«Je suis Charlie», slogan improvisé et cri de ralliement mondial

Une femme tient une bougie allumée à côté d'une pancarte indiquant "Je suis Charlie" lors d'un rassemblement commémorant le deuxième anniversaire de l'attentat meurtrier contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2017, place de la République à Paris. (AFP)
Une femme tient une bougie allumée à côté d'une pancarte indiquant "Je suis Charlie" lors d'un rassemblement commémorant le deuxième anniversaire de l'attentat meurtrier contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2017, place de la République à Paris. (AFP)
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Publié le Mercredi 03 janvier 2024

«Je suis Charlie», slogan improvisé et cri de ralliement mondial

  • L'auteur du slogan «Je suis Charlie» ne se doutait pas qu'il serait à l'origine d'un cri de ralliement mondial
  • Comme nombre de Français, Joachim Roncin est horrifié par cette attaque djihadiste dans la capitale, contre un journal satirique qui fait partie de sa jeunesse, lui qui a 38 ans à l'époque

PARIS: En improvisant en quelques minutes le slogan "Je suis Charlie", son auteur ne se doutait pas qu'il serait à l'origine d'un cri de ralliement mondial. Neuf ans après, l'histoire lui paraît "lunaire".

Joachim Roncin la raconte dans un livre qui paraît mercredi, "Une histoire folle: comment j'ai créé Je suis Charlie et le voyage en Absurdie qui a suivi" (éditions Grasset).

Le 7 janvier 2015, jour de l'attentat qui coûte la vie à 12 membres du magazine Charlie Hebdo, il est à son travail de directeur artistique d'un autre magazine, Stylist.

Comme nombre de Français, il est horrifié par cette attaque djihadiste dans la capitale, contre un journal satirique qui fait partie de sa jeunesse, lui qui a 38 ans à l'époque. Il griffonne des "Charlie" sur un carnet. Puis "Je suis" devant l'un d'eux.

"Je lance Illustrator, logiciel avec lequel je travaille chaque jour, et j'écris JE SUIS. D'abord une typo noire sur fond blanc. Je me ravise, elle sera blanche sur fond noir (...) J'ajoute CHARLIE (...) Je poste mon tweet", à 12h52, écrit aujourd'hui Joachim Roncin.

Sur Times Square

Ce tweet existe toujours. Et l'image qu'il contient est gravée dans la mémoire collective, à force d'avoir circulé, reprise en chœur par les millions de personnes qui ont manifesté leur soutien aux victimes de cet attentat, ou commentée à l'infini par ceux qui approuvaient ou critiquaient le slogan.

La disproportion saute aux yeux, dans le récit, entre l'intention de départ, qui est de partager son émoi, et la portée planétaire de ces trois mots qui vaudront à Joachim Roncin des sollicitations médiatiques incessantes, pendant des semaines.

"C'est lunaire, en fait", dit-il à l'AFP. "Si c'était à refaire, peut-être que je ne répondrais pas" à tous ces journalistes.

"Je suis Charlie" fera passer cet anonyme à la télévision, malgré ses réticences. Il incitera le président ukrainien Petro Porochenko à recevoir son auteur, qui a une mère ukrainienne. Il décorera la page d'accueil de Google et Times Square à New York. Il inspirera des "Je ne suis pas Charlie".

Mais que voulaient dire ces trois mots à l'origine? Même avec le recul, le livre ne donne pas de réponse définitive.

«Insouciance que je regrette»

"Tout ça est tellement parti vite, que trouver un sens véritable, immuable, non, je pense qu'il n'y en aura jamais vraiment", explique Joachim Roncin.

Il n'en connaît que le terreau: "La nostalgie d'une enfance, d'un passé, d'un frère disparu... Je pense que Charlie Hebdo a été un de ces petits éléments constitutifs de ce que j'ai été (...) Et, avec la tragédie, on perd de cette insouciance. C'est cette insouciance que je regrette".

"Comme moi, le slogan aura eu mille vies depuis 2015", écrit celui qui est devenu directeur du design des Jeux olympiques de Paris 2024.

Joachim Roncin constate qu'il a dérivé à droite, vers l'hostilité à l'islam politique, alors qu'il contient le nom d'un magazine très à gauche.

