Les divisions tribales du Sahel compromettent la sécurité de la région

Le coup d'État du 26 juillet au Niger est le dernier en date dans la région, après des prises de pouvoir similaires au Mali et au Burkina Faso (Photo, AFP).
Le coup d'État du 26 juillet au Niger est le dernier en date dans la région, après des prises de pouvoir similaires au Mali et au Burkina Faso (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 29 août 2023

Les divisions tribales du Sahel compromettent la sécurité de la région

  • Du Niger au Soudan, comprendre le rôle du tribalisme est essentiel pour analyser les conflits et les coups d'État récents
  • Les experts en sécurité affirment que les groupes militants profitent de la géographie, des réseaux criminels et des divisions tribales pour recruter

NAIROBI, Kenya: L'Afrique est riche de cultures, d'histoires et d'identités entremêlées qui forment un tissu social complexe. Le Sahel est sans doute la région qui illustre le mieux les complexités politiques et sociales du continent.

Situé entre le désert du Sahara au nord-ouest et la savane du Soudan à l'est, le Sahel s'étend sur plus de 5 000 kilomètres à travers 14 pays.

En raison de son climat aride, la région est en proie à la sécheresse et à la désertification rampante, favorisant le déclenchement de conflits et de violences politiques.

Au cours des derniers mois et des dernières années, le Sahel a été le théâtre d'une série de coups d'État militaires qui ont lourdement pesé sur la stabilité politique de la région et sur sa transformation démocratique autrefois prometteuse, instaurant ainsi une nouvelle ère d'incertitude et d'insécurité.

Le coup d'État du 26 juillet au Niger est le dernier en date à frapper la région, après des prises de pouvoir similaires au Mali et au Burkina Faso. Parallèlement, sur le flanc oriental du Sahel, le Soudan continue de subir des troubles internes tandis que des factions militaires rivales se disputent le pouvoir.

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Du Niger au Soudan en passant par le Mali, comprendre le rôle de l'identité tribale dans la région du Sahel est essentiel pour analyser les récents conflits et coups d'État (Photo, AFP).

Les pays du Moyen-Orient, comme l'Arabie saoudite et l'Égypte, ont historiquement influencé le Sahel par le biais du commerce, des migrations et des échanges culturels.

De nombreuses tribus sahéliennes ont des liens historiques étroits avec les communautés arabes, favorisés par les routes commerciales transsahariennes et la diffusion de l'islam. Ces liens ont influencé la langue, la religion et les coutumes sociales, créant un mélange unique de cultures dans la région.

Au cœur de cette complexité se trouve toutefois le tribalisme, un phénomène séculaire qui a à la fois façonné et mis à l'épreuve la dynamique des nations.

Le Sahel abrite de nombreux groupes ethniques, des communautés agricoles Songhaï et Bambara aux nomades Peuls et Amazighs.

Dans cette vaste étendue diversifiée, où les frontières s'estompent et les groupes ethniques s'entremêlent, il est essentiel de comprendre le rôle des liens tribaux pour déchiffrer le passé, le présent et l'avenir de la région.

Les liens tribaux au Sahel et au Moyen-Orient étaient souvent associés à l'émergence de divers groupes armés. Cependant, considérer ce lien comme un facteur de causalité direct constituerait une simplification excessive.

Au contraire, l'interaction historique entre les groupes ethniques et tribaux a donné lieu à des activités organisées qui vont du commerce légitime aux transactions illicites.

Ces activités se sont toujours concentrées sur des groupes spécifiques qui exerçaient une influence sur les routes commerciales, les ressources ou les emplacements stratégiques.

Lorsque les frontières ont été tracées au cours des périodes coloniale et postcoloniale, les tribus se sont retrouvées séparées ou confinées au sein de nouveaux États-nations, alimentant ainsi des tensions et des rivalités qui persistent encore aujourd'hui.

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Les liens tribaux au Sahel et au Moyen-Orient ont souvent été liés à l'émergence de divers groupes armés (Photo, AP).

