Jack Lang: la loi sur le séparatisme est source de «malentendus» et le discours de Macron «souvent mal interprété»

Pour Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, la culture est un pas de géant vers la connaissance de l’autre. (AFP).
Pour Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, la culture est un pas de géant vers la connaissance de l’autre. (AFP).
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Publié le Jeudi 19 novembre 2020

Jack Lang: la loi sur le séparatisme est source de «malentendus» et le discours de Macron «souvent mal interprété»

  • Quand il évoque la loi sur le séparatisme, Jack Lang parle de «malentendus» et explique que le discours du président français, Emmanuel Macron, a été souvent mal interprété. «Il est évident que le président français est attaché au respect des musulmans.»
  • «Quand on étudie l’histoire du monde arabe, on constate qu’à de nombreux moments les religions, les cultures, les peuples se sont rencontrés et enrichis mutuellement»

PARIS: Depuis toujours source de découvertes et d’émerveillement, la culture joue un grand rôle dans la connaissance et la compréhension de l’autre. À cet égard, l’Institut du monde arabe (IMA), sous la présidence de Jack Lang, ajoute sa pierre à l’édifice de ce pont jeté entre les cultures.

Les attentats commis en France ont-ils changé le regard des Français envers leurs compatriotes d’origine arabe et envers les Arabes ? Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, ne le pense pas. Il affirme avec force que «la plupart des citoyens sont des gens éduqués, civilisés. Ils savent parfaitement que les crimes perpétrés par les terroristes sont des actes commis par des fanatiques, par des obscurantistes, et ils savent que ces assassins invoquent la religion pour justifier l’injustifiable». Pour le président de l’IMA, la plupart des citoyens qui habitent la France savent parfaitement faire la distinction entre les musulmans et ces criminels, «qui n’ont rien à voir avec les musulmans».

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Jack Lang avec le président de la République, Emmanuel Macron, en octobre 2018 pour l'inauguration de l'exposition "Cités millénaires, voyage virtuel de Palmyre à Mossul" organisée par l'IMA. (AFP). 

Ancien ministre de l’Éducation nationale, le président de l’IMA a été «profondément blessé, heurté, choqué par ce crime», dit-il en évoquant le meurtre du professeur Samuel Paty. En toutes circonstances, ajoute-t-il, un professeur est sacré, au même titre que tout être humain, quels que soient sa religion, son appartenance ethnique, son âge… «La personne d’un professeur doit être sacrée, parce que c’est quelqu’un qui élève la dignité de ses élèves, qui contribue à transmettre le savoir.»

L’enseignement, l’école, les médias aussi, qui peuvent contribuer à éclairer et établir clairement une distinction, ont un rôle important à jouer pour combattre l’amalgame entre islam et terrorisme. Et, encore une fois, la culture est un facteur d’intégration, d’acceptation. «La culture a joué et joue un rôle très important, notamment dans certains quartiers. Un très grand nombre d’artistes, aujourd’hui très réputés, très connus, des créateurs, des peintres, des musiciens, des poètes, des écrivains, des cinéastes… viennent de ces quartiers où il y a une grande représentation musulmane, et apportent leur talent et leur imagination. On a envie de dire merci, merci à tous ces artistes et créateurs qui aujourd’hui font pleinement partie de la culture française. Tous les Français se reconnaissent en eux.»

Pour lire l'entretien dans son intégralité, cliquez ici

Et l’Institut du monde arabe et son président s’emploient à faire connaître toute la richesse d’une civilisation musulmane éclairée. Des colloques, des rencontres sont régulièrement organisés sur le thème des religions. Il y a quelques années, une exposition, qui a connu un grand succès, sur le thème du Hajj, a été coréalisée avec la bibliothèque du roi Abdel Aziz, et d’autres institutions scientifiques. «Très souvent, l’islam est présent dans nos conférences, dans nos expositions, dans nos rencontres», se réjouit Jack Lang. «Nous entretenons des relations régulières avec les représentants des organisations musulmanes en France. Nous avons souvent invité des imams à l’Institut du monde arabe. Fréquemment, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui se trouve à trois cents mètres de l’Institut, et avec laquelle nous avons développé un lien étroit, vient nous rendre visite, je m’y rends régulièrement aussi. Nous avons des relations avec beaucoup d’autres imans et beaucoup d’autres mosquées.»

