Bagdad: Après des années de conflit, la passion du livre est de retour

L'année dernière, les lecteurs passionnés ont afflué à la troisième édition de la Foire internationale du livre d'Irak (Photo, Ziyad Matti).
L'année dernière, les lecteurs passionnés ont afflué à la troisième édition de la Foire internationale du livre d'Irak (Photo, Ziyad Matti).
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Publié le Vendredi 10 mars 2023

Bagdad: Après des années de conflit, la passion du livre est de retour

  • Les livres constituent depuis longtemps un élément essentiel de la vie intellectuelle irakienne, qui perdure encore aujourd'hui, malgré les crises actuelles
  • La rue Al-Mutanabbi, récemment restaurée, est réputée pour ses libraires, ses cafés et sa scène intellectuelle

BAGDAD: Un vieil adage sur les livres arabes affirme que «le Caire écrit, Beyrouth imprime et Bagdad lit.» Si ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui, la dernière partie de la célèbre phrase reste vraie : les Irakiens adorent la lecture.

L'achat, la lecture et la discussion autour de livres ont longtemps constitué des éléments essentiels de la vie intellectuelle irakienne, qui perdure encore aujourd'hui, malgré les soubresauts politiques que traverse le pays.

«Les livres nous permettent de nous évader», expliue à Arab News Fatimah Jihad, responsable des droits étrangers pour le groupe Al-Mada pour les médias, la culture et l'art. «Peu importe ce qui se passe dans le pays, un grand désir de préserver la culture des livres et de la littérature en vie persiste.»

Un groupe d’enfants irakiens s’initie à la lecture lors d’une foire du livre à Bagdad (Photo fournie).

Cela ne signifie cependant pas qu'il n'y a pas eu de grands défis à relever.

«À cause des guerres, des milices armées et des combats à l'intérieur de l'Irak, la littérature et l'éducation ont été reléguées au second plan, les gens n'étant plus aussi désireux de s’instruire et d’apprendre qu’avant», a révélé Aqeel al-Khrayfawi, chercheur archéologue et universitaire irakien, à Arab News.

«À cause du manque de soutien de la part du gouvernement, la vente, l'achat et même l'écriture de livres ont diminué.»

Toutefois, au cours de la dernière décennie, plusieurs initiatives, généralement privées, ont essayé de faire revivre cette partie essentielle du patrimoine irakien, à une époque où les librairies traditionnelles sont de plus en plus menacées dans le monde entier.

À la fin de l'année dernière, Al-Saqi Books, qui fut la première librairie arabe de Londres, a fermé ses portes après quarante-quatre ans d'activité.

La littérature et l'éducation ont été reléguées au second plan en Irak du fait des conflits qui ont ravagé le pays au cours des deux dernières décennies (Photo fournie).

«Cela était impensable, mais nous avons dû faire face aux réalités de la situation : le défi était trop grand», réagissait Lynn Gaspard, la fille de l'un des deux fondateurs d'Al-Saqi, à Arab News en décembre.

Le même mois, des milliers d'Irakiens et d'étrangers ont afflué dans la célèbre rue Al-Mutanabbi à Bagdad. Nommée d'après le poète de l'époque abbasside Abou al-Tayeb al-Mutanabbi. Cette rue est depuis longtemps réputée pour ses libraires, ses cafés et sa scène intellectuelle.

Cette rue, qui porte encore les traces de l'invasion américaine de l'Irak en 2003 et d'un attentat à la voiture piégée en 2007 qui a fait 30 morts et 60 blessés, a rouvert en décembre 2021 après avoir été rénovée par la Ligue irakienne des banques privées.

Un an plus tard, bibliophiles s'y sont rendus en masse pour la troisième édition de la Foire internationale du livre d'Irak. Il s'agit de l'édition la plus importante et la plus globale de l'événement à ce jour, avec environ 800 000 livres provenant de 350 éditeurs irakiens et internationaux représentant 20 pays.

Pour Lynn Gaspard, le défi était trop élevé (Photo fournie).

La foire était organisée par le groupe Al-Mada et parrainée par l'Association des banques privées irakiennes et la Banque centrale irakienne. Al-Mada est une fondation médiatique et culturelle fondée à Damas, en Syrie, avec des succursales à Beyrouth et au Caire. En 2003, elle a transféré son siège à Bagdad et a commencé à publier le journal Al-Mada.

La foire était dédiée au philosophe, historien, intellectuel et linguiste irakien Hadi al-Alawi (1932-1998), célèbre pour ses études sur la culture islamique et arabe, la science et les civilisations chinoise et islamique. Elle proposait des lectures de poèmes, des signatures de livres, des expositions d'art et des séminaires sur la culture et la société irakiennes, ainsi que sur le parcours créatif d'Al-Alawi.

