Après des années de désaffection, la France réinvestit l'Otan

75e anniversaire de l'alliance au Flag Circle devant le siège de l'OTAN à Bruxelles, le 4 avril 2024. (AFP)
75e anniversaire de l'alliance au Flag Circle devant le siège de l'OTAN à Bruxelles, le 4 avril 2024. (AFP)
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Publié le Jeudi 04 avril 2024

Après des années de désaffection, la France réinvestit l'Otan

  • La France est aujourd'hui "quasiment alignée avec la Pologne et les pays baltes", parmi les plus transatlantiques, relève le chercheur français Pierre Haroche
  • La France est le 4e plus gros contributeur financier de l'Alliance après les Etats-Unis, l'Allemagne et le Royaume Uni, à hauteur de 203 millions d'euros en 2022

PARIS: Passant du statut d'allié difficile à "exemplaire", la France réinvestit massivement l'Otan depuis le retour de la menace russe, en parallèle de son désengagement militaire en Afrique.

La France "est de plus en plus proactive et porteuse de solutions. Elle est aussi davantage entendue sur la complémentarité entre l'Otan et la défense européenne", convient l'ambassadrice à la représentation permanente de la France auprès de l'Otan, Muriel Domenach.

Au moment où une éventuelle réélection de Donald Trump aux Etats-Unis fait planer des doutes sur l'engagement américain auprès de ses 30 alliés européens, engagement stipulé dans le traité original, la France cherche à construire un noyau de pays européens qui serait moteur au sein de l'Otan.

Membre fondateur de l'Alliance atlantique créée en 1949 pour faire face à la menace soviétique, la France en avait quitté le commandement militaire intégré, qui définit la stratégie, en 1966, sous l'impulsion du général de Gaulle, en raison de désaccords avec les Etats-Unis.

Elle y est revenue en 2009, sans toutefois intégrer le groupe des plans nucléaires de l'Otan, pour garder son indépendance en matière de dissuasion.

En 2019, une phrase du président Emmanuel Macron déclarant l'Otan en "état de mort cérébrale" a réactivé une certaine méfiance envers l'allié français, notamment en Europe de l'Est dont la sécurité dépend des Etats-Unis, principal contributeur de l'Alliance.

Dans un retournement de l'histoire, cinq ans plus tard, la France est aujourd'hui "quasiment alignée avec la Pologne et les pays baltes", parmi les plus transatlantiques, relève le chercheur français Pierre Haroche, maître de conférence en sécurité internationale à l'université Queen Mary de Londres.

Fin février, les déclarations controversées d'Emmanuel Macron sur l'hypothèse d'un envoi de troupes au sol en Ukraine ont reçu un écho positif dans ces ex-pays soviétiques, pour qui la Russie est une menace existentielle.

"Cette évolution inédite est le fruit d'un double mouvement, d'un côté l'européanisation de la défense française, de l'autre l'incertitude transatlantique qui rend acceptable" l'idée d'un "pilier européen", poursuit le chercheur.

L'Ukraine rebat les cartes

L'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022 a rebattu les cartes.

Aujourd'hui, la France est considérée comme un allié "militairement très engagé. Tout le monde a remarqué que les militaires français étaient de retour", estime le général Jérôme Goisque, représentant militaire permanent de la France auprès de l'UE et de l'Otan.

Quatre jours après l'invasion russe, elle a déployé 500 hommes en Roumanie, à la frontière de l'Ukraine, où elle tient le rôle de nation-cadre pour l'Otan.

Les militaires français y sont aujourd'hui plus de 1.000, et un exercice interallié doit permettre en 2025 de tester le déploiement d'une brigade (plus de 6.000 hommes), sous la houlette de la France.

La France est le 4e plus gros contributeur financier de l'Alliance après les Etats-Unis, l'Allemagne et le Royaume Uni, à hauteur de 203 millions d'euros en 2022, et elle pourrait dépenser en 2030 quelque 830 millions d'euros, selon la trajectoire du budget de l'Otan, relève un rapport de la Cour des comptes.

