Frankly Speaking: Quels sont les défis auxquels doit faire face le nouveau Premier ministre pakistanais?

Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN)
Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN)
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Publié le Lundi 11 mars 2024

Frankly Speaking: Quels sont les défis auxquels doit faire face le nouveau Premier ministre pakistanais?

  • M. Sharif a été élu Premier ministre du Pakistan pour la deuxième fois le 3 mars, après avoir obtenu deux cent une voix au Parlement nouvellement formé
  • Les élections ont eu lieu le mois dernier dans un contexte d’inflation galopante, de chômage élevé, de pénurie d’énergie et de hausse du coût des produits de première nécessité

DUBAÏ: Un diplomate saoudien chevronné et observateur attentif de la politique pakistanaise se dit «très optimiste» quant à l’avenir du pays sous la direction de Shehbaz Sharif, le nouveau Premier ministre. 

Invité de l’émission hebdomadaire d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, le Dr Ali Awadh Asseri espère également que le résultat des élections de 2024 renforcera les relations déjà solides entre le Pakistan et l’Arabie saoudite. 

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Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN) 

M. Sharif a été élu Premier ministre du Pakistan pour la deuxième fois le 3 mars, après avoir obtenu deux cent une voix au Parlement nouvellement formé. Les élections ont eu lieu le mois dernier dans un contexte d’inflation galopante, de chômage élevé, de pénurie d’énergie et de hausse du coût des produits de première nécessité. 

«Shehbaz Sharif est une personne très expérimentée. Il a été ministre en chef du Pendjab, la plus grande province du Pakistan. Il est doté d’une solide expérience et il semble s’être entouré, jusqu’à présent, d’une très bonne équipe professionnelle», soutient le Dr Asseri, qui a été ambassadeur d’Arabie saoudite auprès du Pakistan de 2001 à 2009. 

Guider le Pakistan à travers ses difficultés économiques ne sera pas une tâche facile. Le pays croule sous le poids de dettes extérieures et intérieures qui s’élèvent à plus de 270 milliards de dollars (1 dollar = 0,92 euro), selon un rapport de février du groupe de réflexion Tabadlab, basé à Islamabad. 

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Shehbaz Sharif, nouveau Premier ministre pakistanais et chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), a occupé le poste de ministre en chef du Pendjab, la plus grande province du pays. (AFP) 

Une série d'inondations en 2022, dont la Banque mondiale estime qu'elles ont causé plus de 30 milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques, est venue aggraver les difficultés du Pakistan. Le pays ne s'en est pas encore remis. 

Le Dr Ali Awadh Asseri considère M. Sharif comme l’homme politique le plus à même de diriger le Pakistan dans ces circonstances grâce à «son expérience, son patriotisme, sa loyauté envers son pays et son acceptation par la plupart des gens». 

«La personnalité de Shehbaz Sharif et sa loyauté envers son pays sont des éléments qui m’incitent à faire preuve d’optimisme et à espérer que ses qualités porteront leurs fruits», déclare-t-il à Katie Jensen, l’animatrice de Frankly Speaking

Il poursuit: «Nous espérons que le Pakistan se relèvera et saura gérer son économie. Tel était, me semble-t-il, le slogan lors des élections.» 

M. Sharif a ordonné l’ouverture immédiate de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) concernant un programme de facilité de financement élargi qui fournirait une aide financière et une période de remboursement plus longue. 

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Des vendeurs ambulants proposent des collations le long de la promenade de Karachi, au Pakistan, le 3 février 2024. Le Pakistan croule sous le poids de dettes extérieures et intérieures qui s’élèvent à plus de 270 milliards de dollars. (AFP) 

Le FMI a accordé vingt-deux prêts au Pakistan depuis la création du pays, ce qui a permis d’éviter les défauts de remboursement des prêts et d’obtenir un accord de confirmation à 3 milliards de dollars du fonds l’année dernière. 

