La carrière de Henry Kissinger, magistrale leçon de diplomatie et art de la gouvernance

Vénéré par beaucoup et détesté par certains, Kissinger est devenu l’incarnation du pouvoir américain à son apogée, projetant l’ombre portée de la Pax Americana à travers le monde et devenant synonyme de l’Amérique de la guerre froide (AFP/Getty Images)
Vénéré par beaucoup et détesté par certains, Kissinger est devenu l’incarnation du pouvoir américain à son apogée, projetant l’ombre portée de la Pax Americana à travers le monde et devenant synonyme de l’Amérique de la guerre froide (AFP/Getty Images)
L’ancien Secrétaire d’État américain Henry Kissinger assiste à une cérémonie de remise de prix en l’honneur de sa carrière diplomatique à Washington DC, le 9 mai 2016. (Fichier AFP)
L’ancien Secrétaire d’État américain Henry Kissinger assiste à une cérémonie de remise de prix en l’honneur de sa carrière diplomatique à Washington DC, le 9 mai 2016. (Fichier AFP)
Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger avec le roi Faiçal (droite) d’Arabie saoudite à Riyad en 1973. Sur la gauche se trouve le prince Salmane, aujourd’hui roi d’Arabie saoudite (Archives AN)
Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger avec le roi Faiçal (droite) d’Arabie saoudite à Riyad en 1973. Sur la gauche se trouve le prince Salmane, aujourd’hui roi d’Arabie saoudite (Archives AN)
Le président américain Jimmy Carter (à droite) consulte l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger le 15 août 1977 à la Maison Blanche sur les propositions de paix au Moyen-Orient. (AFP)
Le président américain Jimmy Carter (à droite) consulte l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger le 15 août 1977 à la Maison Blanche sur les propositions de paix au Moyen-Orient. (AFP)
L'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger rencontre le Premier ministre français Jacques Chirac (à droite) à l'hôtel Matignon le 26 mars 1986 à Paris. (AFP)
L'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger rencontre le Premier ministre français Jacques Chirac (à droite) à l'hôtel Matignon le 26 mars 1986 à Paris. (AFP)
Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger marche dans la rue à Paris le 19 février 1975. (AFP)
Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger marche dans la rue à Paris le 19 février 1975. (AFP)
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton (à droite) et l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger participent ensemble à des « conversations sur la diplomatie, modérées par Charlie Rose », au département d'État à Washington le 20 avril 2011. (AFP)
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton (à droite) et l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger participent ensemble à des « conversations sur la diplomatie, modérées par Charlie Rose », au département d'État à Washington le 20 avril 2011. (AFP)
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Publié le Samedi 27 mai 2023

La carrière de Henry Kissinger, magistrale leçon de diplomatie et art de la gouvernance

  • Le centenaire met en lumière l'empreinte du réfugié allemand devenu le chef diplomate de l'Amérique sur le monde d'après-guerre
  • Le concepteur de la Pax Americana sous Nixon continue d'exercer une influence en tant que conseiller informel auprès des grands et des bons du monde

LONDRES : Anwar el-Sadate, Mao Tsé-Tong, Richard Nixon et le roi Faisal sont parmi les dirigeants qui ont marqué le XXe siècle. Ce que leurs histoires et leurs héritages ont en commun, c'est l'impact des efforts d'une figure minuscule mais néanmoins d’une importance considérable : Henry Kissinger. Allemand, américain, soldat, officier du renseignement, universitaire de Harvard, homme d'État et homme d'affaires à la fois, cet oracle géopolitique fête ses 100 ans ce weekend.

Vénéré par beaucoup et détesté par certains, Kissinger est devenu l’incarnation du pouvoir américain à son apogée, projetant l’ombre portée de la Pax Americana à travers le monde, tantôt prônant les valeurs américaines, tantôt étouffant les mouvements révolutionnaires et soutenant les juntes militaires.

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Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger avec le roi Faiçal (droite) d’Arabie saoudite à Riyad en 1973. (AFP)

Tout article aurait du mal à résumer une vie aussi longue et mouvementée. Né cinq ans après l'abdication du dernier empereur d'Allemagne, Kissinger possède des archives personnelles  estimées à 30 tonnes de documents.