En revanche, déplore ce rapport, seuls 75% des postes réservés aux militaires français sont pourvus, "un taux des plus bas parmi les alliés".

La France a toujours contribué aux exercices et missions de l'Otan, même lorsqu'elle était absente des instances de décision, comme en ex-Yougoslavie.

Mais en raison d'une parenthèse de plus de 40 ans, il se trouve peu d'experts Otan parmi les hauts gradés français. Aucun des derniers chefs d'état-major des armées n'est passé par Bruxelles. Un phénomène qui "est en train de changer avec une nouvelle génération de généraux", constate le général Goisque.

Reste dans le pays un fort courant anti-atlantiste favorable à une nouvelle sortie du commandement militaire intégré.

"L'Otan n'est pas notre culture militaire. A terme, notre principale crainte c'est qu'on ne soit plus capables de faire seuls", estime par exemple Bastien Lachaud, co-rapporteur LFI (La France insoumise, gauche radicale) d'une mission parlementaire d'information sur la France dans l'Otan, dont le rapport sera publié en mai.

Le Rassemblement national (RN, extrême droite), lui, a récemment nuancé sa position sur ce point: pas question d'en sortir tant que la guerre en Ukraine est en cours, a déclaré son président, Jordan Bardella.


Lecornu ferait un "bon candidat" en 2027 pour 30% des Français (sondage)

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
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  • Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, Sébastien Lecornu serait un « bon candidat » du bloc central en 2027 pour 30% des Français, derrière Édouard Philippe (39%) mais proche de Gabriel Attal (33%) et Gérald Darmanin (28%)
  • Jugé plus humble et compétent qu’Emmanuel Macron, Lecornu souffre toutefois d’une image « d’exécutant » (72% des sondés), tandis qu’Édouard Philippe reste favori, sous réserve des municipales au Havre

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu ferait un "bon candidat" du bloc central à la présidentielle de 2027 pour 30% des Français, à l'image de Gabriel Attal(33%) et Gérald Darmanin (28%) mais loin derrière Edouard Philippe (39%), selon un sondage Odoxa pour Le Figaro paru jeudi.

Le chef du gouvernement, dont la popularité (34%) est supérieure de 13 points à celle d'Emmanuel Macron, est jugé plus humble (+33 points), plus proche des préoccupations des Français (+18) et plus compétent (+17) que le chef de l'Etat, mais aussi moins dynamique (-9).

"Pour renforcer sa stature, il devra peut-être se détacher de son image de simple collaborateur du Président", 72% des Français le qualifiant "d’exécutant", relève encore l'institut.

Sur les réseaux sociaux, les messages sur Emmanuel Macron restent très négatifs alors que la fidélité du "moine soldat" Lecornu est présentée comme une qualité rare, poursuit l'étude.

Edouard Philippe, maire du Havre et premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron, reste le meilleur candidat pour le bloc central, à condition de ne pas perdre les municipales de mars, "une défaite qui pourrait ternir son leadership", poursuit Odoxa.

Un sondage Opinionway publié mercredi le donne pour la première fois perdant dans sa ville contre Jean-Paul Lecoq (PCF) en cas de maintien du candidat RN-UDR au second tour du scrutin.

L'enquête a été réalisée en ligne les 25 et 26 février auprès d’un échantillon de 1.005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur comprise entre 1,4 et 3,1 points.


Gouvernement: quatre nouveaux entrants dont Catherine Pégard à la Culture

Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
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  • Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin
  • Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats

PARIS: Quatre nouveaux ministres font leur entrée au gouvernement, dont Catherine Pégard, conseillère d'Emmanuel Macron, à la Culture en remplacement de Rachida Dati partie pour faire campagne pour la mairie de Paris, a annoncé jeudi l'Elysée dans un communiqué.

Conseillère culture de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, puis à la tête du château de Versailles avant de revenir au palais présidentiel auprès d'Emmanuel Macron, cette ancienne journaliste de 71 ans arrive rue de Valois avec une excellente connaissance du monde de la culture et un solide carnet d'adresses.

