L’illustratrice palestinienne Narmeen Hamadeh: la volonté de changer le narratif

Le personnage Old Man Hummus vise à raconter les récits en prenant en compte le point de vue palestinien. (Photo fournie)
Le personnage Old Man Hummus vise à raconter les récits en prenant en compte le point de vue palestinien. (Photo fournie)
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Publié le Jeudi 27 mai 2021

L’illustratrice palestinienne Narmeen Hamadeh: la volonté de changer le narratif

  • Pour Narmeen Hamadeh, l’esthétique et la recherche du beau convergent vers la nécessité d’éveiller les consciences sur la situation en Palestine
  • «La révolution moderne que je mène vise à changer le narratif. Le sujet de la Palestine est tout d’abord une question de droits de l’homme, d’occupation illégale des terres»

PARIS: Issue de la troisième génération de réfugiés, l’illustratrice palestinienne Narmeen Hamadeh utilise l’art pour éveiller les consciences et surtout changer le narratif.

Le design au service de la Palestine

Narmeen Hamadeh éprouve pour la Palestine un «amour ultime», tout en concédant qu’une partie de son cœur est à Beyrouth et qu’une partie de sa personnalité s’est construite en Arabie Saoudite, son pays de naissance. Son grand-père et sa famille ont trouvé refuge au Liban en 1948, puis se sont rendus en Arabie Saoudite dans les années 1960.

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Narmeen Hamadeh mène une «révolution moderne» afin de changer le narratif et d’éveiller les consciences. (Photo / Abdelrahman Abdallah)

La question palestinienne est devenue rapidement centrale dans sa vie. «Nos grands-parents nous parlent toujours de leur vie en Palestine. L’injustice que nous subissons, je l’ai pleinement ressentie à l’âge de 13 ans quand ma mère m’a permis de regarder les images de Mohammad al-Dura.» 

Sa conscience politique s’est développée lors de ses études à l’Université libano-américaine (LAU) de Beyrouth. «J’y ai rejoint le club palestinien. Mon séjour au Liban m’a permis de mieux comprendre les différentes représentations à l’égard des Palestiniens.» 

C’est à Milan en 2016 qu’elle continue ses études universitaires en y entreprenant un master en architecture d’intérieur. «À Milan, j’ai rencontré et discuté avec des étudiants des quatre coins du monde. J’ai réalisé que, pour certains d’entre eux, le Palestinien est synonyme de terroriste. Je me suis rendu compte qu’au Moyen-Orient je vivais dans une bulle. Dans un supermarché, j’ai acheté du houmous, et il était écrit que c’est un produit israélien. Ce moment ne m’a jamais quitté – même le houmous, ils nous l’ont volé.» 

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Le narratif se joue aussi au niveau de la cartographie. «Le temps est venu de créer nos propres cartes». (Image fournie)

Ses plans de carrière visant à ouvrir son propre studio à Dubaï ont eu des résultats mitigés. C’est en recevant un iPad que la magie s’est opérée. «J’ai commencé à dessiner des choses qui me tenaient à cœur. J’ai vite compris qu’avec l’art c’était plus simple de parler de la Palestine. Ce changement de carrière n’aurait pas été possible sans le soutien indéfectible de mon père, Mostafa.» 

Ainsi débuta l’histoire artistique de Narmeen Hamadeh. Touchée par ce qu’elle a vécu à Milan, elle va créer un personnage, Old Man Hummus, qui «a pour vocation de raconter l’histoire du houmous d’un point de vue palestinien afin de protester contre l’appropriation culturelle.» 

Les dessins de Narmeen Hamadeh sont souvent une mine d’informations. C’est le cas des oranges de Jaffa. «C’est une histoire qui est en train d’être oubliée. J’essaie comme beaucoup d’autres de mettre en lumière ce type d’histoire. Jaffa était une grande ville productrice d’oranges. À tel point qu’avant 1948 il y avait une discussion pour savoir s’il fallait mettre ou non l’orange comme symbole central sur le drapeau.» 

On retrouve les oranges dans son magnifique dessin d’Al-Aqsa.

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Les oranges de Yaffa ont une symbolique historique forte. (Image fournie)

De l’importance du narratif

Tout le travail de Narmeen Hamadeh est relatif à la Palestine. C’est une constance remarquable chez elle. 

Elle a participé à un mouvement incitant les Palestiniens à dessiner eux-mêmes leur carte de leur pays face à l’absence de la Palestine sur Google Maps. «Je me suis rendu compte progressivement que les frontières ne sont pas uniquement physiques. Entre les Palestiniens vivant dans des zones différentes, il y a des frontières virtuelles. Je crois vraiment que l’on a pris conscience qu’il n y’a pas de différence entre les Palestiniens, et ce peu importe où ils vivent. Nous partageons tous les mêmes récits et nous aimons tous la Palestine.» 

