Pourquoi le Maroc devient le partenaire de choix de l’Europe en matière d’énergies renouvelables

Les experts considèrent l’énergie solaire comme une solution viable pour les zones sous-développées au Maroc. (AFP)
Les experts considèrent l’énergie solaire comme une solution viable pour les zones sous-développées au Maroc. (AFP)
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Publié le Jeudi 10 août 2023

Pourquoi le Maroc devient le partenaire de choix de l’Europe en matière d’énergies renouvelables

  • Situé aux portes de l’Europe et armé de plans ambitieux visant à produire 52% de son électricité domestique à partir d’énergies renouvelables d’ici à 2030, le Maroc fait figure de partenaire énergétique prometteur
  • Avec plus de 3 100 kilomètres de côtes le long de l’Atlantique et de l’Afrique, le Maroc possède un vaste potentiel inexploité d’énergie houlomotrice qui attire des investissements de diverses sources

DJOUBA (Soudan du Sud): Les vagues de chaleur torride qui ont touché l’hémisphère nord tout au long de cet été nous rappellent brutalement la nécessité de mettre en place des solutions énergétiques durables. Toutefois, il y a une bonne nouvelle: un pays arabe s’est positionné comme un fournisseur potentiel d’énergie solaire pour le marché énergivore européen.

Le Maroc a développé un secteur de l’énergie solaire dynamique, utilisant le soleil toute l’année, de grands espaces ouverts pour des projets d’infrastructure et l’accès à des millions d’euros pour le financement du développement de l’Union européenne (UE).

La crise énergétique en Europe, venant s’ajouter à l’urgence de relever le défi du réchauffement climatique, catalyse les efforts qui visent à rechercher de nouvelles sources d’énergie propre et renouvelable.

Situé aux portes de l’Europe et armé de plans ambitieux qui ont pour ambition de produire 52% de son électricité domestique à partir d’énergies renouvelables d’ici à 2030, le Maroc fait figure de partenaire énergétique prometteur.

L’idée est d’exporter une quantité importante de sa capacité d’énergie solaire au moyen de câbles sous-marins vers l’Europe – une initiative qui promet de renforcer la transition énergétique propre du continent et qui, par ailleurs, aide le Maroc à atteindre ses objectifs en matière de développement.

Plus tôt au cours de cette année, l’UE s’est engagée dans des programmes d’une valeur de 624 millions d’euros pour soutenir la transition du Maroc vers «l’énergie verte», lutter contre la migration irrégulière et faciliter des réformes clés dans des domaines cruciaux comme la protection sociale, les politiques climatiques et l’administration publique.

Malgré son énorme potentiel inexploité, le Maroc fait face à des défis dans l’expansion de sa capacité d’énergie renouvelable. Actuellement, 90% de son énergie dépend des importations, principalement des combustibles fossiles.

L’augmentation de la production d’énergie solaire et éolienne pourrait stimuler la croissance économique, créer des emplois indispensables et dissocier le pays de la volatilité des prix des combustibles fossiles. (AFP)
L’augmentation de la production d’énergie solaire et éolienne pourrait stimuler la croissance économique, créer des emplois indispensables et dissocier le pays de la volatilité des prix des combustibles fossiles. (AFP)

La transition vers les énergies renouvelables nécessite à elle seule des investissements considérables, estimés à 52 milliards de dollars (1 dollar = 0,91 euro) en vue d’atteindre les objectifs du Maroc pour 2030.

Les institutions mondiales ont fourni une aide financière à la croissance du secteur des énergies renouvelables, mais la suppression des obstacles bureaucratiques à l’investissement privé demeure essentielle.

En outre, l’adoption par la région des énergies renouvelables suscite de nombreuses critiques de la part de personnes qui s’inquiètent de l’incidence environnementale des projets d’infrastructure massifs et de l’utilisation accrue de l’eau dans les régions arides.

Ce qui est incontestable, c’est que le Maroc, en se considérant comme un centre pour l’énergie propre, avec le potentiel d’exporter de l’électricité vers l’Europe, est un modèle à suivre pour d’autres pays.

«Les ambitions du Maroc en matière d’énergies renouvelables présentent une proposition bénéfique aussi bien pour l’Europe que pour le pays lui-même», déclare Grammenos Mastrojeni, secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditerranée, dans un entretien accordé à Arab News.

«Historiquement, l’énergie a toujours été considérée comme une question nationale et de souveraineté. Aujourd’hui, le changement climatique a changé la donne. Pour rendre le système fonctionnel, nous devons commencer à raisonner en termes de coopération régionale.»

Le Maroc n’est pas le seul pays arabe à privilégier le développement de l’énergie solaire. Les États du Golfe accélèrent également leur transition vers les énergies renouvelables en lançant d’ambitieux projets d’infrastructures destinés à réduire leur dépendance au pétrole et au gaz pour répondre aux besoins énergétiques domestiques.