Selon les experts, les interactions ethniques dans la région sont un mélange d'harmonie et de discorde, de camaraderie et de méfiance.

«Les Fulanis d'Afrique de l'Ouest et d'autres groupes témoignent de la complexité des dynamiques ethniques», explique à Arab News Aneliese Bernard, directrice de la société de conseil Strategic Stabilization Advisors, basée à Washington.

«Lorsque certains groupes ont pris le contrôle des commerces illicites et exercé le pouvoir, certaines communautés ont été mises à l'écart, ce qui les a rendues plus vulnérables et plus exposées au recrutement des groupes armés émergents.»

«Par la suite, d'autres groupes se sont mis à les stigmatiser, ce qui a rendu la coexistence encore plus difficile.»

Le rôle des liens tribaux dans l'émergence des groupes armés est toutefois complexe et sa compréhension exige une évaluation approfondie des histoires, des allégeances et des sensibilités.

«Plutôt que de provoquer directement l'émergence de groupes extrémistes, certains groupes ethniques et tribaux ont historiquement joué un rôle central dans diverses activités organisées, notamment le commerce illicite et le contrôle de ressources spécifiques. Ces dynamiques existaient avant la colonisation moderne et le tracé des frontières dans la région», précise Mme Bernard.

«Au fil du temps, certains groupes ont pris le contrôle des activités criminelles, et ce contrôle n'était pas limité à un seul groupe. L'accès aux armes et aux opérations organisées a permis à plusieurs groupes de dominer certains trafics illicites, comme celui des stupéfiants.»

Alors qu'une partie des tribus profitent de l'environnement politique et socio-économique actuel, de nouveaux leaders émergent et tirent parti de l'absence de développement qui continue de sévir dans la région.

LE SAHEL EN BREF

  • La région s'étend sur plus de 5 000 km à travers 14 pays.
  • Les taux de mortalité infantile sont parmi les plus élevés au monde.
  • Au moins 65% de la population a moins de 25 ans.
  • La zone où se rejoignent le Mali, le Burkina Faso et le Niger est considérée comme l'épicentre de la violence au Sahel.

Beatrice Bianchi, analyste politique et experte du Sahel pour le groupe de réflexion italien Fondation Med-Or, souligne le cas du groupe islamiste Ansar ul-Islam, basé au Burkina Faso.

Selon Mme Bianchi, ce groupe recrute principalement au sein de l'ethnie peul, «en s'appuyant sur les frustrations locales dues à l'appauvrissement, où les liens tribaux jouent un rôle».

«Ce phénomène a un effet de contagion parmi les communautés de la région aux frontières libres», poursuit-elle.

La diversité ethnique du Sahel rend les efforts de sécurité et la construction de l'État encore plus difficiles pour les gouvernements africains. C'est pourquoi il faut adopter une approche plus nuancée pour gérer les sensibilités des différents groupes et traiter les griefs historiques.

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Le Sahel abrite de nombreux groupes ethniques, des communautés agricoles Songhaï et Bambara aux nomades Peuls et Amazighs (Photo, AFP).

Les efforts de développement, souvent menés par des acteurs extérieurs, se sont heurtés à l'incapacité de comprendre les subtilités des cultures et des identités locales, ce qui a conduit à des politiques qui, par inadvertance, ignorent ou sapent ces fondements.

Le passé colonial de la région, au cours duquel l'ouest du Sahel a été colonisé par la France aux XIXe et XXe siècles, ainsi que les interactions interrégionales, ont également influencé la langue et l'identité.

«Si les langues coloniales constituent des formes communes de communication, elles ont également contribué à créer un sentiment d'unité au sein de populations diverses», souligne Mme Bernard.

L'inconvénient, explique-t-elle, est que l'imposition coloniale de langues étrangères a parfois érodé les langues maternelles, mettant en péril le patrimoine culturel.

Cette érosion linguistique se reflète dans les défis de la gouvernance, du développement et de la diplomatie, où le manque de maîtrise des langues locales peut entraver l'efficacité de l'engagement.