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Dessin de soutien à Jérusalem. «Tout l’amour pour ceux et celles qui portent dans leurs belles âmes l’âme de Jérusalem». (Image fournie)

Son but est d’influencer les gens pour changer le vision du conflit. «La révolution moderne que je mène vise à changer le narratif. Le sujet de la Palestine est tout d’abord une question de droits de l’homme, d’occupation illégale des terres. Je ne vois pas mon travail comme politique. Ce qui compte pour moi, c’est d’éveiller les consciences sur la situation en Palestine – sa culture et son peuple. En tant que personne créative, je fais attention à ce que mon travail soit esthétiquement joli, car je veux que les gens le regardent puis se rendent compte ensuite du message qui est sous-jacent.»

En ce sens, elle a mis en place l’année dernière un filtre Instagram aux couleurs de la Palestine pour les selfies postés sur les stories. Récemment, elle a mis en place un filtre appelant à sauver le quartier Cheikh Jarrah de Jérusalem. Ces filtres ont été vus par plus de 10 millions de personnes. «Sur Instagram, les gens aiment essayer les filtres. C’est donc un moyen simple de les amener à se rappeler de la Palestine. Cela peut aussi les conduire à lire davantage sur le sujet.» 

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Le personnage Old Man Hummus vise à raconter les récits en prenant en compte le point de vue palestinien. (Image fournie)

Une démarche ardue: Narmeen Hamadeh reconnaît que le «narratif israélien est beaucoup plus fort que le nôtre». Toutefois, les événements de mai ont sans doute opéré un changement de paradigme. «Pour la première fois, nous, les Palestiniens, avons bien travaillé pour changer le narratif. C’est une petite victoire, mais c’est surtout un bon début.»

Narmeen Hamadeh conclut par une note positive. «Les Palestiniens ont compris que nous sommes finalement une communauté.» 

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Al-Aqsa. (Photo fournie)

 


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".


Critique littéraire : « Le Mystère d’Henri Pick », un roman français empreint d’intrigues

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  • C’est un livre qui donne envie de s’attarder, au sens propre comme au sens figuré
  • « Le Mystère d’Henri Pick » est mon choix – pas si mystérieux que ça – pour une bonne lecture alors que je me prépare à un prochain voyage en France

RIYAD: Ce roman policier humoristique nous emmène en Bretagne, dans une bibliothèque sans prétention au bord de la mer qui accepte tout manuscrit original n’ayant pas trouvé d’éditeur
« Le Mystère d’Henri Pick » est mon choix – pas si mystérieux que ça – pour une bonne lecture alors que je me prépare à un prochain voyage en France.

Écrit par le maître des mots français David Foenkinos, initialement sous le titre « Le Mystère Henri Pick » (2016), puis traduit en anglais en 2020 par Sam Taylor chez Pushkin Press, ce roman allie intrigue et espièglerie.

Ce roman policier humoristique nous emmène en Bretagne, dans une bibliothèque sans prétention au bord de la mer qui accepte tout livre original n’ayant pas trouvé d’éditeur.

Une seule condition : vous devez vous-même déposer en personne un exemplaire papier du livre « refusé ».

Il s’agit en somme, pour reprendre mes propres termes, d’un cimetière littéraire où vos manuscrits peuvent continuer à vivre.

Alors qu’elle rend visite à ses parents, la jeune éditrice Delphine Despero se rend à vélo à la bibliothèque avec son amant, un auteur un peu aigrí qui se considère toujours comme un raté depuis que son propre livre n’a pas connu le succès escompté.

Là, ils tombent sur un roman extraordinaire attribué à feu Henri Pick, un pizzaiolo du coin.

Despero meurt d’envie de rencontrer cet auteur talentueux, mais le mystère s’épaissit lorsque la veuve de Pick affirme que son défunt mari n’aurait pas pu écrire ce livre. Il n’a jamais aimé lire, dit-elle, et elle l’aurait su.

Alors que les questions commencent à tourbillonner autour d’Henri Pick et de son succès littéraire improbable, Despero ramène le livre à Paris, où il connaît un succès immédiat.

Il en résulte un mystère autour de la renommée littéraire, de l’ambition, de la paternité littéraire et de la question de savoir dans quelle mesure nous connaissons réellement les gens qui nous entourent.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre, c’est qu’il fait confiance à l’intelligence des lecteurs pour combler les blancs entre les lignes. J’aime la façon dont le récit fournit juste ce qu’il faut de contexte et de description sans se noyer dans les détails.

J’ai lu ce livre dans un café tranquille et je me suis surprise à m’arrêter toutes les quelques pages pour réfléchir. Un passage m’a fait pleurer.

C’est un livre qui invite à s’attarder, au sens propre comme au sens figuré. C’est un rappel poétique que si nous avons le courage de coucher nos pensées sur le papier, peut-être que quelqu’un, quelque part, parviendra à nous faire revivre — ou à faire revivre la version de nous-mêmes qui a écrit un livre fantastique — longtemps après notre départ de ce monde.


