Une crise alimentaire galopante menace l'Afghanistan

Ces familles afghanes déplacées à l'intérieur du pays, qui ont fui les provinces de Kondoz et de Takhar déchirées par les combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes, récupèrent de la nourriture à Kaboul. (AFP/File Photo)
Ces familles afghanes déplacées à l'intérieur du pays, qui ont fui les provinces de Kondoz et de Takhar déchirées par les combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes, récupèrent de la nourriture à Kaboul. (AFP/File Photo)
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Publié le Mardi 07 septembre 2021

Une crise alimentaire galopante menace l'Afghanistan

  • La sécheresse, la Covid-19 et le conflit risquent de plonger l'Afghanistan dans une situation d'insécurité alimentaire plus préoccupante encore
  • 14 millions de personnes au moins ont été identifiées comme victimes d'insécurité alimentaire. Depuis le début de l’année, 550 000 personnes d’entre elles ont été déplacées en raison du conflit

DUBAÏ: Alors que les talibans contrôlaient la plupart des provinces afghanes à la fin du mois d'août dernier, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a mis en garde contre la détérioration de la crise humanitaire et économique dans le pays, bien que les vols d'évacuation des civils à partir de l'aéroport de Kaboul aient pris fin.

Se disant préoccupé par la situation et l'effondrement probable des services de base, il a affirmé que «plus que jamais, la solidarité et le soutien de la communauté internationale sont indispensables à la survie des enfants, des femmes et des hommes afghans».

En sa qualité de chef des Nations unies, Antonio Guterres a visé très juste. La sécheresse extrême, le conflit et la pandémie de Covid-19 ont empêché les organisations d'aide internationale de poursuivre leurs préparatifs, même les plus modestes, destinés à aider les Afghans à faire face à l'hiver.

Selon les Nations unies, 18 millions d’habitants, sur les 38 millions que compte la population afghane, sont déjà confrontées à une catastrophe humanitaire, et 18 millions d'autres personnes risquent de l’être bientôt.

Dans un entretien accordé à Arab News, un haut responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a fait part des inquiétudes de l'organisation à quelques jours de son appel destiné à rassembler des fonds pour acheter et «prépositionner» des denrées alimentaires afin de nourrir des millions d'Afghans avant que la neige ne coupe les voies d'accès.

Madjid Yahia, directeur national du PAM pour les Émirats arabes unis (EAU) et son représentant auprès du Conseil de coopération du Golfe (CCG), affirme qu’«il est impératif de trouver de l'argent».

«En ce moment, 200 millions de dollars [1 dollar = 0,84 euro] sont requis pour couvrir la période qui va de septembre à décembre, sans quoi l'approvisionnement sera interrompu. Notre stock de blé sera épuisé dès le mois d'octobre», explique-t-il.

Selon lui, la contraction des fonds constitue le plus grand défi que doit relever le PAM. Les autres enjeux concernent la précarité de la sécurité et de la stabilité et les conditions météorologiques. Il ajoute que les 200 millions de dollars requis constituent une «goutte d'eau dans l'océan» de la somme indispensable pour couvrir les besoins réels de la population. Le PAM a évalué à 559 millions de dollars le coût total de l'aide alimentaire dont le pays a besoin cette année.

Par ailleurs, M. Yahia avertit que, si on ne parvient pas à endiguer la faim généralisée en Afghanistan, elle risque d’entraîner des migrations massives et de nouveaux conflits, dont la facture éclipserait le montant que le PAM réclame à l'heure actuelle.

Un enfant (au centre), alors qu’il est conduit vers son vol lors d'une évacuation, regarde un avion à l'aéroport international Hamid-Karzaï, à Kaboul, en Afghanistan, le 24 août 2021. (AFP/File Photo)

«Il est important, à mon avis, de reconnaître que les coûts pour la communauté internationale seraient moins lourds si l'on abordait le problème dès à présent, avant qu'il ne dégénère», avance-t-il.