L’Arabie saoudite a pour objectif d’augmenter considérablement sa capacité totale d’énergie solaire d’ici à 2030. Parmi les plans de développement spécifiques du Royaume, on compte la ville intelligente Neom, qui comprendra une usine d’hydrogène d’un montant de 5 milliards de dollars, ainsi que le projet de la mer Rouge, qui aura la capacité de générer 400 mégawatts (MW) d’énergie solaire et accueillera le plus grand projet de stockage d’énergie hors réseau du monde à ce jour.

Alors que l’Europe et l’Afrique du Nord sont caractérisées par des marchés fragmentés, des inégalités économiques importantes et des schémas démographiques inégaux, les conséquences potentiellement néfastes du changement climatique ne peuvent être surestimées.

M. Mastrojeni pense qu’une solution pour surmonter ces défis réside dans l’intégration des marchés de l’énergie, puisqu’elle offre un potentiel de sécurité énergétique partagée et des avantages macroéconomiques dans la région.

EN CHIFFRES

 

  • 52% de l’objectif d’énergie renouvelable du Maroc pour 2030
  • 18,3% de l’objectif de réduction des émissions du Maroc d’ici à 2030.

  • Objectif d’énergie renouvelable de 58,7 GW pour l’Arabie saoudite en 2030.

  • Objectif d’énergie propre de 14 GW pour les EAU en 2030.

  • 33 GW supplémentaires à la capacité installée d’énergies renouvelables dans la région Mena d’ici à 2026.

 

«L’un des avantages importants de la production d’énergie intégrée au niveau régional est sa capacité à stimuler une forte croissance économique», précise M. Mastrojeni.

L’augmentation de la production d’énergie solaire et éolienne pourrait stimuler la croissance économique, créer des emplois indispensables et dissocier le pays de la volatilité des prix des combustibles fossiles.

Pour l’Europe, l’approvisionnement en énergie propre du Maroc offre une solution viable pour diversifier les sources d’énergie et réduire la dépendance aux combustibles fossiles, en particulier à la suite de la crise énergétique liée au conflit en Ukraine.

Historiquement, l’Afrique du Nord a été un fournisseur important de combustibles fossiles pour l’Europe, alimentant les voitures et chauffant les maisons à travers le continent.

Cependant, en raison du besoin urgent de transition vers la durabilité, au moins six nouveaux projets sont envisagés pour transporter de l’électricité à partir des installations solaires et éoliennes d’Afrique du Nord vers l’Europe au moyen de câbles sous-marins.

Un projet important, dirigé par Xlinks Ltd., prévoit de connecter un câble sous-marin de plus de 3 200 kilomètres entre la côte atlantique du Maroc et le sud de l’Angleterre. Cette entreprise ambitieuse a suscité un intérêt considérable chez les investisseurs, avec des fonds de 30 millions de livres sterling (34,8 millions d’euros) promis par des investisseurs du Royaume-Uni et des Émirats arabes unis.

Bien que le projet entraîne des coûts considérables, il a le potentiel d’alimenter environ sept millions de foyers au Royaume-Uni et d’aider le pays à atteindre son objectif zéro émission nette de carbone d’ici à 2035. Cependant, certains experts ont mis en garde contre le recours exclusif à un seul fournisseur pour l’énergie.

Laura el-Katiri, spécialiste de l’économie de l’énergie, suggère que la connexion complète des installations solaires et éoliennes en Afrique au réseau européen garantirait un approvisionnement énergétique plus robuste et plus sûr.

Plusieurs pays explorent actuellement des connexions bidirectionnelles qui permettraient également à l’électricité de circuler vers le sud pendant les périodes d’excès de puissance sur les réseaux européens.

Ces propositions mettent en évidence les avantages qui consistent à mettre en rapport des pays aux conditions météorologiques diverses, ce qui leur permettrait de se soutenir mutuellement pendant les périodes de vent local faible ou d’ensoleillement limité.

Malgré les précédentes tentatives, infructueuses, d’exploiter les énergies renouvelables dans la région, les avantages potentiels de l’utilisation des abondantes ressources solaires et éoliennes de l’Afrique du Nord l’emportent sur les risques.

Les progrès du Maroc dans le domaine des énergies renouvelables sont évidents à travers des projets comme le complexe solaire Noor Ouarzazate, qui est la plus grande centrale solaire concentrée du monde.

S’étendant sur des milliers d’hectares avec ses réseaux de miroirs, cette installation illustre le potentiel de transformation de l’exploitation de l’énergie solaire.

Dans une ville côtière du sud-est du Maroc se trouve un autre projet géant d’énergie renouvelable, le parc éolien de Tarfaya, qui constitue l’une des plus grandes installations de ce type dans toute l’Afrique.

Alors que la perspective d’une électricité moins chère et plus propre a suscité des attentes dans une région en proie à un chômage élevé et à un pouvoir d’achat limité, il existe toujours des communautés qui attendent que les promesses soient tenues.

Hajar Knamlichi, membre du conseil d’administration de l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable, un réseau de 800 organisations de la société civile environnementale, fait savoir que toutes les parties régionales concernées devraient s’efforcer d’obtenir des avantages équitables en matière de coopération énergétique.