«Je pense que le Pakistan bénéficiera de l’aide du FMI. Le gouvernement est digne de confiance et professionnel, donc je crois que leurs négociations avec le FMI ne seront pas aussi difficiles que dans le passé sans gouvernement», précise le Dr Asseri. 

«Ils sont expérimentés et ils savent quoi faire... je constate de grands progrès dans la sélection des ministres. La pertinence est très importante lorsque vous nommez un ministre à ce poste. Espérons que tout ira pour le mieux.» 

Le Dr Ali Awadh Asseri souligne la nécessité pour Shehbaz Sharif d’adopter une approche multidimensionnelle de la reprise économique, avec une exploitation accrue des ressources, l’industrialisation et le développement d’un commerce et d’investissements internationaux forts. 

«Il y a beaucoup de ressources au Pakistan qui n’ont pas du tout été exploitées (l’industrie manufacturière, à titre d’exemple). L’une des meilleures villes industrielles que j’ai pu observer est Sialkot où sont produits les ballons de la Fifa», indique le Dr Asseri. 

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La fabrication d’armes est considérée comme l’un des points forts de l’économie pakistanaise. (AFP) 

«Ils ont des produits. Ils fabriquent du matériel chirurgical. Donc, s’ils pouvaient se concentrer sur ces éléments et les améliorer, puis attirer des investissements, qu’ils proviennent d’Arabie saoudite ou des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), cela serait très bénéfique.» 

La réélection de M. Sharif intervient après des années de troubles politiques, qui ont commencé en 2022, lorsque Imran Khan a été démis de ses fonctions et emprisonné pour corruption. Cette année-là, la Ligue musulmane du Pakistan – dirigée par Nawaz Sharif, ancien Premier ministre – s’est associée au Parti du peuple pakistanais pour évincer M. Khan de son poste de Premier ministre et installer Shehbaz Sharif comme son successeur. 

Imran Khan et ses partisans affirment que le mandat du peuple a été volé lors des élections du 8 février. Les candidats soutenus par de dernier ont obtenu des résultats remarquables, remportant quatre-vingt-treize sièges, même s’il a fait l’objet de nombreuses accusations criminelles et qu’il a été interdit de tout mandat dans la fonction publique. 

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Des partisans du parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) brandissent des portraits de l’ancien Premier ministre pakistanais, Imran Khan, alors qu’ils protestent au sujet des allégations de fraude lors des élections nationales au Pakistan, à Peshawar, le 10 mars 2024. (AFP) 

Interrogé sur l'équité et la transparence des élections, le Dr Ali Awadh Asseri répond: «J’ai passé neuf ans au Pakistan et, lors de chaque élection, l’opposition avait le même slogan. La question qui se pose est la suivante: qui va aider le Pakistan?» 

«Certes, l’opposition trouvera toujours à redire à propos du gouvernement, qu’il s’agisse d’Imran Khan ou de tous les autres.» 

Le Dr Asseri estime que la lutte contre la corruption et l’instauration d’une bonne gouvernance sont nécessaires pour restaurer la confiance du peuple pakistanais dans ses dirigeants et ses responsables. 

Une enquête Gallup, menée le mois dernier, révèle que près de 70% des Pakistanais se méfient des élections de leur pays, 88% de la population estimant que la corruption est répandue au Pakistan. 

«Je pense que, dans le passé, la gouvernance n’était pas aussi bonne et professionnelle qu’elle aurait dû l’être», précise-t-il. 

«Le peuple pakistanais sait exactement ce qui peut l’aider à redresser son économie. Sa monnaie a perdu beaucoup de valeur au cours des trois ou quatre dernières années. La réponse à ces problèmes passe par une bonne gouvernance et l’évolution dont nous sommes aujourd’hui témoins me rend très optimiste.» 

