Le Liban peut-il se permettre d'ignorer la menace d'un tremblement de terre destructeur?

Le Liban est mal équipé pour résister aux secousses ou pour lancer des opérations de recherche et de sauvetage si l'épicentre d'un grand tremblement de terre tombait à proximité d'une ville mal planifiée comme Beyrouth. (Shutterstock)
Le Liban est mal équipé pour résister aux secousses ou pour lancer des opérations de recherche et de sauvetage si l'épicentre d'un grand tremblement de terre tombait à proximité d'une ville mal planifiée comme Beyrouth. (Shutterstock)
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Publié le Jeudi 22 août 2024

Le Liban peut-il se permettre d'ignorer la menace d'un tremblement de terre destructeur?

  • Les récentes secousses mettent en évidence la vulnérabilité du pays à l'activité sismique et soulèvent des questions urgentes quant à son état de préparation
  • Avec des infrastructures vieillissantes et des ressources limitées, le Liban est confronté à des risques importants en cas de tremblement de terre puissant

BEYROUTH/DUBAÏ: Alors qu'il semblait que l'expression "une tempête parfaite" était devenue le cliché ultime pour décrire les nombreux défis redoutables auxquels le Liban est confronté, une nouvelle menace est apparue à l'horizon - la probabilité d'un tremblement de terre meurtrier.

Le 16 août, le Centre national de recherche géophysique du Liban a enregistré un tremblement de terre de 4,2 sur l'échelle de Richter, en provenance de Hama, en Syrie voisine, où sa magnitude a atteint 5,2.

Cette secousse s'est produite moins de 72 heures après un autre tremblement de terre survenu le 12 août, toujours à Hama, d'une magnitude de 4,8. Bien que ces deux tremblements de terre aient fait plusieurs blessés en Syrie, aucun décès n'est à déplorer.

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Vue générale de la deuxième ville du Liban, Tripoli, sur la côte méditerranéenne. (AFP/photo d'archives)

Les habitants des villes de Tripoli et d'Akkar, dans le nord du Liban, ont particulièrement ressenti les secousses. Beaucoup se sont précipités dans les rues, craignant que les bâtiments autour d'eux ne s'effondrent, tant les tremblements de terre ont été violents.

“Les deux tremblements de terre se sont produits dans un contexte géologique bien connu dans notre région, en particulier dans l'ouest de la Syrie, où passe la faille de la mer Morte connue sous le nom de faille de Masyaf, puis la faille d'Al-Ghab”, a déclaré Tony Nemer, professeur de géologie à l'Université américaine de Beyrouth, à Arab News.

“La première secousse s'est produite à l'est de la faille de Masyaf, à environ 25 km de la ville de Hama, où des ruptures se ramifient à partir des failles principales. Elle a été suivie de répliques et, trois jours plus tard, d'une autre secousse”.

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Tony Nemer, professeur de géologie à l'Université américaine de Beyrouth. (Fourni)

Tony Nemer a déclaré qu'il fallait s'attendre à des répliques importantes. “Lorsque la zone est sismiquement active, de petites secousses sont générées, et il est possible qu'elles génèrent également une grande secousse”, a-t-il déclaré.

“Il n'est pas facile de déterminer si cela constituera un danger futur, car la question nécessite une évaluation et une étude complètes et longues sur le terrain”.

“À la lumière du deuxième tremblement de terre, il est devenu nécessaire pour les collègues syriens d'être présents sur le terrain pour étudier les phénomènes de surface et installer des dispositifs temporaires de surveillance sismique afin de mettre en relief les causes du mouvement sismique actuel”.

Les secousses ont rappelé les énormes tremblements de terre jumeaux qui ont frappé le sud-est de la Turquie et le nord-ouest de la Syrie le 6 février 2023, avec des magnitudes de 7,8 et 7,5 ressenties dans toute la région.

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Des habitants cherchent des victimes et des survivants parmi les décombres des bâtiments effondrés à la suite d'un tremblement de terre dans le village de Besnia près de la ville de Harim, dans la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, à la frontière avec la Turquie, le 6 février 2023. (AFP/File)

Les deux tremblements de terre ont été parmi les plus meurtriers de la dernière décennie, tuant plus de 55 000 personnes et détruisant des dizaines de milliers de bâtiments dans les deux pays. Bien que la Turquie ait été plus affectée, une décennie de guerre civile a rendu la Syrie particulièrement vulnérable à la catastrophe.

Le Liban n'est pas non plus en mesure de résister à une telle catastrophe: il est plongé depuis cinq ans dans une grave crise économique, il est paralysé sur le plan politique et il est désormais un champ de bataille par procuration entre l'armée israélienne et la milice du Hezbollah, soutenue par l'Iran, qui menace d'entraîner le pays dans une guerre régionale.

Si un tremblement de terre plus important devait frapper la région, ou si l'épicentre devait tomber plus près du Liban, le pays, avec ses infrastructures délabrées et ses services d'urgence vidés de leur substance, pourrait être mal équipé pour résister aux secousses ou pour lancer des opérations de recherche et de sauvetage efficaces.

Quelle est la probabilité d'une telle catastrophe? Le Liban est situé au point de rencontre de trois plaques tectoniques – la plaque arabe, la plaque turque et la plaque africaine – ce qui rend la région particulièrement sujette à l'activité sismique.

Selon le plan gouvernemental de réponse aux catastrophes et aux crises, le Liban est situé sur une ligne de faille géologique qui traverse le centre du pays et s'étend sur 1 000 km, de la mer Rouge au sud jusqu'aux montagnes d'Anatolie dans le sud de la Turquie.

Il s'agit de la faille de transformation de la mer Morte, qui est à l'origine des plus importants événements sismiques au Moyen-Orient.

Le système de failles se ramifie à l'entrée du territoire libanais, formant plusieurs failles connues sous le nom de faille de Yamoune, faille de Rum, faille de Hasbaya, faille de Rashaya et faille de Sarghaya.

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(Crédit infographique: Wikimedia Commons/ Mikenorton)

Bien qu'elle ne constitue pas un point de rencontre de plaques tectoniques, la faille de Yamoune est considérée comme l'une des plus dangereuses pour le Liban, car elle traverse le centre du pays du sud au nord.

“En étudiant les événements sismiques au Liban et au Moyen-Orient, il apparaît clairement que cette partie du monde a été exposée depuis 2000 avant J.-C. à de forts tremblements de terre qui ont causé beaucoup de dévastations, de destructions et de pertes humaines”, a déclaré Nemer.

Le dernier événement sismique majeur au Liban a eu lieu en 1956 dans la ville de Chehim, dans la région de Kharoub, entre le Mont-Liban et le sud du pays. Un tremblement de terre d'une magnitude de 5,8 a causé d'importantes destructions et pertes humaines.

FAITS RAPIDES

- Le Liban est situé sur des lignes de faille actives, y compris la faille de la mer Morte, ce qui le rend très vulnérable aux tremblements de terre.
- Les bâtiments vétustes et non conformes aux normes sont très vulnérables en raison de la faiblesse des réglementations et des matériaux de construction.
- La gestion des catastrophes du pays se concentre sur les réponses à apporter après les tremblements de terre, négligeant les mesures préventives cruciales.

En 1997, la même ville a été le théâtre d'un tremblement de terre modéré sur la faille de Rum. La région de Srifa, dans le sud du Liban, a également connu une série de tremblements de terre légers en 2008, causant quelques dégâts.

Il existe également des failles marines dans les eaux libanaises, qui s'étendent le long des plages entre Damour et Batroun, à une distance de 10 à 30 km de la côte, et qui pourraient constituer une menace importante de tsunami.

Si les vagues venaient de Chypre, il leur faudrait environ 10 minutes pour atteindre les côtes libanaises. Mais si les vagues se forment dans les eaux libanaises, elles peuvent atteindre la côte en trois minutes, ce qui laisse très peu de temps pour donner l'alerte et évacuer.

Même si la population est en mesure d'évacuer à temps, la côte méditerranéenne du Liban abrite plusieurs grandes villes et des infrastructures importantes, notamment le principal aéroport international du pays, des centrales électriques, des ports et des installations touristiques.

