Mosquées du monde, de véritables trésors architecturaux

Cette magnifique mosquée située à La Mecque, qui est aujourd'hui la plus grande mosquée et le huitième plus grand bâtiment du monde, représente le principal lieu saint de l'islam. AMER HILABI / AFP
Cette magnifique mosquée située à La Mecque, qui est aujourd'hui la plus grande mosquée et le huitième plus grand bâtiment du monde, représente le principal lieu saint de l'islam. AMER HILABI / AFP
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Mosquées du monde, de véritables trésors architecturaux

  • Leurs caractéristiques esthétiques font des mosquées des chefs-d’œuvre architecturaux à part entière. Des trésors de l’art islamique que l’on retrouve à travers les cinq continents
  • Arab News en français fait découvrir quelques-unes de ces perles

PARIS: Plus qu’un lieu de culte, une mosquée est avant tout une institution, un lieu de partage et d’apprentissage. Les croyants s’y rendent afin de prier ensemble et célébrer leur foi, mais aussi pour s’instruire et s’entraider, grâce aux centres de formation et aux œuvres de bienfaisance qui y sont affiliés.

Leurs caractéristiques esthétiques font des mosquées des chefs-d’œuvre architecturaux à part entière. Des trésors de l’art islamique que l’on retrouve à travers les cinq continents. À l’occasion du mois de la fin du mois du Ramadan, Arab News en français présente quelques-unes de ces perles.

 

Quelques caractéristiques d’une mosquée…

  • Maqsûra: espace réservé, pièce privée souvent de petite taille
  • Mihrab: niche architecturale dans la muraille d'une mosquée indiquant la direction de La Mecque (Qibla)
  • Minaret: tour élevée, à partir de laquelle le muezzin appelle à la prière
  • Minbar: pupitre à partir duquel l’imam s’adresse aux fidèles
  • Coubba: dômes aux motifs géométriques
  • Sahn: cour souvent entourée d’arcades (riwaq), pouvant abriter des fontaines et de la végétation

1. Masjid al-Haram, Arabie saoudite

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Masjid al-Haram, Arabie saoudite. AFP

Cette magnifique mosquée située à La Mecque, qui est aujourd'hui la plus grande mosquée et le huitième plus grand bâtiment du monde, représente le principal lieu saint de l'islam. Les musulmans du monde entier s’y rendent pour le pèlerinage du Hajj, qui constitue le cinquième pilier de la religion. Au centre se trouve la Kaaba, c’est dans sa direction que les musulmans du monde entier se tournent pour prier. Tout au long de l’Histoire, les califes musulmans et les dirigeants responsables de La Mecque, la ville la plus sainte de l’islam, se sont efforcés de protéger, d’agrandir et d’entretenir la Grande Mosquée.

Grâce à une organisation bien rôdée, et conformément aux mesures de prévention contre la Covid-19, les pèlerins – locaux ou étrangers – peuvent obtenir un permis de visite à condition d’être vaccinés contre la Covid-19.

En ce mois du ramadan, ce monument de l’Histoire et de la religion musulmane est parfumé avec des arômes d’oud plus de dix fois par jour afin de créer une atmosphère de spiritualité pour les milliers de visiteurs. En temps normal, la mosquée peut accueillir entre 50 000 et 100 000 fidèles par jour!

 

La Pierre de la Kaaba

La Présidence générale pour les affaires des deux Saintes Mosquées a pris 1 050 photographies de la Pierre noire et du sanctuaire d'Abraham grâce à la technologie Fox Stack Panorama. Cette méthode combine plusieurs photographies avec différents degrés de clarté afin de produire une seule image haute résolution précise de la Pierre noire, connue sous le nom arabe de «Hajar al-Aswad».

