Un coup d'État au Myanmar met en lumière le capitalisme militaire paralysant

Des manifestants se rassemblent à Rangoun, alors que les forces de sécurité continuent de réprimer les manifestations contre le coup d'État (Photo, AFP).
Des manifestants se rassemblent à Rangoun, alors que les forces de sécurité continuent de réprimer les manifestations contre le coup d'État (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 14 avril 2021

Un coup d'État au Myanmar met en lumière le capitalisme militaire paralysant

  • Les interdictions de voyager et le gel des avoirs depuis le coup d’État de février attirent l’attention sur l’emprise des généraux sur les segments lucratifs de l’économie
  • Les pays occidentaux imposeront probablement de nouvelles sanctions au Myanmar, mais les voisins asiatiques pourraient hésiter à emboîter le pas

BERNE, Suisse: L’économie du Myanmar (ex-Birmanie) a longtemps été façonnée par les Tatmadaw – les puissantes forces armées du pays – et par les caprices changeants de la géopolitique, qui ensemble composent les relations commerciales mondiales du pays, en particulier celles concernant ses grands projets d’infrastructure.

Depuis le coup d’État du 1er février, qui a renversé le gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, et la violente répression des manifestations qui a fait plus de 600 morts, une dynamique s’est développée derrière les efforts visant à imposer des sanctions à la junte.

À ce jour, les États-Unis et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions aux deux grands conglomérats du Myanmar appartenant à l’armée. Plusieurs pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont émis également des interdictions de voyager et gelé les avoirs des officiers de l'armée impliqués dans le coup d'État.

Les entreprises qui investissent dans le pays subissent des pressions pour rompre leurs liens avec les entités appartenant à l'armée. À titre d’exemple, les fonds de pension poussent le géant sud-coréen de l'acier Posco à rompre avec son partenaire de coentreprise birmane appartenant à l'armée.

Dans le même temps, la société japonaise Kirin Beer, qui a investi plus de 1,7 milliard de dollars (1 dollar = 0,84 euro) dans une coentreprise avec une société détenue par l'armée, a rompu son partenariat – bien qu'elle envisage de continuer à vendre de la bière dans le pays.

Toutes les multinationales occidentales ne sont pas de cet avis. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a récemment déclaré que l’entreprise devait continuer à produire du gaz afin de maintenir le réseau électrique du pays et de garantir la sécurité de sa main-d’œuvre.

L'économie birmanie a longtemps été façonnée par le Tatmadaw, la puissante force armée du pays, et par les variations de la géopolitique (Photo, AFP).

Le géant pétrolier a déclaré cependant qu'il ne paierait pas ses impôts à l'armée et a plutôt l'intention de faire don des sommes équivalentes à des organisations de défense des droits de l’homme.

Les tentacules du Tatmadaw sont si étroitement enroulées autour des leviers de l’économie qu’il est presque impossible pour les entreprises de faire des affaires au Myanmar sans coopérer avec au moins une entité militaire.

Deux organisations ayant des liens directs avec les Tatmadaw exercent une influence considérable sur l'économie. L'un est la Myanmar Economic Corporation (MEC), l'autre est la Myanmar Economic Holdings Limited (MEHL).

L’entreprise MEC est présente dans les secteurs de la fabrication, des infrastructures, de l'acier, du charbon et du gaz. Si sa raison d’être est d’approvisionner les forces armées en matières premières, elle détient également le monopole du secteur des assurances au Myanmar.

La Thaïlande est une importance source de devises étrangères pour la Birmanie, envoyées par les travailleurs immigrés qui y travaillent (Photo, AFP).

L’entreprise MEHL, quant à elle, est spécialisée dans le secteur bancaire, l'exploitation minière, l'agriculture, le tabac et la fabrication de produits alimentaires. Ses revenus sont directement versés à l'armée, qui protège MEHL de la surveillance civile. MEHL est propriétaire de la Myawaddy Bank et du fonds de pension de l’armée.

L’armée contrôle une grande partie du secteur bancaire du pays, qui est resté très sous-développé après des années passées en dehors du système financier international dans le cadre de sanctions visant le régime militaire de 1962 à 2011.