Bien qu'il soit devenu synonyme de l'Amérique de la Guerre froide, les traces instantanément reconnaissables de son origine bavaroise dans sa voix grave ont révélé ses origines. Né de parents juifs allemands en périphérie de Nuremberg, le jeune Kissinger a fait preuve d'une audace qui allait plus tard incarner son assurance sur la scène internationale, défiant les nazis locaux afin d’assister à des matchs de football et se rebellant contre leurs restrictions.

Cependant, sa vraie détermination a commencé à se manifester lorsqu'il est devenu réfugié en Amérique dans les années 1930, fréquentant l'école la nuit et travaillant dans une usine de brosses à raser le jour.

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Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger rencontre le président chinois Mao Zedong à Pékin le 17 février 1973. (fichier AFP)

Poursuivant ses études supérieures tout en travaillant, Kissinger a vu son parcours éducatif interrompu par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Participant à la bataille des Ardennes, son service pendant la guerre a culminé avec l'administration et la dénazification des secteurs allemands libérés sous son contrôle.

L'enthousiasme de Kissinger pour son pays adoptif ne faisait que grandir ; il se souviendrait plus tard que cette expérience l’avait poussé à «se sentir comme un vrai Américain ».

La carrière de Kissinger est souvent étudiée en détail à partir de sa nomination en tant que conseiller à la sécurité nationale des États-Unis en 1969. Or, ses années d'après-guerre en tant qu'universitaire ont posé les bases de son association ultérieure à la realpolitik.

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Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger avec le président égyptien Anouar Sadate au Caire en mai 1974. (AFP)

La vision du monde de Kissinger, ou weltanschauung, est caractérisée par des expressions telles que « L'Amérique n'a pas d'amis ou d'ennemis permanents, seulement des intérêts permanents ». Cette compréhension particulière du monde à travers le prisme des empires et de la politique des grandes puissances est fondée sur une conception du monde du XIXe siècle.

Il n'est donc pas surprenant que sa thèse de doctorat à Harvard s'intitule « Paix, légitimité et équilibre (A study of the Statemanship of Castlereagh and Metternich) ».

Cette étude académique de la période entre 1815 et 1914 est connue sous le nom de Concert européen, lorsque les grandes puissances cherchaient à maintenir un certain équilibre des pouvoirs et à soutenir la paix mondiale. Remarquable pour des personnalités comme Von Bismarck, dont la philosophie politique est souvent indissociable de la sienne, c'est cette période que Kissinger cherchait à refléter, remplaçant le rôle historique de la Grande-Bretagne par la superpuissance inégalée de l'Amérique du XXe siècle.

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Henry Kissinger et le président américain Richard Nixon en 1973. (AFP)

Alors que Kissinger devenait connu des décideurs politiques à Washington, son orientation vers une carrière politique était inévitable. Contrairement à ses pairs, sa solide formation académique lui fournissait la capacité d'agir en tant que conseiller interne sur les défis politiques de l’époque.

Si le moteur à réaction est devenu le symbole de la domination militaire et culturelle américaine de l'après-guerre, Kissinger a utilisé les voyages internationaux à des fins similaires pour remanier la diplomatie américaine. Sa nomination au poste de secrétaire d'État en 1973 n'était en réalité que la ratification formelle d'un rôle international croissant qu'il avait déjà commencé à jouer.

Cette année-là, Kissinger a été à l'avant-garde des efforts de la diplomatie navette pour remodeler le monde afin de faire avancer les intérêts américains. Ayant déjà ouvert la voie pour le sommet historique de 1972 entre Nixon, Zhou Enlai et le président Mao, Kissinger a rapproché la Chine du reste du monde, conduisant à la formalisation des relations entre les deux pays. Il a d’ailleurs joué un rôle crucial dans la médiation d'une entente antisoviétique entre les deux puissances.

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Alors que le président américain Richard Nixon (2e à gauche) rencontre la Première ministre israélienne Golda Meir, Henry Kissinger (3e à gauche) s'entretient avec d'autres responsables israéliens à Washington le 1ernovembre 1973. (AFP)

Alors que le monde observait après la guerre du Kippour, Kissinger, après sa participation à un coup d'État au Chili le mois précédent, a fait la navette entre les capitales arabes tout en organisant un pont aérien sans précédent d'armes vers Israël, basculant l'équilibre régional des pouvoirs, au point que l'État d'Israël n'a jamais été confronté à une invasion arabe depuis.

