Présidentielle: les spécialistes relativisent la portée des sondages

«L'emballement des commentateurs sur les sondages actuels est déraisonnable. Les données à un instant T sont une chose, leur juste interprétation en est une autre». (Photo, AFP)
«L'emballement des commentateurs sur les sondages actuels est déraisonnable. Les données à un instant T sont une chose, leur juste interprétation en est une autre». (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 05 octobre 2021

Présidentielle: les spécialistes relativisent la portée des sondages

  • A l'instar des sondeurs, l'ancienne patronne de l'Ifop et du Medef Laurence Parisot met d'abord en garde contre leur mauvais usage par des journalistes ou des militants trop pressés d'extrapoler les chiffres des enquêtes
  • Autre limite des sondages actuels: Eric Zemmour ne s'est toujours pas déclaré et, pour concourir, il lui faudra encore obtenir les fameux 500 parrainages

PARIS : A six mois de la présidentielle, la percée soudaine d'Eric Zemmour dans les sondages d'intentions de vote suscite des appels à la prudence de la part de spécialistes, alors que l'offre politique est loin d'être stabilisée.

Crédité mardi de 13 à 14% dans la 15e vague du baromètre Harris Interactive pour Challenges, de 15% vendredi dans une enquête Ipsos Sopra Steria pour FranceInfo et Le Parisien, le polémiste est propulsé dans ces enquêtes aux avant-postes de la course à la présidentielle, loin derrière Emmanuel Macron, mais au coude-à-coude avec Marine Le Pen et les potentiels candidats de la droite pour la deuxième place qualificative.

Quel crédit faut-il accorder à ces sondages aussi loin de l'échéance, d'autant que lors des dernières régionales, ils avaient été assez largement pris à défaut, faute d'avoir réussi à anticiper correctement une abstention record?

En remontant l'histoire des présidentielles, les plus prudents rappellent par exemple qu'en octobre 2001, le candidat souverainiste Jean-Pierre Chevènement, avec une pointe à 12% des intentions de vote, avait été un temps présenté comme celui qui pouvait bousculer les pronostics, avant de terminer à 5,3% dans les urnes.

Et qu'en octobre 1994, les deux vedettes des sondages étaient Jacques Delors et Edouard Balladur (29 et 28%), très loin du 3e homme Jacques Chirac (14%), qui avait finalement été élu devant Lionel Jospin. 

A l'instar des sondeurs, l'ancienne patronne de l'Ifop et du Medef Laurence Parisot met d'abord en garde contre leur mauvais usage par des journalistes ou des militants trop pressés d'extrapoler les chiffres des enquêtes.

«Effet pervers»

"L'emballement des commentateurs sur les sondages actuels est déraisonnable. Les données à un instant T sont une chose, leur juste interprétation en est une autre. Celle-ci nécessite réflexion et culture politique", avertit-elle sur Twitter.

Plusieurs politologues invitent eux aussi à la prudence dans l'interprétation de ce que mesurent les sondages aussi loin de l'échéance. "Attention, à six mois de la présidentielle, l'offre n'est pas encore stabilisée, notamment à droite, les électeurs sont encore peu intéressés, donc on mesure des choses fragiles", insiste auprès de l'AFP Anne Jadot, spécialiste des études électorales à l'université de Lorraine.

La politiste pointe aussi les possibles "effets pervers" des précautions désormais prises par les sondeurs qui, à l'instar de l'Ipsos, ne prennent en compte que les intentions de vote des personnes certaines d'aller voter, car cela crée un "filtre" pour des électeurs éloignés de la politique mais qui finiront peut-être par se déplacer en avril prochain.

Un reproche déjà formulé par l'eurodéputé LFI Manuel Bompard mais que contestent les sondeurs. "On travaille sur les gens qui disent être certains d'aller voter parce qu'on ne voit pas l'intérêt de faire état de l'opinion de quelqu'un qui n'est pas sûr d'aller voter", s'était déjà justifié auprès de l'AFP Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos Public Affairs, qui récuse tout "tripatouillage" et assure que cette méthodologie n'est pas "tombée du ciel" et a cours depuis plusieurs années.