«S'engager avec des groupes tribaux et ethniques divers présente des défis considérables dans les efforts de résolution des conflits», explique Royce de Melo, spécialiste du Moyen-Orient et de l'Afrique et consultant en sécurité et en défense, à Arab News.

«Pour comprendre l'impact du tribalisme sur la sécurité, la paix et les alliances politiques, il est essentiel de reconnaître que les dynamiques culturelles influencent souvent l'efficacité des stratégies.»

Efem Nkam Ubi, professeur associé à l'Institut nigérian des affaires internationales, affirme que les divisions historiques créées par les frontières coloniales ont involontairement affecté le paysage tribal.

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Des jeunes se rassemblent pour s'inscrire comme volontaires et combattre pour le pays dans le cadre d'une initiative de volontariat, à Niamey, au Niger (Photo, AP).

«Les activités des insurgés extrémistes sont principalement ancrées dans la criminalité plutôt que dans les affiliations tribales», révèle-t-il à Arab News.

«La composition multiethnique et multitribale du Sahel, associée à la porosité de ses frontières coloniales, a parfois créé un environnement dans lequel les groupes armés exploitent les divisions ethniques et tribales existantes pour le recrutement et le soutien.

Au Soudan, par exemple, le croisement du tribalisme avec la politique est plus évident que jamais, en particulier depuis que le pays a été plongé dans le conflit dévastateur qui a touché sa capitale Khartoum et ses régions ethniquement mixtes du Darfour et du Kordofan.

Janjawids, précurseurs des Forces de soutien qui défient actuellement les Forces armées s, sont issus d'affiliations tribales, ce qui montre comment ces liens peuvent être cooptés à des fins politiques.

Tout comme les rangs des Janjawids ont été renforcés par la tribu des Rizeigat, plus de 4 000 combattants nigériens de la branche Mahamid de cette tribu servent dans les Forces de soutien rapide.

«En Afrique, le tribalisme est une force puissante qui peut être source d'unité et de division», souligne Mme Bernard.

«Les identités tribales et ethniques, mêlées aux croyances religieuses, influencent les choix individuels et collectifs dans les conflits et poussent même à rejoindre des groupes extrémistes.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Les Etats-Unis disent être près d'un accord «solide» avec l'Iran

Les Etats-Unis ont affirmé lundi être toujours sur le point de conclure un accord "solide" avec l'Iran, après que Donald Trump a tempéré la veille les espoirs d'entente imminente pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Les Etats-Unis ont affirmé lundi être toujours sur le point de conclure un accord "solide" avec l'Iran, après que Donald Trump a tempéré la veille les espoirs d'entente imminente pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Alors que les Etats-Unis travaillent à trouver un accord, le président Donald Trump a tempéré les espoirs dimanche, malgré des signes de progrès des deux côtés
  • "J'ai demandé à mes représentants de ne pas se précipiter pour conclure un accord, car le temps joue en notre faveur", a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont affirmé lundi être toujours sur le point de conclure un accord "solide" avec l'Iran, après que Donald Trump a tempéré la veille les espoirs d'entente imminente pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Nous avons ce que je crois être une chose assez solide sur la table en ce qui concerne leur capacité à ouvrir le détroit" d'Ormuz, mais aussi "à entrer dans des négociations" sur le nucléaire iranien, a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio depuis New Delhi.

"Nous pensions avoir des nouvelles hier soir, peut-être aujourd'hui (lundi), je ne m'avancerais pas trop là-dessus", a-t-il ajouté.

Déclenché le 28 février par une attaque américano-israélienne sur l'Iran, le conflit s'est étendu à une grande partie du Moyen-Orient et a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban où le mouvement pro-iranien Hezbollah a rejoint les hostilités début mars en visant le territoire israélien.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis, mais l'économie mondiale continue d'être secouée par le quasi blocage du stratégique détroit d'Ormuz à l'initiative de l'Iran depuis près de trois mois.