L'année s'est conclue par un accord pour mettre fin à la guerre du Vietnam, et la diplomatie hyperactive de Kissinger a été récompensée par le prix Nobel de la paix, ses activités internationales devenant un modèle pour la diplomatie américaine aux yeux de ses pairs et une tache sur sa carrière selon ses détracteurs.

CÉLÈBRES CITATIONS

  • On ne peut pas faire la guerre au Moyen-Orient sans l'Égypte et on ne peut pas faire la paix sans la Syrie.
  • Accepte tout de toi-même, je veux dire absolument tout. Tu es toi et c'est le commencement et la fin, pas d'excuses, pas de regrets.
  • Quatre-vingt-dix pour cent des politiciens donnent une mauvaise réputation aux dix pour cent restants.
  • Ce qui est illégal, nous le faisons immédiatement. Ce qui est anticonstitutionnel prend un peu plus de temps.
  • Le pouvoir est le meilleur aphrodisiaque.

Kissinger est souvent considéré comme ayant été le distributeur insensible du pouvoir américain dans le monde en développement. Bien qu'il ait réussi à défendre ses intérêts, sa vision –  d'un vaste puzzle mondial composé de pièces qui devaient être déplacées pour correspondre à l'émergence de l'Amérique en tant que puissance suprême mondiale –  a suscité la controverse.

Ayant déclaré un jour « Je ne suis pas intéressé par, et je ne connais rien de, la partie sud du monde » et « Ce qui se passe dans le sud n'a aucune importance », il est désormais clair qu'une certaine ignorance du monde plus large sous-tendait les interventions politiques et militaires plus décisives qu'il soutenait pour étendre l'influence de l'Amérique.

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Des manifestants se rassemblent sur la Place des Nations à Genève le 10 septembre 2010 pour protester contre la présence de l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger et son rôle présumé dans le coup d'État militaire de 1973 au Chili. (AFP)

Son implication dans le coup d'État au Chili, au Bangladesh, au Pakistan, au Timor oriental et dans les bombardements au Cambodge continue d'être un sujet de grand débat, résumé dans le traité de 2001 de Christopher Hitchens, « Le Procès d'Henry Kissinger ».

Plus tard dans sa vie, Kissinger affirmerait que les bombardements au Cambodge étaient essentiels pour stopper les incursions au Sud-Vietnam. En vérité, l'attention portée aux bombardements massifs ultérieurs des Khmers rouges par les États-Unis est beaucoup moins controversée aujourd'hui par rapport aux crimes du régime cambodgien et de son propre génocide dans les années 1970.

Néanmoins, la diplomatie intercontinentale de Kissinger était fidèle au modèle bismarckien dont il était issu, légèrement masquée par l'utilisation de la célèbre maxime du premier chancelier allemand : « La politique est l'art du possible ».

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Le président du Congrès national africain Nelson Mandela (à droite) salue l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger à son arrivée pour leur réunion à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 13 avril 1994. (AFP)

En fin de compte, il est encore remarquable que Kissinger, un homme qui a pris sa retraite il y a 50 ans, soit resté politiquement pertinent. À la tête de Kissinger Associates, il continue d'exercer une influence et une portée remarquables, en tant que conseiller par excellence des grands dirigeants mondiaux.

Le long adieu politique de Kissinger lui a donné l'occasion d'avoir le dernier mot sur un grand nombre des moments importants de sa carrière, un luxe dont ses pairs disparus n'ont pas profité. Sa pertinence, cependant, persiste, son plaidoyer en faveur de la coexistence avec la Chine et de la détente avec la Russie faisant de son expertise une valeur très recherchée dans les efforts déployés par l'un afin de perturber l'Amérique et par l'autre pour la supplanter totalement.

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Le président russe Vladimir Poutine (à droite) accueille l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger lors de leur rencontre à la résidence Novo-Ogaryovo près de Moscou le 6 juin 2006. (AFP)

Cependant, le rééquilibrage constant du pouvoir mondial n'est pas le principal intérêt de Kissinger aujourd’hui. Il a passé la dernière décennie à mettre en garde contre la montée de l'intelligence artificielle, qui menace de réécrire les règles diplomatiques, notamment pour un homme né à une époque où les armées utilisaient encore des cavaleries.