Les Irakiens qui fréquentent la rue Al-Mutanabbi affirment que les livres peuvent y rester exposés en toute sécurité la nuit parce que «le lecteur ne vole pas, et le voleur ne lit pas». Malgré les nombreux malheurs de l’Irak, la littérature continue d’être un pilier de la vie intellectuelle et culturelle du pays –un pilier que les Irakiens continuent de défendre par le biais d’évènements comme la foire du livre.

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EN BREF

• Située près du vieux quartier de Bagdad, la rue Al-Mutanabbi a été le premier marché de livres de la capitale irakienne.

• Elle porte le nom du poète Abou al-Tayeb al-Mutanabbi, né au Xe siècle sous la dynastie abbasside.

• Elle est un refuge pour les écrivains de toutes confessions et constitue le cœur historique de la communauté littéraire et intellectuelle de Bagdad.

La situation politique incertaine continue de peser, non seulement sur l’industrie de l’édition, mais aussi sur le secteur des petites et moyennes entreprises en général.

L’année dernière, des lecteurs passionnés ont afflué à la troisième édition de la Foire internationale du livre d’Irak (Photo, Ziyad Matti).

Le Premier ministre Mohammed al-Sudani, qui a pris ses fonctions en octobre dernier, a peiné à tenir ses promesses en matière d’économie, de sécurité, de droits de l’homme et de corruption.

Fin janvier, l'épouse de l'ancien directeur de l'administration fiscale irakienne et deux autres personnes ont été arrêtées pour corruption. La pauvreté, le chômage, le manque d'industrie locale et l'inaction en matière de changement climatique continuent d'affecter le pays.

L'Irak étant l'un des pays les plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique, et l'inefficacité bureaucratique ont contribué à la pénurie de produits de première nécessité, tels que l'eau potable et l'électricité, dans de nombreuses régions du pays.

«En raison des conditions sécuritaires qui prévalent depuis des années, nous n'avons pas eu accès aux librairies et aux éditeurs étrangers», a déploré auprès d’Arab News Ali Tariq, directeur exécutif de la Ligue irakienne des banques privées.

La rue Al-Mutanabbi de Bagdad, longtemps réputée pour ses librairies, ses cafés et sa scène intellectuelle, a été restaurée et rouverte en décembre 2021 (Photo, Ziyad Matti).

«Les Irakiens viennent des quatre coins du pays pour participer à la foire du livre parce qu’elle leur permet d'avoir accès à des livres internationaux et à des livres d'autres pays arabes qui ne sont pas facilement disponibles en Irak.

«Une foire comme celle-ci offre aux Irakiens une excellente occasion d'entrer en contact avec des éditeurs internationaux, en particulier ceux de la région arabe.»

Au cours de la dernière décennie, en particulier depuis le début de la pandémie de la Covid-19, plusieurs initiatives ont été lancées à travers le pays afin d’encourager les Irakiens, notamment les jeunes, à développer leur goût pour la lecture.

Début novembre, la neuvième édition du festival Je suis irakien, je lis s'est tenue sur les pelouses du parc Abū Nuwās, à Bagdad. Environ 35 000 livres ont été distribués gratuitement, ce qui représente une augmentation considérable par rapport aux 3 000 livres distribués lors de la première édition en 2012. Le festival est organisé chaque année dans différentes provinces du pays.

Les livres ont toujours joué un rôle crucial dans le patrimoine irakien (Photo, Ziyad Matti).

En 2014, quelques mois après la libération de la ville septentrionale de Mossoul des mains de Daech, les habitants ont organisé leur premier festival de lecture. Pendant l'occupation de la troisième ville d'Irak, la célèbre bibliothèque de l'université de Mossoul a été bombardée et incendiée par les extrémistes, un événement surnommé «le massacre des livres de Mossoul».

La bibliothèque, créée en 1967, était autrefois l'une des plus grandes bibliothèques d'Irak, contenant des centaines de milliers de livres et de manuscrits.

En septembre 2017, les habitants de Mossoul ont organisé un festival littéraire intitulé Des cendres, le livre est né. On a demandé aux participants d'apporter un livre et de le donner à la bibliothèque de l'université. Selon l'ONU, l'événement a permis de collecter plus de 6 000 livres en une journée, contribuant ainsi à réapprovisionner et à reconstruire la bibliothèque détruite.

Malgré les campagnes de sensibilisation, les fonds destinés à aider les écrivains irakiens à publier leurs œuvres restent rares (Photo fournie).

