La sécheresse en Europe a été une bénédiction pour les producteurs d'huile d'olive du Moyen-Orient

Des agriculteurs palestiniens cueillent des olives pendant la saison des récoltes dans une oliveraie à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. (AFP)
Des agriculteurs palestiniens cueillent des olives pendant la saison des récoltes dans une oliveraie à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. (AFP)
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Publié le Vendredi 15 septembre 2023

La sécheresse en Europe a été une bénédiction pour les producteurs d'huile d'olive du Moyen-Orient

  • Les récoltes décevantes en Europe ont donné aux producteurs arabes l'occasion d'affirmer leur domination sur leurs concurrents
  • L'ingrédient a une valeur économique, culturelle et agricole considérable dans le monde entier

DUBAΪ: L'olivier ancien semble être la dernière victime des changements climatiques à l'échelle de la planète.

En raison d'une sécheresse qui a duré toute l'année et d'un été torride dans le sud de l'Europe, le cœur de la production d'huile d'olive, l'Espagne, premier producteur mondial, et d'autres pays ont dû se battre pour satisfaire la demande mondiale de cet ingrédient de base pour la cuisine.

En conséquence, les fabricants européens se sont tournés vers le Moyen-Orient pour tenter de remédier à la pénurie.

«Le déficit d'approvisionnement doit être comblé et il n'y a pas de meilleur moment pour que le Moyen-Orient, et en particulier les États du Golfe, commence à le faire», déclare Mazen Assaf, sommelier et entrepreneur dans le domaine de l'huile d'olive.

Le monde arabe est considéré comme le berceau de l'huile d'olive et compte près de 1 600 variétés d'olives, explique M. Assaf, sommelier en huile d'olive et entrepreneur.

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Le monde arabe est considéré comme le berceau de l'huile d'olive et compte environ 1 600 variétés d'olives, explique Mazen Assaf, sommelier en huile d'olive et entrepreneur. (Photo fournie)

«Les opportunités sont là et plus évidentes que jamais.»

Au cours des derniers mois, l'Italie et le Portugal, respectivement deuxième et quatrième producteurs mondiaux d'huile d'olive, ont également connu des revers liés au climat, ce qui a entraîné une diminution des stocks.

En revanche, la Grèce, troisième producteur mondial, a bénéficié d'un climat doux et de précipitations suffisantes tout au long de l'année. Malgré ces conditions, elle a du mal à répondre à la demande internationale croissante pour ce produit.

«L'huile d'olive est un aliment de base profondément ancré dans la culture méditerranéenne. Toutefois, son influence s'étend au monde entier», souligne Mazen Assaf à Arab News.

«La demande grimpe en flèche à l’échelle mondiale et l'offre diminue considérablement en Europe, ce qui entraîne une hausse des prix dans le monde entier.»

En règle générale, l'Espagne produit plus de 50% de l'huile d'olive mondiale, avec une moyenne de 1,2 million de tonnes par an.

Mais au cours des deux dernières années, une série de vagues de chaleur marquées par des températures dépassant les 40 °C ont réduit la production du pays à quelque 600 000 tonnes.

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Les variétés Chetoui et Chemlali sont populaires au Maroc et en Tunisie, ainsi que la Souriani qui est originaire des pays du Levant. (AFP)

Le prix d'une bouteille d'huile d'olive en Espagne a donc augmenté de près de 60% en 2022 et il s'élève actuellement à 10 euros le litre pour le type extra vierge.

Les répercussions de la sécheresse et de la pénurie d'huile d'olive en Espagne se font sentir en Turquie, où le ministère du Commerce a imposé une interdiction de trois mois sur les exportations d'huile d’olive.

«Les inquiétudes de l'Espagne ne sont pas les seules», indique M. Assaf, ajoutant que les incendies de forêt devenaient un phénomène de plus en plus courant dans l'ensemble de la Méditerranée.

«La présence de la bactérie xylella fastidiosa sur ces terres tue aussi lentement les oliviers, ce qui entraîne une nouvelle baisse de l'offre», ajoute-t-il en faisant référence à la Grèce et à l'Italie.

Selon certains rapports, la bactérie mortelle a tué plus de 21 millions d'oliviers dans la région des Pouilles, au sud de l'Italie, qui représentait jusqu'à récemment la moitié de la production d'huile d'olive du pays.

Naïm ben Saïd, partenaire du moulin Dear Goodness en Tunisie, déclare que la production mondiale d'huile d'olive avait chuté de 20% par rapport à la saison de récolte précédente, principalement en raison de la réduction de la production en Europe.