Outre cette nomination attendue, l'ex-ministre macroniste Sabrina Roubache fait son retour en tant que ministre délégué chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et de l'Apprentissage. Elle avait été chargée de la Ville et de la Citoyenneté entre 2023 et 2024, avant d'être défaite aux législatives post-dissolution de l'Assemblée nationale.

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, proche de Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, devient aussi ministre déléguée chargée de l'Energie, domaine dont elle a une expertise en tant qu'ingénieure spécialiste du nucléaire.

Le chef de l'Etat a aussi nommé la députée du groupe macroniste Camille Galliard-Minier ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, en remplacement de Charlotte Parmentier-Lecocq qui souhaitait retrouver son siège à l'Assemblée nationale, et le député Les Républicains Jean-Didier Berger auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.

Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des comptes et remplacée dès dimanche aux Comptes publics par son ex-ministre délégué David Amiel.

Ce dernier n'a pour l'instant pas de ministre délégué à la Fonction publique, le poste qu'il occupait auparavant. Selon une source au sein de l'exécutif, une ministre déléguée sera nommée d’ici à la reprise des travaux parlementaires après les élections municipales.

Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats, ce qui aurait provoqué une législative partielle, selon une source au courant des tractations, qui n'a pas précisé son nom.

Parmi les nouveaux entrants, Jean-Didier Berger, maire de Clamart pendant dix ans, avait rejoint l’Assemblée à l’été 2024 après la dissolution, se faisant élire dans les Hauts-de-Seine. A l’Assemblée, il faisait partie des députés du groupe LR en pointe sur le projet de budget de l’Etat.

Il avait également déposé des propositions de loi aux accents régaliens : pour autoriser le traitement algorithmique des images de vidéoprotection dans les transports en commun, ou pour interdire les signes religieux ostentatoires aux mineurs qui participent à des activités d’une association subventionnée.

Camille Galliard-Minier, élue de l'Isère, est avocate de formation et l'ancienne suppléante d'Olivier Véran qu'elle a remplacé au Parlement entre 2020 et 2022 lorsque celui-ci était ministre de la Santé.

Le gouvernement compte désormais 36 membres.


Narcotrafic: pour Amine Kessaci, il faut «protéger» les personnes menacées mais aussi leur «permettre de vivre»

Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
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  • Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête
  • Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection

PARIS: Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai.

Sans critiquer le dispositif de protection existant, il appelle le gouvernement à "aller plus loin" pour "accompagner" les personnes protégées dans leur quotidien, qu'il s'agisse d'études, d'emploi ou de logement.

Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête.

Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection.

Les écologistes ont fait adopter mi-février à l'Assemblée un texte visant à mieux protéger les personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée. Les sénateurs écologistes comptent le reprendre le 7 mai lors d'une journée réservée.

Ce texte "est né uniquement par l'histoire de mon petit frère (...) Mehdi, assassiné pour rien, parce qu'il était mon petit frère", explique Amine Kessaci.

Membre du parti Les Ecologistes, candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a rappelé avoir été exfiltré début février d'un meeting à Aix-en-Provence, face à une menace imminente.

Il a salué jeudi les "policières et policiers" qui ont réagi "avec un calme absolu". "C'est important, quand beaucoup leur jettent tous les maux de la société" qu'on "leur reconnaisse ça".

S'il estime qu'une personne menacée en France "est protégée", le militant de 22 ans considère que la protection ne peut se limiter à la sécurité physique, et doit permettre de poursuivre des études, d'avoir un emploi et un logement. "On a besoin de tout ce qu'il y a à côté".

Ex-veilleur de nuit dans un foyer, il souligne que le service chargé de sa protection, habitué à protéger des personnalités comme des ministres, a fait face à la nécessité nouvelle de protéger des personnes ayant une vie étudiante ou professionnelle classique.

Il explique avoir dû déménager trois fois depuis sa mise sous protection. "J'ai dû me débrouiller", dit-il.

Il a lancé un appel au gouvernement afin qu'il s'empare du texte écologiste et l'amende, précisant avoir déjà eu des échanges avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.