Six ans plus tard, les rues Bichat et Alibert portent encore les stigmates du 13 novembre

Faredj Kemache sert les clients du Carillon. En ce lundi matin ensoleillé, tout est calme: certains discutent autour d’un café, tandis que d’autres travaillent sur leur ordinateur. La nuit de terreur semble loin. Photo Anne Ilcinkas
Faredj Kemache sert les clients du Carillon. En ce lundi matin ensoleillé, tout est calme: certains discutent autour d’un café, tandis que d’autres travaillent sur leur ordinateur. La nuit de terreur semble loin. Photo Anne Ilcinkas
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

Six ans plus tard, les rues Bichat et Alibert portent encore les stigmates du 13 novembre

  • Ce soir du 13 novembre 2015, il fait exceptionnellement doux et les terrasses parisiennes sont noires de monde
  • En quelques rafales, Abdelhamid Abaaoud, l'organisateur des attaques, Chakib Akrouh et Brahim Abdeslam tuent 13 personnes avant de remonter en voiture et de poursuivre leur carnage

PARIS: Près de six ans après, Bibo Basbous s’en souvient encore dans les moindres détails. Il avait ouvert son café rue Alibert quelques semaines auparavant et préparait ce soir-là, avec deux amis, les gâteaux du lendemain quand il a entendu les rafales. «On est sortis dans la rue pour voir ce qu’il se passait. Deux hommes tiraient sur les gens attablés aux terrasses du Carillon et du Petit Cambodge. Ça a duré vingt secondes.»

Ce soir du 13 novembre 2015, il fait exceptionnellement doux et les terrasses parisiennes sont noires de monde. Il est 21h24 quand trois hommes tout de noir vêtus et armés de kalachnikovs descendent d’une Seat noire au carrefour des rues Alibert et Bichat. Ils ouvrent le feu sur les serveurs et les clients attablés. En quelques rafales, Abdelhamid Abaaoud, l'organisateur des attaques, Chakib Akrouh et Brahim Abdeslam tuent 13 personnes avant de remonter en voiture et de poursuivre leur carnage dans le XIe arrondissement de Paris.

Bibo Basbous, propriétaire de Radiodays, a le réflexe de se baisser et il regagne son café en rampant. Il connaît bien le son des kalachnikovs, lui qui a grandi au Liban pendant la guerre civile. «Jusqu’à 10 ans, j’entendais régulièrement ce bruit, à Beyrouth ou ailleurs au Liban. Alors, même vingt ans après, on n’oublie pas ce son», témoigne-t-il, assis à la terrasse de son café, à deux jours de l’ouverture du procès des attentats du 13-Novembre, dont il espère qu’il apportera un peu de paix aux victimes et à leurs familles.

13 novembre
Bibo Basbous a fait le choix de rester dans le quartier. Pour lui, l'ouverture de son café est associée à l'attaque du 13 novembre. Photo Anne Ilcinkas.

Lui a fait le choix de rester dans le quartier: «Près de six ans après, les habitudes reviennent, mais beaucoup de gens ont quitté le quartier, incapables de continuer à vivre sur les lieux et avec le souvenir de la tragédie. C’est devenu un lieu de pèlerinage.»

En face, à quelques mètres de là, Faredj Kemache sert les clients du Carillon. En ce lundi matin ensoleillé, tout est calme: certains discutent autour d’un café, tandis que d’autres travaillent sur leur ordinateur. La nuit de terreur semble loin.

«Certains clients en parlent, d’autres ne disent mot», explique Faredj derrière son comptoir. «Les serveurs de service ce soir-là sont traumatisés. C’est dur pour eux de surmonter tout ça. Les premiers temps, ils n’arrivaient même pas à dormir, même en voyant des psychologues», se rappelle Faredj, qui est au Carillon depuis peu: il a pris la relève de ses cousins qui y travaillaient comme serveurs et se trouvaient sur place au moment de l’attaque.

Alors que le procès des attentats du 13-novembre s’ouvre mercredi prochain, Bibo Basbous «espère que les services de renseignement sont plus forts aujourd’hui» et «qu’ils peuvent faire en sorte que de tels événements ne se reproduisent pas».

Ce procès hors-norme, la plus grande audience criminelle jamais organisée en France, se tiendra jusqu'à mai 2022. Il a pour objectif de juger vingt accusés, parmi lesquels Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos téléguidés par le groupe État islamique (EI) qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris et à Saint-Denis, créant un véritable traumatisme dans le pays.


La manifestation de soutien à Le Pen "n'est pas un coup de force", dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »


Bac: l'épreuve de maths en première se précise pour l'an prochain

La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
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  • Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté
  • L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première,

PARIS : Le projet d'épreuve de mathématiques en classe de première pour l'an prochain, qui vise à mettre en œuvre le « choc des savoirs » annoncé par l'ex-ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal, a été présenté mardi devant une instance consultative de l'Éducation nationale, étape-clé avant sa publication.

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté instaurant cette « épreuve terminale de culture mathématique aux baccalauréats général et technologique ».

Ils ont recueilli 0 voix pour, 27 contre, 31 abstentions et 4 refus de prendre part au vote (l'administration ne votant pas dans cette instance), un vote indicatif qui n'empêche pas la mise en œuvre de la réforme, selon des sources syndicales.

Cette épreuve écrite d'une durée de deux heures, qui entrera en vigueur au printemps 2026, sera « affectée d'un coefficient 2 » (points pris sur l’épreuve du Grand oral en terminale), selon ces textes, consultés par l'AFP.

L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première, un projet confirmé en novembre 2024 par sa successeure, Anne Genetet.

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré (collèges et lycées), qualifie auprès de l'AFP la mesure de « rafistolage supplémentaire du bac Blanquer », décidé en 2019 par l'ex-ministre Jean-Michel Blanquer.

Pour Jérôme Fournier, secrétaire national du SE Unsa, la nouvelle épreuve « alourdit la fin de l'année pour les élèves et les correcteurs ».

La première partie, qui est commune à tous les élèves, sera sous forme de QCM et pourrait être corrigée automatiquement, ce à quoi « de nombreuses organisations syndicales sont opposées », a-t-il ajouté, tandis que la deuxième partie devrait consister en des résolutions de problèmes.

Des projets de textes ont par ailleurs été votés au CSE relatif à « la mise en place du +parcours renforcé+ en classe de seconde générale et technologique » ou professionnelle à partir de la rentrée 2026, avec trois votes pour, 45 contre et 13 abstentions.

Mis en place par la ministre Élisabeth Borne, ce parcours est destiné aux élèves n’ayant pas obtenu le diplôme du brevet. Son organisation relèvera « de l’autonomie de l’établissement sur la base indicative de deux heures hebdomadaires sur tout ou partie de l’année », selon le projet d'arrêté.

Sophie Vénétitay déplore « une coquille vide » tandis que Tristan Brams (CFDT Éducation) regrette l'absence de « moyens supplémentaires ».