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Une vue générale photographiée le 21 octobre 2010 montre un site de fouilles dans le port de Tyr, au sud du Liban. La ville antique a été dévastée par un tsunami massif en 365 après J.-C., déclenché par un tremblement de terre qui s'est concentré sur l'île méditerranéenne de Crète. (AFp/photo d'archives)

Les archives historiques contiennent plusieurs récits terrifiants de tremblements de terre et de tsunamis qui ont frappé la région.

Le plus important a été un tsunami en 365 après J.-C., lorsque le site de l'actuelle Beyrouth a connu des vagues de plus de 10 mètres de haut, après qu'un tremblement de terre d'une magnitude probablement supérieure à 8 a frappé l'île grecque de Crète.

Une autre catastrophe bien connue a frappé la région en 551 après J.-C., lorsqu'un tremblement de terre d'une magnitude de 7,5 sur l'échelle de Richter a provoqué un tsunami qui a dévasté les villes actuelles de Beyrouth, Tyr et Tripoli, dans ce qui était alors la Phénicie.

En 1202, un tremblement de terre d'une magnitude de 7,5 a frappé la Syrie, dont les répliques ont remonté la faille de Yamoune au Liban. Le Liban a connu 50 tremblements de terre en 60 jours, provoquant un affaissement majeur le long du littoral, faisant sombrer de nombreuses petites îles et détruisant Tripoli et Baalbek.

En 1956, le Liban a été frappé par un séisme catastrophique de 5,6 qui a principalement touché les régions du Chouf, de Jezzine, de Saïda et certaines parties de la Bekaa.

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(Crédit infographique: Wikimedia Commons/Sting & NordNordWest)

Alors que les autorités turques se préparent depuis de nombreuses années à l'éventualité d'un tremblement de terre majeur à Istanbul et étudient les moyens de fortifier leurs bâtiments, les autorités libanaises, en revanche, semblent résignées à leur sort.

En effet, le plan national de réponse aux catastrophes naturelles se concentre principalement sur ce qui peut être fait après un tremblement de terre, et non sur ce qui peut être fait pour limiter les dégâts.

L'infrastructure des villes libanaises n'a pas été modernisée pour se prémunir contre les secousses. Environ 20 pour cent des bâtiments du pays ont plus de 50 ans, tandis que des centaines de milliers d'habitants, dont des réfugiés syriens et palestiniens, vivent dans des structures informelles et non conformes aux normes.

Selon le Bureau des Nations unies pour la prévention des catastrophes, les autorités libanaises n'ont pas pris au sérieux le risque de tremblement de terre, et les bâtiments abritant des institutions vitales telles que les ministères, les centres de santé et les casernes n'ont pas été suffisamment modernisés.

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Vue générale de la capitale libanaise, Beyrouth. Un rapport récent de l'Autorité libanaise de l'immobilier a mis en garde contre le risque d'effondrement d'au moins 16 000 bâtiments au Liban. (AFP/File)

Suite aux tremblements de terre du mois d'août, l'Autorité libanaise de l'immobilier a averti qu'au moins 16 000 bâtiments sont susceptibles de s'effondrer, “sans compter les bâtiments qui ont été endommagés à la suite de l'explosion du port de Beyrouth” en 2020.

“Les difficultés économiques, l'explosion du port, la migration des capitaux, l'absence de soutien officiel et l'absence de contrôle sur la qualité des matériaux de construction ont joué un rôle négatif dans l'augmentation du nombre de bâtiments fissurés qui sont sur le point de s'effondrer ou de s'effondrer totalement ou partiellement”, a déclaré Imad Al-Hussami, chef du comité d'ingénierie de l'autorité, à Arab News.

En l'absence de préparatifs officiels, l'Autorité libanaise de l'immobilier a exhorté les citoyens à “surveiller l'état des fissures et des lézardes dans leurs bâtiments, à éviter de se trouver sous des toits usés et saillants, à ouvrir les fenêtres pour soulager la pression et à demander l'aide d'ingénieurs et d'experts expérimentés pour se protéger”.


Liban: nouveaux ordres d'évacuation, l'armée israélienne progresse en profondeur

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  • Israël a ordonné l’évacuation de 7 villages du sud du Liban avant de nouvelles frappes et affirme avoir avancé au-delà du Litani
  • Malgré l’escalade, Israël et le Liban poursuivent des discussions à Washington pour tenter d’obtenir un accord de sécurité

BEYROUTH: L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi la population de villages du sud du Liban à évacuer, en vue de frappes, alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait état de la progression plus en profondeur de son armée dans le pays voisin.