L'un des combats de son créateur, détaillé dans l'ouvrage, a été de l'empêcher de servir à faire du profit. Certains s'étaient empressés de le déposer comme marque auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI).

"Dans ces moments de trouble, on a très envie d'aider, on a très envie d'avoir un t-shirt Je suis Charlie", se souvient-il. "Je regarde. Et je me rends compte qu'il y a 120 dépôts de marque à l'INPI. Ça me semble dingue. Notamment dans certaines catégories telles que l'armement: il y aurait pu y avoir des flingues Je suis Charlie."


Manifestation RN: Tondelier promet une mobilisation à gauche dimanche

La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a assuré jeudi que la gauche préparait une mobilisation pour contrer la manifestation du Rassemblement national dimanche en soutien à Marine Le Pen condamnée à une peine d'inéligibilité immédiate, mais n'a donné aucun détail sur cette initiative. (AFP)
La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a assuré jeudi que la gauche préparait une mobilisation pour contrer la manifestation du Rassemblement national dimanche en soutien à Marine Le Pen condamnée à une peine d'inéligibilité immédiate, mais n'a donné aucun détail sur cette initiative. (AFP)
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  • "Il se passera quelque chose dimanche", a déclaré la responsable écologiste sur Franceinfo. "Nous sommes en train d'y travailler, nous sommes les maîtres des horloges de nos propres mobilisations"
  • Elle a précisé discuter "avec tous nos partenaires politiques", ainsi qu'avec des "personnes de la société civile avec lesquelles on a l'habitude de se mobiliser et d'autres avec lesquelles on avait jusque là moins l'habitude de se mobiliser"

PARIS: La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a assuré jeudi que la gauche préparait une mobilisation pour contrer la manifestation du Rassemblement national dimanche en soutien à Marine Le Pen condamnée à une peine d'inéligibilité immédiate, mais n'a donné aucun détail sur cette initiative.

"Il se passera quelque chose dimanche", a déclaré la responsable écologiste sur Franceinfo. "Nous sommes en train d'y travailler, nous sommes les maîtres des horloges de nos propres mobilisations", a-t-elle déclaré.

Elle a précisé discuter "avec tous nos partenaires politiques", ainsi qu'avec des "personnes de la société civile avec lesquelles on a l'habitude de se mobiliser et d'autres avec lesquelles on avait jusque là moins l'habitude de se mobiliser, mais qui sont tout aussi choqués".

"Nous sommes en train d'y travailler sérieusement et il se passera quelque chose dimanche", a affirmé Marine Tondelier.

Mercredi soir, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon avait expliqué qu'une initiative pourrait être prise "peut être même dès ce dimanche à la place de la République" à Paris. C'est "une chose qui est en train de se discuter, je ne veux pas anticiper d'une quelconque manière", avait-il précisé lors d'une conférence diffusée sur les réseaux sociaux.

Le Rassemblement national a annoncé dès lundi, lorsque Marine le Pen a été condamnée pour détournement de fonds notamment à cinq ans d'inéligibilité avec application immédiate, l'empêchant de se présenter à la présidentielle, qu'il organiserait un rassemblement de soutien place Vauban à Paris.

Le président du parti d'extrême droite Jordan Bardella a assuré mercredi qu'il ne s'agirait pas d'un "coup de force".

"Je ne veux pas que dimanche, sur toutes les chaînes de télé, la seule chose qu'on leur donne à voir, c'est la grande entreprise de victimisation de Marine Le Pen", a expliqué Marine Tondelier.

"Quelqu'un qui veut être présidente de la République, qui détourne 4,1 millions d'euros et qui, alors qu'elle prône des mesures beaucoup plus ferme et une justice moins laxiste pour tous les Français, ah, quand ça lui arrive à elle, là, c'est très compliqué", s'est-elle agacée.

Prévu depuis plusieurs semaines, un meeting de Renaissance viendra également en concurrence de celui du Rassemblement national. Le président du parti, Gabriel Attal, le Premier ministre François Bayrou et le candidat à la présidentielle Édouard Philippe doivent y intervenir.

 


La manifestation de soutien à Le Pen «n'est pas un coup de force», dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »