La carrière de Henry Kissinger, magistrale leçon de diplomatie et art de la gouvernance

Vénéré par beaucoup et détesté par certains, Kissinger est devenu l’incarnation du pouvoir américain à son apogée, projetant l’ombre portée de la Pax Americana à travers le monde et devenant synonyme de l’Amérique de la guerre froide (AFP/Getty Images)
Vénéré par beaucoup et détesté par certains, Kissinger est devenu l’incarnation du pouvoir américain à son apogée, projetant l’ombre portée de la Pax Americana à travers le monde et devenant synonyme de l’Amérique de la guerre froide (AFP/Getty Images)
L’ancien Secrétaire d’État américain Henry Kissinger assiste à une cérémonie de remise de prix en l’honneur de sa carrière diplomatique à Washington DC, le 9 mai 2016. (Fichier AFP)
L’ancien Secrétaire d’État américain Henry Kissinger assiste à une cérémonie de remise de prix en l’honneur de sa carrière diplomatique à Washington DC, le 9 mai 2016. (Fichier AFP)
Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger avec le roi Faiçal (droite) d’Arabie saoudite à Riyad en 1973. Sur la gauche se trouve le prince Salmane, aujourd’hui roi d’Arabie saoudite (Archives AN)
Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger avec le roi Faiçal (droite) d’Arabie saoudite à Riyad en 1973. Sur la gauche se trouve le prince Salmane, aujourd’hui roi d’Arabie saoudite (Archives AN)
Le président américain Jimmy Carter (à droite) consulte l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger le 15 août 1977 à la Maison Blanche sur les propositions de paix au Moyen-Orient. (AFP)
Le président américain Jimmy Carter (à droite) consulte l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger le 15 août 1977 à la Maison Blanche sur les propositions de paix au Moyen-Orient. (AFP)
L'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger rencontre le Premier ministre français Jacques Chirac (à droite) à l'hôtel Matignon le 26 mars 1986 à Paris. (AFP)
L'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger rencontre le Premier ministre français Jacques Chirac (à droite) à l'hôtel Matignon le 26 mars 1986 à Paris. (AFP)
Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger marche dans la rue à Paris le 19 février 1975. (AFP)
Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger marche dans la rue à Paris le 19 février 1975. (AFP)
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton (à droite) et l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger participent ensemble à des « conversations sur la diplomatie, modérées par Charlie Rose », au département d'État à Washington le 20 avril 2011. (AFP)
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton (à droite) et l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger participent ensemble à des « conversations sur la diplomatie, modérées par Charlie Rose », au département d'État à Washington le 20 avril 2011. (AFP)
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Publié le Samedi 27 mai 2023

La carrière de Henry Kissinger, magistrale leçon de diplomatie et art de la gouvernance

  • Le centenaire met en lumière l'empreinte du réfugié allemand devenu le chef diplomate de l'Amérique sur le monde d'après-guerre
  • Le concepteur de la Pax Americana sous Nixon continue d'exercer une influence en tant que conseiller informel auprès des grands et des bons du monde

LONDRES : Anwar el-Sadate, Mao Tsé-Tong, Richard Nixon et le roi Faisal sont parmi les dirigeants qui ont marqué le XXe siècle. Ce que leurs histoires et leurs héritages ont en commun, c'est l'impact des efforts d'une figure minuscule mais néanmoins d’une importance considérable : Henry Kissinger. Allemand, américain, soldat, officier du renseignement, universitaire de Harvard, homme d'État et homme d'affaires à la fois, cet oracle géopolitique fête ses 100 ans ce weekend.

Vénéré par beaucoup et détesté par certains, Kissinger est devenu l’incarnation du pouvoir américain à son apogée, projetant l’ombre portée de la Pax Americana à travers le monde, tantôt prônant les valeurs américaines, tantôt étouffant les mouvements révolutionnaires et soutenant les juntes militaires.

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Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger avec le roi Faiçal (droite) d’Arabie saoudite à Riyad en 1973. (AFP)

Tout article aurait du mal à résumer une vie aussi longue et mouvementée. Né cinq ans après l'abdication du dernier empereur d'Allemagne, Kissinger possède des archives personnelles  estimées à 30 tonnes de documents.

Bien qu'il soit devenu synonyme de l'Amérique de la Guerre froide, les traces instantanément reconnaissables de son origine bavaroise dans sa voix grave ont révélé ses origines. Né de parents juifs allemands en périphérie de Nuremberg, le jeune Kissinger a fait preuve d'une audace qui allait plus tard incarner son assurance sur la scène internationale, défiant les nazis locaux afin d’assister à des matchs de football et se rebellant contre leurs restrictions.