Alors que les Etats-Unis travaillent à trouver un accord, le président Donald Trump a tempéré les espoirs dimanche, malgré des signes de progrès des deux côtés.

"J'ai demandé à mes représentants de ne pas se précipiter pour conclure un accord, car le temps joue en notre faveur", a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social, en prévenant aussi que le blocus imposé par son pays aux ports iraniens resterait en vigueur "jusqu'à ce qu'un accord soit conclu, certifié et signé".

La présidence pense toutefois "que l'approbation de l'accord par le pouvoir iranien pourrait prendre plusieurs jours", selon le média Axios.

"Comme le président l'a dit, il n'est pas pressé, il ne va pas conclure un mauvais accord, et le président ne signera pas un mauvais accord", a souligné Marco Rubio lundi.

Selon les médias américains, l'accord en préparation entre Téhéran et Washington permettrait aux navires de franchir à nouveau Ormuz, passage par lequel transitait un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde avant le conflit.

Portés par ces espoirs d'accord, les cours du pétrole refluent lundi matin en Asie. Les prix des baril de Brent de la mer du Nord et de WTI américain chutaient de plus de 5% peu après 04H00 GMT.

Quid du nucléaire? 

Selon CBS News, qui cite des sources proches des discussions, la dernière proposition comprendrait également le dégel de certains actifs iraniens dans des banques à l'étranger.

"Malgré des discussions entamées aujourd'hui (dimanche), les Etats-Unis continuent de bloquer certaines clauses de l'accord, notamment la question du déblocage des avoirs iraniens gelés, et ces points restent à ce moment irrésolus", a cependant indiqué l'agence de presse Tasnim en fin de journée.

Fars rapporte quant à elle que les sanctions visant le pétrole, le gaz et autres produits pétrochimiques seraient également levées le temps de la poursuite des négociations afin de permettre à l'Iran d'exporter ces productions, primordiales pour son économie.

L'accord discuté ne semble pas régler en revanche la question nucléaire.

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Les négociations sur le nucléaire sont des questions hautement techniques. On ne peut pas régler une question nucléaire en 72 heures sur un coin de table", a déclaré Marco Rubio au New York Times.

Une fois acquise la réouverture du détroit d'Ormuz, "nous entamerons, selon des modalités convenues, des négociations très sérieuses sur l'enrichissement, sur l'uranium hautement enrichi et sur leur engagement à ne jamais se doter d'armes nucléaires", a-t-il dit, évoquant à cet égard un délai de "60 jours".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dit dimanche avoir convenu avec M. Trump que tout accord final avec l'Iran devait "éliminer entièrement la menace nucléaire", selon un communiqué après un entretien téléphonique samedi soir entre les deux alliés.

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur dans ces négociations, a alimenté dimanche le scénario d'une résolution du conflit en plusieurs temps, en déclarant espérer "accueillir très prochainement la prochaine séance de négociations". Une première s'était tenue à Islamabad le 11 avril, sans débouché.

"Droit de se défendre" 

Sur le front libanais, deux personnes ont été tuées dimanche par des frappes israéliennes, au lendemain d'un raid israélien qui a fait 11 morts, a annoncé le ministère de la Santé, malgré la trêve en cours depuis le 17 avril.

Et l'armée israélienne a annoncé lundi la mort d'un de ses soldats la veille dans le sud du Liban.

M. Netanyahu a affirmé dimanche que Donald Trump avait, lors de son appel téléphonique, réitéré "le droit" d'Israël à se défendre sur tous les fronts, notamment au Liban. "Israël a toujours le droit de se défendre. Chaque pays du monde en a le droit", a encore dit Marco Rubio lundi.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a, lui, dit espérer que l'accord entre Washington et Téhéran inclurait son pays. Mais le dirigeant du mouvement chiite a aussi une nouvelle fois rejeté les négociations directes du gouvernement libanais avec Israël, dont une quatrième session est prévue début juin à Washington, et répété qu'un désarmement de son organisation, exigé par les autorités libanaises, concrétiserait un "projet israélien".