 

Types d'huile d'olive

- Vierge: Il s'agit du jus pur extrait des olives par des moyens mécaniques. En fonction de paramètres de qualité spécifiques tels que l'acidité et l'oxydation, elle peut également être qualifiée d'«extra vierge».

- Mixte: Également connue sous le nom d'«huile d'olive pure ou ordinaire», il s'agit d'un mélange d'huile vierge extra et, généralement, d'huile raffinée chimiquement.

- Pomme: elle est extraite du résidu des olives après le processus de pressage initial.

Source: Naïm ben Saïd, partenaire du moulin Dear Goodness en Tunisie.

 

«En termes de consommation mondiale, l'Union européenne (UE), les États-Unis et la Turquie représentent plus de 65% du total», précise-t-il à Arab News.

En termes de consommation par habitant, la Grèce arrive en tête avec une moyenne annuelle de 12,7 litres, suivie de l'Espagne avec 11,6 litres et de l'Italie avec 9,1 litres.

En comparaison, dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena), le Maroc a la consommation annuelle moyenne par habitant la plus élevée avec 4 litres, suivi de la Syrie avec 3,9 litres et de la Tunisie avec 2,5 litres, selon M. Ben Saïd.

Les niveaux de production actuels étant appelés à devenir la nouvelle norme, plusieurs pays du Moyen-Orient, notamment le Liban, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie, contribuent à combler le déficit.

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Vue aérienne d'un verger d'oliviers et de figuiers dans le village de Kurin, dans le sud de la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, tenue par les rebelles. (AFP)

Mazen Assaf précise que le monde arabe est considéré comme le berceau de l'huile d'olive et compte près de 1 600 variétés d'olives, dont la Chetoui et la Chemlali, populaires au Maroc et en Tunisie, ainsi que la Souriani, originaire des pays du Levant et connue pour sa saveur exquise et ses niveaux élevés d'antioxydants.

«Le Liban a connu une forte augmentation de ses exportations, tandis que la Tunisie et le Maroc ont toujours exporté plus de 90% de leur production vers l'Europe, où elle est mise en bouteille et conditionnée en tant qu'huile européenne», explique-t-il.

Bien qu'il soit en proie à une crise économique grave et prolongée, ainsi qu'aux défis liés aux pénuries de main-d'œuvre, aux perturbations de l'approvisionnement en électricité et à l'inflation galopante, le Liban a produit 17 000 tonnes d'huile d'olive en 2022-23, conformément à sa moyenne quinquennale.

Les infrastructures d'Arabie saoudite et de Jordanie ont également augmenté leur capacité de production.

La Jordanie a maintenu un approvisionnement régulier en huile d'olive malgré les revers causés par le changement climatique et la pénurie d'eau. Selon le Jordanian Olive Presses Owners' Syndicate, la production devrait augmenter de 25% au cours de la prochaine saison, ce qui s'accompagnera d'une légère hausse des prix.

Ces dernières années, la production d'huile d'olive en Jordanie a connu des fluctuations, notamment une baisse de 34 720 tonnes en 2019 à 23 000 tonnes en 2021. Mais les perspectives sont prometteuses.

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La filière de l'huile d'olive joue un rôle crucial dans les pays de la région Mena, en assurant la subsistance des agriculteurs et en soutenant le commerce intérieur et international. (AFP)

Selon le ministère de l'Agriculture, la Jordanie compte quelque 11 millions d'oliviers, qui représentent 72% des arbres fruitiers et près de 30% des surfaces cultivées.

La probabilité que les températures mondiales dépassent le seuil critique de 1,5 °C d'augmentation d'ici à 2027 constitue une menace importante pour le cycle de récolte de l'huile d'olive dans de nombreux pays arabes, dont la Jordanie.

«L'impact de cette situation plonge le monde dans l'incertitude, car des scénarios climatiques similaires à ceux qui se déroulent en Europe ne peuvent être exclus pour les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord», déclare Farah Najem, consultante principale au sein de la société d'ingénierie et de services professionnels WSP.

Elle souligne que la crise actuelle de l'huile d'olive constitue une occasion unique pour les économies de la région Mena, dont beaucoup dépendent traditionnellement des industries primaires telles que la récolte des olives.

«Des Grecs aux Romains, en passant par de nombreuses régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, les olives ont trouvé leur place dans les bols et les assiettes de la civilisation depuis des siècles», précise-t-elle à Arab News.

