Jack Lang: la loi sur le séparatisme est source de «malentendus» et le discours de Macron «souvent mal interprété»

Pour Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, la culture est un pas de géant vers la connaissance de l’autre. (AFP).
Pour Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, la culture est un pas de géant vers la connaissance de l’autre. (AFP).
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Publié le Jeudi 19 novembre 2020

Jack Lang: la loi sur le séparatisme est source de «malentendus» et le discours de Macron «souvent mal interprété»

  • Quand il évoque la loi sur le séparatisme, Jack Lang parle de «malentendus» et explique que le discours du président français, Emmanuel Macron, a été souvent mal interprété. «Il est évident que le président français est attaché au respect des musulmans.»
  • «Quand on étudie l’histoire du monde arabe, on constate qu’à de nombreux moments les religions, les cultures, les peuples se sont rencontrés et enrichis mutuellement»

PARIS: Depuis toujours source de découvertes et d’émerveillement, la culture joue un grand rôle dans la connaissance et la compréhension de l’autre. À cet égard, l’Institut du monde arabe (IMA), sous la présidence de Jack Lang, ajoute sa pierre à l’édifice de ce pont jeté entre les cultures.

Les attentats commis en France ont-ils changé le regard des Français envers leurs compatriotes d’origine arabe et envers les Arabes ? Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, ne le pense pas. Il affirme avec force que «la plupart des citoyens sont des gens éduqués, civilisés. Ils savent parfaitement que les crimes perpétrés par les terroristes sont des actes commis par des fanatiques, par des obscurantistes, et ils savent que ces assassins invoquent la religion pour justifier l’injustifiable». Pour le président de l’IMA, la plupart des citoyens qui habitent la France savent parfaitement faire la distinction entre les musulmans et ces criminels, «qui n’ont rien à voir avec les musulmans».

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Jack Lang avec le président de la République, Emmanuel Macron, en octobre 2018 pour l'inauguration de l'exposition "Cités millénaires, voyage virtuel de Palmyre à Mossul" organisée par l'IMA. (AFP). 

Ancien ministre de l’Éducation nationale, le président de l’IMA a été «profondément blessé, heurté, choqué par ce crime», dit-il en évoquant le meurtre du professeur Samuel Paty. En toutes circonstances, ajoute-t-il, un professeur est sacré, au même titre que tout être humain, quels que soient sa religion, son appartenance ethnique, son âge… «La personne d’un professeur doit être sacrée, parce que c’est quelqu’un qui élève la dignité de ses élèves, qui contribue à transmettre le savoir.»

L’enseignement, l’école, les médias aussi, qui peuvent contribuer à éclairer et établir clairement une distinction, ont un rôle important à jouer pour combattre l’amalgame entre islam et terrorisme. Et, encore une fois, la culture est un facteur d’intégration, d’acceptation. «La culture a joué et joue un rôle très important, notamment dans certains quartiers. Un très grand nombre d’artistes, aujourd’hui très réputés, très connus, des créateurs, des peintres, des musiciens, des poètes, des écrivains, des cinéastes… viennent de ces quartiers où il y a une grande représentation musulmane, et apportent leur talent et leur imagination. On a envie de dire merci, merci à tous ces artistes et créateurs qui aujourd’hui font pleinement partie de la culture française. Tous les Français se reconnaissent en eux.»

Pour lire l'entretien dans son intégralité, cliquez ici

Et l’Institut du monde arabe et son président s’emploient à faire connaître toute la richesse d’une civilisation musulmane éclairée. Des colloques, des rencontres sont régulièrement organisés sur le thème des religions. Il y a quelques années, une exposition, qui a connu un grand succès, sur le thème du Hajj, a été coréalisée avec la bibliothèque du roi Abdel Aziz, et d’autres institutions scientifiques. «Très souvent, l’islam est présent dans nos conférences, dans nos expositions, dans nos rencontres», se réjouit Jack Lang. «Nous entretenons des relations régulières avec les représentants des organisations musulmanes en France. Nous avons souvent invité des imams à l’Institut du monde arabe. Fréquemment, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui se trouve à trois cents mètres de l’Institut, et avec laquelle nous avons développé un lien étroit, vient nous rendre visite, je m’y rends régulièrement aussi. Nous avons des relations avec beaucoup d’autres imans et beaucoup d’autres mosquées.»