«Prophétie autoréalisatrice»

Autre limite des sondages actuels: Eric Zemmour ne s'est toujours pas déclaré et, pour concourir, il lui faudra encore obtenir les fameux 500 parrainages.

D'ici-là, "la percée sondagière de Zemmour pourrait être un phénomène auto-alimenté par une bulle médiatique, il occupe l'espace et bénéficie de sa surexposition actuelle pendant que la droite ergote sur son mode de désignation qui n'intéresse pas les gens", analyse Anne Jadot.

Pour le politiste et militant de gauche Philippe Corcuff, très critique de l'outil, "ces sondages n'informent pas sur les intentions de vote des électeurs. Ils nous révèlent seulement des états mouvants et précaires d'opinions". Dans une tribune à l'Obs, il pointe surtout le "danger d'une prophétie autoréalisatrice".

Pour Anne Jadot, quelles que soient les interrogations sur le niveau de Zemmour, le principal enseignement des derniers sondages est en tout cas que "l'élection de 2022 est bien plus incertaine qu'on ne le disait il y a encore quelques mois, avec un seuil d'accès au second tour plus bas qu'en 2017 où ça s'était déjà joué à peu entre Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon". 

Ce qui n'a pas échappé aux présidentiables eux-mêmes. Ainsi pour Valérie Pécresse, l'élection présidentielle n'a "jamais été aussi ouverte" car "aujourd'hui le ticket pour le deuxième tour est descendu à 16, 17, 18%".


La manifestation de soutien à Le Pen "n'est pas un coup de force", dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »


Bac: l'épreuve de maths en première se précise pour l'an prochain

La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
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  • Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté
  • L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première,

PARIS : Le projet d'épreuve de mathématiques en classe de première pour l'an prochain, qui vise à mettre en œuvre le « choc des savoirs » annoncé par l'ex-ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal, a été présenté mardi devant une instance consultative de l'Éducation nationale, étape-clé avant sa publication.

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté instaurant cette « épreuve terminale de culture mathématique aux baccalauréats général et technologique ».

Ils ont recueilli 0 voix pour, 27 contre, 31 abstentions et 4 refus de prendre part au vote (l'administration ne votant pas dans cette instance), un vote indicatif qui n'empêche pas la mise en œuvre de la réforme, selon des sources syndicales.

Cette épreuve écrite d'une durée de deux heures, qui entrera en vigueur au printemps 2026, sera « affectée d'un coefficient 2 » (points pris sur l’épreuve du Grand oral en terminale), selon ces textes, consultés par l'AFP.

L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première, un projet confirmé en novembre 2024 par sa successeure, Anne Genetet.

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré (collèges et lycées), qualifie auprès de l'AFP la mesure de « rafistolage supplémentaire du bac Blanquer », décidé en 2019 par l'ex-ministre Jean-Michel Blanquer.

Pour Jérôme Fournier, secrétaire national du SE Unsa, la nouvelle épreuve « alourdit la fin de l'année pour les élèves et les correcteurs ».

La première partie, qui est commune à tous les élèves, sera sous forme de QCM et pourrait être corrigée automatiquement, ce à quoi « de nombreuses organisations syndicales sont opposées », a-t-il ajouté, tandis que la deuxième partie devrait consister en des résolutions de problèmes.

Des projets de textes ont par ailleurs été votés au CSE relatif à « la mise en place du +parcours renforcé+ en classe de seconde générale et technologique » ou professionnelle à partir de la rentrée 2026, avec trois votes pour, 45 contre et 13 abstentions.

Mis en place par la ministre Élisabeth Borne, ce parcours est destiné aux élèves n’ayant pas obtenu le diplôme du brevet. Son organisation relèvera « de l’autonomie de l’établissement sur la base indicative de deux heures hebdomadaires sur tout ou partie de l’année », selon le projet d'arrêté.

Sophie Vénétitay déplore « une coquille vide » tandis que Tristan Brams (CFDT Éducation) regrette l'absence de « moyens supplémentaires ».