Du «quiproquo» à l'affrontement, la violence des bandes de quartiers en France

Des personnes sont rassemblées avant de participer à une marche silencieuse sur la place le Vau, le 11 mars 2011 à Asnières-sur-Seine où un adolescent de 15 ans a été dans un contexte de lutte entre bandes. (Photo, AFP/Archives)
Des personnes sont rassemblées avant de participer à une marche silencieuse sur la place le Vau, le 11 mars 2011 à Asnières-sur-Seine où un adolescent de 15 ans a été dans un contexte de lutte entre bandes. (Photo, AFP/Archives)
Short Url
Publié le Vendredi 26 février 2021

Du «quiproquo» à l'affrontement, la violence des bandes de quartiers en France

  • Deux morts de 14 ans, lundi et mardi. 24 heures dramatiques, à fort impact médiatique...
  • Les affrontements font partie du quotidien des habitants des banlieues défavorisées

EVRY-COURCOURONNES , FRANCE: « Culture de l'embrouille » et parents démunis: le phénomène persistant des rixes entre bandes de jeunes, opposant des adolescents qui se disent « en guerre » pour « défendre" leur quartier, a resurgi cette semaine avec le décès de deux collégiens dans l'Essonne.

Deux morts de 14 ans, lundi et mardi. 24 heures dramatiques, à fort impact médiatique... s'ils se terminent rarement par des décès, ces affrontements font partie du quotidien de nombreux jeunes habitants de quartiers.

Maëva*, 14 ans, confie à l'AFP avoir souvent eu « peur » les mercredis, jour de « bagarre » devant son collège, entre jeunes qui s'affrontaient munis de « béquilles et de bouts de verre », avant la mise en place de « rondes de police ».

La collégienne de Ris-Orangis a été « choquée » en apprenant l'âge de l'adolescente tuée d'un coup de couteau lundi. « Peut-être que dans deux ans, ce sera un jeune de huit ans qui meurt ? », s'inquiète-t-elle lors d'un atelier organisé par l'association Génération II, à Evry-Courcouronnes.

Certains estiment qu'il existe un « rajeunissement » de ce phénomène de bandes. Mais pour Marwan Mohammed, chercheur au CNRS spécialiste des jeunesses urbaines, ce n'est pas le cas.

« Les jeunes investissent le monde des bandes à peu près au même âge » qu'il y a « cinquante ans », explique-t-il. Il y a eu un « effet de sidération » cette semaine, car les morts sont « très rares » lors de rixes entre jeunes, mais « il y a tellement de bagarres, dont beaucoup se terminent avec des blessés ».

Ce fut le cas d'Adam*, à l'automne dernier.

A la sortie de son lycée, l'adolescent de 16 ans qui vit à Evry, a « croisé un gars de Grigny ». « Il cherchait mon ami avec qui il s'était embrouillé, mais comme mon ami a fini plus tôt ce jour-là, et comme je viens du même quartier, ils se sont acharnés à vingt sur moi et j'ai fait trois jours dans le coma », raconte le jeune, sweatshirt et barbe naissante.

« Culture de l'embrouille »

« Un vol, une dette, une humiliation, un mot sur (le réseau social) SnapChat, un quiproquo... »: pour Marwan Mohammed, le motif de la bagarre entre bandes est finalement « très secondaire ».

Ce qui joue, c'est « la disposition permanente à l'affrontement »: « il suffit juste d'une occasion pour qu'elle se réactive ».

Cette disposition « renvoie à une culture de l'embrouille, qui est très marquante dans les milieux populaires » et « qui permet à un certain nombre d'individus d'exister et de se construire un statut social » dans un contexte de « difficultés sociales », selon le chercheur.

Chez les ados, cela peut se traduire par des règles autour de territoires et de « guerres » entre bandes, selon leurs mots, lorsque ces règles sont transgressées. Comme lorsque Yassine*, alors âgé de 17 ans, nouveau dans son quartier, a échappé de peu à un passage à tabac.