La filière de l'huile d'olive joue un rôle crucial dans les pays de la région Mena, en assurant la subsistance des agriculteurs et en soutenant le commerce national et international.

Malgré les défis auxquels la filière est confrontée, il y a encore des raisons d'être optimiste, avec des stratégies innovantes et durables qui contribuent à assurer son avenir, selon Mme Najem.

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Selon Fortune Business, la taille du marché mondial de l'huile d'olive s'élève actuellement à 14,20 milliards de dollars (1 dollar = 0,94 euro). (AFP)

«De nombreuses initiatives visant à accroître la production alimentaire dans la région témoignent de la volonté de surmonter les contraintes géographiques, la pénurie d'eau et les difficultés climatiques», affirme-t-elle.

Ces initiatives montrent que la production durable peut être un facteur essentiel pour préserver la sécurité alimentaire et la stabilité économique, ajoute-t-elle.

«L’avantage pour les pays du Moyen-Orient qui prennent des initiatives actives en matière de sécurité alimentaire et hydrique est qu'ils peuvent se positionner pour créer des mécanismes nationaux de sécurité alimentaire robustes tout en renforçant la stabilité économique face aux fluctuations du marché mondial», souligne Farah Najem.

Selon Fortune Business, la taille du marché mondial de l'huile d'olive s'élève actuellement à 14,20 milliards de dollars (1 dollar = 0,94 euro) et il devrait atteindre 18,42 milliards de dollars en 2030, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 3,3%. Dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique en particulier, la taille du marché devrait croître à un TCAC de 2,18% au cours de la même période.

«Cela représente une projection de croissance significative pour la région Mena, une région qui abrite plusieurs pays en première ligne de la sécurité alimentaire mondiale», note Mme Najem.

Entre-temps, les pays non méditerranéens ont également été témoins d'une augmentation constante de la demande d'huile d'olive.

«L'huile d'olive est la plus saine des matières grasses, elle regorge d'antioxydants et constitue un ingrédient essentiel du régime méditerranéen sain», explique M. Assaf.

«Comme elle est d’origine entièrement végétale, elle suscite un intérêt croissant de la part du consommateur moyen.»

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"L'huile d'olive est la plus saine des graisses, elle regorge d'antioxydants et constitue un ingrédient essentiel du régime méditerranéen sain", a déclaré Mazen Assaf. (Photo fournie)

Il déclare que la demande d'huile d'olive a explosé aux États-Unis – parallèlement à une forte augmentation de la production, en particulier en Californie – ainsi qu'en Asie du Sud-Est et de l'Est, où des pays comme le Japon ont manifesté un vif intérêt pour sa production en raison de l'augmentation de la consommation.

Le Chili, l'Australie, l'Argentine et le Brésil augmentent également leur production, ce qui laisse présager un avenir radieux pour le secteur de l'huile d'olive, dont la valeur économique, culturelle et agricole est considérable dans le monde entier.

Mazen Assaf conclut: «Je suis persuadé que nous n'abandonnerons pas facilement ce secteur. L'huile d'olive est notre culture, notre patrimoine, notre passion, notre bouée de sauvetage et notre vocation.»

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Les marchés boursiers les yeux tournés vers les banques centrales plus que vers le Moyen-Orient

Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
  • Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre
  • Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones)

PARIS: Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole.

Dans ce contexte, Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre.

Symbole de ce rebond, l'action du constructeur automobile Stellantis a progressé de 2,89% à Paris.

A Francfort, les investisseurs ont privilégié les valeurs défensives, moins exposées à la conjoncture, comme l’énergéticien E.ON (+3,20%, 20,30 euros), les réassureurs Hannover Re (+4,03%, 273,80 euros) et Munich Re (+2,48%, 553,40 euros).

Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones).

"Comme hier (lundi), nous sommes dans une vague de reprise, peut-être technique", résume Frédéric Rozier, gestionnaire de portefeuille pour la banque privée Mirabaud.

Cette légère amélioration "ne constitue pas vraiment une lueur d’espoir", tempère Andreas Lipkow à Francfort.

Ralentissement de la hausse du pétrole 

Aucune amélioration géopolitique au Moyen-Orient n'explique la résilience des marchés boursiers.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué que la France n'était pas prête à s'engager dans des "opérations" de sécurisation du détroit d'Ormuz "dans le contexte actuel".

La compagnie aérienne British Airways a annoncé mardi suspendre jusqu'au 31 mai inclus ses vols vers Amman, Bahreïn, Dubaï et Tel-Aviv "en raison de l'incertitude persistante de la situation au Moyen-Orient".