L'armée israélienne a intensifié ces derniers jours ses opérations aériennes et terrestres au Liban, où elle dit cibler le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont tenu vendredi une réunion militaire à Washington, en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les frappes de vendredi sur une trentaine localités ont fait 11 morts dans la région de Tyr, dont un secouriste, et blessé huit autres personnes, selon le ministère de la Santé.

L'armée israélienne a appelé samedi la population à évacuer sept villages du sud du Liban, avant d'y mener des frappes, malgré une trêve en vigueur depuis le 17 avril qui n'a jamais été respectée.

Une grande partie de ces villages sont situés à proximité de la ville de Nabatiyé.

Vendredi, le Hezbollah a dit avoir attaqué des troupes israéliennes qui tentaient d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de Nabatiyé.

Le Hezbollah a également revendiqué plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Le mouvement chiite à d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

- La trêve, "passage obligé" -

Israël a dit cette semaine considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat" et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait "traversé le Litani", fleuve situé à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Le Hezbollah, dont Israël réclame le désarmement au gouvernement libanais, y est ferment opposé.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

Selon le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby, les discussions serviront "de base au volet politique" en référence à des négociations prévues les 2 et 3 juin à Washington.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les ordres d'évacuation israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef.


Israël progresse en profondeur au Liban, réunion "constructive" à Washington

Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
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  • Israël affirme avoir avancé plus profondément dans le sud du Liban et poursuit ses frappes contre le Hezbollah
  • Des discussions militaires israélo-libanaises jugées « constructives » ont eu lieu à Washington, malgré la poursuite des combats

BEYROUTH: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait progressé encore plus en profondeur au Liban parallèlement à ses frappes intensives, au moment où les deux pays tenaient à Washington des discussions militaires jugées "constructives" par les Etats-Unis.

Israël a ordonné l'évacuation de villages et poursuivi ses frappes sur plus de 30 localités dans le sud, certaines proches de la ville millénaire de Tyr, affirmant viser le Hezbollah pro-iranien.

Ces frappes ont fait 11 morts dans trois localités de la région de Tyr, dont un secouriste et un ressortissant syrien, et blessé huit autres, dont un autre secouriste, selon le ministère de la Santé, ce qui porte à au moins 121 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre le 2 mars.

Le Hezbollah a revendiqué pour sa part plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Dans une série de communiqués, le mouvement islamiste a affirmé avoir visé à l'aide de drones des rassemblements de soldats près d'une localité du nord d'Israël, un autre dans un camp militaire en Galilée ainsi qu'une caserne.

Il a également dit attaquer des troupes israéliennes qui tentent d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de la ville libanaise de Nabatiyé.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

Ces affrontements interviennent alors que, sur l'autre front de la guerre au Moyen-Orient, l'incertitude règne sur l'issue des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, soutien du Hezbollah.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

"Nous avons tenu des discussions constructives entre militaires qui serviront de base au volet politique mené par le département d'Etat la semaine prochaine", a écrit sur le réseau social X le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Une nouvelle session est prévue les 2 et 3 juin à Washington.

- "Jamais imaginé vivre cela" -

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les avertissements israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef. Depuis le début, le 17 avril, du cessez-le-feu, jamais respecté, ils sont 55 enfants à avoir péri dans des bombardements, sur un total de 608 personnes tuées recensées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- "Passage obligé" -

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne et dit considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat". En visite dans le nord d'Israël auprès de soldats près de la frontière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que son armée avait "traversé le Litani", fleuve à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Dans un communiqué distinct, le département d'Etat a indiqué que M. Rubio avait, lors de leur appel, "salué le courage dont fait preuve le président Aoun en poursuivant des négociations directes avec Israël", et réaffirmé que "le Hezbollah était entièrement responsable des combats en cours".

Beyrouth va "insister sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à étendre l'autorité de l'Etat sur le territoire libanais", a indiqué une source militaire à l'AFP.


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.