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Les autorités saoudiennes ont publié de nouvelles photos offrant une vue rapprochée inédite de la pierre noire de la Kaaba à La Mecque. (Photo, SPA)

La pierre ovale de couleur noir rougeâtre, d’un diamètre de 30 cm, est située dans le coin sud-est de la Kaaba. Elle est positionnée à 1,5 mètre au-dessus du sol et placée à l'intérieur d'un cadre en argent pur pour lui assurer une protection.

 

2. Mosquée cheikh Zayed, Abu Dhabi

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Mosquée cheikh Zayed, Abu Dhabi. AFP

Symbole national qui porte le nom du premier président des Émirats arabes unis (EAU), il s’agit de la septième plus grande mosquée au monde. Ce bijou d’architecture mêlant modernisme et tradition peut accueillir jusqu'à 40 000 visiteurs (7 000 pour la salle de prière principale) et fait partie des rares mosquées que les touristes peuvent visiter aux EAU.

Plus de 3 000 ouvriers et 38 entreprises sous-traitantes ont été engagés pour sa construction.

La structure architecturale de cette mosquée a notamment été inspirée par les arts moghol, égyptien et pakistanais. Les arcades sont de style mauresque et les minarets typiquement arabes.

Chaque détail de ce lieu de culte a été minutieusement pensé, et chaque ornement confectionné avec soin. Toutes les décorations sont des exploits artistiques et techniques.

Les motifs qui parent les murs et façades en marbre blanc ont été réalisés par une société d'art graphique milanaise, le lustre qui surplombe le plafond mesure 15 mètres de hauteur pour 10 mètres de diamètre, et le tapis en laine et coton de 47 tonnes recouvre les 22 412 mètres carrés dédiés à la prière.

En journée, les tons dorés de la mosquée reflètent les rayons du soleil, et le soir, les lueurs pâles de la Lune. Les bassins qui entourent l’édifice donnent à la cour des allures de paradis terrestre.

3. Mosquée sultan Omar Ali Saifuddin, Brunei

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Mosquée sultan Omar Ali Saifuddin, Brunei. AFP

Construit dans un lagon artificiel sur les rives d’une rivière, cet édifice d’une richesse matérielle et spirituelle sans pareille, qui porte le nom du 28e sultan du Brunei, est l’emblème du pays.

Construite en 1958 par l'architecte et sculpteur Rudolfo Nolli, cette mosquée moderne haute de 52 mètres s’inspire des architectures moghole et malaise, mais correspond également aux caractéristiques stylistiques de la Renaissance italienne.

Le dôme principal, recouvert d'or pur, est l’élément phare de la mosquée. Le plus haut minaret est quant à lui doté d'un ascenseur grâce auquel les visiteurs peuvent profiter d'une vue panoramique sur la ville. Les murs et le sol sont constitués de marbre d’Italie et de granit de Shanghai, le sol est recouvert de tapis artisanaux faits en Belgique et en Arabie saoudite, les vitraux et les lustres de cristal ont été fabriqués en Angleterre.

Une cour entourée d'arbres et de jardins fleuris, et deux ponts en marbre viennent s’ajouter à ce monument religieux.

4. Grande mosquée de Djenné, Mali

Cette photo prise le 9 février 2005 montre la Grande Mosquée de Djenné dans la région du Delta du Niger au centre du Mali.
Cette photo prise le 9 février 2005 montre la Grande Mosquée de Djenné dans la région du Delta du Niger au centre du Mali.

Comme si elle avait toujours fait partie du paysage, cette magnifique mosquée, à l’aspect hérissé, intégralement construite en terre crue, est un incontournable du style architectural soudano-sahélien.

Située dans une plaine alluviale, cet édifice qui a survécu aux guerres saintes et aux intempéries, est l’un des symboles les plus éblouissants de l’Afrique subsaharienne.

Haute de 20 mètres, avec un toit en adobe soutenu par 90 piliers possédant 104 trous d’aération, cette mosquée peut abriter jusqu’à 1 000 fidèles. Ses parois faites en banco protègent des grandes chaleurs africaines. Le toit, recouvert de boue, est soutenu par neuf murs intérieurs percés d'arcs en ogive.

