Les Nations unies optimistes quant à l'avenir des énergies propres

Le Pavillon de la durabilité, qui fait partie de l'Expo 2020 de Dubaï. (AFP/File Photo)
Le Pavillon de la durabilité, qui fait partie de l'Expo 2020 de Dubaï. (AFP/File Photo)
En 2015, l'Assemblée générale des Nations unies a défini les Objectifs de développement durable (ODD): 17 objectifs mondiaux qui constituent un «plan directeur pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous». (fourni par le Pnud)
En 2015, l'Assemblée générale des Nations unies a défini les Objectifs de développement durable (ODD): 17 objectifs mondiaux qui constituent un «plan directeur pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous». (fourni par le Pnud)
Au Zimbabwe, une infirmière en service de maternité dans un centre de santé doté d'un toit solaire. (fourni par le Pnud)
Au Zimbabwe, une infirmière en service de maternité dans un centre de santé doté d'un toit solaire. (fourni par le Pnud)
Short Url
Publié le Mercredi 17 mars 2021

Les Nations unies optimistes quant à l'avenir des énergies propres

  • Le responsable de l'énergie au Pnud estime que l'absence de volonté politique est le principal obstacle qui entrave l'action en faveur du climat
  • Marcel Alers, qui joue un rôle primordial dans les efforts des Nations unies en faveur de l'énergie durable, a accordé un entretien exclusif à Arab News

NEW YORK: Ce qui contrarie Marcel Alers, lorsqu’il s’agit de l'énergie et son étroite corrélation avec la crise climatique, c'est que les signes sont clairs depuis un certain temps déjà. La marge de manœuvre est désormais étroite: réduire le changement climatique constitue aujourd'hui une course contre la montre, alors que le monde a encore un long chemin à parcourir.

La baisse significative des émissions de gaz à effet de serre observée l'année dernière en raison de la pandémie de Covid-19 pourrait bien demeurer un simple point sur le radar, sur le long terme, si les pays ne déploient pas des efforts considérables pour atteindre un niveau net de zéro émission.

«Nous brûlons des combustibles fossiles pour l'énergie qu'ils contiennent: charbon, carburant et gaz. Dans ce processus, nous libérons des gaz à effet de serre, qui contribuent largement au changement climatique», explique M. Alers, responsable de l'énergie au Pnud (Programme des Nations unies pour le développement), dans une interview exclusive accordée à Arab News.

Les combustibles fossiles sont responsables de 87% des émissions de dioxyde de carbone dans le monde, et compromettent la vie et les moyens de subsistance des générations futures, sans compter les dommages irréversibles qu'ils infligent à la biosphère. La pollution atmosphérique due aux combustibles fossiles fait environ 3,6 millions de morts par an à travers le monde.

Il s'agit d'un bilan six fois supérieur à celui des meurtres, des guerres et des attaques terroristes réunis. «Cela pose désormais un problème existentiel pour la planète et pour l'humanité. Il nous incombe donc d'y remédier», affirme M. Alers.

Q
Cette photo prise le 16 janvier 2021 lors d'une visite pour la presse au Pavillon de la durabilité, qui fait partie de l'Expo 2020 de Dubaï (Émirats arabes unis),une semaine avant son ouverture au public, montre des panneaux solaires qui produisent de l'énergie renouvelable. (AFP/File Photo)

Pour cet homme qui joue un rôle essentiel dans les efforts déployés pour assurer une énergie durable pour tous au niveau mondial, ce qu'il faut faire est tout à fait évident: «Disposons-nous de toutes les solutions? Non. Mais nous avons assez de solutions pour agir dès maintenant. Si nous le souhaitons», déclare-t-il.

Dans un contexte où la pandémie plonge l'économie mondiale dans la récession et où les taux d'intérêt sont faibles, le développement des systèmes d'énergie renouvelable représente en fait une solution gagnant-gagnant pour tous: l'énergie propre permet non seulement de créer des villes plus vertes et plus saines, mais elle sert également de moteur à la création d'emplois.

En effet, elle est susceptible de créer un volume d'emplois trois fois supérieur à celui généré par les investissements dans les combustibles fossiles, et favorise ainsi la reprise économique au sortir de la pandémie. Les énergies renouvelables ont créé 11,5 millions d'emplois dans le monde en 2019. Selon l'Agence internationale pour les énergies renouvelables, ce chiffre pourrait atteindre 42 millions en 2050.

Les énergies renouvelables offriront des prix plus avantageux aux consommateurs. Les sources d'énergie alternatives – solaire, éolienne, hydraulique, ressources hydroélectriques, géothermie, biomasse renouvelable – étaient si chères il y a quelques décennies que seules les expéditions spatiales pouvaient se les payer. Néanmoins, cette situation a bien évolué.