Surtout, les prix du pétrole continuent à augmenter, moins fortement que la veille: vers 17H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'échangeait à 102,17 dollars (+1,96%) et son équivalent américain du WTI progressait de 1,82% à 95,20 dollars.

Passée la "stupéfaction" des premiers jours, "il y a une forme de normalisation (...) au bout de deux ou trois semaines de conflit (...) le marché se remet en mode économie de guerre", décrypte Frédéric Rozier.

Détente sur les taux d'emprunt des États 

De fait, les marchés boursiers semblent anticiper les décisions des banques centrales de ne pas relever leurs taux directeurs malgré des risques d'inflation liée à la hausse du pétrole.

"Le marché a envie de croire que les banques centrales vont considérer cette inflation comme temporaire et donc ne vont pas sur-réagir par une hausse des taux", commente Frédéric Rozier.

"Nous anticipons que la Fed laissera ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de cette semaine", estime aussi Bénédicte Kukla, stratégiste en chef chez Indosuez Wealth Management

"Il est probable que l'inflation dépasse temporairement les 3% d'ici la fin 2026 (...) Malgré ces tensions, nous n'anticipons pas de modification des taux directeurs de la BCE cette semaine — trop tôt", ajoute Mme Kukla.

Dans ce contexte, les taux d'intérêt sur les emprunts émis par les États pour financer leurs dettes reculaient, après avoir bondi aux premiers jours du conflit.

Aux alentours de 17H00 GMT, le rendement de l'emprunt allemand à échéance 10 ans (Bund), qui fait référence en Europe, se maintenait à 2,90% contre 2,95% la veille. Il évoluait autour de 2,64% avant la guerre.

Son équivalent français affichait un rendement à 3,55% contre 3,61% lundi en clôture (et contre 3,22% avant le début du conflit).

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans, l'échéance la plus scrutée, se maintenait à 4,19%.

La Banque centrale australienne (RBA) a de son côté relevé mardi son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, invoquant la "forte hausse des prix des carburants".

 


Commerce: la Chine envoie samedi son vice-Premier ministre en France pour des discussions avec Washington

Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se rendra en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec les États-Unis, avec des discussions prévues à Paris avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent
  • Ces négociations interviennent sur fond de tensions commerciales persistantes entre Washington et Pékin, avant une possible visite du président américain Donald Trump en Chine fin mars

PEKIN: La Chine a confirmé vendredi que son vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques, effectuera à partir de samedi une visite en France, pour mener des discussions avec les Etats-Unis sur le commerce.

Ces négociations de haut niveau se dérouleront quelques semaines avant une possible visite à Pékin du président américain Donald Trump, lors de laquelle il rencontrerait son homologue Xi Jinping.

Le Trésor américain avait déjà indiqué jeudi que ces discussions commerciales bilatérales auraient lieu dimanche et lundi à Paris, entre He Lifeng et le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

Le dirigeant chinois "conduira une délégation en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec la partie américaine" sur des questions "d'intérêt mutuel", a indiqué vendredi le ministère chinois du Commerce.

Scott Bessent sera accompagné à Paris par le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR), Jamieson Greer.

Le président américain prévoit de se rendre à Pékin du 31 mars au 2 avril, a indiqué la Maison Blanche. Les autorités chinoises n'ont pas confirmé cette visite ni ce calendrier, ce qui est habituel de leur part.

Les Etats-Unis et la Chine se sont livré l'an passé une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douane et de restrictions diverses. Une trêve précaire a ensuite été conclue, sous l'égide, déjà, de Scott Bessent et He Lifeng.

Des points de friction subsistent toutefois.

La Maison Blanche a annoncé mercredi lancer une série d'enquêtes destinées à documenter des préjudices économiques subis par les Etats-Unis. Elles visent une quinzaine de pays ou bloc (l'Union européenne), dont la Chine. Elles sont une première étape vers de potentiels nouveaux droits de douanes.

Cette initiative est un "exemple typique d'unilatéralisme" qui "porte gravement atteinte à l'ordre économique et commercial international", a dénoncé vendredi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué séparé.

"La Chine exhorte les Etats-Unis à revenir sur leurs pratiques contestables et à privilégier le dialogue et la consultation pour résoudre les différends", a-t-il souligné.


L'Iran vise les infrastructures pétrolières du Golfe et fait à nouveau flamber les cours

L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
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  • Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché
  • Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement

TEHERAN: L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques.