La salle de prière d’une superficie de 1 300 mètres carrés, occupe la moitié du bâtiment.

L’entretien régulier de la mosquée est assuré par les habitants de Djenné, qui s’attèlent à cette tâche dans le cadre de festivités animées par des chants traditionnels.

Avec la Vieille ville de Djenné, cette mosquée fait partie du patrimoine mondial de l’Organisation des nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) depuis 1988.

5. Grande mosquée de Xi’an, Chine

wikipedia
Grande mosquée de Xi’an, Chine. Wikipedia

Construite sous la dynastie Tang soucieuse de démontrer son ouverture d’esprit face aux communautés étrangères, cette mosquée est un magnifique trait d’union entre les cultures.

Occupant un terrain de 12 000 mètre carrés, il s’agit de la mosquée la plus grande et la mieux préservée de Chine.

Son architecture atypique influencée par différentes époques mêle traditions musulmanes et chinoises. Alors que les bâtiments traditionnels chinois s'alignent le long d'un axe Nord-Sud conformément au feng shui, la mosquée est orientée à l'ouest, vers La Mecque.

L’édifice a été remanié à maintes reprises depuis 742, ce qui fait de ce lieu de prière un monument métissé et hybride.

La salle de prière entièrement en bois est composée de trois bâtiments mitoyens surélevés sur une grande plate-forme en pierre bordée de balustrades. Des motifs floraux et calligraphiques ornent les murs intérieurs avec simplicité et élégance.

Située à proximité d’une rue piétonne très animée, avec ses jardins luxuriants et ses nombreuses salles, cette mosquée est un véritable havre de paix.

6. Mosquée Hassan II, Maroc

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Mosquée Hassan II, Maroc. FADEL SENNA / AFP

Face à l’océan Atlantique, aménagée sur neuf hectares sur le site de l'ancienne piscine municipale, cette grande mosquée représente le syncrétisme de l’art marocain dans toute sa splendeur. Les structures en béton armé, les coupoles en bois de cèdre et acier inoxydable, et les revêtements en marbre et en granit locaux résistent à la houle et aux vents marins. Constituée d’une immense salle de prière, mais aussi d’une salle d'ablutions, de plusieurs bains, d’un musée, d’une école coranique (madrasa), d’une bibliothèque, et d’une académie des arts traditionnels, cette mosquée est une véritable institution où s’entremêlent le beau, l’utile et le sacré. Inaugurée en 1993, la mosquée indique la direction de La Mecque à l’aide d'un rayon laser.

7. Mosquée du roi Abdelaziz, Marbella

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Mosquée du roi Abdelaziz, Marbella. JOSE LUIS ROCA / AFP

Iconique. Cette mosquée toute blanche surplombant la baie de Malaga, est la première mosquée édifiée dans la région depuis la Reconquista. Elle a en effet été inaugurée en 1981. Cette date qui correspond à l’an 1401 du calendrier islamique, est hautement symbolique car elle marque la migration du Prophète à Médine.

Construite sur une colline par l'architecte Juan Mora, la mosquée peut accueillir plus de 800 personnes.

Ce lieu de recueillement mêle le style andalou à l’architecture islamique. Dans la salle de prière se trouve un lustre d’un poids de 500 kg fabriqué par des artisans de Fès, au Maroc. La mosquée, qui dispose d’une grande bibliothèque et d’un Centre d'études islamiques, est entourée d’un charmant jardin hispano-mauresque propice à la tranquillité.

8. Mosquée de Cristal, Malaisie

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Mosquée de Cristal, Malaisie. crédit https://www.flickr.com/photos/emrank/, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Dressée avec grâce et prestance sur un îlot artificiel, la mosquée de Cristal émeut par sa splendeur et fascine par sa singularité. Sa structure unique en verre et en acier lui donne cet aspect cristallin si peu commun. Chaque nuit, ses dômes et ses minarets s’illuminent en rose, vert, violet, bleu ou jaune. Ces couleurs se reflètent sur l’eau et donnent au paysage des aspects oniriques dignes des Mille et Une Nuits.