Des foires du livre sont également organisées dans d'autres régions du pays, notamment dans la ville méridionale de Bassorah, par l'intermédiaire de la Fondation Al-Mada. En 2021, plus de 250 éditeurs internationaux et arabes ont participé à la foire de Bassorah, qui comprenait une série d'activités culturelles.

«L'amour de la littérature fait partie de nos racines; aujourd'hui les Irakiens visitent régulièrement la rue Al-Mutanabbi», a mentionné Tariq. «Il existe aujourd'hui un mouvement au sein de la population pour sensibiliser le public et souligner l'importance de la lecture, en particulier pour les plus jeunes.»

Malgré les campagnes de sensibilisation, les fonds destinés à aider les écrivains irakiens à publier leurs œuvres restent limités.

«Nous avons beaucoup d'écrivains irakiens, mais pas de budget pour publier leurs livres», a signalé Al-Khrayfawi, qui est également vice-président du club d'histoire de l'Union des écrivains de Najaf.

«Les Irakiens aiment la littérature, l'histoire et la découverte de la culture d'autres peuples. Cela fait partie de notre héritage ancestral, tout comme notre littérature classique et notre amour de la poésie», a-t-il expliqué.

Malgré les campagnes de sensibilisation, les fonds destinés à aider les écrivains irakiens à publier leurs œuvres restent rares (Photo fournie).

Selon Jihad du groupe Al-Mada, malgré les nombreux défis, les foires et festivals du livre créent davantage d’occasions pour les libraires, les écrivains et les éditeurs irakiens, ainsi que l'espoir d'investissements de la part du secteur privé dans la région et au-delà.

«C'est une situation gagnant-gagnant», a-t-elle soutenu. «De plus en plus de gens participent aux foires chaque année. Nous avons cette culture de la lecture en Irak, de l'achat et de la vente de livres.

«Les écrivains, éditeurs et vendeurs de livres irakiens rencontrent des vendeurs de toute la région et du monde entier. Ces échanges créent de nouvelles affaires. Notre travail acharné porte ses fruits, car chaque année, de plus en plus d'Irakiens et de visiteurs internationaux participent à cet événement.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Les calculs à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien

« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
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  • Ibrahim Olabi déclare au Conseil de sécurité de l’ONU qu’Israël a frappé la base aérienne d’Abu Al-Duhur à huit reprises et que les incursions et les « actes d’agression » se poursuivent, notamment les enlèvements, les bombardements et d’autres violations
  • La Syrie se trouve « à un moment charnière » alors que des millions de personnes déplacées rentrent enfin chez elles, a déclaré le coordinateur adjoint des secours d’urgence de l’ONU, mais « ce retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », a-t

NEW YORK : Les frappes militaires et les incursions israéliennes poussent la région vers la catastrophe, a déclaré jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU le représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Ibrahim Olabi. 

« La région tout entière se trouve au seuil d’une guerre régionale qui n’épargnerait personne », a-t-il déclaré, en raison des « calculs électoraux étroits du Premier ministre israélien ». 

Ses remarques interviennent alors que de hauts responsables de l’ONU ont informé le Conseil de la situation humanitaire en Syrie et de l’avancement de la transition politique post-Assad. 

Israël a mené huit frappes aériennes contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, a poursuivi ses incursions sur le territoire syrien et a persisté dans des « actes d’agression, notamment des enlèvements, des bombardements et des violations » qui « ne cessent pas », a déclaré M. Olabi. 

Il a critiqué « l’attitude irresponsable » du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, qui s’est rendu cette semaine auprès des troupes israéliennes du côté syrien du mont Hermon et a déclaré qu’elles y resteraient indéfiniment, qualifiant cela de « défi flagrant à la légitimité internationale et aux résolutions de ce Conseil ». 

Il a indiqué que la Syrie s’engageait sérieusement dans les efforts diplomatiques menés sous l’égide des États-Unis visant à désamorcer l’escalade, mais a averti que « tous les efforts internationaux et régionaux déployés depuis des mois pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région risquent désormais d’être réduits à néant par les illusions qui n’existent que dans l’imagination d’un gouvernement imprudent et extrémiste ». 

Les attaques israéliennes « ne nous feront pas changer de cap », a ajouté M. Olabi, ni « le choix de la Syrie en faveur de la stabilité », qui, selon lui, ne peut être réalisé que si Israël met fin à ses attaques, cesse ses incursions, se conforme pleinement à l’accord de désengagement de 1974 et se retire des territoires qu’il occupe depuis le 8 décembre 2024. 