Taïwan rappelle les Etats-Unis à leur engagement sur les ventes d'armes, après la mise en garde de Trump

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
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  • En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise
  • Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan

TAIPEI: Le gouvernement de Taïwan a réaffirmé samedi que l'île était une nation "indépendante", en réponse à la ferme mise en garde du président américain Donald Trump à l'issue de sa visite à Pékin, et rappelé les Etats-Unis à leur engagement en ce qui concerne les ventes d'arme à Taïwan.

La politique américaine à l'égard de Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans toutefois la reconnaître à part entière ni soutenir ouvertement des velléités d'indépendance.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire.

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", a dit le président américain sur Fox News, en demandant à Taipei et à Pékin de faire "baisser la température".

"Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine", a réagi le ministère taïwanais des Affaires étrangères, estimant que la politique de Washington demeurait "inchangée".

"En ce qui concerne les ventes d'armes entre Taïwan et les Etats-Unis, il ne s'agit pas seulement d'un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d'une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales", a insisté le ministère taïwanais, dans un communiqué.

Washington est tenu de fournir des armes défensives à Taïwan en vertu du Taiwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979, à la suite de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les Etats-Unis et à condition que l’île ne déclare pas l’indépendance.

Depuis 1982, l'un des grands principes de la stratégie américaine est de ne pas "consulter" Pékin sur ses ventes d'armes à Taïwan tout en restant flou quant à la possibilité d’intervenir militairement en cas d'attaque chinoise.

En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise.

Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.

S'en sont suivis des mois de bataille politique à Taïwan où le président Lai Ching-te (DPP) qui n'a pas la majorité au parlement, a proposé de voter 40 milliards de dollars pour la modernisation et le renforcement des capacités de défense de l'île.

Il s'est heurté à l'opposition du Kuomintang (KMT) qui accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant. Le Kuomintang  s'est finalement laissé fléchir et permis le vote le 8 mai d'une enveloppe de 25 milliards de dollars destinés à l'achat d'armes américaines.

"Engagement" et "dissuasion commune" 

"Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise, proclamons l'indépendance parce que les Etats-Unis nous soutiennent", a également déclaré Donald Trump, en ajoutant n'avoir pas encore pris de décision sur les ventes d'armes américaines à l'île.

"Je prendrai une décision dans un délai assez court", a pourtant répondu M. Trump aux journalistes vendredi, en chemin vers Washington.

La visite du président américain a permis d'afficher une certaine stabilité entre les deux superpuissances, sans déboucher sur de grandes avancées, que ce soit sur le commerce ou sur l'Iran, allié de la Chine.

La visite annoncée de Xi Jinping à Washington à l'automne servira de nouveau test pour le fragile statu quo entre la première et la deuxième puissance mondiale.

Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, pense que la Chine va "pousser fortement" pour que Donald Trump s'abstienne de toute décision sur des ventes d'armes à Taïwan d'ici là.

Jeudi, avec une fermeté inhabituelle, Xi Jinping avait mis Donald Trump en garde: "La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit".

 


«Flottille pour Gaza»: expulsés par Israël, les militants étrangers sont arrivés en Turquie

Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
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  • Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne
  • Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué

JERUSALEM: Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance, selon des images de l'AFP.

Les forces israéliennes "nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens", a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi.

Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.

Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué.

"Deux Coréens ont été expulsés vers la Corée du Sud, un participant a été expulsé vers l'Egypte, deux vers la Jordanie, une citoyenne israélienne a été libérée dans le pays, et le reste des 422 participants a été transféré à Istanbul à bord de trois vols de Turkish Airlines affrétés par le gouvernement turc", a indiqué la coalition Freedom Flotilla.

Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, au sud-ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.

Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.

Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.

Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.

"Partisans terroristes du Hamas" 

Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.

Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.

Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.

 "Traitement de luxe" 

Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".

En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.

Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".

L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X ces prises de positions.

Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."