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Les réserves de change désespérément faibles du Pakistan ont été renforcées, en juillet 2023, grâce à un dépôt de 2 milliards de dollars de l’Arabie saoudite, avant une réunion décisive du FMI pour approuver un accord de secours. (AFP) 

Le Dr Ali Awadh Asseri espère également que le résultat des élections renforcera encore plus la relation entre le Pakistan et l’Arabie saoudite – une relation auparavant consolidée et continuellement alimentée par une foi commune. 

«Avec le Pakistan, le fondement de la relation est la force de notre foi. Les Pakistanais forment, par ailleurs, une société musulmane très conservatrice», souligne-t-il. 

Le Dr Asseri se souvient d’une époque où l’un des imams de la Grande Mosquée de La Mecque était en visite au Pakistan. «Cinq cent mille personnes priaient derrière lui, même à l’extérieur de la mosquée d’Islamabad», rapporte-t-il. «Cela reflétait sans doute leur amour et leur affection envers les Lieux saints et l’Arabie saoudite.» 

Il poursuit: «L’Arabie saoudite et le Pakistan entretiennent vraiment d’excellentes relations, depuis 1943, avant même que le Pakistan ne devienne le Pakistan. Le roi Abdelaziz et ses fils se sont rendus à Karachi lorsqu’ils ont subi des inondations pour aider le Pakistan. Avec chaque nouveau dirigeant, leur relation se développe: c’est une relation de peuple à peuple.» 

Lors des inondations dévastatrices de 2022, le Centre d’aide humanitaire et de secours du roi Salmane d’Arabie saoudite a envoyé de grandes quantités d’aide par voie aérienne vers les régions les plus touchées du Pakistan. 

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Dix vols saoudiens chargés de divers biens de secours ont acheminé l’aide et les colis ont été remis à l’Autorité nationale de gestion des catastrophes. (Agence de presse saoudienne) 

Alors que les fortes pluies de cette semaine provoquent des inondations catastrophiques dans le sud-ouest du Pakistan, le centre a une fois de plus organisé des livraisons d’aide humanitaire – 873 tonnes, dont neuf mille colis alimentaires et neuf mille kits d’abris – pour secourir plus de soixante-trois mille personnes victimes des inondations. 

«L’Arabie saoudite n’a jamais laissé tomber le Pakistan en cette période difficile», déclare le Dr Ali Awadh Asseri, soulignant que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, s’était rendu au Pakistan à plusieurs reprises «parce qu’il est conscient de l’importance du Pakistan et de notre relation avec le pays». 

À l’avenir, les relations saoudo-pakistanaises pourraient apporter de grands avantages économiques aux deux pays, affirme-t-il. 

Faisant référence au fonds souverain d’Arabie saoudite, il déclare: «Nous avons le Fonds public d’investissement (PIF). Il pourrait investir dans de grandes usines au Pakistan et les moderniser en vue d’une plus grande production.» 

«De nombreux domaines peuvent être exploités avec l’aide des dirigeants dynamiques d’Arabie saoudite et notre stratégie économique. Je pense que nous pouvons aider davantage le Pakistan et qu’il s’aidera aussi.» 

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Des ouvriers moulent des tiges d’acier en fusion dans une aciérie d’Islamabad le 9 février 2023. Le 9 février, le gouvernement pakistanais restait engagé dans des négociations cruciales avec le FMI pour le déblocage d’un plan de sauvetage financier le dernier jour prévu de la visite du prêteur mondial. (AFP) 

Lorsqu’on lui demande quels conseils il donnerait à M. Sharif du point de vue saoudien, le Dr Asseri joue la carte de la franchise: «Examinez l’économie pour trouver la corruption. Essayez de moderniser les villes industrielles, car elles disposent de très bons matériaux. Attirez les investissements. L’économie est la réponse pour aider les Pakistanais et le Pakistan.» 

Le Dr Ali Awadh Asseri s’attarde également sur l’hostilité de longue date entre le Pakistan et son voisin, l’Inde. Il a déjà écrit sur les avantages potentiels de la coopération entre les deux pays. Aujourd’hui, souligne-t-il, de meilleures relations sont encore possibles. 