Cette mosquée 2.0 inaugurée en 2008 – qui peut accueillir entre 700 et 1 500 fidèles – est en outre dotée de tout le confort moderne: équipements multimédias audio et vidéo, air conditionné et système de distribution d’eau automatique pour les ablutions.

9. Mosquée de Kairouan, Tunisie

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Mosquée de Kairouan, Tunisie. FETHI BELAID / AFP

Construite en 670 de notre ère, et enregistrée au patrimoine mondial de l’Unesco, cette mosquée s’étend sur plus de 9 000 mètres carrés.

Les murs situés dans l'enceinte de la Grande Mosquée sont renforcés de contreforts et composés de neuf portes aux façades occidentales et orientales.

La grande cour, revêtue de dalles de pierre et de plaques en marbre blanc, est entourée par un portique à double rangée d’arcs et d’un minaret de plus de 30 mètres. Dans cette même cour se trouve un illustre cadran solaire horizontal à quatre gnomons, qui permet de déterminer les heures des cinq prières quotidiennes.

Étant le sanctuaire le plus ancien de l'Occident musulman, la Grande Mosquée de Kairouan a inspiré l’architecture de la plupart des mosquées du Maghreb construites a posteriori.


Cannes: Virginie Efira a dit "oui avant d'avoir lu le scénario" pour "Histoires parallèles" d'Asghar Farhadi

L’actrice belge Virginie Efira arrive pour la projection du film Histoires parallèles lors de la 79e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 14 mai 2026. (AFP)
L’actrice belge Virginie Efira arrive pour la projection du film Histoires parallèles lors de la 79e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 14 mai 2026. (AFP)
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  • Asghar Farhadi revient en français avec Histoires parallèles, où une écrivaine (Isabelle Huppert) observe ses voisins bruiteurs et transforme leur quotidien en fiction
  • Le récit brouille réalité et imagination à travers des doubles personnages, avec Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney, dans un hommage au cinéma et à sa mise en scène précise

CANNES: Après "Le Passé", présenté en compétition à Cannes en 2013, le réalisateur Asghar Farhadi revient avec un nouveau film en français, "Histoires parallèles", servi par un casting de stars, toujours aussi avides de travailler avec le maitre iranien.

"Quand j'ai su que ça venait d'Asghar Farhadi, j'ai dit oui avant d'avoir lu le scénario", se remémore auprès de l'AFP Virginie Efira.

"Histoires parallèles" raconte l'histoire de Sylvie, une écrivaine solitaire et acariâtre jouée par Isabelle Huppert, obsédée par la dynamique du trio travaillant dans un appartement situé en face du sien, à Paris.

Nita (Virginie Efira), Pierre (Vincent Cassel) et Christophe (Pierre Niney) travaillent à la fabrication de bruitages pour des documentaires animaliers.

Sylvie les espionne et en tire une fiction, sur un triangle amoureux bien éloigné des dynamiques à l'oeuvre dans la réalité.

L'arrivée dans sa vie d'Adam (Adam Bessa), homme à tout faire censé aider Sylvie à mettre de l'ordre dans son quotidien, va faire entrer en collision la fiction et la réalité, avec une cascade de conséquences à la clef.

- Précision -

"Quand j'ai lu le scénario je me suis dit +tiens, c'est étonnant qu'il pense à moi+", s'amuse encore Virginie Efira.

L'actrice belge, qui joue à la fois Nita, la bruiteuse blonde en couple avec Pierre et son double fictif Anna, une brune sûre d'elle-même aux airs de femme fatale en couple avec Christophe, a douté de pouvoir incarner les deux femmes.

"Je me disais, est-ce que je ne suis pas trop âgée pour ce personnage ? Est-ce qu'on va y croire ? Surtout la fille de la fiction", raconte encore Virginie Efira.