« Ils étaient quatre derrière moi. Heureusement j'étais un peu sportif, j'ai couru, puis j'ai vu un gars que je connaissais dans le quartier. Le gars leur a dit d'arrêter, qu'il me connaissait, que j'étais nouveau. Là, ils se sont arrêtés, heureusement car sinon ils allaient me taper », dit le jeune homme.

Les bandes ont l'impression de « défendre l'honneur collectif, la réputation du quartier", analyse le chercheur.

« On ne naît pas parent »

Associations et médiateurs travaillent à transformer cette identification à leur quartier en un attachement positif et non violent.

Pour y parvenir, Aisseta Cissé, qui a fondé l'association Génération II en 2000, cherche notamment à sensibiliser les parents afin qu'ils « s'imposent, mettent un cadre ».

« Il faut accepter d'être un parent imparfait, de pousser les portes (de l'association) pour être aidé. On ne naît pas parent, on le devient », poursuit-elle.

C'est grâce à son association qu'Adam a trouvé la force de retourner au lycée. Pendant un mois, ce dernier s'arrêtait devant les grilles. « Je revoyais les images de mon agression, je stoppais net et je rentrais chez moi », raconte-t-il.

Jusqu'à ce qu'un « père référent », une sorte de tuteur attribué par l'association, l'accompagne pendant une semaine.

Pour lutter contre ce sentiment « d'insécurité » aux abords des établissements scolaires, le rectorat de Versailles, dont dépend notamment l'Essonne, dispose de « 40 personnels dédiés à la sécurisation et à la prévention » capables d'intervenir en cas de « tensions ».

L'académie et la gendarmerie nationale ont également formé ces deux dernières années « 240 chefs d'établissement (...) aux phénomènes violents aux abords de l'établissement ».


En France, les canicules à répétition s'invitent dans la recherche de logement

Un piéton passe devant la tour Eiffel et l’herbe desséchée du Champ-de-Mars à Paris, le 15 juillet 2026. (AFP)
Un piéton passe devant la tour Eiffel et l’herbe desséchée du Champ-de-Mars à Paris, le 15 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • La chaleur devient un critère immobilier à part entière : exposition, étage, volets, ventilation, extérieur, arbres et climatisation pèsent davantage dans les choix
  • Face à des canicules plus fréquentes, les acheteurs se projettent sur le confort d’été à long terme et questionnent désormais l’habitabilité réelle des logements

PARIS: Climatisation, volets, arbres: les Français commencent à intégrer les fortes températures dans leurs critères de recherche de nouveau logement, conséquence des vagues de chaleur qui se succèdent et ne sont plus considérées comme des phénomènes isolés.

Exemple de cette évolution des comportements: Christian Tokoto, agent immobilier chez Guy Hoquet, a en vente "un appartement magnifique, avec de grandes vitres" en plein centre de Paris. Malgré "beaucoup de visites, les clients nous disent +trop chaud+, parce qu'il n'est pas traversant. Et donc, pour l'instant, il est toujours sur le marché !"

En France comme dans une grande partie de l'Europe, peu de régions échappent cet été à des températures qui dépassent régulièrement 35 voire 40°C, alors que les logements sont peu adaptés aux canicules et très rarement climatisés.

C'est le cas notamment des immeubles dits haussmanniens emblématiques de Paris, construits au XIXe siècle avec des toits en zinc ravissants sur les cartes postales mais qui chauffent fortement sous l'effet de la chaleur et du soleil.

"Au dernier étage d'un immeuble haussmannien la chaleur à l'intérieur devient vraiment insupportable", observe auprès de l'AFP Joseph Denke, agent immobilier chez FredéLion à Paris.

Il constate une évolution des critères depuis quelques mois, notamment une baisse de la demande pour l'exposition sud synonyme de soleil.

- Horizon "10-15 ans" -

La chaleur ressentie lors de la visite d'un studio de 14 m2 fait d'ailleurs douter un de ses clients, Camille Couturier, 30 ans. "Etre sous les toits c'est quelque chose qui peut être inquiétant, qui pourrait être un point négatif à l'appartement", relève-t-il à côté de la fenêtre ouverte du logement non-traversant.