Évoquant l'exemple de la Syrie, il rappelle que, lorsque le PAM s'est retrouvé à court de fonds dans ce pays arabe déchiré par la guerre, en 2015, de nombreuses personnes avaient traversé la Méditerranée à bord de bateaux rudimentaires pour se rendre en Europe.

En Afghanistan, le PAM compte un effectif de 300 personnes, des Afghans et des étrangers. Ils exercent leurs fonctions dans des bureaux auxiliaires situés à Kaboul, Jalalabad, Faizabad, Mazar-e Charif, Kandahar et Hérat.

Des responsables des Nations unies affirment que les événements qui secouent le pays n'ont pas compromis les opérations du PAM, qui poursuit ses actions comme prévu.

Le PAM s'est dit «déterminé à respecter pleinement ses principes fondamentaux d'humanité, d'impartialité, de neutralité et d'indépendance dans ses activités».

Dans le même temps, M. Yahia assure que «les convois alimentaires, les bâtiments et le personnel du PAM sont bien protégés» en Afghanistan.

Le PAM se prépare d'habitude à affronter plusieurs mois à l'avance la saison hivernale, particulièrement rude en Afghanistan. M. Yahia parle d'un processus d'«hivernage»: acheter de la nourriture aux endroits les plus proches, que ce soit au Pakistan, au Kazakhstan ou même, parfois, en Afghanistan, la transporter et, enfin, la stocker.

À ce jour, les températures estivales élevées ont occulté les difficultés auxquelles le peuple afghan sera confronté en hiver. En été, le PAM «prépositionne» les stocks dans les entrepôts et auprès des communautés à travers l'Afghanistan. La nourriture est ensuite distribuée aux personnes nécessiteuses avant que les neiges hivernales n’en empêchent l’accès.

Des Afghans sont assis à l'intérieur d'un avion militaire américain en partance pour l'Afghanistan, à l'aéroport militaire de Kaboul, le 19 août 2021, après la prise de contrôle de l'Afghanistan par les talibans. (AFP/File Photo)

Mais la chaleur des étés ont entraîné ce que M. Yahia décrit comme «la deuxième plus grande sécheresse observée en Afghanistan au cours des trois dernières années».

«La sécheresse touche plus de 40% du pays. Les récoltes sont perdues, n'offrant aux familles qu'un maigre revenu pour acheter de la nourriture», poursuit-il.

En chiffres

- 14 millions d'Afghans souffrent d’insécurité alimentaire.

- 200 millions de dollars: c’est le fonds nécessaire au PAM pour couvrir la période allant jusqu'à la fin de l’année 2021.

- 550 000: c’est le nombre d’Afghans déplacés cette année en raison du conflit.

- 2 millions d'enfants souffrent de malnutrition.

En raison du conflit et de l'insécurité, des communautés entières sont privées de moyens de subsistance, et plus du fait que la moitié de la population afghane vit en dessous du seuil de pauvreté.

En outre, au moins 14 millions de personnes ont été identifiées comme victimes d'insécurité alimentaire. Depuis le début de l’année, 550 000 personnes d’entre elles ont été déplacées en raison du conflit.

«Les retombées du conflit se faisaient sentir bien avant ces dernières semaines. Cela fait des années que le pays en souffre. Cette situation a engendré d'importants déplacements de population», déplore M. Yahia.

En effet, cette situation d'urgence alimentaire s'ajoute à la crise humanitaire qui s’est manifestée après le retrait des troupes américaines et de l'Otan et la reconquête rapide du pays par les talibans.

Selon les Nations unies, 18 millions d'Afghans dépendent de l'aide internationale pour survivre. Faire parvenir cette aide dans le pays en cette période de turbulences se révèle excessivement difficile dans la mesure où les avions commerciaux ne parviennent pas à atterrir à l'aéroport de Kaboul.

Les déplacements ont privé un grand nombre d'Afghans d'emploi et de nourriture, ce qui les rend entièrement dépendants de l'aide du PAM, signale M. Yahia. La Covid-19 et ses conséquences ont davantage bouleversé la vie et les moyens de subsistance de la population, qui, même en temps normal, peinaient à se nourrir.