«Il n’est pas juste de se concentrer uniquement sur la production d’énergie propre pour l’exportation en laissant de côté les avantages auxquels un plus grand nombre de personnes peuvent avoir accès localement comme l’électricité, la lutte contre la précarité électrique et les avantages économiques de la production d’énergie renouvelable à usage local», explique-t-elle à Arab News.

L’énergie solaire est considérée comme une solution viable dans la région élargie de l’Afrique du Nord ainsi qu’un nouveau paradigme industriel pour la production d’électricité. (AFP)
L’énergie solaire est considérée comme une solution viable dans la région élargie de l’Afrique du Nord ainsi qu’un nouveau paradigme industriel pour la production d’électricité. (AFP)

Cependant, face aux phénomènes météorologiques extrêmes et à la hausse des températures, l’adaptation est tout aussi essentielle. Les experts en ressources naturelles soulignent l’importance de la technologie de capture et de stockage du carbone pour atténuer les émissions des installations de production de pétrole et de gaz existantes.

En outre, alors que le Maroc cherche à passer des sources d’énergie traditionnelles à des solutions respectueuses de l’environnement, sa recherche de solutions de pointe a déclenché une vague d’exploration de l’énergie des vagues, qui marque un effort pionnier en Afrique.

En tant que première du genre sur le continent, cette entreprise ambitieuse fait tourner les têtes et suscite un intérêt mondial.

Mohamed Taha el-Ouaryachi, cofondateur de Wave Beat, une entreprise énergétique innovante, a développé des technologies capables d’exploiter la puissance des marées océaniques pour produire de l’électricité.

«L’entreprise est animée par un sens aigu des responsabilités envers la société et l’environnement», indique M. El-Ouaryachi à Arab News. «Nous tentons de contribuer de manière significative à la transition énergétique en cours au Maroc.»

Avec plus de 3 100 kilomètres de côtes le long de l’Atlantique et de l’Afrique, le Maroc possède un vaste potentiel inexploité d’énergie houlomotrice, attirant des investissements de diverses sources, notamment la Banque mondiale et des investisseurs privés du Moyen-Orient, des États-Unis et d’Europe.

Pour M. Mastrojeni, de l’Union pour la Méditerranée, les canicules torrides de l’hémisphère nord et les conditions météorologiques instables sont la preuve que la transition vers des sources d’énergie durables ne peut pas attendre.

Pour cette raison, souligne-t-il, «notre engagement commun à nous adapter, à innover et à renforcer la résilience face aux défis climatiques a le pouvoir de remodeler les réalités du changement climatique», conclut-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le pipeline Est-Ouest de l’Arabie saoudite atténue l’emprise sur le détroit d’Ormuz et l'impact sur les marchés pétroliers

Le renouveau de Petroline souligne la stratégie de l’Arabie saoudite consistant à contourner les goulets d’étranglement maritimes, offrant un amortisseur partiel contre les chocs d’approvisionnement tout en exposant la vulnérabilité des marchés énergétiques mondiaux. (AFP)
Le renouveau de Petroline souligne la stratégie de l’Arabie saoudite consistant à contourner les goulets d’étranglement maritimes, offrant un amortisseur partiel contre les chocs d’approvisionnement tout en exposant la vulnérabilité des marchés énergétiques mondiaux. (AFP)
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  • Alors que l’Iran menace le détroit d’Ormuz, un pipeline vieux de 40 ans contribue à stabiliser les flux et à contenir la flambée des prix mondiaux de l’énergie
  • L’expansion de Petroline — ou la relance d’anciennes routes comme Tapline — pourrait affaiblir durablement l’emprise de l’Iran sur des points de passage pétroliers clés

LONDRES : Il a été créé il y a quatre décennies dans l’ombre d’un conflit régional antérieur qui menaçait le flux de pétrole et de gaz à travers le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, le Petroline saoudien revient à la une et soulage une fois de plus les marchés énergétiques mondiaux.

Le pipeline Est-Ouest de l’Arabie saoudite se compose de deux conduites et d’une série de stations de pompage qui transportent le pétrole sur plus de 1 200 km à travers des terrains souvent difficiles, reliant le champ pétrolier d’Abqaiq, dans la province orientale, au port de Yanbu sur la mer Rouge.

Aujourd’hui, alors que le passage par le détroit d’Ormuz est fortement restreint, le Petroline, vieux de 40 ans, fonctionnerait à pleine capacité.

Selon Bloomberg, la compagnie pétrolière nationale saoudienne Aramco a activé des plans pour intensifier les opérations de Petroline dès le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran le 28 février.

Dès le 4 mars, il fonctionnait presque à pleine capacité, et les pétroliers qui se dirigeaient habituellement vers des terminaux du Golfe arabique ont été redirigés vers la mer Rouge.

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Installations pétrolières de Dhahran, dans l’est de l’Arabie saoudite. (Saudi Aramco/AFP)

Les 7 millions de barils par jour acheminés à travers le pays depuis la province orientale jusqu’à Yanbu ne compensent que partiellement la perte des 15 millions de barils qui transitent normalement par le détroit d’Ormuz — soit environ 20 % de la demande mondiale quotidienne.