La culture, pont entre les civilisations

Pour Jack Lang, c’est une évidence. «La culture est un véritable pont entre les civilisations, entre les peuples, entre les pays. L’ennemi de la paix, c’est l’ignorance, la méconnaissance. Toutes les institutions culturelles, les écoles, les universités et tout ce qui contribue à élever la connaissance de l’histoire, du présent, de l’art, sont sources de compréhension. C’est une évidence absolue», estime-t-il. «Quand on étudie l’histoire du monde arabe, on constate qu’à de nombreux moments les peuples, les religions, les cultures se sont rencontrés et enrichis mutuellement». Jack Lang en est convaincu, c’est en faisant connaître la beauté de la littérature, de la peinture, de la création en général, du monde arabe et des autres civilisations, que nous contribuerons à faire avancer la compréhension entre les uns et les autres.

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Avec Gérald Darmanin et Frank Riester, à l'époque respectivement ministres de l'Action publique et ministre de la Culture en octobre 2018. (AFP). 

Et la connaissance est bien ce dont nous avons tous besoin. En ces temps de violence et d’actes meurtriers commis au nom d’une religion qui, dans ses préceptes, prône le respect de la vie, Jack Lang insiste : «L’islam est une grande religion du monde, éclairée et pacifique. Ces criminels n’ont rien à voir avec cette religion. Beaucoup d’entre eux ne parlent même pas l’arabe et ignorent tout de la civilisation musulmane. Ce sont des fanatiques qui voudraient imposer leur loi par la force. Ce n’est pas le reflet de la religion musulmane. Qui, elle, mérite le respect.»

Quand il évoque la loi sur le séparatisme, Jack Lang parle de «malentendus» et explique que le discours du président français, Emmanuel Macron, a été souvent mal interprété. Il faut, insiste-t-il, faire attention lorsqu’on s’exprime sur ces sujets, sur les religions ou sur la séparation entre les religions et la politique. «Il est évident que le président français est attaché au respect des musulmans. Les musulmans en France sont des citoyens à part entière. Ils font partie de nous-mêmes, de notre vie. Les citoyens musulmans, pratiquants ou non, apportent beaucoup à la nation française: leur énergie, leur travail, leur créativité, leurs qualités intellectuelles et artistiques. Je crois justement qu’il faut parler positivement de ce sujet et non pas de manière craintive.»

Le président de l’IMA se dit optimiste. «J’ai envie de reprendre une jolie expression de Nelson Mandela. Son rêve était, disait-il à propos de l’Afrique du Sud, de créer une nation “arc-en-ciel”». Eh bien, je crois que la France est devenue elle aussi à sa manière une nation arc-en-ciel.»

Faire plus pour une réelle égalité des chances

Quant à la francophonie comme outil d’intégration, le président de l’IMA affirme qu’elle peut être un lieu de rencontres, d’échanges, à condition que ce soit une francophonie fraternelle et égalitaire. Elle réunit des pays situés un peu partout dans le monde qui pratiquent la langue française: en Afrique, dans le nord de l’Amérique, dans certains pays arabes. «Pour moi, elle ne se limite pas à la France, qui est un des pays francophones. La francophonie est une belle idée si elle est partagée, réellement partagée, par des pays aux traditions multiples». La langue française, qui s’enrichit de divers apports d’autres langues, du Québec, du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne, est à l’image de notre société. «De même que l’arabe est une langue partagée par des centaines de millions de personnes, issues de cultures et de traditions différentes, ce qui la rend fantastique. La langue arabe est universelle, mais parlée avec des nuances particulières dans chacun des pays, et c’est ce qui en fait aussi sa force.»

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Jack Lang quittant l'hommage national en l'honneur de Charles Aznavour aux Invalides en octobre 2018. (AFP).

Il reconnaît toutefois: «Il est vrai qu’il y a une partie des habitants, dans tous les quartiers de France, qui ne sont pas suffisamment soutenus matériellement pour pouvoir s’intégrer dans la vie. Naturellement, des efforts sont faits par les écoles, par les universités, par les centres d’art et de culture. Mais on doit continuer à agir».