Ces enfants de familles afghanes déplacées ont fui les combats qui sévissent dans les districts de Khan Abad, d’Ali Abad et d’Emam Sahib. (AFP/File Photo)

M. Yahia précise en outre que, depuis que les troupes américaines et occidentales se sont retirées du pays, de nombreux Afghans n’ont pas été en mesure de retirer leur argent dans les banques. «Les banques ont désormais ouvert leurs portes, mais l'argent liquide est peu disponible. Les gens ne peuvent retirer que 200 dollars, au plus, par semaine. Nous ignorons pendant combien de temps les banques resteront ouvertes et si les limitations des retraits seront supprimées ou durcies.»

«Si la situation humanitaire prend une tournure encore plus dramatique, engendrant la famine, le monde prendra conscience du fait que ce conflit dépasse les frontières de l'Afghanistan», affirme-t-il.

Cela fait plusieurs décennies que le PAM, présent en Afghanistan depuis près de soixante ans, distribue des colis alimentaires à quelque 400 000 déplacés internes.

Le PAM soutient également 600 000 familles sinistrées par l'impact de la Covid-19 sur l'économie et accorde à chacune d’elle près de 80 dollars pour couvrir les besoins alimentaires pour deux mois environ. Un autre programme fournit des repas gratuits aux écoliers.

Madjid Yahia, directeur national du Programme alimentaire mondial aux EAU et son représentant pour le CCG, avertit que le faible revenu de plusieurs familles afghanes ne leur permet pas de se nourrir en raison de la sécheresse qui a détruit leurs récoltes. (Fourni)

«Au total, le PAM apporte donc son aide à 5 millions de personnes, sous forme de nourriture, d'argent liquide, de repas scolaires et de denrées nutritives distribués aux victimes de malnutrition modéré.»

«Nous élargissons nos programmes pour aider 14 millions de personnes en Afghanistan. Au cours des prochaines semaines, nous devrons étendre nos activités pour toucher 9 millions de personnes supplémentaires», précise M. Yahia.

Dans ce contexte, les Nations unies envisagent d'organiser une conférence de haut niveau consacrée à l'aide à l'Afghanistan le 13 septembre prochain à Genève. M. Guterres y participera.

Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, affirme que «la conférence appellera à accroître le financement dans les plus brefs délais afin d’assurer la continuité de cette opération humanitaire qui sauve des vies. Elle sollicitera également un accès intégral et sans entrave aux organisations humanitaires, ce qui permettra aux Afghans de bénéficier des services essentiels dont ils ont besoin».

Vendredi dernier, l'agence de presse des EAU a annoncé que ce pays avait dépêché vers l'Afghanistan un avion qui transportait des secours médicaux et alimentaires d'urgence. Par ailleurs, un responsable du ministère qatari des Affaires étrangères a fait savoir que Doha œuvrait pour faciliter la réouverture des couloirs humanitaires. De leur côté, les États-Unis ont relancé le financement des programmes d'aide humanitaire, suspendus après la prise de contrôle de Kaboul par les talibans.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Vénézuéla: après la capture de Maduro, la diaspora libanaise entre souvenirs douloureux et espoir

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
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  • Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil
  • À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne

PARIS: La présence arabe en Amérique du Sud ne date pas d’hier. Elle remonte au XIXᵉ siècle, lorsque des commerçants libano-syriens, majoritairement chrétiens, quittent l’Empire ottoman pour tenter leur chance sur le continent latino-américain.

Au fil des décennies, cette immigration s’enracine durablement, se structure et s’élargit. Après la Seconde Guerre mondiale et la fin du mandat français en Syrie et au Liban, de nouvelles vagues migratoires viennent renforcer cette diaspora, notamment au Venezuela, devenu l’un de ses principaux foyers.

Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil. À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne.