«Ce qu’il faut, c’est réduire les tensions entre les deux pays, car il y a des liens de parenté entre des familles au Pakistan et d’autres en Inde. Il faut améliorer l’accès et les déplacements entre le Pakistan et l’Inde, pour faciliter les accords commerciaux entre les deux pays.» 

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Les Rangers pakistanais (en noir) et les soldats de la Force de sécurité des frontières indiennes participent à la cérémonie «Battre en retraite» au poste-frontière pakistano-indien de Wagah. Ali Awadh Asseri, ancien envoyé saoudien à Islamabad, affirme que le Pakistan et l’Inde pourraient mutuellement bénéficier d’un apaisement des tensions et d’une coopération accrue. (AFP) 

«Nous espérons que cela conduira à une discussion très constructive entre les deux pays et, à terme, à la paix et à la stabilité.» 

Le Dr Asseri ne doute pas que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) puissent jouer un rôle central dans la médiation entre le Pakistan et l’Inde. 

L’Arabie saoudite et les EAU «entretiennent de très bonnes relations avec les deux pays, l’Inde et le Pakistan», ajoute-t-il. 

«C’est tout un processus qui ne peut pas vraiment se faire en peu de temps. Le processus aboutit finalement à un bon compromis, à une bonne solution entre les deux pays.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 

 


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.


L'accord entre l'UE et le Mercosur entre en vigueur, de façon provisoire

Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
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  • L’accord UE–Mercosur entre en vigueur provisoirement, créant une vaste zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs avec baisse des droits de douane sur plusieurs produits
  • Soutenu par certains pays pour dynamiser l’économie, il est vivement critiqué notamment en France pour les risques de concurrence déloyale envers les agriculteurs européens

BRUXELLES: Il est vivement dénoncé par la France et le monde agricole mais plébiscité par Bruxelles, l'Espagne et l'Allemagne: l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur entre en vigueur vendredi, de façon provisoire.

Ce traité, fruit de plus de 25 ans de tractations ardues, va créer l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.

Les premières conséquences de son application sont immédiates, d'après Bruxelles.

Dès vendredi, les droits de douanes sur les voitures, produits pharmaceutiques ou le vin, que l'UE exporte vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay seront "supprimés ou considérablement réduits".

"C'est une grande journée", a salué le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, qualifiant cet accord d'"historique".

"C'est en réalité une journée bien sombre", rétorque l'eurodéputée française Manon Aubry à l'AFP. Les agriculteurs européens "vont se confronter à une concurrence déloyale de centaines de milliers de tonnes de denrées agricoles qui vont inonder le marché européen, avec des normes sanitaires et environnementales au rabais", alerte l'élue de gauche radicale, très investie sur ce dossier.

- Les tracteurs à Bruxelles -

Cet accord commercial a fait l'objet d'innombrables rebondissements depuis les premières négociations, lancées à la fin des années 1990.

Et pour cause: les deux camps sont fondamentalement divisés quant à ses effets.

Pour ses partisans, Berlin et Madrid en tête, ce texte va permettre de relancer l'économie européenne, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

Pour ses détracteurs, le risque est au contraire de bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants. On retrouve ici la France, la Pologne, et de nombreux agriculteurs.

Dans l'espoir d'amadouer ce camp-ci, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.

Mais rien n'y a fait.

Equipés de tracteurs, fumigènes et drapeaux, les agriculteurs sont venus crier leur colère jusque dans les rues de Bruxelles et de Strasbourg, devant le Parlement européen.

Et le traité de libre-échange, qui facilite l'entrée en Europe de bœuf, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées, a finalement été signé mi-janvier.

- Diversifier les partenariats -

Le Parlement européen a dans la foulée saisi la justice pour vérifier la légalité de l'accord.

En attendant cette décision de la Cour de justice de l'UE, d'ici peut-être plus d'un an, la Commission a décidé d'appliquer cet accord de façon provisoire, ce qu'elle est en droit de faire.

