A Rafah, feu de bois et de plastique pour tenter de résister au froid

A Rafah, dans le sud de Gaza balayé par les vents, des Palestiniens déplacés par la guerre tentent de se réchauffer (Photo, AFP).
A Rafah, dans le sud de Gaza balayé par les vents, des Palestiniens déplacés par la guerre tentent de se réchauffer (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 16 janvier 2024

A Rafah, feu de bois et de plastique pour tenter de résister au froid

  • Selon l'ONU, 1,9 des 2,4 millions d'habitants du territoire palestinien assiégé ont été déplacés, chassés depuis le 7 octobre de chez eux par les combats et les bombardements
  • Pour tenter de se réchauffer, ces déplacés alimentent un petit feu sous la tente. La fumée et le plastique qui se consument «brûlent nos poumons», se désole l’une d’elles

RAFAH: De la fumée et une odeur âcre émanent du feu que la famille d'Ismaïl Nabhane a allumé avec du bois et du plastique. A Rafah, dans le sud de Gaza balayé par les vents, des Palestiniens déplacés par la guerre tentent de se réchauffer.

L'homme de 60 ans partage avec 28 enfants et petits-enfants un abri de fortune de tissus et de bâches. Leur tente est plantée dans le sol sablonneux à quelques centaines de mètres de la Méditerranée, à la frontière avec l'Égypte.

Selon l'ONU, 1,9 des 2,4 millions d'habitants du territoire palestinien assiégé ont été déplacés, chassés depuis le 7 octobre de chez eux par les combats et les bombardements.

"Il y a deux jours, un vent fort soufflait, nous avons essayé toute la nuit d'attacher le nylon. Nous vivons dans un désert et la mer est devant nous, ça amplifie le froid", décrit Ismaïl Nabhane à une journaliste de l'AFP.

Pour tenter de se réchauffer, ces déplacés alimentent un petit feu sous la tente. La fumée et le plastique qui se consument "brûlent nos poumons", se désole son épouse, Raidah Aouad. A ses côtés, un enfant tousse.

"Les enfants sont sans cesse malades. Ils n'arrêtent pas de tousser et d'être enrhumés, leurs vêtements ne sont pas suffisamment épais pour les réchauffer", poursuit la quinquagénaire.

Elle raconte aussi qu'ils doivent partager une couverture pour trois.

«On gèle»

Raïdah Aouad a demandé à son fils d'aller chercher du bois, mais les fortes pluies de ces derniers jours l'ont rendu humide et il faudra des jours pour qu'il sèche.

Ailleurs, ces précipitations ont provoqué des inondations dans la bande de Gaza, selon l'Ocha, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU.

"La situation est tragique", résume Mme Aouad qui a dû fuir son domicile dans le centre du territoire de 360 km2.

Les basses températures aggravent la précarité et l'épuisement après trois mois d'intenses bombardements menés par l'armée israélienne.

Doublés d'une offensive terrestre le 27 octobre, ils ont été lancés en représailles à l'attaque sans précédent menée le 7 octobre en Israël par le Hamas palestinien, au pouvoir dans la bande de Gaza. Cette attaque a entraîné la mort d'environ 1.140 personnes du côté israélien, en majorité des civils tués le 7 octobre, selon un décompte de l’AFP réalisé à partir de chiffres officiels israéliens.

Selon l'ONU, la famine menace également. Lundi trois de ses agences ont alerté sur l'importante insécurité alimentaire et demandé à Israël d'autoriser l'accès à son port d'Ashdod pour acheminer l'aide humanitaire.

"Je n'ai rien pour couvrir ma fille, je ne peux vous décrire combien il fait froid, on gèle dehors, regardez comment on dort par terre", témoigne Hanine Adouane, 31 ans, déplacée du camp de réfugiés de Nousseirat (centre).

La pluie en plus du froid

Rien d'autre non plus que du plastique à faire brûler, le bois de chauffage est hors de prix pour elle, assure-t-elle.

"La nuit, j'ai l'impression que nous allons mourir de froid", raconte Hanine Adouane, les traits tirés. Elle superpose trois fins matelas pour essayer de s'isoler du froid du sol.

A proximité, Khaled Farajallah, 36 ans, prépare du pain dans un coin de sa tente, bonnet sur la tête, manches retroussées. Ce déplacé de la ville de Gaza (nord) est terrifié par les frappes aériennes.

Depuis le début de la guerre, au moins 24.100 Palestiniens, en grande majorité des femmes, des enfants et des adolescents, ont été tués dans la bande de Gaza par les opérations militaires et bombardements israéliens, selon le ministère de la Santé du territoire contrôlé par le Hamas.

En outre, 60.834 personnes ont été blessées et de nombreuses autres restent ensevelies sous les décombres selon la même source.

"Chaque nuit, j'allume le feu à l'intérieur de la tente pour me réchauffer, car j'ai peur que les avions israéliens nous bombardent" si le feu brûle à l'extérieur, assure Khaled Farajallah, père de six enfants.