Mais "Asghar est un formidable directeur d'acteurs", souligne la comédienne qui l'a découvert avec "Une séparation", Oscar du meilleur film étranger en 2012 (il en a gagné un deuxième en 2017 pour "Le client").

"C'est une machine de travail", explique-t-elle. "Il a une mise en scène très précise", ne laissant aucune place à l'improvisation, affirme Virginie Efira.

Tourner pour Farhadi, c'est aussi mettre un pied dans le cinéma iranien qui "compte énormément". "On peut parler de (Abbas) Kiarostami, mais dans le cinéma d'aujourd'hui il y a +La loi de Téhéran+ (2019) qui est un film immense, +Les Graines du figuier sauvage+ (2024)", énumère Efira, fascinée par ce cinéma, récompensé de la Palme d'or l'année dernière avec "Un simple accident" de Jafar Panahi.

- Attrait du cinéma français -

"On sent bien que son film est un peu un hommage au cinéma", poursuit-elle, citant une scène entre Isabelle Huppert et Catherine Deneuve, qui joue son éditrice. "Juste pour cette scène, ce film parle de cinéma, il y a une grande beauté d'avoir ces deux visages ensemble" à l'écran, se réjouit l'actrice.

Virginie Efira, qui a déjà tourné deux films avec le Néerlandais Paul Verhoeven, a déjà travaillé avec plusieurs réalisateurs étrangers de renom.

A Cannes, elle défendra un autre film tourné à Paris, du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, oscarisé en 2022 pour "Drive My Car". Dans "Soudain", présenté lui aussi en compétition, elle a été jusqu'à prendre des leçons de japonais.

"Je pense que les grands cinéastes ont toujours, culturellement, un attachement à l'histoire du cinéma français", observe Virginie Efira.

"Les grands cinéastes ont envie en général de pouvoir s'exprimer librement. Et la France est un pays où jusqu'ici en tout cas, on peut encore le faire, et c'est une grande joie", salue-t-elle.


À l’IMA, l’exposition « Libye patrimoine révélé » lève le voile sur des richesses méconnues

 Le théâtre d’Appolonia. (Photo Arlette Khouri)
Le théâtre d’Appolonia. (Photo Arlette Khouri)
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  • Fruit de cinquante ans de coopération entre la Mission archéologique française en Libye (MAFL) et les autorités libyennes, l’exposition, qui se tient du 13 mai au 20 octobre, lève le voile sur la richesse de ce patrimoine
  • Mais derrière cette richesse flotte une inquiétude, car le patrimoine archéologique libyen, aussi impressionnant soit-il, est aujourd’hui vulnérable

PARIS: Avec l’exposition « Libye, patrimoine révélé », l’Institut du monde arabe à Paris (IMA) ouvre une fenêtre sur un pays trop souvent résumé à ses fractures récentes et pourtant doté d’un immense patrimoine archéologique largement méconnu.

Fruit de cinquante ans de coopération entre la Mission archéologique française en Libye (MAFL) et les autorités libyennes, l’exposition, qui se tient du 13 mai au 20 octobre, lève le voile sur la richesse de ce patrimoine.

Mais derrière cette richesse flotte une inquiétude, car le patrimoine archéologique libyen, aussi impressionnant soit-il, est aujourd’hui vulnérable.

IMA

L’effondrement des structures étatiques a ouvert la voie à des pillages massifs, à un trafic illicite d’antiquités alimentant les marchés internationaux, ainsi qu’à des dégradations parfois irréversibles.

L’exposition ne se contente pas de constater que ce qui n’a pas été détruit par le temps risque de l’être par l’instabilité humaine ; elle montre aussi les efforts menés pour documenter, protéger et identifier les œuvres dispersées.