Le gouvernement de la LND avait l'intention de délivrer des licences bancaires aux banques étrangères d'ici à 2021, un effort contrecarré par le coup d'État.

Ensemble, MEC et MEHL possèdent plus de 100 entreprises. Ces deux groupes ont grandement bénéficié des efforts de privatisation dans les années 1990 et 2000 en achetant des entités à des prix de liquidation.

Les pratiques commerciales au Myanmar sont pour le moins opaques et considérées comme étant la définition même du capitalisme de copinage. En 2018, l'indice de perception de la corruption de «Transparency International» l'a classé 130e sur 180 pays.

La pression des sanctions à l'encontre de la junte monte, alors que la majorité des secteurs économiques du pays sont liés à l'armée (Photo, AFP).

La Thaïlande est une source importante de devises étrangères pour le Myanmar, envoyées par les travailleurs migrants qui y sont employés. (AFP)

Le premier gouvernement de la LND (2015-2020) a tenté de freiner le pouvoir de l'armée en ouvrant plusieurs secteurs à la concurrence, mais s'est abstenu de faire face au tout-puissant Tatmadaw.

La LND a toutefois réussi à transférer le pouvoir sur le Département de l'administration générale (DAG) du ministère de l'Intérieur, dominé par l'armée, au gouvernement civil en 2018.

Il s’agissait d’une étape importante dans la démilitarisation de la gouvernance du pays. Compte tenu des vastes pouvoirs du DAG, de l’administration des terres au recouvrement des impôts en passant par la prestation de services, il était évident que le fait de retirer le pouvoir de l’armée finirait par avoir des répercussions sur la mainmise des Tatmadaw sur l’économie.

Lors des élections de 2020, le gouvernement de la LND a fait campagne en préconisant la transparence accrue et le transfert de pouvoir loin des autorités centrales et de l'armée – une décision qui aurait été ressentie dans les portefeuilles des généraux.

Si le renforcement de la concurrence et de la transparence aurait sans aucun doute libéralisé l’économie et attiré les investissements étrangers, cela aurait également menacé les structures de pouvoir établies de longue date au Myanmar.

La police arrête le journaliste du média Myanmar Now, Kay Zon Nwe, le 27 février au cours d'une manifestation contre le coup d'Etat (Photo, AFP).

Heureusement pour les généraux, le Tatmadaw a de puissants amis extérieurs. Le Myanmar revêt une importance géopolitique pour de nombreux pays, qui coopéreront avec quiconque détient le pouvoir. Ces pays ne se soucient pas de qui détient le pouvoir; ils veulent simplement promouvoir leurs intérêts politiques et économiques.

Le Myanmar est stratégiquement important pour la Chine, offrant à la superpuissance montante un pont terrestre vers le golfe du Bengale et un pays d'ancrage pour son initiative «Belt and Road» («ceinture et route»).

Jusqu'en 2011, le gouvernement chinois entretenait de bonnes relations de travail avec la junte et était également parvenu à une sorte d’entente avec le gouvernement de la LND.

Lors de sa visite au Myanmar l'année dernière, le président chinois, Xi Jinping, a relancé le corridor économique Chine-Myanmar (CMEC) avec pas moins de 33 protocoles d'accord.

L’oléoduc et le gazoduc reliant la Chine au golfe du Bengale, le développement du port en eau profonde de Kyaukphyu et le chemin de fer reliant la province du Yunnan à l'océan Indien constituent autant de facettes du CMEC.

Le CMEC comprendrait des projets d'une valeur de 21 milliards de dollars, dans lesquels la MEC et la MEHL détiendront sans aucun doute des parts importantes. Le gouvernement de la LND, cependant, s’inquiète de l’influence croissante de la Chine et de la montée en flèche des dettes du Myanmar vis-à-vis du CMEC.

L'Inde, quant à elle, considère le Myanmar comme un rempart important contre son rival, la Chine. À ce titre, l’entreprise indienne Adani participe à la construction du port de Rangoun. New Delhi se sent de plus en plus encerclée par l’Initiative chinoise «Belt and Road».

Le général Min Aung Hlaing est à la tête de la junte qui contrôle fermement les leviers de l'économie birmane (Photo, AFP/Myawaddy TV via AFPTV).

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) est le plus grand partenaire commercial du Myanmar, représentant 24 % de son activité, suivie de la Chine avec 14 % et de l’Union européenne (UE) avec 10 %.

Membre de l’Asean, la Thaïlande est le quatrième partenaire commercial du Myanmar et une source importante de devises étrangères, envoyées par les millions de travailleurs migrants qui y sont employés.

L’excellente infrastructure de transport reliant la ville de Chiang Rai, dans le nord de la Thaïlande, à la frontière birmane souligne l’importance du commerce (à la fois légal et illicite) entre les deux pays. En outre, les deux pays sont désormais dirigés par des régimes militaires dont les généraux possèdent des liens sociaux, économiques et politiques.

Enfin, la Russie entretient des relations de longue date avec l'armée birmane. En 2007, Moscou a conclu un accord avec Naypyidaw pour la création d'un centre de recherche nucléaire et les deux pays ont signé un accord de coopération en matière de défense en 2016.

La Russie fournit également des armes au Tatmadaw. C’est manifestement le seul pays à avoir envoyé un délégué au niveau ministériel, le vice-ministre de la Défense, Alexander Fomin, pour assister à la journée des forces armées du Myanmar le 27 mars.

Bien que les pays occidentaux soient susceptibles d'imposer des sanctions contre le Myanmar, ses voisins asiatiques pourraient être plus réticents à emboîter le pas pour une multitude de raisons, allant des considérations géopolitiques aux relations commerciales rentables avec les pays voisins. Certains pays de l'Asean pourraient également vouloir éviter d'être perçus comme s’ingérant dans les affaires intérieures d'un pays voisin.

Les Tatmadaw peuvent donc s'en tirer en renversant le gouvernement de la LND et continuer à accumuler des richesses ainsi qu’une influence économique. De même, de nombreuses entités étrangères seront disposées à s'engager avec la junte au niveau commercial, à la fois parce que c'est rentable et parce que c’est perçu comme étant dans les intérêts géopolitiques de leur propre gouvernement.

Cornelia Meyer est une économiste titulaire d’un doctorat, avec trente ans d’expérience dans le domaine de la banque d’investissement et de l’industrie. Elle est présidente et PDG de la société de conseil aux entreprises Meyer Resources. Twitter : @MeyerResources

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com


Amnesty International exhorte la Belgique à mettre fin aux violations des droits des demandeurs d'asile

Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
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  • La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme. Sans intervention urgente, cette crise va s'aggraver
  • L'organisation a interrogé des personnes, dont des Palestiniens, qui naviguent dans le système d'asile du pays.

LONDRES : Amnesty International a condamné jeudi la Belgique pour avoir rejeté les demandes d'asile de milliers de personnes, les "forçant à devenir des sans-abri".

Amnesty a accusé ce pays membre de l'UE de "discrimination à l'encontre des hommes célibataires racialisés", ce qui a eu "un impact sur la vie, la dignité et les droits de l'homme des demandeurs d'asile".

L'organisation a ajouté : "À ce jour, les tribunaux nationaux et internationaux ont ordonné plus de 12 000 fois aux autorités belges d'accueillir des demandeurs d'asile.

"La Belgique a toujours refusé de se conformer pleinement aux jugements, bien que ceux-ci soient définitifs et juridiquement contraignants.

Amnesty a interrogé des personnes qui se sont retrouvées sans domicile fixe alors qu'elles naviguaient dans le système d'asile belge depuis 2021. Nombre d'entre elles ont déclaré qu'en plus de se voir refuser un logement, l'accès aux soins de santé est un problème majeur.

Sayed, qui a voyagé depuis l'Afghanistan, a passé du temps dans un squat à Bruxelles avec d'autres migrants sans-abri d'octobre 2022 à 2023.

"Au début, c'était assez bien, il y avait des toilettes et des douches, et certaines personnes apportaient de la nourriture l'après-midi ", a-t-il expliqué à Amnesty.

"Mais peu à peu, le centre s'est complètement transformé en cimetière. Les douches et les toilettes étaient cassées, avec le temps... L'urine arrivait jusqu'à l'endroit où l'on dormait."