En achetant un appartement, il se projette "au moins à 10-15 ans" et s'inquiète donc de savoir s'il pourra "utiliser cet appartement de manière vivable" ou "devoir fuir comme tout le monde parce qu'il fait trop chaud".

Alors que l'Europe occidentale a connu son début d'été le plus chaud enregistré selon l'observatoire européen du changement climatique, un logement sur deux en France serait une bouilloire thermique, surnom donné aux habitations qui se réchauffent très vite, estime le cabinet Pouget Consultants et Ignes.

Pour Sophie Bourg, directrice marketing de la plateforme d'annonces leboncoin immobilier, les canicules ne sont plus perçues par les Français "comme des épiphénomènes" mais "sont vraiment intégrées comme étant structurelles dans les choix résidentiels". "La fraîcheur, le confort d'été sont devenus un critère immobilier à part entière", assure-t-elle.

Un tiers des répondants à un sondage mené en ligne par la société en juin disaient ne pas exclure de déménager si les canicules s'intensifient.

- "Plus un tabou" -

Exposition, étage, piscine, volets, possibilité de faire des courants d'air, espaces extérieurs, terrasse ombragée et même présence d'arbres dans le quartier font désormais partie des critères et discussions que les professionnels de l'immobilier interrogés par l'AFP voient émerger.

Quant à la climatisation, sa possible généralisation a fait l'objet d'intenses débats politiques en France en début d'été, car elle est vue par certains comme un simple remède à l'inaction face au changement climatique et provoque des rejets de chaleur à l'extérieur.

Mais lors des recherches de logement, "ce n'est plus du tout un tabou", tranche Yann Jéhanno, président du réseau immobilier Laforêt.

"Les acquéreurs ne regardent plus seulement le logement, mais plutôt son habitabilité. Ils ne vont plus se contenter seulement du diagnostic de performance énergétique, mais interroger les agents immobiliers avec des questions très concrètes sur la température pendant la dernière vague de chaleur, s'il est possible d'aérer la nuit, si on dort bien dans les chambres", détaille-t-il.


Présidentielle: Bayrou souhaite une grande primaire entre "tous ceux qui rejettent les extrêmes"

Le maire sortant de Pau et candidat centriste du MoDem à sa réélection, François Bayrou, s’apprête à voter lors du premier tour des élections municipales françaises de 2026 à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 15 mars 2026. (Photo : AFP)
Le maire sortant de Pau et candidat centriste du MoDem à sa réélection, François Bayrou, s’apprête à voter lors du premier tour des élections municipales françaises de 2026 à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 15 mars 2026. (Photo : AFP)
Short Url
  • François Bayrou appelle à une grande primaire des forces démocrates et réformistes, de la social-démocratie aux gaullistes, pour désigner un candidat commun d’ici fin janvier ou début février 2027
  • Il estime qu’en l’absence d’un rassemblement, le risque d’un second tour opposant l’extrême droite à l’extrême gauche serait maximal et invite les candidats potentiels à clarifier leurs intentions dès la rentrée

PARIS: Face au "risque" d'un second tour Mélenchon-Le Pen en 2027, l'ex-Premier ministre centriste François Bayrou plaide, dans un entretien dimanche au Figaro, pour une grande primaire de "tous ceux qui rejettent les extrêmes", afin de désigner un candidat unique d'ici février.

Pour François Bayrou, "le risque maximum, c'est un deuxième tour entre l'extrême droite et l'extrême gauche" et cette "catastrophe" se produira "si nous ne portons pas au deuxième tour un candidat capable de rassembler tous les démocrates réformistes".

Or, selon le patron du MoDem, soutien d'Emmanuel Macron en 2017 et 2022, aucun des prétendants déclarés au sein de cet espace politique n'est aujourd'hui en mesure de fédérer aussi largement.

Pas même Edouard Philippe, pourtant le mieux placé dans les sondages: "Il défend sa position, c'est légitime. Mais qui porte le profond renouvellement attendu?", regrette M. Bayrou.