Mais, comme l’a rapporté Bloomberg samedi, Petroline est « l’une des raisons pour lesquelles les prix du pétrole n’ont pas atteint des niveaux de crise ».

L’accès au pétrole par voie maritime est pris en otage non seulement par des attaques physiques de l’Iran, mais aussi par la crainte de telles attaques, aggravée par la hausse prohibitive des assurances.

L’assurance des pétroliers est calculée en pourcentage de la « valeur de coque » — le coût de remplacement du navire. Selon Lloyd’s List, en temps normal, le coût d’une semaine d’assurance pour traverser le détroit d’Ormuz varie entre 0,15 et 0,25 % de cette valeur.

La semaine dernière, cependant, Lloyd’s a indiqué que certaines compagnies se voyaient proposer des taux atteignant 10 %.

Des rapports suggèrent que certaines entreprises, voire certains États, cèdent au chantage iranien, négociant des frais pour garantir un passage sécurisé. La Thaïlande a confirmé qu’un pétrolier battant pavillon thaïlandais, appartenant à Bangchak Corporation, avait traversé avec l’autorisation de l’Iran.

Le soulagement apporté aux marchés énergétiques mondiaux par Petroline durant la crise ouvre une perspective intéressante. Si l’Arabie saoudite construisait un second pipeline, doublant la capacité de Petroline, l’emprise de l’Iran sur le flux pétrolier à travers le détroit d’Ormuz pourrait disparaître.

Cela ne résoudrait pas, bien sûr, le problème auquel est confrontée la flotte mondiale de porte-conteneurs et de vraquiers transportant d’autres marchandises essentielles à travers ce goulet d’étranglement.

Vendredi, il a été rapporté que deux grands porte-conteneurs appartenant à la compagnie chinoise Costco ont effectué des demi-tours soudains en tentant de franchir le détroit près de l’île iranienne de Qeshm.

Selon les services de suivi maritime, les CSCL Indian Ocean et CSCL Arctic Ocean avaient clairement signalé leur propriété chinoise avant d’être contraints de rebrousser chemin.

Mais si une pénurie de biens matériels serait préjudiciable aux entreprises et aux consommateurs, c’est la perte du pétrole — qui fait tourner les rouages de l’économie mondiale — qui constitue la menace la plus grave pour la stabilité économique.

La construction d’un second Petroline serait sans aucun doute une alternative bien plus simple, rapide et économique qu’une solution évoquée sur les réseaux sociaux : la construction d’un canal contournant le détroit d’Ormuz.

Un tel projet représenterait un défi d’ingénierie colossal, nécessitant des décennies et la construction de centaines d’écluses pour franchir les montagnes Hajar entre la côte du Golfe arabique des Émirats et le golfe d’Oman.

Même s’il était réalisable, un canal transarabique serait extrêmement vulnérable aux actions militaires : immobiliser un seul navire pourrait bloquer l’ensemble.

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Installations terrestres de Safaniya et Tanajib à Fadhili, à 30 km à l’ouest de Jubail. (Saudi Aramco/AFP)

Cela dit, Petroline lui-même n’est pas invulnérable. En mai 2019, le ministère saoudien de l’Énergie a indiqué que le pipeline avait été frappé par des drones lancés par les Houthis du Yémen.

Les drones ont touché deux stations de pompage situées à Al-Duwadimi et Afif, respectivement à environ 200 et 400 km à l’ouest de Riyad.

Mais, tout comme il a été relativement simple à construire, le pipeline est également relativement facile à réparer.

Une seule attaque ne peut endommager qu’une petite section, rapidement remise en service, comme cela a été démontré en 2019 lorsque Aramco a remis Petroline en fonctionnement après une brève interruption.

De plus, un second pipeline « fantôme » pourrait être construit en parallèle, garantissant qu’une partie du flux pétrolier continue même si l’un des pipelines est temporairement hors service.

Cependant, Petroline ne peut jouer son rôle que si la navigation en mer Rouge reste sûre. La menace des attaques houthies continue de préoccuper Aramco, les compagnies maritimes et les assureurs.

Comme l’a rapporté Bloomberg, « des flottes de pétroliers ont été redirigées vers Yanbu, fournissant une bouée de sauvetage essentielle à l’approvisionnement mondial ».

Mais « avec l’entrée en guerre annoncée des Houthis, la crainte est que la mer Rouge devienne un nouveau front ».

Les Houthis étaient restés à l’écart jusqu’à samedi, lorsqu’ils ont lancé des missiles contre des « sites militaires sensibles » en Israël. 

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Le pipeline transarabique historique près d’Arar. (Creative Commons)

Les Houthis ont également attaqué ou saisi plus de 170 navires naviguant sous de nombreux pavillons différents dans la mer Rouge. En conséquence, de nombreux navires ont été redirigés autour du cap de Bonne-Espérance en Afrique — une déviation coûteuse en carburant et en temps, et un coup porté aux revenus de l’Égypte provenant du canal de Suez.