La culture, pont entre les civilisations

Pour Jack Lang, c’est une évidence. «La culture est un véritable pont entre les civilisations, entre les peuples, entre les pays. L’ennemi de la paix, c’est l’ignorance, la méconnaissance. Toutes les institutions culturelles, les écoles, les universités et tout ce qui contribue à élever la connaissance de l’histoire, du présent, de l’art, sont sources de compréhension. C’est une évidence absolue», estime-t-il. «Quand on étudie l’histoire du monde arabe, on constate qu’à de nombreux moments les peuples, les religions, les cultures se sont rencontrés et enrichis mutuellement». Jack Lang en est convaincu, c’est en faisant connaître la beauté de la littérature, de la peinture, de la création en général, du monde arabe et des autres civilisations, que nous contribuerons à faire avancer la compréhension entre les uns et les autres.

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Avec Gérald Darmanin et Frank Riester, à l'époque respectivement ministres de l'Action publique et ministre de la Culture en octobre 2018. (AFP). 

Et la connaissance est bien ce dont nous avons tous besoin. En ces temps de violence et d’actes meurtriers commis au nom d’une religion qui, dans ses préceptes, prône le respect de la vie, Jack Lang insiste : «L’islam est une grande religion du monde, éclairée et pacifique. Ces criminels n’ont rien à voir avec cette religion. Beaucoup d’entre eux ne parlent même pas l’arabe et ignorent tout de la civilisation musulmane. Ce sont des fanatiques qui voudraient imposer leur loi par la force. Ce n’est pas le reflet de la religion musulmane. Qui, elle, mérite le respect.»

Quand il évoque la loi sur le séparatisme, Jack Lang parle de «malentendus» et explique que le discours du président français, Emmanuel Macron, a été souvent mal interprété. Il faut, insiste-t-il, faire attention lorsqu’on s’exprime sur ces sujets, sur les religions ou sur la séparation entre les religions et la politique. «Il est évident que le président français est attaché au respect des musulmans. Les musulmans en France sont des citoyens à part entière. Ils font partie de nous-mêmes, de notre vie. Les citoyens musulmans, pratiquants ou non, apportent beaucoup à la nation française: leur énergie, leur travail, leur créativité, leurs qualités intellectuelles et artistiques. Je crois justement qu’il faut parler positivement de ce sujet et non pas de manière craintive.»

Le président de l’IMA se dit optimiste. «J’ai envie de reprendre une jolie expression de Nelson Mandela. Son rêve était, disait-il à propos de l’Afrique du Sud, de créer une nation “arc-en-ciel”». Eh bien, je crois que la France est devenue elle aussi à sa manière une nation arc-en-ciel.»

Faire plus pour une réelle égalité des chances

Quant à la francophonie comme outil d’intégration, le président de l’IMA affirme qu’elle peut être un lieu de rencontres, d’échanges, à condition que ce soit une francophonie fraternelle et égalitaire. Elle réunit des pays situés un peu partout dans le monde qui pratiquent la langue française: en Afrique, dans le nord de l’Amérique, dans certains pays arabes. «Pour moi, elle ne se limite pas à la France, qui est un des pays francophones. La francophonie est une belle idée si elle est partagée, réellement partagée, par des pays aux traditions multiples». La langue française, qui s’enrichit de divers apports d’autres langues, du Québec, du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne, est à l’image de notre société. «De même que l’arabe est une langue partagée par des centaines de millions de personnes, issues de cultures et de traditions différentes, ce qui la rend fantastique. La langue arabe est universelle, mais parlée avec des nuances particulières dans chacun des pays, et c’est ce qui en fait aussi sa force.»

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Jack Lang quittant l'hommage national en l'honneur de Charles Aznavour aux Invalides en octobre 2018. (AFP).

Il reconnaît toutefois: «Il est vrai qu’il y a une partie des habitants, dans tous les quartiers de France, qui ne sont pas suffisamment soutenus matériellement pour pouvoir s’intégrer dans la vie. Naturellement, des efforts sont faits par les écoles, par les universités, par les centres d’art et de culture. Mais on doit continuer à agir».