Le centenaire continue d’attirer l’attention, avertissant récemment dans un livre sur la question que la course aux armements en matière d'IA est un « problème totalement nouveau » et « pour lequel il n'existe encore aucune théorie plausible sur la façon dont les États peuvent l'emporter ».

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L'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger rencontre le président américain Donald Trump (à droite) à la Maison Blanche à Washington, le 10 octobre 2017. (AFP)

Nul ne doute que malgré ses nombreux défauts, Kissinger reste une figure publique qui a façonné une certaine époque. Cependant, il est un personnage infiniment plus complet que le maître intrigant de la realpolitik que ses détracteurs font de lui.

Cette carrière d'immenses réalisations et de controverses incessantes a été rendue possible grâce à un talent aussi brillamment éduqué que discret, deux qualités malheureusement absentes de la vie politique actuelle.

Il n'est pas impossible que, tout comme Kissinger a planifié l'extension de la domination américaine, en tant qu'étudiant de l'histoire impériale, il s'attendait également à observer son déclin. Mais on ne sait pas si cela est dû à la rapidité avec laquelle cela s'est produit ou à la longévité de Kissinger. Quoi qu'il en soit, il a probablement la réponse.

Zaid M. Belbagi est chroniqueur politique, et conseiller de clients privés entre Londres et le CCG. Twitter: @Moulay_Zaid

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran, à nouveau bombardé par les Etats-Unis, riposte et promet de refermer Ormuz

Les Etats-Unis ont mené jeudi à l'aube de nouveaux bombardements contre l'Iran. (AFP)
Les Etats-Unis ont mené jeudi à l'aube de nouveaux bombardements contre l'Iran. (AFP)
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  • Les frappes, qui selon l'armée américaine ont visé "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays"
  • "On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené jeudi à l'aube de nouveaux bombardements contre l'Iran, qui a annoncé des ripostes contre des bases militaires au Koweït et à Bahreïn et promis de prendre pour cible tous les navires s'aventurant dans le détroit d'Ormuz.

Les frappes, qui selon l'armée américaine ont visé "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays", ont été déclenchées après que Donald Trump a accusé Téhéran de tergiverser dans les négociations pour arrêter la guerre au Moyen-Orient.

"On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous", s'était emporté le président américain devant la presse mercredi.

Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a lui reproché à l'Iran de "jouer au chat et à la souris" dans les négociations. "Si nous devons négocier à coups de bombes, nous négocierons avec des bombes, et nous sommes très doués pour ça", a-t-il menacé.

Les Etats-Unis et l'Iran s'étaient déjà mutuellement attaqués dans la nuit de mardi à mercredi, malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril après plus de cinq semaines de bombardements.

Des explosions ont été entendues tôt jeudi matin sur l'île de Qeshm, à Minab, Sirik et dans le port de Bandar Abbas, dans le sud du pays, ont rapporté des médias iraniens.

En représailles aux dernières frappes américaines, les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de Téhéran, ont dit avoir lancé des drones sur les bases militaires d'Ali al-Salem et Ahmad al-Jaber, au Koweït, et sur la base aérienne de Sheikh Isa, à Bahreïn. Les médias iraniens avaient auparavant annoncé une attaque contre le quartier général de la 5e flotte américaine à Bahreïn.

Les sirènes d'alerte aérienne ont été déclenchées à Bahreïn, selon le ministère de l'Intérieur. Au Koweït, l'armée a annoncé être en train de "combattre des cibles aériennes hostiles", et l'autorité de l'aviation civile a fermé l'espace aérien de l'émirat.

Les Gardiens de la Révolution ont par ailleurs affirmé avoir tiré 12 missiles balistiques contre la base d'Al-Azrak, en Jordanie, utilisée par les Etats-Unis.

Téhéran a également averti que ses forces prendraient pour cible tout navire tentant de franchir le détroit stratégique d'Ormuz, par lequel transitait en temps normal un cinquième du commerce mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié.

"Un enfer pour vous" 

"Suite aux violations répétées du cessez-le-feu par l'ennemi américain, le détroit d'Ormuz sera fermé jusqu'à nouvel ordre", ont fait savoir les Gardiens de la Révolution, cités par la télévision d'Etat. "Aucun navire ne doit quitter son mouillage dans le golfe Persique et la mer d'Oman. Toute approche du détroit d'Ormuz sera considérée comme une collaboration avec l'ennemi", ont-ils averti.