Selon lui, les Belges ordinaires et les organisations caritatives locales ont été accueillants, mais l'État ne l'a pas été. "Les gens ressentaient notre douleur, mais pas les autorités", a-t-il ajouté.

Les réfugiés palestiniens Ahmet et Baraa, qui ont fui la guerre de Gaza l'année dernière, ont également été contraints de vivre dans un squat.

"Il faisait froid... Vous pouvez être affamé et personne ne le saura. Personne ne vous aidera", a déclaré Ahmet. "J'ai perdu beaucoup de parents et d'amis (à Gaza). Ma mère est gravement blessée, ainsi que mes frères et ma sœur. Je me suis mis à leur place : Je dois juste survivre."

Baraa a déclaré qu'il souhaitait simplement "une vie simple, des droits fondamentaux, un travail, de la nourriture dans (mon) estomac et vivre comme une personne normale. Nous avions une vie à Gaza, mais nous n'avions pas la sécurité nécessaire et c'est pour cela que nous sommes partis. C'est pourquoi nous sommes venus ici : pour trouver un endroit sûr".

Amnesty International craint que la Belgique ne continue d'exacerber le problème après que son nouveau gouvernement se soit engagé à adopter "la politique migratoire la plus stricte possible".

Amnesty a exhorté le gouvernement à "fournir immédiatement des places d'accueil en nombre suffisant et à veiller à ce que toutes les personnes demandant l'asile bénéficient d'un logement adéquat".

"Il doit veiller à ce que les personnes aient accès à des services de santé adéquats, y compris à un soutien psychologique spécialisé, quelle que soit leur situation en matière de logement.

L'organisation a également demandé à l'Union européenne de "veiller à ce que la Belgique rétablisse le respect" de ses obligations légales à l'égard des demandeurs d'asile, "notamment en lançant des procédures d'infraction si nécessaire".

Eva Davidova, porte-parole d'Amnesty International Belgique, a déclaré que "l'incapacité du pays à fournir un accueil n'est pas due à un manque de ressources mais à un manque de volonté politique".

Elle a ajouté : "Le gouvernement précédent a eu amplement le temps de résoudre la situation des sans-abri et ne l'a pas fait.

"Le gouvernement actuel se préoccupe davantage de réduire le nombre de personnes qui reçoivent l'asile que de s'attaquer aux préjudices réels infligés aux demandeurs d'asile qui se trouvent actuellement dans le pays.

"L'ampleur et la durée du mépris persistant de la Belgique pour les décisions de justice soulèvent des questions quant à la manière dont les détenteurs de droits peuvent espérer demander des comptes au gouvernement belge, en particulier les personnes marginalisées et racialisées comme celles qui sont affectées par cette situation.

Mme Davidova poursuit : "La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme qui aura un impact négatif durable sur la vie et la dignité des personnes, tandis que la société civile est laissée à elle-même pour ramasser les morceaux.

"Sans une intervention urgente, cette crise s'aggravera, violant davantage les droits des demandeurs d'asile et érodant à la fois les pays et l'engagement de l'UE en faveur des droits de l'homme.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Tarifs douaniers américains: Trump impose des prélèvements de 10% aux pays du CCG

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
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  • Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées
  •  La Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement

RIYAD: Les pays du Conseil de coopération du Golfe seront soumis à des droits de douane américains de 10% dans le cadre de la nouvelle politique commerciale de Donald Trump, qui vise à remédier à ce qu'il appelle des pratiques déloyales de longue date.

Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées: la Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement, suivis par la Libye à 31%, l'Algérie à 30%, la Tunisie à 28% et la Jordanie à 20%.

L'Égypte, le Maroc, le Liban et le Soudan ont reçu la même base de 10% que le CCG, ce qui reflète leurs liens commerciaux relativement stables avec les États-Unis, notamment en ce qui concerne les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques.

Hamza Dweik, responsable du négoce chez Saxo Bank, a déclaré à Arab News: «Les secteurs non énergétiques du CCG les plus vulnérables aux nouveaux droits de douane sont l'électronique, l'automobile, la construction, la vente au détail et les biens de consommation.»