Ce conflit qui a débuté le 28 février avec des attaques américano-israéliennes contre l'Iran a pris une échelle régionale et menace l'approvisionnement en pétrole de l'économie mondiale, le trafic étant paralysé dans le détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique.

Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché.

Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement.

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, a précisé que 172 millions de barils allaient être libérés "à partir de la semaine prochaine".

Mais au treizième jour du conflit, les dégâts dans les infrastructures pétrolières s'étendent. Bahreïn a dénoncé une attaque iranienne contre des réservoirs d'hydrocarbures, appelant les habitants à rester chez eux en raison des fumées provoquées par l'installation en feu.

A Oman, des réservoirs de carburant du port de Salalah étaient aussi en feu la veille après une attaque de drone, selon une vidéo publiée par l'AFP, tandis que l'Arabie saoudite a rapporté une nouvelle attaque de drone contre le champ pétrolier de Shaybah, dans l'est du pays, déjà visé à plusieurs reprises ces derniers jours

Boules de feu 

Une attaque jeudi contre deux pétroliers dans le Golfe au large de l'Irak, dont l'origine est encore inconnue, a fait au moins un mort, tandis les sauveteurs recherchent plusieurs disparus, selon l'autorité portuaire.

La télévision étatique irakienne a diffusé des images d'un navire en mer d'où s'élèvent d'impressionnantes boules de feu et des volutes de fumée.

Un porte-conteneurs a été à nouveau touché jeudi par un "projectile inconnu" au large des Emirats arabes unis, provoquant un "petit incendie" à bord, selon l'agence maritime britannique (UKMTO), après au moins trois bateaux touchés la veille.

Donald Trump a promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans ce goulot d'étranglement qui voit d'ordinaire passer un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Il a aussi assuré que "28 navires poseurs de mines" avaient été frappés, une crainte majeure de la communauté internationale étant de voir le détroit miné.

Signaux contradictoires 

"L'Iran est "proche de la défaite", a estimé le président américain mercredi soir, à la fin d'une journée de signaux contradictoires sur ses intentions.

Il a d'abord répété que la guerre allait se terminer "bientôt", jugé qu'il ne restait "pratiquement rien à frapper" en Iran et que l'"excursion" militaire américaine était "très en avance" sur le calendrier prévu.

La première semaine de guerre a coûté aux Etats-Unis plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times en s'appuyant sur des sources parlementaires.

L'allié israélien de Washington, qui ne s'est fixé "aucune limite dans le temps", assure disposer encore d'un "vaste réservoir de cibles".

En face, les Gardiens de la Révolution iraniens se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.

Ali Fadavi, un représentant de cette armée idéologique, a brandi la menace d'une "guerre d'usure" à même de "détruire l'économie américaine entière" et "l'économie mondiale".

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, tandis que l'agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de "futures cibles" de Téhéran, parmi lesquels Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.

Le géant bancaire américain Citi et les cabinets de conseil britanniques Deloitte et PwC ont évacué ou fermé mercredi leurs bureaux à Dubaï après des menaces.

Les ports pourraient devenir une cible dans le conflit: l'armée américaine a appelé mercredi les civils iraniens à s'éloigner de ceux dans la région du détroit d'Ormuz, car s'ils sont "utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé".

L'armée iranienne a répliqué qu'en cas d'attaque, "tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes".

Frappes conjointes 

Israël poursuit ses attaques au Liban visant le Hezbollah pro-iranien. De lourdes frappes ont touché mercredi soir le sud de Beyrouth, selon des journalistes de l'AFP.

Les autorités libanaises, qui ont recensé plus de 800.000 déplacés, ont fait état jeudi matin d'au moins sept morts supplémentaires dans la capitale.

L'armée israélienne a également lancé une nouvelle vague de frappes "à grande échelle" sur Téhéran après que l'Iran a indiqué avoir mené une opération "conjointe" avec le Hezbollah contre une cinquantaine de cibles sur son territoire, décrite comme "un feu continu pendant cinq heures" de missiles et de drones.

Le Hezbollah dit avoir tiré des missiles vers une base des renseignements militaires israéliens.

Le président français Emmanuel Macron a appelé sur X Israël à "renoncer à une offensive terrestre" au Liban.

A Téhéran, la vie s'organise malgré les bombardements.

"Nous avons mis notre foi en Dieu. Pour l'instant, il y a de la nourriture dans les magasins", a confié Mahvash, un habitant de 70 ans.

Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, désigné dimanche pour succéder à son père tué au premier jour de la guerre, n'est toujours pas apparu publiquement.