La diplomatie allemande parasitée par des tensions entre Scholz et Baerbock

 Les tensions se multiplient entre le chancelier allemand Olaf Scholz et sa cheffe de la diplomatie, Annalena Baerbock. (AFP).
Les tensions se multiplient entre le chancelier allemand Olaf Scholz et sa cheffe de la diplomatie, Annalena Baerbock. (AFP).
Une porte-parole du gouvernement a elle-même évoqué leurs relations: "Dois-je parler d'amour ? Non". (AFP).
Une porte-parole du gouvernement a elle-même évoqué leurs relations: "Dois-je parler d'amour ? Non". (AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 16 février 2023

La diplomatie allemande parasitée par des tensions entre Scholz et Baerbock

  • La presse en fait désormais ses choux gras, comme l'influent hebdomadaire Die Zeit qui a évoqué en une "la fissure" entre M. Scholz et sa ministre, qui visait elle aussi la succession d'Angela Merkel lors des élections de 2021
  • La première femme à la tête du ministère des Affaires étrangères allemand "respecte la traditionnelle main-mise de la chancellerie, sans pour autant renoncer à ses propres idées"

BERLIN: Les tensions se multiplient entre le chancelier allemand Olaf Scholz et sa cheffe de la diplomatie, Annalena Baerbock, au risque de brouiller les messages de Berlin sur la scène internationale.

La Conférence sur la sécurité de Munich, grand raout annuel réunissant à partir de vendredi dirigeants politiques et experts, en est le dernier exemple en date.

Le gouvernement allemand devait présenter juste avant ce rendez-vous, selon l'accord de coalition signée fin 2021, sa "stratégie de défense nationale".

Mais une lutte d'influence entre le chancelier et sa ministre écologiste, qui se disputent la main-mise sur ce projet, a entraîné son report sine die.

« Fissure »

La presse en fait désormais ses choux gras, comme l'influent hebdomadaire Die Zeit qui a évoqué en une "la fissure" entre M. Scholz et sa ministre, qui visait elle aussi la succession d'Angela Merkel lors des élections de 2021. Une porte-parole du gouvernement a elle-même évoqué leurs relations: "Dois-je parler d'amour ? Non".

Tout semble en effet opposer le social-démocrate de 64 ans, peu porté sur la communication et adepte des décisions mûrement réfléchies dans le huis clos de la chancellerie, et l'écologiste de 42 ans à l'image travaillée et aux envolées percutantes.

La première femme à la tête du ministère des Affaires étrangères allemand "respecte la traditionnelle main-mise de la chancellerie, sans pour autant renoncer à ses propres idées", explique à l'AFP le politologue Gero Neugebauer. Et M. Scholz n'entend pas se "laisser dicter les principes fondamentaux de la diplomatie allemande".

Du coup, "la relation est marquée par une tendance latente au conflit", juge-t-il.

L'aide militaire à l'Ukraine constitue un des principaux points d'achoppement: Mme Baerbock milite pour que Berlin augmente rapidement son soutien, quand M. Scholz donne parfois l'impression de temporiser.

Le chancelier a ainsi peu apprécié que Mme Baerbock parasite le Conseil des ministres franco-allemand le 22 janvier en annonçant le soir-même sur une chaîne française que l'Allemagne accepterait si la Pologne demandait l'autorisation de livrer des chars Leopard 2.

M. Scholz a finalement donné son feu vert, sa ministre donnant l'impression de lui forcer la main. D'autant que selon Die Zeit, elle aurait ces derniers mois confié à ces interlocuteurs américains que l'Allemagne enverrait in fine ces chars, des confidences qui auraient poussé Washington à accroître sa pression sur Berlin.

En rétorsion, M. Scholz n'a pas directement, selon l'hebdomadaire, informé la cheffe de la diplomatie de sa décision d'envoyer des chars.

La ministre a clos cette séquence en marge du carnaval d'Aix-la-Chapelle en confiant en public qu'elle voulait se déguiser en léopard mais avait "eu un peu peur que la chancellerie ne (lui) accorde pas d'autorisation de voyage pendant des semaines", une allusion transparente aux tergiversations sur les chars.

Embarras

M. Scholz ne perdrait pas une miette des sorties de sa ministre. "A la chancellerie, les erreurs de Baerbock sont soigneusement enregistrées", a confié un proche du chancelier dans Bild.

Il a ainsi été ulcéré par une intervention de Mme Baerbock fin janvier devant le Conseil de l'Europe. La ministre avait, dans une intervention en anglais qui a semé l'embarras jusque dans son entourage, lancé: "Nous combattons dans une guerre contre la Russie et non entre nous".

Du pain bénit pour Moscou, qui y a vu la preuve que les Occidentaux sont bien des belligérants, et pour l'opposition allemande, criant à l'irresponsabilité de la ministre. M. Scholz, qui veut à tout prix éviter toute escalade depuis l'invasion russe, a dû la contredire lors d'un voyage en Amérique latine.

La relation avec Pékin constitue une autre ligne de fracture.

Mme Baerbock, partisane d'une ligne dure avec la Chine, avait ainsi critiqué la visite de M. Scholz à Xi Jinping à l'automne dernier. Ses services ont aussi exprimé leurs désaccords avec le projet de vente à Pékin de terminaux du port de Hambourg, à laquelle M. Scholz est lui favorable.

La relation difficile entre ces deux personnalités "paralyse la coalition - et la politique étrangère de l'Allemagne", estimait le magazine Der Spiegel au début du mois.

Tous deux candidats pour la chancellerie aux dernières législatives, l'écologiste et le social-démocrate s'étaient aussi affrontés pour un siège de député dans la circonscription de Potsdam. Un match retour pourrait les opposer en 2025, alors qu'Annalena Baerbock devance régulièrement Olaf Scholz dans les baromètres de popularité.


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Short Url
  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Short Url
  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Short Url
  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.