De Gaulle, L'Odyssée: deux blockbusters à succès, attendus par les profs à la rentrée

Le réalisateur et scénariste français Antonin Baudry et l’acteur franco-arménien Simon Abkarian posent lors d’un photocall du film « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » au 79e Festival de Cannes, à Cannes, le 21 mai 2026. (Photo : AFP)
Le réalisateur et scénariste français Antonin Baudry et l’acteur franco-arménien Simon Abkarian posent lors d’un photocall du film « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » au 79e Festival de Cannes, à Cannes, le 21 mai 2026. (Photo : AFP)
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  • La Bataille de Gaulle pourrait devenir un outil pédagogique pour enseigner la Résistance et confronter histoire et récit cinématographique
  • L’Odyssée sera surtout étudiée avec des élèves plus âgés pour analyser le récit, les héros et les polémiques médiatiques

PARIS: Après leur triomphe estival au cinéma, L’Odyssée et La Bataille de Gaulle poursuivront-ils leur parcours en classe ? A l’approche de la rentrée scolaire, plusieurs professeurs de lettres et d'histoire prévoient déjà d'en faire des ressources pédagogiques.

"Je pense que nous allons être très nombreux à utiliser ces films", déclare à l'AFP Joëlle Alazard, présidente de l'Association des professeurs d’histoire et de géographie.

Selon elle, le diptyque du réalisateur Antonin Baudry, vu par plus de 4,7 millions de spectateurs, permet de "donner chair au monument de Gaulle", étudié en classe de troisième et au-delà.

"C'est ce qu'on essaie de faire en cours : expliquer la situation de juin 1940, le courage des premiers résistants, des premiers opposants à la France de Vichy", explique la professeure d'histoire au lycée Louis-Le-Grand, à Paris.

A défaut de pouvoir visionner La Bataille de Gaulle en entier avec ses élèves, chaque volet durant plus de 2 heures et demie, Ludovic Chevassus, prof d'histoire-géographie au lycée du Golfe, à Gassin (Var), prévoit d'en étudier des extraits ciblés, pour "les mettre en perspective avec un regard critique".

En particulier sur leur dimension "très héroïque", alors que les Français activement résistants ne représentaient que "2 à 3% de la population".

Même s'il reconnaît "certaines libertés" du film avec la réalité, il estime "important de montrer aux élèves qu'il y a ce qui s'est passé et puis ce qui est raconté", d'autant que les deux volets s'adressent aux jeunes, de l'aveu même du réalisateur Antonin Baudry.

Les enseignants interrogés se félicitent aussi que La Bataille de Gaulle mette en avant des événements peu abordés en classe par manque de temps, tels que l'attaque de Mers-el-Kébir ou le ralliement des colonies d'Afrique.

- L'Odyssée, pour des élèves plus âgés -

Ils peuvent en outre recourir au kit pédagogique du film publié par Belin peu avant sa sortie et conçu par Natacha Zeiger, professeure d'histoire-géographie au lycée international de Saint-Germain-en Laye (Yvelines), en concertation avec Pathé, producteur des films.

Complémentaire au déroulement chronologique du film, "très compréhensible" pour les élèves, selon l'enseignante, ce document pensé de "manière thématique" contient ainsi des "fiches clé en main" sur la figure de Jean Moulin ou encore sur les femmes dans la résistance.

Le visionnage de L'Odyssée de Christopher Nolan s'avère en revanche impossible pour les élèves qui étudient l'oeuvre originelle d'Homère en 6e, le film étant "interdit aux moins de 12 ans", pointe Robert Delord, professeur de lettres classiques au collège Daniel Faucher, dans la Drôme, et président d’Arrête ton char, association de promotion des langues et cultures de l'Antiquité.

"Le film est suffisamment magistral pour être étudié dans d’autres dimensions, moins littérales, avec des élèves plus âgés", estime cependant Milly La Delfa, professeure de lettres modernes et enseignante en collège et lycée au Collège Sévigné, à Paris.

Elle envisage ainsi "une exploitation en classe de 3e dans le cadre de l’étude du récit", qui se pencherait sur l'"infléchissement de la figure héroïque (d'Ulysse, interprétée par) Matt Damon" et "les traumatismes et les lacunes mémorielles (provoqués par) les conflits" dans l'adaptation de Christopher Nolan, qui a attiré 5,7 millions de spectateurs en France.

Robert Delord imagine pour sa part pouvoir travailler avec ses élèves sur les "choix narratifs" du réalisateur, en confrontant sa chronologie du voyage d'Ulysse, condensée en un peu moins de trois heures, à celle d'Homère.

Mais l'enseignant aimerait surtout, avec ses classes de la 5e à la 3e, consacrer une "séance d'éducation aux médias et aux réseaux sociaux, autour des polémiques racistes qu'il y a eu autour du film", principalement autour du choix de l'actrice mexicano-kényane Lupita Nyong'o pour incarner le personnage mythologique d'Hélène.

Une approche partagée par Ludovic Chevassus, qui prévoit l'étude, dans sa spécialité HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) de Terminale, de cette polémique en ligne, alimentée notamment par le patron de X, Elon Musk.

"Ce que je constate chez mes élèves, c'est qu'avant de voir un film (...) ils se réfèrent à des influenceurs" sur TikTok ou YouTube, pour se faire un avis, et "notre travail (est) de leur apprendre à penser par eux-mêmes", conclut l'enseignant.