En réponse, les États-Unis ont lancé plusieurs attaques contre des sites houthis et leur leadership au Yémen, ce qui a abouti à un accord de cessez-le-feu, négocié par Oman, en mai 2025.

L’année dernière, toutefois, les attaques houthies contre la navigation ont brièvement repris. Les 6 et 7 juin, deux navires de charge ont été attaqués près du port de Hodeidah, contrôlé par les Houthis, et trois membres d’équipage à bord du Eternity C, battant pavillon libérien, ont été tués.

À ce jour, malgré la reprise des attaques à missiles contre Israël, les Houthis n’ont jusqu’à présent donné aucun signe indiquant qu’ils reviendraient à attaquer la navigation passant par le détroit étroit de Bab Al-Mandab — large de seulement 30 km, un goulet d’étranglement tout aussi vulnérable que celui d’Hormuz.

Si tel était le cas, le coût mondial du carburant augmenterait sans aucun doute malgré le flux de pétrole via la Petroline.

Yanbu, où se termine la ligne pétrolière sur la mer Rouge, se trouve à plus de 1 300 km de Bab Al-Mandab et loin des lieux des précédentes attaques houthies contre la navigation dans le sud de la mer Rouge.

Mais si le détroit était bloqué, les pétroliers en provenance d’Extrême-Orient souhaitant charger du pétrole à Yanbu devraient emprunter un détour incroyablement long et prohibitivement coûteux, les obligeant à contourner le cap de Bonne-Espérance, remonter la côte ouest de l’Afrique, passer par le détroit de Gibraltar dans la Méditerranée, descendre le canal de Suez jusqu’à Yanbu, puis revenir avec leur cargaison.

Pour un pétrolier venant de l’est, cela ajouterait un voyage aller-retour de 40 000 km à leur parcours.

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Le canal de Suez est un autre point de congestion potentiel.

Lorsque le président égyptien Gamal Abdel Nasser a nationalisé la voie navigable en 1956, la Grande-Bretagne et la France, secrètement assistées par Israël, ont tenté de renverser Nasser et de reprendre la zone du canal par la force armée.

Le canal a été fermé à la navigation d’octobre 1956 à mars 1957, mais le plan a été contrecarré sous la pression des États-Unis et de l’Union soviétique.

Le canal a de nouveau été fermé par l’Égypte en 1967 au début de la guerre des Six Jours, et est resté fermé jusqu’en juin 1975.

Indépendamment de la vulnérabilité du détroit de Bab Al-Mandab et du canal de Suez, Petroline reste le meilleur espoir mondial pour contenir les coûts énergétiques pendant la crise actuelle.

Petroline est né d’un conflit, construit dans les années 1980 pendant la « guerre des pétroliers » qui a éclaté au cours du conflit Iran-Irak. Entre 1984 et 1988, plus de 450 navires ont été attaqués dans ou près du Golfe arabique, tant par l’Irak que par l’Iran.

Prémonitoire d’un aspect de la crise actuelle, la logique du « coup pour coup » avait commencé lorsque l’Irak a attaqué des navires utilisant le terminal pétrolier iranien de l’île de Kharg, aujourd’hui une cible potentielle pour les milliers de Marines américains et autres forces terrestres en route vers le Golfe.

Toutes les solutions ne se sont pas révélées aussi résilientes que Petroline.

En mars 1987, le Koweït a tenté de protéger ses pétroliers en persuadant les États-Unis de lui permettre de faire arborer le pavillon américain à ses navires, mais le plan a échoué avec des conséquences désastreuses pour les États-Unis.

Deux mois plus tard, un avion irakien a attaqué l’USS Stark, une frégate lance-missiles, avec deux missiles, tuant 37 membres d’équipage. Les Irakiens ont affirmé avoir confondu la frégate avec un pétrolier iranien.

Il existe une autre proposition de pipeline qui, dans les circonstances actuelles, pourrait sembler irréalisable, voire impensable : contourner Ormuz en construisant un nouveau réseau de pipelines pétroliers et gaziers depuis les États producteurs du Golfe jusqu’à la Méditerranée via Israël.

Selon Hal Brands, chercheur senior à l’American Enterprise Institute, jeudi, il s’agirait d’un « scénario probable » qui « combine pression et auto-protection ».

Mais à la lumière des activités d’Israël à Gaza, en Cisjordanie et au Liban, un tel projet exigerait une très grande dose de pragmatisme de la part des États du Golfe.

Pour sa part, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a clairement indiqué qu’un tel plan figure à son agenda post-guerre.

« Il suffit d’avoir des pipelines de pétrole, des pipelines de gaz, allant vers l’ouest à travers la péninsule arabique, jusqu’à Israël, jusqu’à nos ports méditerranéens, et vous aurez éliminé les points de congestion pour toujours », a-t-il déclaré lors d’un discours le 19 mars.

« Je considère que c’est un véritable changement qui suivra cette guerre. »

En réalité, il n’y a rien de nouveau dans ce plan, à part le transit proposé par Israël.