Il a ajouté: «Ces industries dépendent fortement des biens importés, et l'augmentation des coûts due aux droits de douane pourrait entraîner une hausse des prix pour les consommateurs et une baisse de la compétitivité sur le marché.»

M. Dweik a également averti que le secteur des services financiers de la région pourrait être confronté à des défis, car l'incertitude mondiale accrue pourrait perturber les flux d'investissement et avoir un impact sur les marchés financiers régionaux.

Des préoccupations ont été soulevées concernant l'impact potentiel d'un tarif de base sur les chaînes d'approvisionnement du CCG, notamment dans les secteurs des métaux, des produits chimiques et de l'industrie.

Selon M. Dweik, des représailles mondiales ou des retombées commerciales sont possibles et pourraient affecter indirectement les économies du Golfe.

«L'incertitude politique et la possibilité de changements rapides pèsent lourdement sur les marchés mondiaux, y compris ceux du CCG. La région devrait se concentrer sur la diversification des relations commerciales et le renforcement des liens avec les régions non touchées afin d'atténuer les pertes potentielles», a-t-il ajouté.

Le pétrole exempté de droits de douane

La Maison Blanche a confirmé que les importations de pétrole et de gaz seraient exemptées des nouveaux droits de douane, ce qui constitue un soulagement notable pour les exportateurs du Golfe. Cette décision, qui s'applique également aux importations d'énergie en provenance du Canada, du Mexique et de l'Europe, vise à éviter de perturber les marchés américains de l'énergie et de faire grimper les prix des carburants.

Pour le CCG, cette exemption protège le secteur d'exportation le plus important de la région, puisque le pétrole et le gaz représentent plus de 60% des exportations de l'Arabie saoudite vers les États-Unis et restent un pilier essentiel du commerce entre le Golfe et les États-Unis.

Étant donné la dépendance du CCG à l'égard des exportations de pétrole, tout ralentissement économique mondial causé par les tensions commerciales pourrait avoir un impact négatif sur les prix du pétrole, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur leurs économies, a déclaré M. Dweik, avant d'ajouter: «L'exonération permet d'atténuer certains de ces effets, en veillant à ce que la principale source de revenus de ces pays reste relativement stable malgré les perturbations commerciales plus générales.»

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First» visant à protéger les industries nationales et à réduire les déficits commerciaux.

Le président a relancé cette approche avec de nouveaux droits d'importation radicaux, arguant que les pratiques commerciales déloyales ont désavantagé les travailleurs américains pendant des décennies.

Les pays les plus durement touchés par la hausse des droits de douane – notamment la Chine, l'Union européenne, l'Australie et le Japon – ont vivement critiqué cette décision et plusieurs d'entre eux ont déjà imposé des droits de rétorsion sur les produits américains. Ces mesures radicales ont suscité l'inquiétude dans le monde entier, alimentant les craintes d'une montée du protectionnisme, de perturbations de la chaîne d'approvisionnement et du risque d'une guerre commerciale plus large.

Bien que les pays du CCG ne soient pas parmi les plus durement touchés, les analystes ont averti que les exportateurs de la région pourraient encore être confrontés à une augmentation des coûts, à des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et à une augmentation des frictions commerciales, en particulier dans des secteurs tels que l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels.

Risque indirect du CCG lié aux droits de douane américains

Selon une analyse réalisée en février par S&P Global Market Intelligence, des pays comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – qui maintiennent des taux de change fixes par rapport au dollar américain – sont particulièrement vulnérables au resserrement des conditions monétaires, car la Réserve fédérale américaine pourrait maintenir des taux d'intérêt élevés pour contenir les pressions inflationnistes résultant des perturbations commerciales.

Un dollar plus fort pourrait éroder la compétitivité des exportations et affaiblir les balances commerciales de ces économies ancrées. Le rapport met en garde contre le fait que des taux d'intérêt américains durablement élevés puissent également réduire les flux de portefeuille vers la dette des marchés émergents, ce qui pourrait déclencher des sorties de capitaux et des pressions sur les liquidités, en particulier dans les pays surendettés tels que l'Égypte et la Tunisie.