Abordant la question du Golan occupé, M. Olabi a cité la résolution 497 du Conseil de sécurité, adoptée en 1981, et en a rappelé la conclusion selon laquelle la « décision d’Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le Golan syrien occupé » était « nulle et non avenue, et sans effet juridique international ». 

Il a noté qu’une résolution de l’Assemblée générale adoptée ce mois-ci, réaffirmant ce principe, avait recueilli le soutien de 123 États, contre 97 auparavant. 

M. Olabi a exposé sa vision de ce qu’il a qualifié de tournant pour la Syrie. Il a notamment mis en avant trois événements marquants survenus ce mois-ci. Premièrement, la visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à Damas, qui, selon lui, a mis fin à « une ère de tensions entre les Nations unies et la Syrie » au profit d’« une nouvelle phase […] placée sous le signe du partenariat ». 

Deuxièmement, la visite du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui a marqué ce qu’il a qualifié de fin de « l’ère des déplacements et des réfugiés » et le début d’une ère de « retour », plus de 3 millions de Syriens étant déjà rentrés chez eux. 

Et troisièmement, la visite de Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui, selon lui, a ouvert «une nouvelle phase de coopération plus large» après «l’ère de l’ambiguïté». 

M. Olabi s’est également félicité de la décision prise cette semaine par les États-Unis de retirer la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme après 47 ans, et a remercié le président Donald Trump. 

Il a évoqué le réchauffement des relations avec la Russie, la Chine et le Pakistan, et a souligné que l’intégration et la dissolution complètes des Forces démocratiques syriennes au sein de l’Armée arabe syrienne constituaient la preuve d’« un véritable processus d’intégration nationale […] fondé sur l’égalité entre les citoyens et non sur des quotas sectaires ». 

Il a cité une série de signes de reprise économique en Syrie : la reprise des vols internationaux vers l’Allemagne ; de nouveaux systèmes de paiement électronique ; les préparatifs en vue de sortir de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), qui recense les pays présentant des faiblesses reconnues dans leurs efforts de lutte contre le blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers ; et la réouverture du salon commercial de la Foire internationale de Damas. 

Pour les Syriens, « le rétablissement d’un vol direct ou l’ouverture d’un compte bancaire… ce ne sont pas des détails mineurs ; ce sont au contraire des signes du retour à la vie elle-même », a déclaré M. Olabi. 

Il a également noté que les tribunaux avaient rendu des jugements à l’encontre de l’ancien président syrien, Bachar al-Assad, de son frère Maher et d’autres membres de l’ancien régime pour des crimes commis contre des citoyens syriens, et a remercié le Liban d’avoir extradé un ancien officier recherché. 

Moment charnière

Lors d’un point d’information au Conseil sur la situation humanitaire en Syrie, Indrika Ratwatte, secrétaire général adjoint par intérim et coordinateur adjoint des secours d’urgence, a déclaré que le pays se trouvait « à un moment charnière », avec près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 1,7 million de réfugiés ayant regagné leur foyer depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024. 

Il a toutefois averti que « le retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », soulignant que plus de 5,5 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, dont 833 000 vivent dans plus de 1 200 camps. 

Il a indiqué que les engins explosifs avaient fait plus de 2 400 victimes, dont 865 morts, depuis décembre 2024, et que l’appel humanitaire international en faveur de la Syrie n’était financé qu’à hauteur de 30 %. 

« C’est précisément le moment où les investissements peuvent transformer des progrès fragiles en une reprise durable », a déclaré M. Ratwatte, appelant à un financement soutenu, à un soutien aux rapatriés et à des efforts pour « empêcher la Syrie d’être entraînée dans un conflit régional ». 

S’exprimant depuis Damas, le représentant spécial adjoint pour la Syrie, Claudio Cordone, s’est félicité de la décision américaine de lever la désignation de la Syrie comme «État soutenant le terrorisme », et a cité une projection du Fonds monétaire international prévoyant «une croissance à deux chiffres en 2026» pour le pays. 

Il a toutefois averti que « la pauvreté généralisée et la recrudescence de l’inflation signifient que les conditions restent très difficiles pour la plupart des Syriens ». 

M. Cordone a également fait part de ses inquiétudes concernant la poursuite des opérations militaires israéliennes dans le sud de la Syrie, « notamment les incursions terrestres répétées, les perquisitions domiciliaires et la destruction de biens privés et agricoles », et a déclaré que la présence d’Israël à l’est de la ligne de cessez-le-feu « violait la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ». 