Cette politisation progressive s’accentue avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, puis de son successeur, Nicolás Maduro. Certaines figures issues de cette diaspora ont accédé aux plus hautes sphères du pouvoir vénézuélien, à l’image de l’ancien vice-président Tareck El Aissami, d’origine libano-syrienne. Fils du fondateur du parti Baas au Venezuela et petit-neveu de l’un de ses fondateurs en Syrie, il incarne cette porosité entre trajectoires migratoires, idéologies moyen-orientales et pouvoir chaviste. Aujourd’hui, il est visé par des sanctions américaines pour blanchiment d’argent et liens présumés avec le Hezbollah. Son parcours cristallise les soupçons pesant sur certaines connexions politico-sécuritaires entre Caracas et le Moyen-Orient.

Autre nom cité par Washington : celui du diplomate Ghazi Nasr al-Din, accusé d’avoir facilité le financement du Hezbollah et la délivrance de faux passeports vénézuéliens.

Pourtant, réduire la diaspora libanaise du Venezuela à ces figures controversées serait profondément réducteur. Dans l’ombre des scandales et des sanctions, cette communauté est avant tout composée d’entrepreneurs, de commerçants, de médecins, d’ingénieurs et de familles qui ont contribué de manière décisive au développement économique du pays.

Rodríguez Khalaf, entrepreneur dans le bâtiment public, interrogé par téléphone par Arab News en français, est d’origine libanaise mais natif de Caracas, où sa famille s’est installée il y a plusieurs décennies. Il se souvient avec amertume de la rupture provoquée par le chavisme :
« Il y avait quarante ans de démocratie. Et puis, en 1998, tout a basculé. Ils ont perdu, mais ils ont volé l’accord. »

Cet ingénieur a longtemps travaillé avec les autorités sur de grands projets d’infrastructures. « Il y a quinze ans, j’ai décidé de ne plus travailler avec le gouvernement. La corruption était partout. On ne pouvait plus obtenir un contrat sans intermédiaire. »

Comme beaucoup, il pointe l’effondrement d’un État rongé par la corruption, le narcotrafic et la mauvaise gestion des ressources pétrolières. « Le Venezuela n’est pas un pays producteur de drogue, mais un pays de transit. Et tout le monde le sait », assure-t-il. Le résultat est une crise économique et sociale d’une ampleur inédite, qui a poussé près de six millions de Vénézuéliens à l’exil, y compris au sein de la diaspora libanaise, pourtant historiquement bien intégrée.

Magali Chahine, ancienne journaliste, également née à Caracas dans une famille libanaise, évoque avec émotion le Venezuela de son enfance : « C’était un pays libre, prospère. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui. »

Si elle a étudié à l’étranger avant de s’installer aux États-Unis, elle reste profondément attachée à son pays natal. « Toute ma famille est partie à cause de la situation. Mais dès que je pourrai y retourner, j’irai. J’en ai très envie. » Malgré tout, elle refuse le fatalisme : « Rien ne peut être pire que Maduro. J’ai beaucoup d’espoir, même si cela prendra du temps. »

L’annonce spectaculaire, début 2026, de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé ces espoirs mêlés d’effroi parmi les Vénézuéliens, dont fait partie cette diaspora.

Giorgio Nahas, jeune étudiant, décrit une communauté marquée par la peur : « On vit avec cette psychose permanente. Si le régime apprend que vous parlez, ce sont vos proches qui paient. »

Le fracas des bombes et les premières heures de l’opération américaine ont d’abord suscité la terreur, puis, pour certains, un soulagement inattendu. « Je ne soutiens pas Trump, mais pour cet acte précis, je suis d’accord. On n’a jamais été écoutés pendant presque trente ans. »

Pour Nohad Achkar, elle aussi étudiante, l’essentiel est ailleurs : « Après trente années comme celles-là, les Vénézuéliens méritent au moins une chose : choisir eux-mêmes leur président. »

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance.


Le droit de manifester "attaqué" au Royaume-Uni, déplore Human Rights Watch

Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
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  • Human Rights Watch alerte sur une érosion du droit de manifester au Royaume-Uni, dénonçant des lois jugées répressives et contraires aux obligations internationales en matière de droits humains
  • L’ONG critique l’inaction du gouvernement de Keir Starmer et s’inquiète de nouvelles restrictions visant les manifestations pacifiques, y compris via l’usage de lois antiterroristes

LONDRES: Le droit de manifester est "attaqué" au Royaume-Uni après l'adoption de mesures "répressives" qui ont progressivement durci les conditions et les sanctions appliquées aux manifestations pacifiques, dénonce l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi.