Bien que la situation de l'Égypte se soit améliorée grâce aux investissements du Golfe et à un programme du Fonds monétaire international, un cycle prolongé de resserrement des taux américains pourrait compromettre cette reprise.

En outre, si les prix du pétrole chutent dans un contexte de ralentissement économique mondial, les exportateurs de pétrole du CCG pourraient être contraints de retarder leurs dépenses d'infrastructure, ce qui exercerait une pression sur les programmes de diversification à grande échelle.

Le géant du transport maritime Maersk a mis en garde contre les retombées mondiales des nouveaux tarifs douaniers américains, avertissant que l'escalade des tensions commerciales pourrait perturber les chaînes d'approvisionnement et augmenter les coûts d'expédition dans le monde entier.

Pour la région du CCG, qui dépend fortement du commerce maritime pour ses exportations pétrolières et non pétrolières, ces perturbations représentent un risque important. Si les exportations de pétrole du Golfe vers les États-Unis restent exemptées, des secteurs comme l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels pourraient être indirectement touchés par le ralentissement de la demande mondiale et l'augmentation des coûts de fret.

M. Dweik a fait remarquer que le CCG pourrait bénéficier de l'évolution de la structure du commerce mondial, en particulier si les droits de douane américains restent concentrés sur les concurrents d'autres régions.

Réaction du marché des actions du CCG

Selon les données de Bloomberg, les marchés boursiers régionaux du CCG ont largement baissé à la suite de l'annonce des tarifs douaniers.

Le principal indice d'Arabie saoudite, le Tadawul All-Share Index, a chuté de 72,78 points, soit 0,61%, tandis que le marché parallèle Nomu a baissé de 0,77% à 12h20, heure saoudienne. Les Émirats arabes unis ont connu les plus fortes baisses, l'indice d'Abu Dhabi ayant chuté de 2,86% et l'indice DFM de Dubaï de 2,64%.

L'indice MSX 30 de la Bourse d'Oman a perdu 0,76%, l'indice Bahrain Bourse All Share a chuté de 0,50% et l'indice général de la Bourse d'Amman en Jordanie a baissé de 1,70%.

En revanche, le Qatar a fait figure d'exception, tous les principaux indices affichant une évolution positive. La bourse du Qatar a gagné 0,46%, reflétant probablement la confiance des investisseurs dans le positionnement économique diversifié du pays et une exposition directe moindre aux risques de la politique commerciale américaine.

Alors que les exportations de pétrole de la région restent exemptes des nouveaux tarifs douaniers, le sentiment du marché semble avoir été affaibli par les préoccupations concernant les impacts indirects sur des secteurs clés tels que les métaux, l'industrie manufacturière et les biens industriels. Cette réaction souligne la sensibilité croissante des investisseurs à l'escalade des tensions commerciales mondiales et à leurs retombées potentielles sur les économies régionales.

Mesures prises par le CCG pour atténuer les risques liés aux droits de douane américains

Bien que les derniers droits de douane américains visent principalement la Chine, le Mexique et le Canada, les exportateurs du CCG ne peuvent pas se permettre de rester passifs. Les États-Unis ayant explicitement lié leur politique commerciale à la sécurité nationale et revu tous les accords commerciaux mondiaux dans le cadre d'un «plan équitable et réciproque», les entreprises basées dans le Golfe sont de plus en plus exposées.

Selon le rapport de mars de PwC sur le commerce, les droits de douane récemment annoncés sur l'aluminium et l'acier s'appliqueront à tous les pays, y compris les Émirats arabes unis, Bahreïn et Oman, et primeront sur les accords de libre-échange existants. Le rapport prévient également que les réductions de droits de douane ne s'appliqueront plus à ces produits, ce qui augmentera les coûts pour les exportateurs du CCG et affectera la compétitivité sur le marché américain.

PwC recommande aux entreprises du CCG d'évaluer d'urgence leur exposition en modélisant l'impact des coûts, en réexaminant les classifications commerciales et en exploitant des outils tels que les zones de libre-échange et les stratégies d'optimisation douanière.