Cependant, sa vraie détermination a commencé à se manifester lorsqu'il est devenu réfugié en Amérique dans les années 1930, fréquentant l'école la nuit et travaillant dans une usine de brosses à raser le jour.

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Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger rencontre le président chinois Mao Zedong à Pékin le 17 février 1973. (fichier AFP)

Poursuivant ses études supérieures tout en travaillant, Kissinger a vu son parcours éducatif interrompu par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Participant à la bataille des Ardennes, son service pendant la guerre a culminé avec l'administration et la dénazification des secteurs allemands libérés sous son contrôle.

L'enthousiasme de Kissinger pour son pays adoptif ne faisait que grandir ; il se souviendrait plus tard que cette expérience l’avait poussé à «se sentir comme un vrai Américain ».

La carrière de Kissinger est souvent étudiée en détail à partir de sa nomination en tant que conseiller à la sécurité nationale des États-Unis en 1969. Or, ses années d'après-guerre en tant qu'universitaire ont posé les bases de son association ultérieure à la realpolitik.

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Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger avec le président égyptien Anouar Sadate au Caire en mai 1974. (AFP)

La vision du monde de Kissinger, ou weltanschauung, est caractérisée par des expressions telles que « L'Amérique n'a pas d'amis ou d'ennemis permanents, seulement des intérêts permanents ». Cette compréhension particulière du monde à travers le prisme des empires et de la politique des grandes puissances est fondée sur une conception du monde du XIXe siècle.

Il n'est donc pas surprenant que sa thèse de doctorat à Harvard s'intitule « Paix, légitimité et équilibre (A study of the Statemanship of Castlereagh and Metternich) ».

Cette étude académique de la période entre 1815 et 1914 est connue sous le nom de Concert européen, lorsque les grandes puissances cherchaient à maintenir un certain équilibre des pouvoirs et à soutenir la paix mondiale. Remarquable pour des personnalités comme Von Bismarck, dont la philosophie politique est souvent indissociable de la sienne, c'est cette période que Kissinger cherchait à refléter, remplaçant le rôle historique de la Grande-Bretagne par la superpuissance inégalée de l'Amérique du XXe siècle.

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Henry Kissinger et le président américain Richard Nixon en 1973. (AFP)

Alors que Kissinger devenait connu des décideurs politiques à Washington, son orientation vers une carrière politique était inévitable. Contrairement à ses pairs, sa solide formation académique lui fournissait la capacité d'agir en tant que conseiller interne sur les défis politiques de l’époque.

Si le moteur à réaction est devenu le symbole de la domination militaire et culturelle américaine de l'après-guerre, Kissinger a utilisé les voyages internationaux à des fins similaires pour remanier la diplomatie américaine. Sa nomination au poste de secrétaire d'État en 1973 n'était en réalité que la ratification formelle d'un rôle international croissant qu'il avait déjà commencé à jouer.

Cette année-là, Kissinger a été à l'avant-garde des efforts de la diplomatie navette pour remodeler le monde afin de faire avancer les intérêts américains. Ayant déjà ouvert la voie pour le sommet historique de 1972 entre Nixon, Zhou Enlai et le président Mao, Kissinger a rapproché la Chine du reste du monde, conduisant à la formalisation des relations entre les deux pays. Il a d’ailleurs joué un rôle crucial dans la médiation d'une entente antisoviétique entre les deux puissances.

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Alors que le président américain Richard Nixon (2e à gauche) rencontre la Première ministre israélienne Golda Meir, Henry Kissinger (3e à gauche) s'entretient avec d'autres responsables israéliens à Washington le 1ernovembre 1973. (AFP)

Alors que le monde observait après la guerre du Kippour, Kissinger, après sa participation à un coup d'État au Chili le mois précédent, a fait la navette entre les capitales arabes tout en organisant un pont aérien sans précédent d'armes vers Israël, basculant l'équilibre régional des pouvoirs, au point que l'État d'Israël n'a jamais été confronté à une invasion arabe depuis.

L'année s'est conclue par un accord pour mettre fin à la guerre du Vietnam, et la diplomatie hyperactive de Kissinger a été récompensée par le prix Nobel de la paix, ses activités internationales devenant un modèle pour la diplomatie américaine aux yeux de ses pairs et une tache sur sa carrière selon ses détracteurs.

CÉLÈBRES CITATIONS

  • On ne peut pas faire la guerre au Moyen-Orient sans l'Égypte et on ne peut pas faire la paix sans la Syrie.
  • Accepte tout de toi-même, je veux dire absolument tout. Tu es toi et c'est le commencement et la fin, pas d'excuses, pas de regrets.
  • Quatre-vingt-dix pour cent des politiciens donnent une mauvaise réputation aux dix pour cent restants.
  • Ce qui est illégal, nous le faisons immédiatement. Ce qui est anticonstitutionnel prend un peu plus de temps.
  • Le pouvoir est le meilleur aphrodisiaque.

