Bagdad: Après des années de conflit, la passion du livre est de retour

L'année dernière, les lecteurs passionnés ont afflué à la troisième édition de la Foire internationale du livre d'Irak (Photo, Ziyad Matti).
L'année dernière, les lecteurs passionnés ont afflué à la troisième édition de la Foire internationale du livre d'Irak (Photo, Ziyad Matti).
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Publié le Vendredi 10 mars 2023

Bagdad: Après des années de conflit, la passion du livre est de retour

  • Les livres constituent depuis longtemps un élément essentiel de la vie intellectuelle irakienne, qui perdure encore aujourd'hui, malgré les crises actuelles
  • La rue Al-Mutanabbi, récemment restaurée, est réputée pour ses libraires, ses cafés et sa scène intellectuelle

BAGDAD: Un vieil adage sur les livres arabes affirme que «le Caire écrit, Beyrouth imprime et Bagdad lit.» Si ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui, la dernière partie de la célèbre phrase reste vraie : les Irakiens adorent la lecture.

L'achat, la lecture et la discussion autour de livres ont longtemps constitué des éléments essentiels de la vie intellectuelle irakienne, qui perdure encore aujourd'hui, malgré les soubresauts politiques que traverse le pays.

«Les livres nous permettent de nous évader», expliue à Arab News Fatimah Jihad, responsable des droits étrangers pour le groupe Al-Mada pour les médias, la culture et l'art. «Peu importe ce qui se passe dans le pays, un grand désir de préserver la culture des livres et de la littérature en vie persiste.»

Un groupe d’enfants irakiens s’initie à la lecture lors d’une foire du livre à Bagdad (Photo fournie).

Cela ne signifie cependant pas qu'il n'y a pas eu de grands défis à relever.

«À cause des guerres, des milices armées et des combats à l'intérieur de l'Irak, la littérature et l'éducation ont été reléguées au second plan, les gens n'étant plus aussi désireux de s’instruire et d’apprendre qu’avant», a révélé Aqeel al-Khrayfawi, chercheur archéologue et universitaire irakien, à Arab News.

«À cause du manque de soutien de la part du gouvernement, la vente, l'achat et même l'écriture de livres ont diminué.»

Toutefois, au cours de la dernière décennie, plusieurs initiatives, généralement privées, ont essayé de faire revivre cette partie essentielle du patrimoine irakien, à une époque où les librairies traditionnelles sont de plus en plus menacées dans le monde entier.

À la fin de l'année dernière, Al-Saqi Books, qui fut la première librairie arabe de Londres, a fermé ses portes après quarante-quatre ans d'activité.

La littérature et l'éducation ont été reléguées au second plan en Irak du fait des conflits qui ont ravagé le pays au cours des deux dernières décennies (Photo fournie).

«Cela était impensable, mais nous avons dû faire face aux réalités de la situation : le défi était trop grand», réagissait Lynn Gaspard, la fille de l'un des deux fondateurs d'Al-Saqi, à Arab News en décembre.

Le même mois, des milliers d'Irakiens et d'étrangers ont afflué dans la célèbre rue Al-Mutanabbi à Bagdad. Nommée d'après le poète de l'époque abbasside Abou al-Tayeb al-Mutanabbi. Cette rue est depuis longtemps réputée pour ses libraires, ses cafés et sa scène intellectuelle.

Cette rue, qui porte encore les traces de l'invasion américaine de l'Irak en 2003 et d'un attentat à la voiture piégée en 2007 qui a fait 30 morts et 60 blessés, a rouvert en décembre 2021 après avoir été rénovée par la Ligue irakienne des banques privées.

Un an plus tard, bibliophiles s'y sont rendus en masse pour la troisième édition de la Foire internationale du livre d'Irak. Il s'agit de l'édition la plus importante et la plus globale de l'événement à ce jour, avec environ 800 000 livres provenant de 350 éditeurs irakiens et internationaux représentant 20 pays.

Pour Lynn Gaspard, le défi était trop élevé (Photo fournie).

La foire était organisée par le groupe Al-Mada et parrainée par l'Association des banques privées irakiennes et la Banque centrale irakienne. Al-Mada est une fondation médiatique et culturelle fondée à Damas, en Syrie, avec des succursales à Beyrouth et au Caire. En 2003, elle a transféré son siège à Bagdad et a commencé à publier le journal Al-Mada.

La foire était dédiée au philosophe, historien, intellectuel et linguiste irakien Hadi al-Alawi (1932-1998), célèbre pour ses études sur la culture islamique et arabe, la science et les civilisations chinoise et islamique. Elle proposait des lectures de poèmes, des signatures de livres, des expositions d'art et des séminaires sur la culture et la société irakiennes, ainsi que sur le parcours créatif d'Al-Alawi.

Les Irakiens qui fréquentent la rue Al-Mutanabbi affirment que les livres peuvent y rester exposés en toute sécurité la nuit parce que «le lecteur ne vole pas, et le voleur ne lit pas». Malgré les nombreux malheurs de l’Irak, la littérature continue d’être un pilier de la vie intellectuelle et culturelle du pays –un pilier que les Irakiens continuent de défendre par le biais d’évènements comme la foire du livre.

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EN BREF

• Située près du vieux quartier de Bagdad, la rue Al-Mutanabbi a été le premier marché de livres de la capitale irakienne.

• Elle porte le nom du poète Abou al-Tayeb al-Mutanabbi, né au Xe siècle sous la dynastie abbasside.

• Elle est un refuge pour les écrivains de toutes confessions et constitue le cœur historique de la communauté littéraire et intellectuelle de Bagdad.