Dans la foulée la marine iranienne, citée par les médias, a annoncé que "deux navires qui tentaient de franchir illégalement le détroit d'Ormuz ont été frappés", sans plus de précision.

"Vous rendez le détroit sacré d'Ormuz dangereux?! Nous ferons de cette région un enfer pour vous", a menacé le commandant de l'aviation des Gardiens de la Révolution Sardar Mousavi.

Washington, qui impose pour sa part un blocus aux ports iraniens, a démenti tout blocage du détroit.

"Les navires commerciaux continuent de transiter par le détroit d'Ormuz ce soir", a écrit sur X le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Cette aggravation de la situation dans le Golfe continue d'alimenter la hausse des prix du pétrole. Jeudi matin, le baril de Brent de la mer du Nord gagnait 1,7% à 94,68 dollars, et celui de WTI américain 2% à 91,84 dollars.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a de son côté appelé mercredi les Libanais à se joindre à la lutte d'Israël contre le Hezbollah, affirmant que leur pays avait été "pris en otage" par le groupe pro-iranien.

Après des frappes israéliennes sur Beyrouth, l'Iran d'abord, puis Israël, avaient mené des attaques réciproques dimanche et lundi, pour la première fois depuis l'entrée en vigueur du fragile cessez-le-feu entre Téhéran et Washington le 8 avril.

Téhéran exige que le Liban, où s'affrontent depuis le 2 mars son allié du Hezbollah et Israël, soit inclus dans tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Plus de 3.600 personnes ont été tuées au Liban dans les frappes israéliennes depuis le début de la guerre.


L'armée américaine tire sur un pétrolier au large d'Oman, trois Indiens portés disparus

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  • "Sur 24 membres d'équipage indiens à bord, 21 ont été secourus jusqu'à présent et trois sont portés disparus", a précisé le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué
  • L'Inde a convoqué le chargé d'affaires américain à New Delhi et exprimé une "vive protestation" concernant l'attaque, a indiqué à l'AFP un haut responsable du gouvernement indien

DUBAI: Trois membres d'équipage indiens sont portés disparus mercredi, après une attaque revendiquée par l'armée américaine contre un pétrolier au large d'Oman qui tentait, selon Washington, d'exporter du pétrole d'Iran malgré le blocus imposé par les Etats-Unis.

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a précisé sur X que l'un de ses avions de combat avait tiré sur "la salle des machines" du Settebello, qui bat pavillon des Palaos, "après que l'équipage a refusé d'obtempérer aux ordres des forces américaines"

"Sur 24 membres d'équipage indiens à bord, 21 ont été secourus jusqu'à présent et trois sont portés disparus", a précisé le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué.

L'Inde a convoqué le chargé d'affaires américain à New Delhi et exprimé une "vive protestation" concernant l'attaque, a indiqué à l'AFP un haut responsable du gouvernement indien.

Il s'agit du huitième navire neutralisé depuis le début du blocus imposé par les Etats-Unis contre les ports iraniens, d'après le décompte de l'armée américaine.

Le sultanat d'Oman est situé à l'entrée du détroit d'Ormuz, où le trafic maritime est quasiment paralysé depuis le début fin février du conflit opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran. Près d'un cinquième des livraisons mondiales de pétrole et de gaz transitent par cette voie.

La compagnie de sécurité maritime britannique Vanguard a indiqué avoir été informée que le Settebello avait "transmis un appel de détresse indiquant que sa salle des machines avait été touchée par un missile" au large de Sohar, dans le golfe d'Oman et qu'un incendie s'était déclaré à bord.

L'agence de sécurité maritime britannique UKMTO a spécifié que les faits s'étaient produits à 20 miles nautiques au nord-est de la ville omanaise de Sohar.

"Les autorités locales ont indiqué qu'un pétrolier avait signalé un feu dans sa salle des machines, et qu'elles se trouvaient sur place pour aider à l'évacuation de l'équipage", selon le communiqué de l'UKMTO.

"Le navire a fait état d'une victime et de deux membres d'équipage portés disparus. Aucun impact sur l'environnement n'a été signalé", a-t-elle ajouté.