Les travaux ont commencé en 1948 sur le pipeline transarabique, mieux connu sous le nom de Tapline, le long duquel le pétrole était pompé depuis Ras Al-Mishab dans la province orientale jusqu’à un terminal maritime sur la Méditerranée, juste au sud de Sidon au Liban — sur une distance de 1 664 km. 

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Soudage des sections de tuyaux. Commencée en 1947 et achevée en 1950, la Tapline s’étendait sur 1 068 miles, d’Abqaiq jusqu’à Sidon au Liban — sa capacité volumétrique totale était de 5 747 000 barils. (John C. Tarvin, Saudi Aramco)

En novembre 1950, les travaux étaient terminés et le pétrole circulait.

D’une certaine manière, il s’agissait d’une nouvelle innovation déclenchée par un conflit, bien que, cette fois-ci, pas dans la région.

Dans l’immédiat après-guerre, l’Europe connaissait une demande énorme en pétrole, alors qu’elle se reconstruisait économiquement et industriellement dans le cadre du plan Marshall américain.

À l’époque, le détroit d’Ormuz ou le canal de Suez ne posaient pas de problème, mais les pétroliers disponibles n’étaient tout simplement pas assez grands ni suffisamment nombreux pour satisfaire la soif de pétrole de l’Europe.

La Tapline, comme elle est devenue connue, a servi le monde pendant 40 ans, jusqu’à ce que la nouvelle génération de pétroliers massifs, capable de dépasser facilement sa capacité, entraîne sa mise hors service dans les années 1990.

En 1951, l’année où la Tapline est devenue pleinement opérationnelle, elle transportait plus d’un tiers des 278 millions de barils de pétrole produits par Aramco. Mais, comme le raconte l’histoire d’Aramco sur le projet, la Tapline n’était pas seulement une artère pour le pétrole.

« La Tapline a transformé à jamais la région nord de l’Arabie saoudite, apportant des infrastructures et la prospérité le long de son tracé », peut-on lire.

Autour des six stations de pompage de la ligne, « de nouvelles communautés ont émergé, chacune avec des maisons, des écoles et des salles à manger construites pour les familles des personnes travaillant sur la Tapline ».

Au milieu des années 1960, « ces communautés s’étaient étendues pour inclure des mosquées, des commerces, des installations de loisirs, des théâtres, des terrains de jeux — et étaient devenues ensemble le foyer de plus de 5 000 personnes ».

Les stations de pompage de la Tapline sont hors service depuis des décennies, mais « les villes qu’elles ont engendrées prospèrent encore aujourd’hui — Turaif, qui n’existait pas en 1945, est désormais un port d’entrée en Arabie saoudite ».

Le pipeline a également créé un boom des investissements. Entre 1947 et 1952, Aramco et la Tapline Company ont versé plus de 46,8 millions de dollars à plus de 10 000 entrepreneurs indépendants, développant de nouvelles compétences et formations dans le cadre du projet. 

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Cette image satellite fournie par Planet Labs PBC, prise le 4 mars 2026, montre les infrastructures pétrolières du port de Yanbu, sur la mer Rouge occidentale de l’Arabie saoudite. (Planet Labs PBC/AFP)

En décembre 2020, la Tapline a été choisie comme premier site industriel patrimonial de l’Arabie saoudite, et des études sont en cours pour la proposer comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Aujourd’hui, bien que les stations de pompage aient été démantelées, la Tapline elle-même demeure, longeant parallèlement la route justement nommée Tapline Road.

La Tapline a été préservée pour la postérité grâce à une initiative du prince Badr bin Farhan, président du conseil d’administration de la Heritage Authority, en décembre 2020.

Mais la situation géopolitique actuelle soulève une question intrigante : le premier site industriel patrimonial d’Arabie saoudite pourrait-il être libéré de son statut de musée, retiré de l’oubli et remis en service une fois de plus ?

La Tapline n’a bien sûr pas été immunisée contre les conflits régionaux.

Le pompage du pétrole vers le port de Sidon a connu plusieurs interruptions, à commencer par la guerre des Six Jours en 1967. Les opérations ont de nouveau été stoppées en 1975 suite au déclenchement de la guerre civile libanaise. Puis, en 1983, le pompage vers le port a cessé définitivement.

Pendant sept ans, le pipeline a été détourné vers la raffinerie jordanienne de Zarqa, pour l’expédition depuis le port de la mer Rouge à Aqaba, jusqu’en 1990, lorsque la guerre du Golfe a entraîné la mise hors service complète de la Tapline.

Pendant ses quatre décennies de service, la Tapline a transporté des milliards de barils de pétrole d’Abqaiq à Sidon.