À travers une sélection de photographies, de films et de documents scientifiques, l’exposition établit une sorte de dialogue entre science et mémoire, entre passé et présent, et fait émerger une évidence : la Libye ne peut être réduite à son actualité tragique, car elle est aussi un conservatoire de civilisations, un territoire où s’est écrite une part essentielle de l’histoire méditerranéenne.

En donnant à voir ce patrimoine, l’Institut du monde arabe accomplit plus qu’un geste culturel : il redonne une profondeur à un pays que l’on regarde trop souvent à travers le seul prisme de la crise, et sonne l’alarme quant à la disparition de ces vestiges, qui constituerait une perte irréparable pour la Libye et pour l’humanité tout entière.

Depuis 2011, la Libye est associée, dans les esprits, à l’effondrement d’un État et à une instabilité chronique, qui ont relégué au second plan une autre vérité essentielle : ce pays est l’un des grands carrefours historiques de la Méditerranée et du Sahara.

Phéniciens, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes : tous ont laissé leur empreinte sur ce territoire, composant une stratification culturelle d’une densité rare.

À travers l’exposition, c’est donc une autre histoire qui se révèle à nous : celle d’un territoire d’une richesse archéologique exceptionnelle, dont la mémoire millénaire a été éclipsée par le fracas d’un soulèvement, puis d’une guerre civile qui n’en finit plus.

En dépit de conditions de travail souvent difficiles, les chercheurs de la Mission ont patiemment documenté, fouillé et analysé ce patrimoine. Leur œuvre constitue aujourd’hui une somme de connaissances irremplaçable, ainsi qu’une véritable aventure scientifique, patiente et rigoureuse.

IMA

L’exposition constitue en fait une immersion progressive dans le travail de ces archéologues et entraîne le visiteur, du Sahara aux rivages méditerranéens, dans le massif du Măsak, à la découverte de vestiges préhistoriques qui racontent un temps où le désert était habité et vivant.

Plus au nord, les lignes du limes romain dessinent une frontière stratégique, tandis que les cités antiques témoignent d’un raffinement urbain remarquable. La majestueuse Leptis Magna, souvent considérée comme l’un des plus beaux ensembles romains du monde, ou encore Apollonia, dont une partie repose aujourd’hui sous les eaux, incarnent cette grandeur passée.

En donnant à voir cette exposition, l’IMA tente d’éclairer un aspect méconnu de la Libye, mais alerte surtout sur la nécessité de sauvegarder et de protéger l’archéologie, menacée en Libye comme dans plusieurs autres pays du Moyen-Orient.


Le festival de Cannes s'ouvre en célébrant le cinéma comme "acte de résistance"

L’actrice franco-malienne et maîtresse de cérémonie Eye Haïdara s’exprime sur scène lors de la cérémonie d’ouverture et de la projection du film « La Vénus électrique » à la 79e édition du Festival de Cannes, à Cannes, le 12 mai 2026. (AFP)
L’actrice franco-malienne et maîtresse de cérémonie Eye Haïdara s’exprime sur scène lors de la cérémonie d’ouverture et de la projection du film « La Vénus électrique » à la 79e édition du Festival de Cannes, à Cannes, le 12 mai 2026. (AFP)
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  • Le 79e Festival de Cannes s’est ouvert sous le signe du cinéma comme « acte de résistance », avec 22 films en compétition pour la Palme d’or et de nombreuses stars internationales attendues sur la Croisette
  • Les débats autour de la politique, des conflits mondiaux et de l’intelligence artificielle ont marqué l’ouverture du festival, tandis que Peter Jackson a reçu une Palme d’honneur

CANNES: Le 79e festival de Cannes s'est ouvert mardi soir avec ses stars et 22 films en lice pour la Palme d'or, lors d'une cérémonie célébrant le cinéma comme un "acte de résistance" qui "transcende les cultures".

Sur la scène du Palais des festivals, devant un parterre de stars, les actrices Gong Li et Jane Fonda ont donné le coup d'envoi du grand raout cannois, qui baissera le rideau le 23 mai avec la remise de la Palme d'or, attribuée l'an dernier à  "Un Simple accident" du cinéaste iranien dissident Jafar Panahi.