Il fait ici référence aux inégalités sociales qu’il faut corriger, des progrès qui restent à faire pour une réelle égalité des chances. Mais, par ailleurs, insiste-t-il, «il existe un sentiment d’appartenance commune à une nation qui réussit depuis des siècles, pas seulement récemment, à être un véritable creuset, un “melting-pot” comme diraient les Américains». Même si, hélas, les États-Unis sont loin du compte, quand on voit le sort qui y est réservé à beaucoup de Noirs ou d’Arabes, ajoute-t-il.

 

Mais Jack Lang ne prétend pas que la situation est parfaite. Il pense qu’il reste encore beaucoup d’efforts à faire, envers la jeunesse en particulier. Et il veut, dit-il, continuer de se battre afin que le droit à l’égalité pour tous les jeunes de France, quelles que soient leur origine et leur religion, «soit pleinement garanti».


Liban: Barrot réplique à l'ambassadeur israélien à Washington

Le chef de la diplomatie française a répliqué mercredi aux commentaires acerbes envers Paris de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, impliqué dans les négociations avec le Liban, lui "suggérant" de rester "le plus éloigné que possible" des médias. (AFP)
Le chef de la diplomatie française a répliqué mercredi aux commentaires acerbes envers Paris de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, impliqué dans les négociations avec le Liban, lui "suggérant" de rester "le plus éloigné que possible" des médias. (AFP)
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  • S'exprimant mardi devant la presse à l'issue de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington, Yechiel Leiter avait affirmé: "Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s'immiscer dans ces négociations"
  • Des termes qui lui ont valu une réplique du ministre français, Jean-Noël Barrot ironisant mercredi sur M. Leiter, "un homme qui apparemment est très diplomate, très fin et très subtil"

BERLIN: Le chef de la diplomatie française a répliqué mercredi aux commentaires acerbes envers Paris de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, impliqué dans les négociations avec le Liban, lui "suggérant" de rester "le plus éloigné que possible" des médias.

S'exprimant mardi devant la presse à l'issue de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington, Yechiel Leiter avait affirmé: "Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s'immiscer dans ces négociations".

"Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu'il s'agit de négociations de paix", a poursuivi le représentant israélien.

Des termes qui lui ont valu une réplique du ministre français, Jean-Noël Barrot ironisant mercredi sur M. Leiter, "un homme qui apparemment est très diplomate, très fin et très subtil"

"Il est apparemment déterminé à réduire au maximum le nombre de pays partenaires dont le Liban aura besoin pour se redresser", a-t-il encore grincé, en marge de la conférence internationale sur le Soudan à Berlin.

Il a aussi suggéré au diplomate israélien de se tenir éloigné "des micros et des caméras de télévision".

Sur le fond, il s'est dit "satisfait" que le gouvernement israélien ait répondu  "à la demande de la France" en saisissant "la main tendue" par Beyrouth afin de "parvenir à consolider un cessez-le-feu, à engager de manière coordonnée un processus de désarmement du Hezbollah, puis à régler le différend qui oppose les deux pays depuis des décennies".

Les relations entre le président Emmanuel Macron et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sont notoirement tendues, en particulier depuis que la France a reconnu un Etat palestinien.

 

 


Interpellation en Espagne de Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat

Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. (AFP)
Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. (AFP)
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  • Walid Bara, alias Fondu, est considéré comme l'un des commanditaires du "double homicide du Formule 1" jugé durant plus de trois semaines à Aix
  • Dans le procès, émaillé d'incidents, les juges ont prononcé les condamnations de cinq hommes, dont un des chefs présumés du gang criminel DZ Mafia, Gabriel Ory, tandis qu'un autre chef présumé de cette organisation issue de Marseille

MARSEILLE: Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde.

L'homme de 39 ans, au lourd cursus délinquant, était en fuite et a été condamné en son absence par la cour d'assises d'Aix-en-Provence à une peine de 25 ans de réclusion pour son implication dans un double assassinat commis en 2019 sur fond de rivalités entre trafiquants de drogue.

Les circonstances de son interpellation n'ont pas été précisées.

Walid Bara, alias Fondu, est considéré comme l'un des commanditaires du "double homicide du Formule 1" jugé durant plus de trois semaines à Aix.