Il a condamné la frappe israélienne du 18 août contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, dans le gouvernorat d’Idlib, et s’est félicité des « récents contacts directs entre Israël et la Syrie et des pourparlers en Jordanie », ainsi que des efforts de médiation américains. Il a également soulevé un certain nombre de préoccupations d’ordre national, notamment des informations faisant état de décès en détention et de disparitions, et a exhorté les autorités syriennes à instaurer « un moratoire sur toutes les exécutions ».


Syrie: le président Chareh fait du chef kurde Mazloum Abdi l'un de ses conseillers

Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
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  • M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI)
  • Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat

DAMAS: Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas.

"Moustafa Khalil Abdi est nommé conseiller auprès de la présidence de la République", indique le décret signé par M. Chareh et publié par l'agence de presse officielle Sana.

M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat.

L'accord d'intégration représente une victoire majeure pour M. Chareh, mais met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes.

"Absolument historique": l'envoyé spécial américain en Syrie, également ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, s'est félicité mardi de cette décision qui "ressemble à une véritable intégration (...) visant à renforcer la souveraineté de la Syrie".

"Sacrifices consentis"

"Garantir des rôles de premier plan à nos précieux partenaires", y compris M. Abdi au sein du gouvernement, "témoigne du respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis par nos partenaires kurdes et à la contribution constructive qu'ils ont apportée à la stabilité régionale", avait ajouté M. Barrack, sans préciser quel rôle l'ex-chef des FDS était appelé à occuper.

Les FDS ont été formées en 2015 à l'initiative des Etats-Unis, impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu l'EI à Kobané, dans le nord de la Syrie, et qui cherchaient un partenaire fiable dans la lutte en cours contre les jihadistes.

A leur apogée, elles comptaient environ 100.000 combattants, kurdes et arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole.

Mais Mazloum a adhéré à l'accord d'intégration à la suite des affrontements de janvier dernier, au cours desquels les Kurdes ont perdu de vastes portions de territoire au profit des troupes gouvernementales, alors même que Washington, soutien de longue date des Kurdes, se rapprochait des nouvelles autorités de Damas.

M. Chareh a de son côté signé un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale – une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.

M. Abdi a annoncé la semaine dernière que l'intégration de l'administration kurde à l'Etat syrien était achevée, ajoutant "notre combat se poursuivra afin d'inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution."


Tunisie: pour les coupures d'eau et électricité, le président dénonce des «actes prémédités»

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
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  • Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics
  • Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés"

TUNIS: Le président tunisien Kais Saied, doté des pleins pouvoirs depuis l'été 2021, a dénoncé des "actes prémédités" visant à "attiser les tensions" pour expliquer les coupures d'eau et d'électricité qui rythment le quotidien des Tunisiens depuis le début de l'été.

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics.

Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés".

M. Saied s'est exprimé après une réunion avec sa cheffe de gouvernement, les ministres concernés et les dirigeants des deux entreprises publiques, Steg (électricité) et Sonède (eau).

Dans son communiqué, M. Saied, coutumier des déclarations à caractère complotiste, affirme que "les enquêtes ont démontré" que les coupures "dans plusieurs zones ne résultaient pas de pannes ordinaires".

Selon lui, il s'agit "d'actes prémédités visant à enflammer la situation par tous les moyens, à répandre mensonges et rumeurs afin de semer la confusion" et à "maltraiter les citoyens jusque dans les services les plus élémentaires".

Comme en juillet, la Steg a recommencé à publier des avis de "délestages", destinés à soulager son réseau sous forte tension, en listant les villes concernées ainsi que les quartiers de Tunis, une agglomération d'environ trois millions d'habitants sur 12 millions.

Les Tunisiens subissent aussi de fréquentes coupures d'eau, car une bonne partie de l'approvisionnement en eau courante nécessite un pompage.

La production de bouteilles d'eau minérale, dont les Tunisiens sont de gros consommateurs, a en outre été perturbée par ces coupures d'électricité et une pénurie de bouteilles en plastique. Dans les supermarchés, l'eau est rationnée à un pack de six par personne et est devenue introuvable dans les épiceries.

"Les ennemis de la patrie et ceux qui les soutiennent sont désormais démasqués aux yeux du peuple tunisien", a poursuivi M. Saied, prévoyant "un échec" pour ces "tentatives de provocation" et "ces plans criminels, d'où qu'ils viennent" tant que le pays restera "soudé".

En juillet 2021, M. Saied avait limogé son Premier ministre et gelé le Parlement, réduit depuis à un rôle de chambre d'enregistrement.

Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères, dont Human Rights Watch et Amnesty International, l'ont accusé de dérive autoritaire à travers une restriction des droits et libertés et l'emprisonnement des principaux leaders de l'opposition, de dizaines de journalistes, avocats et militants.