ville d’Al-Kût, dans l'est de l'Irak, a déclaré à Arab News : «En 2003, l'opposition irakienne s'efforçait de changer le régime, mais elle ne l'a pas bien abordé et n'a pas analysé les conséquences des changements. Par conséquent, nous avons ici un système fragile.

«Ici, en Irak, les gens n’ont aucune idée de la démocratie et des systèmes parlementaires. De plus, nous sommes une communauté tribale et religieuse avec des contradictions sociales qui ne peuvent être gérées par un système parlementaire».

«Par conséquent, il fallait un appel religieux dans la constitution et le parlement irakiens pour que les gens votent. Je suppose qu'une majorité d'Irakiens ne savent toujours pas comment cela fonctionne ou comment le pouvoir est partagé».

«Les puissances étrangères, les groupes armés et les individus corrompus ont rapidement profité de la situation et des milliards de dollars d'aide versés au pays, façonnant un système qui n'était, pour la plupart du temps, démocratique que par le nom».

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Des Irakiens scandent des slogans alors qu'ils se rassemblent sur la place Fardous, dans le centre de Bagdad, le 1er octobre 2021, demandant justice pour les manifestants tués lors des manifestations antigouvernementales d'octobre 2020, avant les élections législatives du 10 octobre. (Photo, AFP)

Rana, une diplômée en droit de 24 ans, également originaire d’Al-Kût, a signalé : «On nous a dit qu'il y aurait la démocratie et du changement. Au contraire. Nous avions un seul visage corrompu ; maintenant nous avons de nombreux visages corrompus».

«Depuis l'invasion et jusqu'à présent, nous n'avons pas vu de réel changement. C'est comme une mafia qui prend le contrôle du gouvernement. Ce ne sont qu'un groupe de gangsters travaillant pour leurs propres intérêts, depuis le gouvernement de 2003 jusqu'à l'actuel».

La coalition pour l'État de droit de l'ancien Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki, qui maintenait des liens étroits avec l'Iran, est arrivée à dominer les affaires nationales dans les années qui ont suivi 2003, laissant la minorité sunnite autrefois prééminente d'Irak et les Kurdes longtemps persécutés, se sentir complètement exclus.

Une guerre civile sectaire a rapidement enveloppé le pays de 2006 à 2008, suivie en 2014 par l'émergence de Daech, un groupe dissident d'Al-Qaïda qui a conquis un tiers du territoire irakien dans le nord-ouest à majorité sunnite.

Une fois que les forces de sécurité irakiennes ont récupéré ces territoires en 2017 grâce notamment à un important soutien aérien de la coalition, le pays s'est lancé dans l’énorme tâche de reconstruction et de réinstallation de millions de foyers déplacés.

Les élections de mai 2018 ont été le premier test démocratique de l'Irak d'après-guerre. Mais avec une participation faible record et des allégations de fraude généralisée, les chefs de milices chiites sont passés presque sans heurts des champs de bataille aux coulisses  du pouvoir, avec les partisans du religieux chiite provocateur Moqtada al-Sadr.

Après des mois de querelles en coulisses, les vainqueurs ont choisi le technocrate aux manières douces Adel Abdel-Mahdi pour former un nouveau gouvernement.

Cependant, la lenteur des progrès de la reconstruction et de la réinstallation des déplacés, la hausse du taux de chômage et les coupures fréquentes de courant ont rapidement attisé la colère du public et, en octobre 2019, des dizaines de milliers de jeunes Irakiens étaient descendus dans la rue à l'échelle nationale pour exiger le retrait de l'élite d'après 2003.

Une violente répression menée par les forces de sécurité et les milices pro-gouvernementales a fait des centaines de morts et des milliers de blessés parmi les manifestants.

Malgré que ces manifestations ont précipité la démission d'Abdel-Mahdi, le mouvement s’est rapidement affaibli avec le début de la pandémie de la maladie à coronavirus (la Covid-19). 

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Un jeune couvert d’un drapeau national irakien affiche le geste de la victoire pendant qu'il se tient devant une statue du religieux et poète irakien du XIXe siècle Mohamed Said Al-Habboubi. (Photo, AFP/Archives)

Rana ajoute : «Pendant la période d'occupation, les gens ne pouvaient pas s'exprimer et ont plutôt refoulé leurs frustrations. Les griefs se sont accumulés au fil des ans jusqu'à ce que les gens ne puissent plus les retenir. Ils sont sortis dans les rues en colère contre le manque de services, de reconstruction, de sécurité et d'autres injustices».

«La jeunesse irakienne a pris conscience et a été plus éduquée, alors elle est sortie avec la révolution d'octobre 2019. Elle s'est opposée à l'injustice et a revendiqué les droits qui ont été volés sous le couvert de la démocratie, par les partis politiques islamiques».

En mai 2020, Mostafa Al-Kadhimi, l'ancien chef du renseignement irakien, a été nommé nouveau Premier ministre pour la période allant jusqu'aux élections nationales prévues l'année suivante.