Dans le procès, émaillé d'incidents, les juges ont prononcé les condamnations de cinq hommes, dont un des chefs présumés du gang criminel DZ Mafia, Gabriel Ory, tandis qu'un autre chef présumé de cette organisation issue de Marseille mais qui a progressivement étendu son influence, Amine Oualane, a bénéficié d'un acquittement.

Le quotidien La Provence rapportait par ailleurs fin 2024 l'implication de Walid Bara dans un trafic de stupéfiants implanté dans le 15e arrondissement de Marseille. Identifié comme le "patron" de ce trafic, le cas de Walid Bara avait néanmoins été disjoint d'un procès fin 2024.

Interpellé en juillet 2021 et mis en examen dans quatre affaires dont trois de règlements de comptes, il avait été remis en liberté en mai 2024 après une succession de vices de procédure, selon le quotidien.


Armement: Macron et le président indonésien Prabowo discutent d'un renforcement des liens dans la défense

Le président indonésien Prabowo Subianto et son homologue français Emmanuel Macron ont discuté à Paris du renforcement de leur coopération dans le domaine de la défense, a indiqué Jakarta mercredi. (AFP)
Le président indonésien Prabowo Subianto et son homologue français Emmanuel Macron ont discuté à Paris du renforcement de leur coopération dans le domaine de la défense, a indiqué Jakarta mercredi. (AFP)
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  • Les autorités françaises n'ont pas à ce stade communiqué sur cette rencontre qui intervenait au lendemain d'une visite du président indonésien à Moscou
  • L’Indonésie a reçu fin janvier ses trois premiers avions de combat Rafale de fabrication française, dans le cadre d'un contrat de 8,1 milliards de dollars portant sur l’achat de 42 appareils à la France

JAKARTA: Le président indonésien Prabowo Subianto et son homologue français Emmanuel Macron ont discuté à Paris du renforcement de leur coopération dans le domaine de la défense, a indiqué Jakarta mercredi.

Prabowo Subianto a été reçu mardi par son homologue Emmanuel Macron à l'Elysée, et ont "discuté du renforcement de la coopération stratégique", selon un communiqué du gouvernement indonésien.

"Cela inclut l'acquisition d'équipements militaires et le renforcement de l'industrie de la défense", précise le document, citant la France comme un partenaire stratégique de l'Indonésie en Europe.

Les dirigeants sont également convenus de coopérer en matière de "transition énergétique et de développement des énergies nouvelles et renouvelables", peut-on y lire.

Les autorités françaises n'ont pas à ce stade communiqué sur cette rencontre qui intervenait au lendemain d'une visite du président indonésien à Moscou.

L’Indonésie a reçu fin janvier ses trois premiers avions de combat Rafale de fabrication française, dans le cadre d'un contrat de 8,1 milliards de dollars portant sur l’achat de 42 appareils à la France.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Prabowo Subianto, l'Indonésie cherche à rajeunir son équipement militaire vieillissant.

Lors de la visite du président français Emmanuel Macron à Jakarta l'année dernière, le ministre français des Armées de l'époque, Sébastien Lecornu, a affirmé que l'Indonésie avait signé une lettre d'intention pour l'achat de nouveaux avions Rafale à la société française Dassault Aviation, sans préciser les chiffres ni le calendrier.

Selon lui, l'Indonésie s'est également engagée à acheter des frégates légères et des sous-marins Scorpène, ainsi que des obusiers Caesar et des munitions au groupe franco-allemand KNDS.

Lundi, le président indonésien s'est entretenu pendant cinq heures avec Vladimir Poutine au Kremlin, d'où il s'est envolé directement pour Paris, selon la même source.

Les deux ont discuté du "renforcement de leur partenariat stratégique, en particulier dans les secteurs de l'énergie, des ressources minérales et du développement industriel national".

Prabowo Subianto, qui s'est récemment rendu en Corée du Sud et au Japon, multiplie les visites à l'étranger.

Jakarta défend une position diplomatique non alignée. Le pays a rejoint l'an dernier le bloc des Brics+, une alliance élargie de pays émergents, aux côtés de la Chine et de la Russie. L'Indonésie fait également partie du "Conseil de Paix" de Donald Trump.