"Le cinéma a toujours été un acte de résistance parce que nous racontons des histoires et les histoires représentent ce qui construit une civilisation", a estimé l'Américaine Jane Fonda, tandis que la Chinoise Gong Li célébrait un art qui "transcende les langues, les cultures et les générations" et s'adresse "à ce que nous partageons tous, les émotions humaines".

De l'Espagnol Pedro Almodovar à l'Américain James Gray en passant par le Roumain Cristian Mungiu, la compétition va de nouveau offrir cette année un panorama du cinéma dans un monde en crise, tout en accueillant une armada de stars (Penélope Cruz, Adam Driver, Barbra Streisand, Marion Cotillard...) sur son tapis rouge.

- "Miraculeux" -

Pour lancer la quinzaine au cours de laquelle une centaine de films seront projetés, le festival a remis mardi soir une Palme d'honneur à Peter Jackson, le réalisateur néo-zélandais de la mythique trilogie du "Seigneur des anneaux" qui n'avait jamais été distingué auparavant sur la Croisette.

"C'est presque miraculeux parce que jamais je n'aurais imaginé que je gagnerais une Palme un jour", a-t-il déclaré en recevant la distinction des mains d'Elijah Wood, qui a incarné pour lui le personnage du hobbit Frodon Sacquet.

"Je ne fais pas des films qui se prêtent à une Palme d'or, donc c'est vraiment une surprise à tous les égards", a ajouté le réalisateur de "King Kong" ou "Bad Taste", aux côtés de la maîtresse de cérémonie, l'actrice française Eye Haïdara, qui a donné une coloration politique à son discours d'ouverture.

Entrée sur scène façon music hall sur la chanson de Claude Nougaro "Sur l'écran noir de tes nuits blanches", l'actrice a tenu à saluer les téléspectateurs partout dans le monde, "enfin, partout où l'internet n'a pas été coupé, partout où l'intelligence artificielle ne s'est pas substituée à la réalité".

Nichée au milieu d'une déclaration d'amour pour le 7e art, cette phrase fait écho aux débats qui traversent le festival cannois autour de ce que le cinéma doit et peut dire face aux tensions et conflits dans le monde.

"Je ne crois pas qu'on devrait séparer l'art de la politique, c'est un concept étrange de vouloir opposer les deux", a déclaré dans l'après-midi le président du jury, le réalisateur sud-coréen, Park Chan-wook, lors d'une conférence de presse.

- "L'IA est là" -

Autre membre du jury, le Britannique Paul Laverty, scénariste fétiche de Ken Loach, a été plus radical en profitant de la tribune cannoise pour dénoncer une époque où "les fous guident les aveugles".

"On voit tellement de violences systématiques, le génocide à Gaza et tous ces conflits horribles", a-t-il déclaré, se lançant ensuite dans une diatribe contre Hollywood, qui a déserté la Croisette cette année.

Sur ce sujet abrasif, le délégué général du festival Thierry Frémaux avait tenté lundi d'esquisser une voie médiane, en assurant qu'on demande "souvent au festival de Cannes d'assumer un rôle, de réfléchir à des questions qui ne le concernent pas directement".

Autre thématique brûlante, le recours à l'intelligence artificielle (IA) traverse lui aussi le festival, qui se pose en rempart contre une technologie qui fait trembler l'industrie du cinéma.

"L’IA est là", a déclaré l'actrice américaine Demi Moore, également membre du jury. "Et la combattre, c’est livrer une bataille que nous perdrons. Chercher des moyens de travailler avec elle me semble donc une voie plus précieuse à suivre".

Mercredi, la course à la Palme d'or débutera avec les premières projections dont "Quelques jours à Nagi" du japonais Koji Fukada, et de "La vie d'une femme" de Charline Bourgeois-Tacquet.