Il fait ici référence aux inégalités sociales qu’il faut corriger, des progrès qui restent à faire pour une réelle égalité des chances. Mais, par ailleurs, insiste-t-il, «il existe un sentiment d’appartenance commune à une nation qui réussit depuis des siècles, pas seulement récemment, à être un véritable creuset, un “melting-pot” comme diraient les Américains». Même si, hélas, les États-Unis sont loin du compte, quand on voit le sort qui y est réservé à beaucoup de Noirs ou d’Arabes, ajoute-t-il.

 

Mais Jack Lang ne prétend pas que la situation est parfaite. Il pense qu’il reste encore beaucoup d’efforts à faire, envers la jeunesse en particulier. Et il veut, dit-il, continuer de se battre afin que le droit à l’égalité pour tous les jeunes de France, quelles que soient leur origine et leur religion, «soit pleinement garanti».


Municipales à Paris: Grégoire appel à faire bloc contre "l'union des droites"

Le député du Parti socialiste (PS) et candidat de gauche à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, prononce un discours lors d’un meeting de campagne avant le second tour des élections municipales françaises de 2026, au parc de Belleville à Paris, le 20 mars 2026. (AFP)
Le député du Parti socialiste (PS) et candidat de gauche à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, prononce un discours lors d’un meeting de campagne avant le second tour des élections municipales françaises de 2026, au parc de Belleville à Paris, le 20 mars 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Grégoire appelle à un front contre « l’union des droites » à Paris, accusant Rachida Dati de dépendre du soutien de l’extrême droite pour l’emporter
  • Malgré son refus d’alliance avec l’extrême droite, Rachida Dati reçoit des soutiens indirects, notamment de Marine Le Pen et Jordan Bardella, dans un contexte électoral très tendu

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a appelé vendredi ses partisans à faire bloc contre "l'union des droites" incarnée selon lui par Rachida Dati, qui ne pourra pas "être élue sans les voix de l'extrême droite".

"Ouvrir les portes de l’Hôtel de Ville à Rachida Dati, c’est laisser entrer les idées de l'extrême droite par la porte dérobée", a-t-il lancé devant près d'un millier de personnes au parc de Belleville (20e), dans une ambiance survoltée.

"Nous devons nous mobiliser ensemble, dans les urnes, pour battre l’union des droites à Paris! J’utilise ce terme, union des droites, parce qu’il est le seul qui décrit réellement ce qui est en train de se passer", a-t-il ajouté, expliquant que "si Rachida Dati est élue maire de Paris, elle sera redevable à Sarah Knafo et à Marine Le Pen".

Rachida Dati, candidate de l'union du centre et de la droite, a refusé toute alliance avec l'eurodéputée d'extrême droite Sarah Knafo, qui s'est désistée malgré sa qualification au second tour (10,4%).

Elle a préféré faire alliance avec le centriste Pierre-Yves Bournazel, qui a créé la surprise en quittant la vie politique parisienne.

Mais le retard de plus de 12 points de Mme Dati sur son adversaire Emmanuel Grégoire nécessite un report de voix des électeurs de la zemmouriste.

Elle a par ailleurs reçu le soutien du président du Rassemblement national Jordan Bardella, tandis que Marine Le Pen a appelé à "faire barrage" à M. Grégoire, la gauche ayant selon elle une "responsabilité dans le système qui a permis des agressions contre tant d’enfants pendant tant d’années".

"Il y a eu un 21 avril, le jour où Jean-Marie Le Pen a accédé au second tour de l’élection présidentielle. (...) Il n’y aura pas de 22 mars", a lancé Emmanuel Grégoire.

Dans le public, de nombreux élus parisiens, les têtes de liste d'arrondissements, ainsi que des personnalités de gauche comme le sénateur écologiste Yannick Jadot.

Dramatisant l'enjeu, Emmanuel Grégoire a convoqué l'ex-maire de Paris Jacques Chirac. "Que dirait-il s’il voyait ses principes bafoués pour espérer la victoire, quel qu’en soit le prix ?", a interrogé M. Grégoire, avant de s'en prendre à Emmanuel Macron, qu'il soupçonne d'avoir orchestré le retrait de la zemmouriste au profit de Mme Dati.

"Le voilà l’héritage d’Emmanuel Macron, l’union de la droite et de l’extrême droite! (...) Où sont passées leurs valeurs?", a-t-il lancé.

Aux électeurs de l'insoumise Sophia Chikirou, avec qui M. Grégoire a refusé de s'allier, il a expliqué que "l’union, ça se fait dans le respect de l’autre, et pas dans l’invective ou la menace".


