Le G7 cherche un front commun face à la Chine

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken lors de la première réunion de visu des ministres des Affaires étrangères du G7 en plus de deux ans. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 05 mai 2021

Le G7 cherche un front commun face à la Chine

  • «Notre objectif n'est pas d'essayer de juguler la Chine», «ce que nous essayons de faire, c'est de faire respecter l'ordre international fondé sur des règles», affirme Blinken
  • Les chefs de la diplomatie du club des pays riches ont consacré leur première réunion à la Chine, dont l'influence inquiète les capitales occidentales

LONDRES: Les ministres des Affaires étrangères du G7 ont discuté mardi d'un possible front commun face à une Chine de plus en plus affirmée sur la scène internationale, lors de leur première réunion de visu en plus de deux ans. 

Au lendemain d'un dîner consacré aux programmes nucléaires de l'Iran et de la Corée du Nord, les chefs de la diplomatie du club des pays riches ont consacré leur première réunion à la Chine, acteur économique incontournable dont la volonté de s'affirmer comme une puissance militaire et d'exercer son influence dans le monde inquiète les capitales occidentales. 

«Notre objectif n'est pas d'essayer de juguler la Chine», a confié le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken lundi à des journalistes. 

«Ce que nous essayons de faire, c'est de faire respecter l'ordre international fondé sur des règles, dans lequel nos pays ont tellement investi ces dernières décennies (...) pas seulement dans l'intérêt de nos propres citoyens, mais aussi des peuples à travers le monde, dont la Chine», a-t-il ajouté.  

M. Blinken s'est engagé à une «coopération robuste» avec le Royaume-Uni pour faire pression sur Pékin concernant la répression du mouvement pro-démocratie à Hong Kong et celle de la minorité musulmane ouïghoure dans la région du Xinjiang, qualifiée de «génocide» par Washington. 

L'ancienne secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a déclaré que les démocraties devaient «exercer une énorme pression sur la Chine devant le tribunal de l'opinion publique» lors d'une intervention au groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House à Londres.

Porte «ouverte»

Forts de leur «relation spéciale», Londres et Washington ont adopté des approches communes en matière de politique étrangère, en particulier à l'égard de la Russie et de la Chine.

Lors d'une conférence de presse lundi, le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab, dont le pays assure la présidence du G7, a déclaré que la «porte était ouverte» à une amélioration des relations avec la Chine, pour travailler avec elle de manière «constructive» notamment en matière de changement climatique. «Mais cela dépend du comportement et des actes», a-t-il ajouté.

Jusqu'à mercredi, les chefs de la diplomatie de l'Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni tentent de s'accorder sur des réponses conjointes aux menaces mondiales.

Outre la Chine, ils ont discuté de la crise en Birmanie depuis le coup d'état, de la situation en Libye, et de la guerre en Syrie.

Ils doivent évoquer aussi les violences en Ethiopie, l'Iran et la Corée du Nord, la Somalie, le Sahel et les Balkans.

Face-à-face

Le chef de la politique étrangère de l'UE, Josep Borrell, a expliqué avoir discuté avec M. Blinken de la dernière série de pourparlers à Vienne sur le nucléaire iranien. M. Borrell a qualifié les négociations de «difficiles» et s'est félicité du retour des rencontres en face-à-face: «c'est ainsi qu'on forge un consensus, qu'on noue des accords», a-t-il déclaré.

Les rencontres entre les participants se font selon un strict protocole en raison de la pandémie, avec délégations réduites, masques, distanciation et parois transparentes.

Le gouvernement britannique a annoncé mardi que les ministres des Finances des pays du G7 se réuniront eux aussi les 4 et 5 juin à Londres.

Le Royaume-Uni assouplit progressivement ses restrictions à mesure que la campagne de vaccination progresse et que les cas de Covid-19 diminuent, alors même que d'autres pays connaissent de nouveaux pics.

Ces disparités ont entraîné des appels pour une action internationale plus importante, notamment un accès plus large aux vaccins, au menu des échanges mercredi.