Une décision là encore critiquée par la France - son président Emmanuel Macron a parlé d'une "mauvaise surprise" - et les agriculteurs.

Au sein des cortèges du monde agricole, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a souvent cristallisé les critiques, se faisant vilipender nommément.

Celle-ci rétorque que l'UE n'a d'autre choix que de diversifier ses partenariats commerciaux face au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Elle a donc aussi scellé un accord commercial avec l'Inde fin janvier et avec l'Australie en mars.

Pour marquer l'entrée en vigueur de celui du Mercosur vendredi, la cheffe de l'exécutif européen échangera, aux côtés du président du Conseil européen, Antonio Costa, par visioconférence, avec les dirigeants des pays du Mercosur.


Iran: Washington évoque un long blocus, le pétrole flambe

L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz
  • "Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont évoqué mercredi la perspective d'un long blocus des ports iraniens, qui prolongerait d'autant la pression sur l'économie mondiale, avec un impact immédiat sur les cours du pétrole, qui ont flambé à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Lors d'une réunion mardi à la Maison Blanche avec des dirigeants du secteur pétrolier, les participants ont évoqué "les mesures prises par le président Trump pour soulager les marchés internationaux du pétrole et les mesures que nous pourrions prendre pour poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire et minimiser son impact sur les consommateurs américains", a rapporté mercredi un haut responsable de l'administration.

"Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios.

Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et 41 tankers ne peuvent pas quitter l'Iran, a affirmé l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, soulignant que le blocus est "hautement efficace".

"Impasse prolongée" 

Alors que les perspectives de tractations avec l'Iran sont au point mort, les cours du pétrole ont réagi au quart de tour, le baril de Brent de la mer du Nord grimpant en séance à plus de 119 dollars, au plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Les analystes redoutent en réaction une poursuite durable du verrouillage du détroit par Téhéran. "Cela suggère une impasse prolongée: les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n'émerge", expliquent les experts du cabinet DNB.

Téhéran a accusé Washington de vouloir l'effondrement de la République islamique.

Les Etats-Unis veulent "activer la pression économique et les divisions internes (...) pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l'intérieur", a réagi le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Et lors d'un coup de fil, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Donald Trump contre les "conséquences dommageables" qu'aurait une nouvelle action militaire contre l'Iran, "non seulement pour l'Iran et ses voisins, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale".

"Bourbier" 

Alors que ne se dessine aucune issue au conflit, le ministre américain de la Défense a eu droit à une volée de bois vert lors de sa première audition à la Chambre des représentants depuis le début du conflit.

"Catastrophe géopolitique", "désastre stratégique", "incompétence", "blessure auto-infligée", "bourbier" et autres mensonges... les députés américains n'ont pas ménagé Pete Hegseth.

Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question: "Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire?"

Les conséquences économiques du conflit se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979.

Dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie Ali, architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n'arrivent toujours pas à s'entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le milliardaire républicain a par ailleurs dit envisager une réduction des forces armées américaines stationnées en Allemagne, une annonce qui survient après des échanges acerbes avec le chancelier allemand Friedrich Merz autour de l'Iran.

"Une décision sera prise très prochainement", a averti le président américain après que M. Merz a asséné que "les Américains (n'avaient) visiblement aucune stratégie" en Iran. En réaction, Donald Trump avait accusé mardi le chancelier de "ne pas savoir de quoi il parlait".

Deux morts au Liban 

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise. La veille, des bombardements israéliens avaient fait 19 morts, dont trois secouristes en mission.

Le président Joseph Aoun a appelé Israël à "pleinement mettre en oeuvre" le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les Etats-Unis fixent une date.

Dans un Liban plongé depuis des années dans une grave crise économique, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti que 1,2 million de personnes (sur 4 à 5 millions d'habitants) étaient menacées d'insécurité alimentaire aiguë.