Municipales: les questions du second tour

L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux. (AFP)
L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux. (AFP)
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  • Selon une enquête Elabe pour BFMTV mercredi, 69% des électeurs de gauche sont favorables aux accords entre LFI et le PS, mais seulement 50% des sympathisants socialistes
  • Dans le sens inverse, les candidats LFI ayant choisi de se maintenir au risque de faire perdre la gauche, comme Sophia Chirikou à Paris, pourraient voir leur score diminuer

PARIS: Succès des alliances PS-LFI, dynamique du RN, reconduite de certains maires écologistes ou remontada de Rachida Dati à Paris... les principales questions du second tour des municipales dimanche.

Les électeurs socialistes valideront-ils les alliances avec LFI ?

L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux.

A l'inverse, les candidats PS ont refusé la fusion avec LFI à Paris, Marseille ou Rennes.

Comment se positionneront les électeurs de gauche sur ces fusions ?

Selon une enquête Elabe pour BFMTV mercredi, 69% des électeurs de gauche sont favorables aux accords entre LFI et le PS, mais seulement 50% des sympathisants socialistes.

Dans le sens inverse, les candidats LFI ayant choisi de se maintenir au risque de faire perdre la gauche, comme Sophia Chirikou à Paris, pourraient voir leur score diminuer.

Existe-t-il encore un "front républicain" anti-RN ?

Le RN, qui a remporté une vingtaine de villes au premier tour, est en tête d'une soixantaine d'autres, principalement dans ses places fortes du sud (Toulon, Nîmes, Carcassonne, Menton, Carpentras...) et de l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais.

Les espoirs du RN sont renforcés par l'affaiblissement du "front républicain" (désistement d'une liste de gauche en faveur d'une liste de droite ou inversement) contre lui.

A Nice, l'écologiste Juliette Chesnel-Le Roux (11,9%) a refusé de se retirer au profit du maire sortant Horizons Christian Estrosi (30,9%) loin derrière les 43,4% d'Éric Ciotti, allié du RN.

Ce "front" fonctionnera peut-être encore à Toulon où, pour faire barrage à Laure Lavalette (42%), la divers gauche Magali Brunel (pas en position de se maintenir avec 8,4%) a appelé à voter pour la sortante divers droite Josée Massi (29,5%), qui a également bénéficié du retrait du LR Michel Bonnus (15,7%). A Cavaillon (Vaucluse), PS et LFI appellent à voter pour le sortant divers droite, arrivé deuxième derrière le RN, mais le candidat divers gauche troisième s'est tout de même maintenu.

Dans l'autre sens (désistement de la droite pour la gauche), les exemples sont quasi inexistants.

Les accords entre la droite et le RN ont été très peu nombreux en dépit de la main tendue à "la droite sincère" du président du RN Jordan Bardella. L'enjeu sera de suivre le comportement des électeurs LR, dont une partie est favorable à "l'union des droites", dans des configurations comme celle de Marseille où leur candidate Martine Vassal n'a quasiment aucune chance de gagner.

Les écologistes vont-ils sauver les meubles ?

Grands vainqueurs en 2020, les écologistes se retrouvent en difficulté à Bordeaux, Annecy ou Besançon. Mais ils espèrent, grâce des accords avec LFI, pouvoir sauver Poitiers, Grenoble, voire Lyon et Strasbourg.

Dans ces deux grandes métropoles, le scrutin s'annonce serré.

A Lyon, le sortant Grégory Doucet a réalisé au premier tour une "remontada" après une campagne jugée très mauvaise de son concurrent de la droite et du centre, l'ancien patron de l'OL Jean-Michel Aulas. A Strasbourg, la triangulaire s'annonce indécise entre l'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann, la sortante Jeanne Barseghian, qui n'est arrivée qu'en troisième position, et le LR Jean-Philippe Vetter.

LR: Paris pour sauver la face ?

Champion des petites villes, Les Républicains sont en difficulté depuis longtemps dans les métropoles. Ils pourraient perdre leur plus grande ville actuelle, Nîmes, où une triangulaire serrée s'annonce au second tour avec le RN et la gauche.

Mais une défaite à Nîmes serait largement éclipsée en cas de succès à Nantes, où la numéro 2 du PS Johanna Rolland part avec une faible avance sur le LR Foulques Chombart de Lauwe, et surtout à Paris.