Le Premier ministre Boris Johnson a reçu M. Blinken à Downing Street et les deux hommes «ont convenu que le déploiement mondial des vaccins sera essentiel pour vaincre la pandémie de coronavirus». «Ils ont souligné l'importance du travail du G7 dans ce domaine, y compris les efforts visant à accroître la capacité de fabrication internationale», a indiqué Downing Street.

Les chefs de la diplomatie du G7 seront rejoints par des représentants de l'Union européenne. L'Inde, l'Australie, la Corée du Sud, l'Afrique du Sud et l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) ont également été conviés.

Depuis sa sortie de l'UE, le Royaume-Uni se tourne vers la région Asie-Pacifique. Il souhaite également des engagements mondiaux plus larges et plus forts en matière de lutte contre le changement climatique, alors qu'il se prépare à accueillir la grande conférence de l'ONU sur le climat (COP26) en novembre.


Brésil : déforestation record en Amazonie en avril

La forêt amazonienne brésilienne, victime du changement climatique et des activités humaines, a rejeté ces dix dernières années plus de carbone qu'elle n'en a absorbé. (Photo, AFP)
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  • Le président brésilien, un climatosceptique notoire, a encouragé depuis sa prise de fonction en 2019 l'exploitation commerciale de la plus grande forêt tropicale du monde
  • En 2021, le processus de répression des crimes environnementaux a été paralysé par le ministre de l'Environnement

RIO DE JANEIRO: Quelque 580 km2 de forêt ont été déboisés en Amazonie brésilienne en avril, un record pour ce mois, selon des données officielles publiées vendredi qui jettent le doute sur l'engagement du président Jair Bolsonaro à réduire la déforestation.

La superficie déboisée (550,55 km2) est 42,5% supérieure à celle d'avril 2020 (407,2 km2), selon l'Institut national de recherches spéciales (INPE) qui recueille ce type de données depuis 2015.

La déforestation en mars 2021 avait déjà connu un niveau supérieur à celui de la même période en 2020, après deux mois de recul qui correspondent à la saison des pluies et à une activité de l'industrie du bois en berne. 

Depuis le début de l'année et jusqu'au 29 avril, la déforestation pour l'industrie du bois et pour l'agriculture a toutefois atteint 1 156,7 km2, en baisse de 3,9% par rapport à la même période en 2020.

La saison sèche, qui dure de mai à août, connaît généralement un taux plus élevé de déforestation. Au cours des trois dernières années, la période de référence août-juillet a connu des records successifs. 

«Il n'est pas encore possible de prédire ce qu'il va se passer, mais en 2021 il pourrait y avoir une quatrième hausse consécutive de la déforestation», a mis en garde l'Observatoire du climat, un réseau d'une soixantaine d'ONG et d'associations. 

Le président brésilien, un climatosceptique notoire, a encouragé depuis sa prise de fonction en 2019 l'exploitation commerciale de la plus grande forêt tropicale du monde.

En avril, lors du sommet virtuel sur le climat organisé par le président américain Joe Biden, le dirigeant d'extrême droite s'est toutefois engagé à «éliminer la déforestation illégale au Brésil d'ici 2030». 

Ce discours nettement plus conciliant qu'à l'accoutumée a cependant été accueilli avec scepticisme par les écologistes. 

«En 2021, il n'y a aucun effort fédéral de contrôle de la déforestation (...) et le processus de répression des crimes environnementaux a été paralysé par le ministre» de l'Environnement, Ricardo Salles, estime l'Observatoire du climat. 

La pression sur le Brésil s'est accrue dernièrement avec la menace d'une quarantaine de distributeurs, entreprises et fédérations essentiellement européennes de boycotter le produits agricoles brésiliens si le pays ne retire pas un projet de réforme agraire qui risque d'accélérer, selon eux, la déforestation de l'Amazonie.

Selon une étude publiée jeudi dans Nature Climate Change, la forêt amazonienne brésilienne, victime du changement climatique et des activités humaines, a rejeté ces dix dernières années plus de carbone qu'elle n'en a absorbé, un basculement majeur et inédit. 