Le coût des énergies renouvelables a considérablement diminué et ces dernières sont désormais moins chères que le charbon, qui a longtemps passé pour la source d'électricité la moins chère. Le prix de l'énergie solaire a baissé de 89% et celui de l'énergie éolienne de 70 %, tandis que le prix de l'électricité produite à partir du charbon a baissé de seulement 2%.

Q
Marcel Alers, responsable du dossier de l'énergie au Pnud, a accordé une d'une interview exclusive a Arab News. (Fourni)

En 2015, l'Assemblée générale des Nations unies a défini les Objectifs de développement durable (ODD): 17 objectifs mondiaux conçus comme un «plan directeur pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous». Les ODD sont censés être accomplis d'ici à 2030.

Bien que tous les objectifs soient interdépendants, l'ODD 7 (septième objectif) se trouve au centre de tous les autres objectifs: il appelle à assurer l'accès à «une énergie abordable, fiable, durable et moderne pour tous».

M. Alers va jusqu'à affirmer que la plupart des 17 objectifs – dans des domaines tels que la santé, l'éducation, la création d'emplois et l'éradication de la pauvreté – ne pourraient être atteints si l'objectif lié à l'énergie est raté. Pour dire les choses comme elles sont, tout a besoin d'énergie.

Cependant, même si l'énergie propre est disponible et abordable, son potentiel reste largement inexploité. «La volonté politique n'a pas été suffisamment affirmée pour pouvoir faire la différence», souligne M. Alers.

FAITS MARQUANTS Énergie durable

  • Le septième objectif des Objectifs de développement durable (ODD) appelle à une «énergie abordable, fiable, durable et moderne pour tous».

 

  • La pollution due aux combustibles fossiles cause environ 3,6 millions de décès par an à travers le monde.

 

  • Les combustibles fossiles sont responsables de 87% des émissions de dioxyde de carbone dans le monde.

Certes, la peur de succomber au coronavirus a suscité un sentiment d'urgence qui a débouché sur une action rapide et des milliers de milliards de dollars ont brusquement commencé à circuler. Cependant, l'impact du changement climatique est trop progressif pour amener les gens à agir.

Par ailleurs, la transition vers des énergies propres requiert aujourd'hui d'importants investissements en échange de bénéfices qui ne s'accumuleront qu'au bout de deux ou trois décennies. «Le décalage est flagrant», estime M. Alers. «Les gens diront, nous serons morts d'ici là».

«Les rapports successifs confirment que la meilleure solution consiste à allouer des fonds dès aujourd'hui, et que ces fonds seront rentabilisés à plusieurs reprises au fil du temps. Pourtant, il est difficile de convaincre les responsables politiques de réellement opter pour ces décisions et de les classer parmi les priorités.»

«Dans la plupart des pays, les cycles électoraux sont des cycles de cinq ans. Je comprends donc que le politicien qui souhaite être réélu soit obligé de prendre des mesures qui lui seront bénéfiques durant son mandat, pour pouvoir récolter des voix. Il n'a donc aucun intérêt à prendre aujourd'hui des mesures qui profiteront à quelqu'un d'autre dans dix ans. À ce moment-là, il ne sera pas au pouvoir.»

Les politiciens, cependant, ne vivent pas en vase clos. Ce sont les électeurs qui les mettent au pouvoir. «Au bout du compte, il s'agit donc d'un défi sociétal. La société, dans son ensemble, se doit d'atteindre un niveau de compréhension de l'urgence de l'action à mener, de sorte à traduire cette compréhension en élisant des politiciens qui envisagent, au cours de leur mandat, de prendre des mesures en faveur du climat.»

Q
Cette photo prise le 3 février 2021 montre des ouvriers en train d'assembler des panneaux solaires sur la rive du réservoir de Tengeh dans le cadre des efforts de construction d'une centrale solaire flottante à Singapour. (AFP/File Photo)

Voilà où les jeunes interviennent. La plus grande enquête d'opinion au monde sur le changement climatique, réalisée récemment auprès d’1,2 million de personnes dans 50 pays, a révélé que la majorité des citoyens du monde pensent qu'il constitue une urgence mondiale qui nécessite une action urgente.

Une grande partie des personnes interrogées étaient âgées de 14 à 18 ans. Pour eux, les effets du changement climatique sont désormais plus visibles, qu'il s'agisse de températures record, d'incendies dévastateurs ou de saisons d'ouragans intenses. «Je pense que le changement incombe à la jeune génération, et elle le prend en charge dans la mesure où ce problème est sans doute plus réel pour elle que pour des personnes comme moi qui entament la seconde moitié de leur vie. Vu mon âge, j'échapperai peut-être au pire, mais pas eux.»