Intitulé "Faire taire la rue: le droit de manifester attaqué au Royaume-Uni", ce rapport déplore la mise en place de "restrictions antidémocratiques" au droit de manifester "en violation des obligations internationales en matière de droits humains" du pays.

"Nous voyons une érosion des droits démocratiques fondamentaux se produire sous nos yeux" et "il est absolument crucial d'enrayer cette spirale", a déclaré à l'AFP Yasmine Ahmed, directrice de HRW au Royaume-Uni.

L'ONG déplore que le gouvernement travailliste de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, ne soit pas revenu sur deux lois adoptées sous les précédents gouvernements conservateurs en 2022 et 2023, qui ont par exemple baissé le seuil de définition du trouble à l'ordre public afin de faciliter les arrestations, ou encore permis des arrestations préventives.

Ces lois faisaient suite notamment à la multiplication des actions des groupes écologistes Extinction Rebellion et Just Stop Oil, durant lesquelles leurs militants bloquaient des axes routiers ou s'attachaient à des bâtiments.

Elles ont abouti à davantage d'arrestations, d'inculpations et dans certains cas à l'imposition de peines de prison de plusieurs années, là où précédemment les manifestants n'auraient écopé que d'amendes ou de peines avec sursis, souligne HRW.

Et l'ONG s'inquiète des nouvelles restrictictions prévues dans le projet de loi sur la criminalité et la police (en cours d'examen au Parlement, ndlr) du gouvernement de Keir Starmer, lui-même ancien avocat des droits humains.

Ce texte prévoit des mesures pour réprimer les personnes dissimulant leur visage durant une manifestation, ou encore pour restreindre les rassemblements devant les lieux de culte.

HRW dénonce aussi "le détournement sans précédent de la législation sur le terrorisme, pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques".

En juillet dernier, le gouvernement a interdit le groupe propalestinien Palestine Action en l'inscrivant sur la liste des organisations terroristes, après qu'il a vandalisé une base de l'armée de l'air. Plus de 2.300 personnes ayant manifesté contre cette décision ont depuis été arrêtées.

En octobre, le Conseil de l'Europe a appelé le Royaume-Uni à préserver la liberté de manifester et recommandé un examen complet du cadre juridique relatif aux manifestations afin de s'assurer de sa conformité avec ses obligations internationales.


CNN suggère que de «fausses informations» pourraient être à l'origine des tensions entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite

Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
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  • Abou Dhabi a mobilisé le STC après avoir été faussement informé que Riyad avait demandé des sanctions contre les Émirats arabes unis
  • Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition

RIYAD: Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi pourraient avoir été déclenchées par de fausses informations fournies aux Émirats arabes unis au sujet de la récente visite du prince héritier saoudien à Washington, a rapporté CNN.

La chaîne d'information américaine dit avoir appris de ses sources que l'Arabie saoudite pense qu'Abou Dhabi a mobilisé les forces séparatistes du Conseil transitoire du Sud (CTS), qu'elle soutient, dans les provinces limitrophes du royaume, après avoir été faussement informée que le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman avait demandé au président américain Donald Trump, lors d'une visite à la Maison Blanche en novembre, d'imposer des sanctions à Abou Dhabi en raison de son soutien présumé à une partie belligérante dans la guerre civile au Soudan.

Le reportage de CNN suggère également que Riyad a tendu la main aux Émirats arabes unis pour expliquer qu'il n'avait pas fait une telle demande.

Par ailleurs, la chaîne américaine affirme que le fonctionnaire des Émirats arabes unis qui lui a parlé sous le couvert de l'anonymat n'a pas abordé directement la question lorsqu'il a été interrogé sur les allégations de fausses informations.