Lundi, les secours omanais avaient évacué par hélicoptère 24 marins indiens d'un pétrolier en feu au large des côtes du sultanat d'Oman, selon les autorités indiennes, qui n'avaient pas précisé les causes de l'incendie. Le sinistre était survenu sur le MT Marivex, un navire battant également pavillon des îles Palaos

Le tir américain contre le Settebello est intervenu alors que l'Iran a revendiqué mercredi matin des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par la destruction d'un hélicoptère américain lundi.


Trump affirme que les Etats-Unis vont «attaquer très durement» l'Iran

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  • "On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous"
  • L'Iran a revendiqué des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par l'attaque de l'hélicoptère

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé mercredi qu'il allait "attaquer très durement" l'Iran, y compris potentiellement en visant des centrales électriques ou des ponts, et dénoncé les "tergiversations" de Téhéran concernant un accord.

Il a aussi annoncé que les forces américaines avaient mené une "mission secrète" qui avait permis de faire transiter 100 millions de barils de pétrole par le détroit d'Ormuz.

"On va les attaquer, les attaquer très durement", a déclaré le président américain à la presse dans le Bureau ovale, ajoutant que ce serait dès "aujourd'hui" (mercredi).

"On verra bien ce qui va se passer, mais on les a frappés durement hier, et on va les frapper durement aujourd'hui, (...) au cas où vous n'allumeriez pas votre télé", a-t-il dit.

Il a précisé être en droit de le faire après la destruction lundi d'un hélicoptère américain attribuée à Téhéran.

L'Iran a revendiqué des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par l'attaque de l'hélicoptère.

Ces frappes américaines en représailles à l'attaque de l'hélicoptère - qui survolait le détroit d'Ormuz, toujours verrouillé par l'Iran - ont notamment ciblé dans la nuit de mardi à mercredi les villes de Jask et Sirik et l'île de Qeshm, sur la côte sud de l'Iran.

"On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous", a poursuivi Donald Trump.

"Tout a été négocié. Nous avons un accord entièrement négocié, mais ils tergiversent sans cesse", a ajouté le dirigeant républicain.

Plus tôt, il avait estimé que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux", ajoutant qu'ils allaient "devoir en payer le prix".

"MORT!!!" 

"L'armée iranienne est un chaos complet et total. Une bonne partie, comme leur marine et leur armée de l'air, n'existe même plus – elles ont été totalement vaincues", avait écrit le président américain sur son réseau Truth Social. "L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!"

Donald Trump a aussi affirmé à Fox News qu'il envisageait de plus en plus de mener des frappes contre des centrales électriques et des ponts iraniens.

Interrogé à ce sujet à la Maison Blanche par un journaliste de l'AFP, il a répondu: "Je ne vais pas vous le dire mais je peux le faire".

Sur son réseau Truth Social, il a par ailleurs écrit que l'armée américaine avait mené "une mission secrète en soutien des pétroliers et autres navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz".

"Ces efforts ont permis de faire passer 100 MILLIONS de barils de pétrole par le détroit", a-t-il ajouté, en précisant que "plus de 200 navires" avaient pu franchir le passage.

Cette "mission secrète" évoque le "Project Freedom", un projet d'escorte de navires annoncé début mai puis très rapidement suspendu par Donald Trump en raison, à l'époque, de "grands progrès" dans les discussions avec Téhéran.

Depuis l'entrée en vigueur de la trêve début avril, le dirigeant républicain multiplie les déclarations contradictoires, entre espoir d'un compromis tout proche et menace de reprise des hostilités.

Donald Trump affirmait encore mardi que la diplomatie américaine menait les "derniers efforts" en vue d'un accord avec Téhéran, évoquant un délai de "deux à trois jours" pour sa conclusion.

Il a par ailleurs affirmé, dans un autre message mercredi, que le blocus américain des ports iraniens était "le plus réussi" de l'histoire, allant selon lui jusqu'à empêcher Téhéran de payer la solde de ses militaires.

Peu après les propos de M. Trump à la Maison Blanche, l'armée américaine a annoncé qu'un de ses avions de combat avait mis hors service un pétrolier dans le Golfe d'Oman qui tentait d'apporter du pétrole en Iran malgré le blocus imposé par les Etats-Unis.