La situation politique incertaine continue de peser, non seulement sur l’industrie de l’édition, mais aussi sur le secteur des petites et moyennes entreprises en général.

L’année dernière, des lecteurs passionnés ont afflué à la troisième édition de la Foire internationale du livre d’Irak (Photo, Ziyad Matti).

Le Premier ministre Mohammed al-Sudani, qui a pris ses fonctions en octobre dernier, a peiné à tenir ses promesses en matière d’économie, de sécurité, de droits de l’homme et de corruption.

Fin janvier, l'épouse de l'ancien directeur de l'administration fiscale irakienne et deux autres personnes ont été arrêtées pour corruption. La pauvreté, le chômage, le manque d'industrie locale et l'inaction en matière de changement climatique continuent d'affecter le pays.

L'Irak étant l'un des pays les plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique, et l'inefficacité bureaucratique ont contribué à la pénurie de produits de première nécessité, tels que l'eau potable et l'électricité, dans de nombreuses régions du pays.

«En raison des conditions sécuritaires qui prévalent depuis des années, nous n'avons pas eu accès aux librairies et aux éditeurs étrangers», a déploré auprès d’Arab News Ali Tariq, directeur exécutif de la Ligue irakienne des banques privées.

La rue Al-Mutanabbi de Bagdad, longtemps réputée pour ses librairies, ses cafés et sa scène intellectuelle, a été restaurée et rouverte en décembre 2021 (Photo, Ziyad Matti).

«Les Irakiens viennent des quatre coins du pays pour participer à la foire du livre parce qu’elle leur permet d'avoir accès à des livres internationaux et à des livres d'autres pays arabes qui ne sont pas facilement disponibles en Irak.

«Une foire comme celle-ci offre aux Irakiens une excellente occasion d'entrer en contact avec des éditeurs internationaux, en particulier ceux de la région arabe.»

Au cours de la dernière décennie, en particulier depuis le début de la pandémie de la Covid-19, plusieurs initiatives ont été lancées à travers le pays afin d’encourager les Irakiens, notamment les jeunes, à développer leur goût pour la lecture.

Début novembre, la neuvième édition du festival Je suis irakien, je lis s'est tenue sur les pelouses du parc Abū Nuwās, à Bagdad. Environ 35 000 livres ont été distribués gratuitement, ce qui représente une augmentation considérable par rapport aux 3 000 livres distribués lors de la première édition en 2012. Le festival est organisé chaque année dans différentes provinces du pays.

Les livres ont toujours joué un rôle crucial dans le patrimoine irakien (Photo, Ziyad Matti).

En 2014, quelques mois après la libération de la ville septentrionale de Mossoul des mains de Daech, les habitants ont organisé leur premier festival de lecture. Pendant l'occupation de la troisième ville d'Irak, la célèbre bibliothèque de l'université de Mossoul a été bombardée et incendiée par les extrémistes, un événement surnommé «le massacre des livres de Mossoul».

La bibliothèque, créée en 1967, était autrefois l'une des plus grandes bibliothèques d'Irak, contenant des centaines de milliers de livres et de manuscrits.

En septembre 2017, les habitants de Mossoul ont organisé un festival littéraire intitulé Des cendres, le livre est né. On a demandé aux participants d'apporter un livre et de le donner à la bibliothèque de l'université. Selon l'ONU, l'événement a permis de collecter plus de 6 000 livres en une journée, contribuant ainsi à réapprovisionner et à reconstruire la bibliothèque détruite.

Malgré les campagnes de sensibilisation, les fonds destinés à aider les écrivains irakiens à publier leurs œuvres restent rares (Photo fournie).

Des foires du livre sont également organisées dans d'autres régions du pays, notamment dans la ville méridionale de Bassorah, par l'intermédiaire de la Fondation Al-Mada. En 2021, plus de 250 éditeurs internationaux et arabes ont participé à la foire de Bassorah, qui comprenait une série d'activités culturelles.

«L'amour de la littérature fait partie de nos racines; aujourd'hui les Irakiens visitent régulièrement la rue Al-Mutanabbi», a mentionné Tariq. «Il existe aujourd'hui un mouvement au sein de la population pour sensibiliser le public et souligner l'importance de la lecture, en particulier pour les plus jeunes.»

Malgré les campagnes de sensibilisation, les fonds destinés à aider les écrivains irakiens à publier leurs œuvres restent limités.

«Nous avons beaucoup d'écrivains irakiens, mais pas de budget pour publier leurs livres», a signalé Al-Khrayfawi, qui est également vice-président du club d'histoire de l'Union des écrivains de Najaf.

«Les Irakiens aiment la littérature, l'histoire et la découverte de la culture d'autres peuples. Cela fait partie de notre héritage ancestral, tout comme notre littérature classique et notre amour de la poésie», a-t-il expliqué.

Malgré les campagnes de sensibilisation, les fonds destinés à aider les écrivains irakiens à publier leurs œuvres restent rares (Photo fournie).

Selon Jihad du groupe Al-Mada, malgré les nombreux défis, les foires et festivals du livre créent davantage d’occasions pour les libraires, les écrivains et les éditeurs irakiens, ainsi que l'espoir d'investissements de la part du secteur privé dans la région et au-delà.

«C'est une situation gagnant-gagnant», a-t-elle soutenu. «De plus en plus de gens participent aux foires chaque année. Nous avons cette culture de la lecture en Irak, de l'achat et de la vente de livres.

«Les écrivains, éditeurs et vendeurs de livres irakiens rencontrent des vendeurs de toute la région et du monde entier. Ces échanges créent de nouvelles affaires. Notre travail acharné porte ses fruits, car chaque année, de plus en plus d'Irakiens et de visiteurs internationaux participent à cet événement.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.