Et il en est convaincu aussi: "les gens mourront s'il pleut fort, ils ne supporteront pas le froid."

Non loin, des enfants frottent leurs petites menottes au-dessus de braises rougeoyantes.


Liban: un proche du Hezbollah arrêté pour espionnage au profit d'Israël 

Israeli Defense Minister Israel Katz said Wednesday that the United States has not demanded that Israel withdraw its troops from southern Lebanon, a condition set by Lebanon in ongoing ceasefire negotiations. (AFP/File)
Israeli Defense Minister Israel Katz said Wednesday that the United States has not demanded that Israel withdraw its troops from southern Lebanon, a condition set by Lebanon in ongoing ceasefire negotiations. (AFP/File)
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  • "Un agent de premier plan au service d'Israël a été arrêté à Beyrouth", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat. Il est accusé d'avoir transmis "des informations détaillées à Israël"
  • Le suspect était "très proche de responsables du Hezbollah", ce qui lui permettait d'avoir accès à "un vaste éventail d'informations", selon cette source

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont arrêté un proche du Hezbollah pro-iranien soupçonné d'espionnage au profit d'Israël, a indiqué mardi à l'AFP un responsable judiciaire.

"Un agent de premier plan au service d'Israël a été arrêté à Beyrouth", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat. Il est accusé d'avoir transmis "des informations détaillées à Israël ayant conduit à l'assassinat de cadres du Hezbollah, dont quatre hauts responsables sécuritaires".

Le suspect était "très proche de responsables du Hezbollah", ce qui lui permettait d'avoir accès à "un vaste éventail d'informations", selon cette source.

Il a été arrêté la semaine dernière à l'aéroport de Beyrouth, alors qu'il s'apprêtait à se rendre en Irak, puis déféré devant le tribunal militaire où il doit être jugé, a ajouté le responsable judiciaire.

Originaire du sud du Liban, il est marié à une Irakienne et faisait régulièrement la navette entre le Liban et l'Irak, avant de se rendre en Turquie "pour rencontrer des officiers et des agents liés au Mossad israélien", d'après la même source.

Il leur "fournissait des informations sur des cibles potentielles dont il collectait des données à Beyrouth, avant qu'elles ne soient ensuite attaquées", a ajouté le responsable, sans préciser l'identité des responsables du Hezbollah visés ni la date de leur assassinat.

Israël a mené des opérations ciblées au Liban contre le Hezbollah depuis que le mouvement islamiste a ouvert un front en soutien au Hamas en octobre 2023, puis le 2 mars en soutien à l'Iran.

Ces opérations ont conduit à l'assassinat des principaux responsables du Hezbollah, dont son chef Hassan Nasrallah en septembre 2024, ainsi qu'à la destruction d'une grande partie de son arsenal.

En octobre 2025, un responsable judiciaire avait indiqué à l'AFP que les autorités libanaises avaient arrêté, au cours des mois précédents, 32 personnes reconnues coupables ou soupçonnées d'avoir transmis à Israël des informations sur des dirigeants du Hezbollah.

Au Liban, officiellement en état de guerre avec Israël, toute prise de contact avec le pays voisin est passible d'emprisonnement.

Au cours des années précédant les deux dernières guerres, des dizaines de personnes avaient été arrêtées et jugées pour collaboration avec Israël, dont plusieurs recrutées sur internet après la crise économique de 2019. Certaines ont été condamnées à des peines allant jusqu'à 25 ans de prison.


En pleines discussions à Rome, Israël se dit prêt à avancer sur deux «zones pilotes» au Liban

Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington
  • Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais

ROME: Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient.

Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette ce texte dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais.

"J'espère et j'ai bon espoir que cette série de discussions à Rome y contribuera", a-t-il déclaré depuis Jérusalem.

Aucune information n'a filtré à ce stade des pourparlers dans la capitale italienne.

Des journalistes de l'AFP ont vu les voitures des délégations entrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine sous haute sécurité mardi matin, tandis que l'ambassade, sollicitée, s'est refusée à tout commentaire.

"Se retirer progressivement" 

La délégation libanaise "a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", avait fait savoir la présidence libanaise lundi soir.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté début mars entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans le conflit en bombardant Israël en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud, où un drone a visé mardi la localité de Nabatiyé al-Fawqa et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

"Réfléchir à deux fois" 

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, d'après les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris, qui voit plutôt dans cette réunion "l'opportunité de montrer que le processus est encore en place (...), qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître".

Téhéran avait exigé l'arrêt des hostilités au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", relève Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Même si Téhéran a actuellement d'autres priorités, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz.

Karim Bitar souligne pour sa part que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


Netanyahu avertit les dirigeants iraniens qu'Israël ripostera en cas d'attaque

Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque
  • "Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue"

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque, alors que les frappes américaines et iraniennes ont repris avec une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.

"Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue", a déclaré M. Netanyahu lors d'une conférence, selon une vidéo diffusée par son cabinet.