Plus de 45 000 candidats pour tuer 12 bisons dans un parc naturel US

Il ne s'agit pas d'une chasse, selon le NPS, car l'opération est contrôlée par les autorités du parc, et n'est pas menée à des fins récréatives ou privées. (Photo, AFP)
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  • Les bisons, s'ils sont trop nombreux, peuvent nuire «aux ressources en eau du parc, à la végétation, aux sols» et menacer des sites archéologiques
  • Les finalistes seront autorisés à tuer un bison, qu'ils devront ensuite être capables de «porter hors de la zone à pied, sans l'aide d'un véhicule motorisé»

LOS ANGELES: Plus de 45 000 personnes se sont portées volontaires pour tuer douze bisons dans le parc national américain du Grand Canyon, dans le cadre d'un programme inédit visant à réguler la population grandissante de cet animal, a annoncé vendredi le National Park Service (NPS).

Les bisons, s'ils sont trop nombreux, peuvent nuire «aux ressources en eau du parc, à la végétation, aux sols» et menacer des sites archéologiques, a expliqué Kaitlyn Thomas, porte-parole du NPS, ajoutant que la «réduction de la taille du cheptel» permettait de «protéger l'écosystème».

C'est pour répondre à ce problème que les autorités du parc du Grand Canyon, en Arizona, ont lancé, début mai, un appel à candidatures pour trouver douze volontaires prêts à participer à l'opération.

Parmi les 45 000 candidatures reçues en seulement deux jours, 25 finalistes seront tirés au sort, et douze seront finalement choisis d'ici le 17 mai.

Chacun d'entre eux sera autorisé à tuer un bison, qu'il devra ensuite être capable de «porter hors de la zone à pied, sans l'aide d'un véhicule motorisé», dont l'usage n'est pas autorisé dans cette zone, indique le National Park Service, l'organisme fédéral chargé de la gestion des grands espaces naturels des Etats-Unis.

Pour avoir le droit de participer, les volontaires doivent être des citoyens américains majeurs, «en très bonne condition physique», disposer de leur propre fusil, suivre une formation et «avoir de solides compétences de communication verbale», poursuit le NPS.

Les carcasses des animaux seront réparties entres les participants, dans la limite «d'un bison par groupe de volontaires», précise Mme Thomas. 

L'initiative a connu un succès retentissant, mais pas surprenant pour Kaitlyn Thomas, qui se doutait qu'elle «susciterait beaucoup d'intérêt». «Lorsque le programme a été lancé, le parc a reçu des centaines d'emails et d'appels de personnes demandant plus d'informations sur la façon de s'inscrire», dit-elle.

Il ne s'agit pas d'une chasse, selon le NPS, car l'opération est contrôlée par les autorités du parc, et n'est pas menée à des fins récréatives ou privées.

Depuis 2019, le parc capture aussi des bisons pour les déplacer vers d'autres zones. 

400 à 600 bisons vivraient actuellement dans la partie nord du parc du Grand Canyon. D'ici dix ans, les spécialistes estiment que leur population pourrait tripler, pour atteindre près de 1.500 animaux.

Un tel programme est inédit dans le Grand Canyon mais, selon Mme Thomas, des actions similaires ont été menées dans d'autres parcs nationaux pour lutter contre «la surpopulation d'élans ou de chèvres».


L'UE promet du social pour mieux sortir de la pandémie

Le sommet de Porto se poursuivra samedi, avec un soutien attendu des Vingt-Sept au «plan d'action» de la Commission qui prévoit trois objectifs à l'horizon 2030. (Photo, AFP)
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  • «Nous allons transformer le modèle de gouvernance économique de l'Europe. Il sera plus équilibré, plus juste, moins financier, plus économique et plus social»
  • Von der Leyen a rappelé le plan de relance de 750 milliards d'euros financé par un endettement commun inédit, un symbole de la solidarité européenne

PORTO: Les dirigeants de l'UE, réunis vendredi au Portugal, se sont entendus pour bâtir une Europe plus sociale après les dégâts économiques de la pandémie, mais la route s'annonce longue avant des réalisations concrètes tant les Vingt-Sept sont divisés.