Que la Tapline puisse ou non être réalistement remise en service, elle et la Petroline démontrent à quel point l’Arabie saoudite peut se montrer innovante sous pression, et offrent peut-être des solutions permanentes aux goulots d’étranglement problématiques d’Ormuz et de Bab Al-Mandab. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 


Marchés en Asie: forte volatilité après des informations sur un revirement de Trump

Un homme passe devant un panneau électronique affichant les chiffres de l’indice Nikkei à la Bourse de Tokyo, le long d’une rue à Tokyo, le 31 mars 2026. (AFP)
Un homme passe devant un panneau électronique affichant les chiffres de l’indice Nikkei à la Bourse de Tokyo, le long d’une rue à Tokyo, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Les marchés asiatiques chutent et restent très volatils, influencés par les incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient et aux signaux contradictoires de Donald Trump sur une possible fin de l’intervention en Iran
  • Le pétrole fluctue avant de reculer légèrement, tandis que le yen se renforce et que les valeurs technologiques asiatiques reculent fortement, affectées par les tensions géopolitiques et les évolutions dans l’IA

TOKYO: Les Bourses asiatiques et les cours du pétrole sont marqués mardi par une forte volatilité, valsant au rythme des nouveaux éléments sur le conflit au Moyen-Orient, dont des informations de presse selon lesquelles Donald Trump envisagerait de mettre fin à l'intervention militaire en Iran.

- Hésitation sur les marchés -

Après de violentes oscillations, l'indice Nikkei de Tokyo a terminé en baisse de 1,58% à 51.063,72 points. A Séoul, le Kospi a chuté de 4,3%, et Taipei a perdu 2,5%.

A Hong Kong, l'indice Hang Seng perdait 0,5% vers 06H30 GMT.

Selon le Wall Street Journal, le président américain aurait indiqué à ses conseillers qu'il était prêt à interrompre la campagne militaire que mènent les Etats-Unis contre l'Iran depuis plus d'un mois, estimant que forcer la réouverture du détroit d'Ormuz prolongerait le conflit "au delà de son calendrier de quatre à six semaines".

D'après le quotidien, Washington voudrait tenter d'obtenir de Téhéran par la voie diplomatique le déblocage de cette voie de passage stratégique, par où transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

En cas d'échec de cette stratégie, M. Trump prévoierait de solliciter ses alliés en Europe et dans le Golfe pour forcer la réouverture du détroit, ont indiqué des responsables américains au WSJ.

- Apaisement du pétrole -

Les cours du pétrole, qui avaient grimpé mardi matin après l'attaque par l'Iran d'un pétrolier sous pavillon koweïtien au niveau du port de Dubaï, repartaient à la baisse.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord perdait 0,26% à 107,11 dollars vers 06H20 GMT, tandis que son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, lâchait 0,3% à 102,57 dollars.

Le WTI avait clôturé lundi au-dessus des 100 dollars pour la première fois depuis le début de la guerre.

"Ce changement de scénario est une dose d'adrénaline pour l'humeur du marché", même s'il est trop tôt pour que le marché base ses orientations sur cette hypothèse, souligne Anna Wu de VanEck Associates Corp, citée par l'agence Bloomberg.

Donald Trump avait soufflé le chaud et le froid lundi en menaçant Téhéran d'"anéantir" ses infrastructures pétrolières, tout en faisant état de "discussions sérieuses" avec des interlocuteurs iraniens.

Ses propos avaient été accueillis avec prudence par les investisseurs, se demandant "dans quelle mesure on peut accorder du crédit à ces déclarations, d'où un certain scepticisme sur les marchés", a commenté l'analyste de Monex Keita Yamaguchi.

- Le yen scruté de près -

La devise japonaise se renforçait à 159,66 yens pour un dollar vers 06H20 GMT après de nouveaux propos de la ministre nipponne des Finances, Satsuki Katayama, qui a évoqué mardi une possible "action audacieuse", menace à peine voilée d'une intervention pour soutenir le yen.

Le dollar a nettement progressé la veille, porté par son statut de valeur refuge face aux craintes d'escalade du conflit au Moyen-Orient, effectuant pour la première fois depuis juillet 2024 une percée au-delà des 160 yens.

La dernière intervention du Japon pour soutenir sa devise nationale remonte précisément à cette période, lorsque le yen évoluait à des niveaux similairement bas.

- La tech en berne -

Les valeurs technologiques en Asie ont été particulièrement à la peine après la débâcle de leurs cousines américaines lundi, les acteurs du secteur des puces mémoires ayant encore subi les effets de la présentation par Google d'un algorithme réduisant sensiblement les besoins en mémoire des grands modèles d'intelligence artificielle (IA).

Le nippon Tokyo Electron a lâché 4,1% et Kioxia chutait de 4,7%, tandis qu'à Séoul Samsung Electronics a reculé de 5,3%.