Sans une orientation politique clairement définie à la tête du mouvement, les jeunes manifestants irakiens n'ont pas été en mesure de traduire leur énergie et leur idéalisme en une force électorale capable de concrétiser leurs revendications.

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Des enfants jouent devant une grande affiche du religieux populiste chiite irakien Moqtada al-Sadr, à Sadr City, à l'est de la capitale Bagdad, le 15 juillet 2021. (Photo, AFP/Archives)

La poignée de jeunes révolutionnaires qui ont choisi de se présenter comme candidats indépendants aux élections du 10 octobre avaient peu de chances de gagner contre le système bien établi des partis de l'establishment irakien.

Zahraa Ali, une journaliste indépendante de 31 ans originaire de Falloujah dans l'ouest de l'Irak, a déclaré : «Il n'est pas facile de s'impliquer dans le processus démocratique ici en Irak. Si vous l'êtes, vous serez confronté à de nombreux problèmes».

«Si vous participez aux élections, ils vous inventeront certainement un problème. Les dirigeants politiques et les partis qui gouvernent l'Irak le traitent comme une dictature. Ils nous imposent leur volonté».

Ali et d'autres militants locaux ont organisé des ateliers pour aider à éduquer les Irakiens en âge de voter sur le processus démocratique, leurs droits et les enjeux des élections de dimanche. « En termes de changement et de développement, cela ne peut être réalisé que par les jeunes irakiens», a-t-elle ajouté.

Néanmoins, peu de jeunes irakiens ont l'espoir de déloger de sitôt l'ordre d’après 2003 et ses puissants partis soutenus par les milices.

Zainab Jabar, une jeune diplômée de 24 ans, au chômage, de Bassorah, a confié : «J'ai boycotté les dernières élections, et je ne participerai pas non plus à celles-ci. On connaît déjà le résultat, alors à quoi bon participer?»

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Les responsables de la commission électorale irakienne font une simulation le jour du scrutin pour tester ses systèmes avant les prochaines élections législatives. (Photo, AFP/Archives)

Jabar faisait partie des milliers de jeunes qui ont rejoint les manifestations dans la ville de Bassorah, dans le sud de l'Irak, en 2019. Malgré ses énormes richesses pétrolières, Bassorah reste l'une des provinces les plus défavorisées d'Irak, ravagée par la criminalité, la pauvreté et des infrastructures en décomposition.

«Nous aurons besoin de 50 à 100 ans afin de changer et éliminer les puissants partis politiques en Irak. Nous voulons le changement que nous avons exigé lors de notre révolution d'octobre 2019. Cela ne s'est pas produit comme nous l'espérions», a ajouté Jabar.

Karar Al-Duaikheil, un étudiant en droit de Bassorah, a affirmé : «Bassorah est la pire ville d'Irak. Elle est vraiment morte en termes de services, de construction, d'éducation et d'emploi, en plus qu’il y a des milices et des armes incontrôlées dans les rues. En outre, elle souffre d'assassinats, d'enlèvements, de menaces et d'arrestations arbitraires».

«Malheureusement, les habitants de Bassorah ne choisissent pas les candidats qu'ils veulent mais ceux choisis par Al-Maliki, Al-Sadr, Ammar (Al-Hakim) et d'autres acteurs politiques. Aucun d'entre eux n'est propre ou bon».

«De plus, les chefs tribaux jouent un rôle important ici. Ils deviennent plus forts, avec plus d'armes et d'argent. Les jeunes ne veulent pas choisir un candidat qui travaille pour son parti plutôt que pour Bassorah».

Al-Makhsousi a souligné qu'il faudrait du temps pour que la démocratie irakienne mûrisse pleinement de manière à répondre aux besoins et aux attentes de ses jeunes électeurs.

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Une affiche de campagne électorale dans la capitale irakienne Bagdad le 14 septembre 2021, avant les prochaines élections législatives. (Photo, AFP/Archives)

«Nous avons besoin de plus de temps pour façonner cette démocratie avec notre culture et notre communauté. Nous apprenons encore et encore. Cette démocratie nous a divisés en États, en régions, en quartiers et en groupes, dans notre pays».

«Où que vous alliez, vous avez besoin d'un permis de sécurité spécial. On a l'impression de ne pas être dans son propre pays. C'est comme si vous ne lui apparteniez pas. Nous n'avons absolument pas de nation irakienne».

«Nous avons boycotté les élections en 2018. Le résultat a été très mauvais, nous avons hérité d'un régime qui ne fait rien du tout. Pour les prochaines élections, je participerai afin de changer quelque chose, étape par étape».

À cette fin, des jeunes comme Al-Makhsousi ont le soutien du Premier ministre. Dans un récent tweet, Al-Kadhimi a déclaré : «L'Irak compte sur sa jeunesse pour réaliser les réformes espérées. Avec leur persistance sur un avenir meilleur, les élections seront un véritable triomphe national».

«Votez pour ceux qui préservent l'unité, la souveraineté et l'identité nationale unique de l'Irak. Le 10 octobre est sans doute, l'occasion d’apporter du changement».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.