Kissinger est souvent considéré comme ayant été le distributeur insensible du pouvoir américain dans le monde en développement. Bien qu'il ait réussi à défendre ses intérêts, sa vision –  d'un vaste puzzle mondial composé de pièces qui devaient être déplacées pour correspondre à l'émergence de l'Amérique en tant que puissance suprême mondiale –  a suscité la controverse.

Ayant déclaré un jour « Je ne suis pas intéressé par, et je ne connais rien de, la partie sud du monde » et « Ce qui se passe dans le sud n'a aucune importance », il est désormais clair qu'une certaine ignorance du monde plus large sous-tendait les interventions politiques et militaires plus décisives qu'il soutenait pour étendre l'influence de l'Amérique.

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Des manifestants se rassemblent sur la Place des Nations à Genève le 10 septembre 2010 pour protester contre la présence de l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger et son rôle présumé dans le coup d'État militaire de 1973 au Chili. (AFP)

Son implication dans le coup d'État au Chili, au Bangladesh, au Pakistan, au Timor oriental et dans les bombardements au Cambodge continue d'être un sujet de grand débat, résumé dans le traité de 2001 de Christopher Hitchens, « Le Procès d'Henry Kissinger ».

Plus tard dans sa vie, Kissinger affirmerait que les bombardements au Cambodge étaient essentiels pour stopper les incursions au Sud-Vietnam. En vérité, l'attention portée aux bombardements massifs ultérieurs des Khmers rouges par les États-Unis est beaucoup moins controversée aujourd'hui par rapport aux crimes du régime cambodgien et de son propre génocide dans les années 1970.

Néanmoins, la diplomatie intercontinentale de Kissinger était fidèle au modèle bismarckien dont il était issu, légèrement masquée par l'utilisation de la célèbre maxime du premier chancelier allemand : « La politique est l'art du possible ».

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Le président du Congrès national africain Nelson Mandela (à droite) salue l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger à son arrivée pour leur réunion à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 13 avril 1994. (AFP)

En fin de compte, il est encore remarquable que Kissinger, un homme qui a pris sa retraite il y a 50 ans, soit resté politiquement pertinent. À la tête de Kissinger Associates, il continue d'exercer une influence et une portée remarquables, en tant que conseiller par excellence des grands dirigeants mondiaux.

Le long adieu politique de Kissinger lui a donné l'occasion d'avoir le dernier mot sur un grand nombre des moments importants de sa carrière, un luxe dont ses pairs disparus n'ont pas profité. Sa pertinence, cependant, persiste, son plaidoyer en faveur de la coexistence avec la Chine et de la détente avec la Russie faisant de son expertise une valeur très recherchée dans les efforts déployés par l'un afin de perturber l'Amérique et par l'autre pour la supplanter totalement.

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Le président russe Vladimir Poutine (à droite) accueille l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger lors de leur rencontre à la résidence Novo-Ogaryovo près de Moscou le 6 juin 2006. (AFP)

Cependant, le rééquilibrage constant du pouvoir mondial n'est pas le principal intérêt de Kissinger aujourd’hui. Il a passé la dernière décennie à mettre en garde contre la montée de l'intelligence artificielle, qui menace de réécrire les règles diplomatiques, notamment pour un homme né à une époque où les armées utilisaient encore des cavaleries.

Le centenaire continue d’attirer l’attention, avertissant récemment dans un livre sur la question que la course aux armements en matière d'IA est un « problème totalement nouveau » et « pour lequel il n'existe encore aucune théorie plausible sur la façon dont les États peuvent l'emporter ».

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L'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger rencontre le président américain Donald Trump (à droite) à la Maison Blanche à Washington, le 10 octobre 2017. (AFP)

Nul ne doute que malgré ses nombreux défauts, Kissinger reste une figure publique qui a façonné une certaine époque. Cependant, il est un personnage infiniment plus complet que le maître intrigant de la realpolitik que ses détracteurs font de lui.

Cette carrière d'immenses réalisations et de controverses incessantes a été rendue possible grâce à un talent aussi brillamment éduqué que discret, deux qualités malheureusement absentes de la vie politique actuelle.

Il n'est pas impossible que, tout comme Kissinger a planifié l'extension de la domination américaine, en tant qu'étudiant de l'histoire impériale, il s'attendait également à observer son déclin. Mais on ne sait pas si cela est dû à la rapidité avec laquelle cela s'est produit ou à la longévité de Kissinger. Quoi qu'il en soit, il a probablement la réponse.

Zaid M. Belbagi est chroniqueur politique, et conseiller de clients privés entre Londres et le CCG. Twitter: @Moulay_Zaid

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.