Lors de sa visite en novembre, le président Trump a annoncé publiquement qu'il avait demandé à son gouvernement d'intervenir pour tenter de résoudre le conflit sanglant en cours au Soudan, à la demande de la Couronne saoudienne.

saoudien. Toutefois, ni les déclarations du président, ni celles du prince héritier, ni aucun rapport publié par les médias saoudiens ou américains n'ont fait référence aux Émirats arabes unis à l'époque.

Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition.

Le Royaume a également soutenu l'appel du gouvernement yéménite demandant aux forces des Émirats arabes unis de quitter le pays, ce qu'Abu Dhabi a accepté d'honorer en publiant une déclaration qui insinue qu'il l'a fait de son propre chef.

La déclaration des Émirats arabes unis fait également état d'un engagement inébranlable de la part d'Abou Dhabi en faveur de la sécurité et de la souveraineté de l'Arabie saoudite, rejetant toute action susceptible de menacer le Royaume ou de nuire à la stabilité régionale.

Par ailleurs, CNN croit savoir que de nouvelles frappes saoudiennes visant le STC sont toujours envisagées si les séparatistes ne se retirent pas. Après que les Émirats arabes unis ont retiré leurs troupes du Yémen la semaine dernière, le STC s'est engagé sur la voie de la sécession, mais sous la pression militaire intense de Riyad et de ses alliés locaux, il a perdu des territoires et affirme désormais qu'il est heureux d'entamer un dialogue avec d'autres parties yéménites.

Le Royaume, pour sa part, a réaffirmé à de nombreuses reprises sa conviction que la cause du Sud était juste et a demandé que les différentes parties en discutent à la table des négociations, loin du champ de bataille. L'Arabie saoudite a appelé à un dialogue à Riyad pour discuter de la question de la séparation du Sud, et son appel a été salué par le gouvernement yéménite, les différentes factions yéménites - y compris le CTS lui-même, comme mentionné - et la majorité des pays arabes et musulmans.

Aidarous Al-Zubaidi, président du CTS, est un personnage problématique dans cette équation. Il aurait la double nationalité et de nombreux Yéménites ont publié sur les médias sociaux des images de son passeport des Émirats arabes unis et l'ont dénoncé comme étant inapte à gouverner, affirmant qu'il servait un programme étranger. D'autres ont également publié des vidéos de lui déclarant qu'il serait heureux d'établir des liens avec Israël si le Yémen du Sud obtenait son indépendance. Plus récemment, un message du ministre yéménite des médias, Moammar Eryani, a accusé le STC d'avoir permis le vol et la diffusion d'armes dans les provinces de l'Est.

M. Eryani a ajouté que le STC avait délibérément provoqué le chaos et "utilisé Al-Qaïda comme un épouvantail pour réaliser ses propres gains politiques aux dépens du peuple yéménite". CNN dit également avoir appris que

les préoccupations saoudiennes vont au-delà de l'implication des Émirats arabes unis au Yémen et au Soudan. Selon le rapport, Riyad se méfie également des politiques des EAU dans la Corne de l'Afrique et en Syrie, où il pense qu'Abu Dhabi a cultivé des liens avec des éléments de la communauté druze, dont certains dirigeants ont ouvertement discuté de la sécession.

Bien qu'aucune source saoudienne n'ait été mentionnée dans le reportage, le récit de CNN est conforme à plusieurs déclarations publiques saoudiennes, qui se sont opposées à la récente reconnaissance et à l'approbation par Israël de la séparation du Somaliland de la Somalie, aux tentatives israéliennes de saper et d'attaquer le nouveau gouvernement syrien et à toute tentative d'imposer un État du Yémen du Sud par des moyens militaires.

Israël entretient des relations étroites avec Abou Dhabi, encore plus étroites depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, tandis que l'Arabie saoudite refuse toute normalisation avec Tel-Aviv tant que ce dernier ne reconnaît pas un État palestinien et n'adhère pas à une voie crédible et irréversible pour parvenir à une solution à deux États. Cette position saoudienne a été réitérée une fois de plus lors de la visite du prince héritier à Washington en novembre.