«Nous allons transformer le modèle de gouvernance économique de l'Europe. Il sera plus équilibré, plus juste, moins financier, plus économique et plus social», a déclaré le Premier ministre portugais Antonio Costa, l'hôte du sommet à Porto (nord-ouest).

Il a promis «une Europe meilleure», au terme d'une journée de conférences avec les partenaires sociaux qu'il a qualifiée d'«historique».

«Nous devons trouver le moyen de fournir un salaire décent à toutes les personnes qui travaillent toute la journée pour qu'elles puissent au moins vivre de leur travail», a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Le sommet intervient au moment où l'Europe entrevoit le bout du tunnel, après une année de pandémie de Covid-19 qui augmenté le chômage et la pauvreté. La vaccination rapide de la population et l'allègement progressif des contraintes sanitaires laissent espérer un rebond économique.

Sous le ciel radieux de la cité portuaire, Mme von der Leyen a rappelé les réalisations de l'Europe dans la crise et notamment le plan de relance de 750 milliards d'euros financé par un endettement commun inédit, un symbole de la solidarité européenne.

Le président français Emmanuel Macron a évoqué les chantiers législatifs en cours à Bruxelles pour tenter de mieux protéger les travailleurs des nouvelles plateformes numériques ou imposer une convergence vers le haut des salaires minimum dans l'UE. Sans en occulter les difficultés.

«Résistances et réticences»

«Il y a des résistances, des réticences, des moments de crispation, mais ils sont nécessaires pour qu'il y ait aujourd'hui des avancées», a-t-il dit.

Les pays du sud, comme la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal, sont favorables à une harmonisation des salaires minimums. Mais les pays du nord, attachés à leur modèle performant de négociation collective, et ceux de l'est, qui craignent de perdre leur compétitivité, s'y opposent fermement.

Vendredi soir, les chefs d'Etat et de gouvernement devaient encore participer à un dîner de travail et évoquer des sujets internationaux comme les tensions avec la Russie et la levée des brevets sur les vaccins contre la Covid proposée mercredi par le président américain Joe Biden pour aider les pays pauvres.

Le sommet se poursuivra samedi, avec un soutien attendu des Vingt-Sept au «plan d'action» de la Commission qui prévoit trois objectifs à l'horizon 2030 : augmenter à 78% le taux d'emploi, former chaque année au moins 60% des adultes et réduire de 15 millions le nombre des personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale.

Seule une poignée de dirigeants ont renoncé à aller au Portugal, dont la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui y prennent part à distance.

Dumping fiscal

Des partis de gauche ont organisé un contre-sommet et prévu de manifester samedi dans les rues de Porto. «Le plan d'action de l'UE n'est pas du tout à la hauteur des enjeux», a estimé Leïla Chaibi, une députée de la France Insoumise (gauche radicale) au Parlement européen.

Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme, souligne que 700 000 personnes en Europe dorment à la rue chaque nuit et que plus de 20 millions de travailleurs vivent dans la pauvreté en raison de l'augmentation des formes de travail précaire, notamment dans les nouvelles plateformes numériques.

Il dénonce «la concurrence fiscale» entre Etats, qui les pousse à rogner dans leurs dépenses sociales.

«Nous devons corriger cela», a reconnu Emmanuel Macron, évoquant le projet de taxe numérique soutenu par Paris qui fait l'objet de négociations à l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et entre Européens.

«Il ne peut y avoir de refonte générale de notre modèle social sans repenser notre modèle économique», a estimé Luca Visentini, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats. «Nous devons passer de l'ancien récit fondé sur l'austérité et la discipline budgétaire, uniquement axé sur les profits et la productivité, à une économie au service des personnes».

«L'augmentation des salaires et la redistribution des richesses sont le seul moyen de sortir les gens de la pauvreté», a-t-il lancé.

Samedi se déroulera aussi un sommet UE-Inde en visioconférence pour relancer les relations bilatérales et reprendre des négociations sur un accord de libre-échange suspendues depuis 2013.