La guerre au Moyen-Orient, nouvel obstacle pour la «réindustrialisation» française

Le ministre français du Commerce, Serge Papin (à gauche), la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Énergie et à l'Économie numérique, Maud Bregeon, le ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, et le ministre des Transports, Philippe Tabarot, arrivent pour une présentation d'un plan de soutien aux secteurs économiques les plus touchés par la crise énergétique au ministère des Finances (Bercy) à Paris, le 27 mars 2026. (AFP)
Le ministre français du Commerce, Serge Papin (à gauche), la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Énergie et à l'Économie numérique, Maud Bregeon, le ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, et le ministre des Transports, Philippe Tabarot, arrivent pour une présentation d'un plan de soutien aux secteurs économiques les plus touchés par la crise énergétique au ministère des Finances (Bercy) à Paris, le 27 mars 2026. (AFP)
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  • La hausse des prix de l'énergie est un handicap de plus pour la "réindustrialisation", que se sont efforcés de mener les gouvernements, alors que le secteur est en déclin depuis les années 1970
  • Selon les chiffres du ministère de l'Economie publiés dimanche, la réindustrialisation a ralenti en 2025 avec un solde net d'ouvertures et d'extensions d'usines positif mais en baisse "notable" par rapport à 2024

PARIS: La guerre au Moyen-Orient et son impact sur les prix de l'énergie sont un écueil de plus pour la volonté française de se réindustrialiser, handicapant un secteur d'activité déjà soumis à une forte pression concurrentielle internationale.

Le salon Global Industrie, présidé par le patron de la banque publique d'investissement Bpifrance Nicolas Dufourcq, rassemble de lundi à jeudi 60.000 industriels de plus de 50 filières au Parc des expositions de Villepinte, en Seine-Saint-Denis.

Y sont annoncés plusieurs ministres, notamment Roland Lescure (Economie), Maud Bregeon (Energie), Serge Papin (PME et Commerce), Jean-Pierre Farandou (Travail) ou Sébastien Martin (Industrie), ou le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné.

L'ambition affichée du salon est d'être "durant quatre jours le coeur battant de l'industrie française", qui pèse environ 322.000 entreprises employant 3,3 millions de salariés et représente plus de 1.500 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

C'est un coeur qui bat la chamade: déjà pénalisée par une énergie plus chère que chez ses concurrents asiatiques ou nord-américains, l'industrie européenne a vu avec inquiétude la crise au Moyen-Orient faire remonter le prix du pétrole, du gaz, et de l'électricité européenne.

Difficulté de plus 

"Le prix du gaz s'est accru de 30 euros le MW/h à 55 aujourd'hui", témoignait jeudi Axel Eggert, le directeur général d'Eurofer qui défend les intérêts des sidérurgistes européens.

"Et plus la crise (au Moyen-Orient) durera, plus les impacts se feront sentir, y compris pour nos clients en aval", notamment les fabricants de voiture et les spécialistes de la construction, gros consommateurs d'acier.

La hausse des prix de l'énergie est un handicap de plus pour la "réindustrialisation", que se sont efforcés de mener les gouvernements, alors que le secteur est en déclin depuis les années 1970.

Selon les chiffres du ministère de l'Economie publiés dimanche, la réindustrialisation a ralenti en 2025 avec un solde net d'ouvertures et d'extensions d'usines positif mais en baisse "notable" par rapport à 2024.

"La réindustrialisation est consensuelle politiquement" et dans l'opinion, explique à l'AFP le spécialiste du secteur Olivier Lluansi, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

"Il y a une attente très forte" après des décennies de détricotage du tissu industriel, poursuit-il. La désindustrialisation a "paupérisé des territoires" et créé "une vraie fracture territoriale" en les excluant "du récit économique de la nation", davantage tournée vers les services.

Mais reconstruire ce qui a été détruit n'est pas tâche aisée.

"Même si des solutions existent", un "questionnement monte sur la capacité du pays à y arriver", dit encore M. Lluansi. "Pourtant, nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons rester souverains".

Concurrence asiatique 

Nicolas Dufourcq expliquait début mars que de "plus en plus d'efforts" sont nécessaires pour mener le combat de la réindustrialisation, et que sans soutien à la création d'entreprises ou de sites industriels, "ce serait de nouveau le toboggan" des fermetures en Europe et en France.

En outre, des représentants du patronat français ont mis en garde lundi dans Les Echos, contre "l'incertitude juridique" comme frein potentiel à la réindustrialisation, après une décision du Conseil d'Etat en décembre, interdisant l'exploitation des gaz de couche dans le sous-sol lorrain en raison de risques pour l'environnement.

Les situations sont différentes en fonction des secteurs, et ce sont surtout la chimie, la mécanique ou les sous-traitants automobiles qui souffrent. L'aéronautique ou la défense, a contrario, se portent plutôt bien.

Mais au-delà des prix de l'énergie, l'industrie européenne fait face à une concurrence de plus en plus perceptible de la Chine, capable de rivaliser voire de dépasser le savoir-faire industriel européen dans certains secteurs, disait fin 2025 Anaïs Voy-Gillis, chercheuse associée à l'IAE de Poitiers.

Les industriels chinois bénéficient de plusieurs avantages comparatifs, expliquait en février le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP). "Coûts de production durablement plus faibles", chaînes de valeur "toujours plus intégrées", "moindres contrôles réglementaires", "sous-évaluation persistante du taux de change".

En face, "il faut s'assurer que l'industrie européenne soit performante", disait Mme Voy-Gillis.

Début mars, M. Dufourcq se montrait optimiste, estimant que la "mobilisation générale de tous les acteurs" français permettait de "limiter les dégâts" et que, pour l'instant, "le loup n'arrive pas à rattraper les petits cochons de l'industrie française".