Les entreprises devraient également renforcer la conformité commerciale, investir dans des solutions numériques pour la chaîne d'approvisionnement et explorer la diversification des marchés pour réduire la dépendance à l'égard des États-Unis.

Alors que l'environnement commercial mondial évolue vers des politiques plus protectionnistes, le rapport conclut qu'une approche «attentiste» n'est plus viable pour la région.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'émissaire spécial de Poutine se rend à Washington pour améliorer les relations bilatérales

Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
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  • Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
  • Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement n'est pas un processus facile ».

WASHINGTON : L'émissaire économique spécial du président russe Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, a annoncé qu'il tiendrait jeudi « des réunions » à Washington avec des représentants de l'administration Trump, alors que les États-Unis et la Russie sont en plein rapprochement.

Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, alors que le président américain Donald Trump affirme vouloir trouver une issue en négociant avec Moscou.

Elle survient au lendemain de l'annonce par M. Trump de droits de douane significatifs visant de nombreux pays, mais pas la Russie, déjà soumise à des sanctions américaines en raison de la guerre et qui n'est officiellement plus un partenaire commercial important selon Washington.

« Les 2 et 3 avril (...), je dois tenir des réunions à Washington avec des représentants de l'administration du président Donald Trump », a annoncé Kirill Dmitriev sur Telegram. 

Des médias américains ont annoncé son arrivée sur le sol américain dès mercredi, mais la Maison Blanche n'a pas confirmé sa venue à ce stade. Il n'a pas été précisé s'il s'était déjà entretenu avec des représentants américains.

Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a refusé de donner « des détails » de ce déplacement organisé « sur instruction du président » Vladimir Poutine. Le patron du puissant Fonds souverain russe, M. Dmitriev, ne s'exprime pas sur les discussions en cours concernant l'Ukraine.

Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement (...) n'est pas un processus facile ». « Mais chaque réunion, chaque conversation franche, nous permet d'avancer », a-t-il assuré.

De son côté, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a qualifié de « dynamique » le dialogue avec les États-Unis « sur les irritants » qui dure depuis plusieurs semaines, évoquant « quelques progrès » mais « pas de percées » à ce stade. 

- Trump « furieux » -

Les sanctions américaines visant l'économie russe et les perspectives de coopération économique devraient ainsi figurer au programme des discussions.

Le 13 mars dernier, c'était Steve Witkoff qui s'était déplacé en personne à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine au Kremlin. Sa visite n'avait toutefois pas permis d'aboutir à une trêve sans conditions des combats en Ukraine, comme le proposait Donald Trump et comme le validait le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Depuis, le locataire de la Maison Blanche s'est dit « très énervé, furieux » contre son homologue russe, après que Vladimir Poutine eut évoqué l'idée d'une « administration transitoire » en Ukraine, sans M. Zelensky, dans le cadre du processus de paix. 

Dans la foulée, il a menacé la Russie de sanctions secondaires visant son pétrole si Moscou et Washington ne parvenaient pas à un accord rapide sur la question ukrainienne. 

Kirill Dmitriev est, lui, personnellement sous sanctions américaines depuis 2022 et a dû obtenir une suspension temporaire de ces restrictions pour obtenir un visa et se rendre aux États-Unis.

Il figurait parmi les négociateurs russes lors des pourparlers russo-américains qui se sont tenus le 18 février en Arabie saoudite, première rencontre de ce genre entre Russes et Américains, quelques jours après le premier appel officiel entre Vladimir Poutine et Donald Trump depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche en janvier.

Fin février, une autre réunion russo-américaine a eu lieu à Istanbul concernant le travail des ambassades, après de multiples expulsions de diplomates des deux côtés depuis plusieurs années.

Né à Kiev sous l'URSS, Kirill Dmitriev connaît très bien les États-Unis où il a fait carrière. Il a travaillé auparavant pour la banque Goldman Sachs à New York, ainsi qu'au sein du cabinet de conseil McKinsey. Il est diplômé de l'université de Stanford et de la prestigieuse Harvard Business School.

Dans les années 2000, il a dirigé une division du fonds d'investissement USA-Russie, mis en place en 1995 par le président américain Bill Clinton pour dynamiser l'économie russe, alors en proie à des difficultés.