Lui-même trois fois candidat à l'Elysée, l'ex-maire de Pau considère donc que "tous ceux qui rejettent les extrêmes doivent accepter d'organiser une compétition entre les candidats potentiels (...) du Parti socialiste, dans sa version sociale-démocrate, jusqu'aux gaullistes".

Une grande primaire où "chacun défend sa vision de l'avenir et un vote le plus ouvert possible a lieu fin janvier ou début février pour décider", ce qui laissera au lauréat "deux mois pleins de campagne", bien assez pour remporter un scrutin qui "se joue à la fin, parfois la dernière semaine", selon M. Bayrou.

Dans le cas contraire, faute d'une méthode pour départager les postulants, "si ça ne se fait pas par un accord large, parce que tout le monde est déraisonnable, ça se fera par effraction, par bousculade", prédit-il.

Quoi qu'il en soit, "tous ceux qui veulent se présenter doivent maintenant s'exprimer" d'ici septembre, car "la période des présentations, c'est la rentrée", avant "la décantation et la confrontation".

"Il faut sortir de l'ambiguïté générale (...) Il est temps d'y voir clair", insiste le leader centriste, qui énumère une liste de personnalités aux intentions plus ou moins claires, de Bernard Cazeneuve à Michel Barnier, en passant par Xavier Bertrand et Bruno Le Maire, jusqu'à François Baroin et Yaël Braun-Pivet.

Au passage, il vante les mérites de l'ex-commissaire européen Thierry Breton, "enraciné dans la grande famille démocrate et réformatrice" mais qui "n'a pas appartenu au pouvoir sortant" et qui dispose d'une "capacité à réunir très largement en raison de son expérience".


Risque de feux de forêt : la Gironde repasse en vigilance rouge

Une ligne pare-feu, une zone de rupture de la végétation, aménagée par des habitants près de Lège-Cap-Ferret, à l’ouest de Bordeaux, le 29 juillet 2026, lors des incendies de forêt en Gironde, dans le sud-ouest de la France. (AFP)
Une ligne pare-feu, une zone de rupture de la végétation, aménagée par des habitants près de Lège-Cap-Ferret, à l’ouest de Bordeaux, le 29 juillet 2026, lors des incendies de forêt en Gironde, dans le sud-ouest de la France. (AFP)
Short Url
  • La Gironde repasse en vigilance rouge face au risque de feux de forêt, avec des températures pouvant atteindre 38 °C et de nouvelles restrictions pour prévenir les incendieS
  • Le mégafeu de Saumos, désormais maîtrisé mais toujours sous surveillance, a ravagé 42 000 hectares, détruit 240 maisons et entraîné l’évacuation de plus de 220 000 personnes

BORDEAUX: La Gironde, où 42.000 hectares ont brûlé en raison d'un mégafeu "fixé" le 1er août, est repassée samedi midi en vigilance rouge pour les risques de feux de forêt, le quatrième niveau sur une échelle de cinq, a annoncé la préfecture.

La décision, prise "au regard de l'évolution météorologique défavorable", avec des pointes de chaleur avoisinant les 38°C dans le Sud-Ouest selon Météo-France, "entraîne le renforcement des mesures de prévention et de restriction", précise la préfecture dans un communiqué. Les manifestations festives, sportives et culturelles sont notamment interdites dans les "espaces exposés" des "communes à dominante forestière".

Dans l'ensemble du département, plusieurs activités susceptibles de provoquer des incendies sont interdites : utiliser un chalumeau pour débroussailler ou des lanternes volantes, brûler des déchets verts, tirer des feux d'artifice, sauf ceux d'initiative publique depuis une plage, en dehors des zones exposées et en direction du large.

L'incendie déclenché le 22 juillet à Saumos, à l'ouest de Bordeaux, a brûlé 42.000 hectares - une superficie correspondant à quatre fois celle de Paris -, détruit 240 maisons et contraint à l'évacuation de plus de 220.000 personnes. Ce mégafeu, le plus dévastateur depuis 1949, est considéré comme "maîtrisé" par les autorités, mais reste sous surveillance étroite.