«Mais, là encore: est-ce que ce changement sera assez rapide? Avons-nous le luxe d'attendre? Avons-nous le luxe du temps? À mon avis, non. Je pense que nous y parviendrons, mais ce serait malheureux de comprendre, un peu trop tard, l'urgence de la situation», poursuit M. Alers.

En outre, les données scientifiques sont sans équivoque: les pays disposent de peu de temps pour prendre de toute urgence les mesures nécessaires afin de limiter le réchauffement moyen de la planète à la température plus sûre d’1,5 °C. Les experts estiment que l'accord de Paris sur le changement climatique et les Objectifs de développement (ODD) des Nations unies représentent une chance irremplaçable d'assurer une transition équitable et durable.

L'initiative Climate Promise du Pnud a été initiée dans le but de garantir que tout pays qui souhaitait augmenter son engagement en faveur du climat puisse le faire. Le Pnud s'est déjà entendu avec 115 pays sur des plans de travail à suivre, en s'appuyant sur la grande expertise de l'agence dans divers secteurs.

Q
Des visiteurs examinent des écrans diffusant des images du Parc solaire Mohammed ben Rashid al-Maktoum, le 20 mars 2017, à la centrale solaire de Dubaï. (AFP/File Photo)

Dans le cadre du soutien global que le Pnud apporte aux pays pour les aider à se remettre de la crise de Covid-19, les services de la Climate Promise sont adaptés afin de soutenir les gouvernements dans les efforts qu’ils font pour intégrer les mesures climatiques dans leur réponse à la pandémie. Pour ce faire, l'initiative Climate Promise leur propose des promesses de dons pour «verdir» leurs plans de relance et lancer des investissements et des plans de développement plus durables.

Certains pays prennent déjà les devants. M. Alers cite notamment les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, deux pays situés dans une région particulièrement vulnérable au changement climatique, que la chaleur et le besoin de climatisation ont enfermée dans un cercle vicieux: à mesure que le changement climatique engendre une hausse des températures, davantage d'électricité est nécessaire pour faire fonctionner la climatisation, ce qui consomme davantage de combustibles fossiles, et aggrave à son tour le changement climatique.

«Les Émiratis sont conscients que le pétrole et le gaz sont des ressources limitées et que ces dernières seront un jour considérablement amoindries. Ils ont donc décidé de regarder vers l'avenir et de changer de position de façon intelligente pour devenir des meneurs en matière de nouvelles technologies, notamment dans le secteur de l'énergie solaire.»

«Je constate la même évolution en Arabie saoudite. Le pétrole diminue dans le Royaume. Une fois que les jeunes ont atteint l'âge adulte et qu'ils deviennent productifs, ils recherchent un emploi pour subvenir aux besoins de leur famille. Nous devons donc exploiter ces tendances de manière à parvenir à un résultat durable, sain et bénéfique pour tous.»

«Les Saoudiens pourront être les pionniers de la révolution énergétique du futur s'ils jouent bien le jeu.»

En effet, l'année 2021 s'annonce comme une année décisive pour la crise du changement climatique. Pour M. Alers, le sommet sur le changement climatique qui se tiendra à Glasgow au mois de novembre constituerait une dernière chance pour que la volonté politique se manifeste et se traduise par des actions concrètes.

«Peu importe les résultats de ce sommet, les décisions et les accords relatifs au climat seront très préjudiciables», précise-t-il.

Q
Dans le cadre du soutien global que le Pnud apporte aux pays pour les aider à se remettre de la crise de Covid-19, les services de Climate Promise sont adaptés afin de soutenir les gouvernements dans les efforts qu’ils font pour intégrer les mesures climatiques dans leur réponse à la pandémie. (Fourni)

Un événement encore plus important concerne le Dialogue de haut niveau des Nations unies sur l'énergie prévu au mois de septembre. Il s'agit du premier événement de ce type depuis 1981.

«Il s'agira de la première épreuve des faits. Sommes-nous sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD)? La réponse est évidente: non», affirme M. Alers.

«Ce sera donc l'occasion de redresser la barre. Neuf ans nous séparent de 2030, période durant laquelle nous sommes tenus d'agir. Ce dialogue est censé donner une impulsion à l'énergie pour qu'elle devienne le centre d'intérêt et que nous tenions nos promesses et nos engagements.»

«Nous sommes persuadés que, en présence d'un véritable engagement politique, les autres éléments suivront, tels que les fonds et la technologie. Ainsi, des personnes comme moi ainsi que tous les experts qui œuvrent dans ce domaine continueront à marteler le sujet, à réinventer le message et à essayer de trouver les mots adéquats pour attirer l'attention sur ce thème.»

«Nous poursuivrons nos efforts, bien évidemment. Nous essaierons d'offrir le meilleur de nous-mêmes.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Short Url
  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.