Distancée de plus de 12 points au premier tour, Rachida Dati (25,5%) se retrouve, après une fusion avec les listes de Pierre-Yves Bournazel (Horizons, 11,3%) et le retrait de Sarah Knafo (Reconquête!, 10,4%), dans la meilleure configuration possible pour elle sur le papier. D'autant que la LFI Sophia Chikirou (11,7%) a refusé se retirer au bénéfice du socialiste Emmanuel Grégoire (38%).

Les autres formations soutenant le gouvernement sont moins représentées à l'échelon municipal. Pour Horizons, même si Christian Estrosi est battu à Nice, l'essentiel sera préservé en cas de victoire au Havre de son leader Edouard Philippe, qui en a fait une condition de sa candidature à la présidentielle et part favori dans une triangulaire avec gauche et RN.

Renaissance, peu implanté localement, pourrait finalement gagner deux grandes villes avec les anciens ministres Antoine Armand à Annecy et Thomas Cazenave à Bordeaux. Quant au MoDem, François Bayrou, engagé dans une triangulaire, est en bonne position pour rester maire de Pau.


Guillaume Ancel : le Liban pris au piège par Israël, par la volonté de l’Iran

Guillaume Ancel. (AFP)
Guillaume Ancel. (AFP)
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  • Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés
  • Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël »

PARIS : Dans le conflit généralisé que vit actuellement le Moyen-Orient, la balance penche nettement du côté des incertitudes, et la somme des questions qu’il pose l’emporte sur les réponses quant à la nature de son issue.

Le seul élément avéré est que, depuis le début des frappes israélo-américaines, le régime iranien joue sa survie, entraînant le Liban dans son sillage.

Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés.

Des missiles tirés par le Hezbollah contre Israël sont venus à bout d’un cessez-le-feu fragile, instauré en novembre 2024 sur la ligne de démarcation séparant les deux pays.

Ce parti avait d’ores et déjà prévenu qu’il entrerait dans le conflit si le guide suprême iranien venait à être menacé. Or, une fois Khamenei assassiné, le Hezbollah s’est jeté dans la bataille, faisant fi des menaces émanant des plus hauts responsables israéliens, mettant le Liban en garde contre un déluge de feu qui le réduirait en poussière, à l’image de Gaza.

La riposte israélienne ne s’est pas fait attendre, provoquant à ce jour la mort d’environ 968 personnes et près d’un million de déplacés, alors que les hostilités se poursuivent de part et d’autre et qu’aucune issue ne se profile à l’horizon.

La France a beau inciter les Libanais à prendre les devants et à consolider leur souveraineté sur leur territoire, proposer d’aider le Liban à sortir de la spirale infernale par des négociations directes avec Israël ; Paris a beau rallier des pays tels que le Canada, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni à sa position, ses propos restent inaudibles dans le fracas des déflagrations qui sèment la mort aux quatre coins du pays.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sera à Beyrouth aujourd’hui pour une nouvelle tentative de désescalade dont l’issue est loin d’être certaine.

Dans ce paysage de chaos et de désolation, il est utile de tenter de démêler les fils, d’essayer d’esquisser les contours de la stratégie israélienne au Liban et de s’interroger sur l’avenir de ce pays piégé dans une équation impossible entre Israël et l’Iran.

Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël ».

« Si le Hezbollah s’était tenu à l’écart du conflit, il aurait été très difficile pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de justifier une offensive contre le Liban », assure l’officier en réponse à Arab News en français.

Le Hezbollah, acteur politique intégré au système libanais, agit dans les faits comme une force militaire étroitement liée aux intérêts stratégiques des gardiens de la révolution : « ce sont eux qui avaient intérêt à déporter une partie du conflit contre l’Iran au Liban », afin d’enflammer le nord d’Israël.

Dans cette perspective, le front libanais devient une extension du conflit opposant Israël à l’Iran, une manière pour Téhéran d’éviter un face-à-face direct tout en multipliant les foyers de tension.

Cette stratégie d’« externalisation » de la guerre n’est pas nouvelle, affirme Ancel, mais elle atteint aujourd’hui un niveau particulièrement préoccupant, car elle se déploie sur un territoire déjà fragilisé, économiquement exsangue et politiquement fragmenté.

De son point de vue, Israël adopte une réponse fidèle à sa doctrine sécuritaire, qui consiste à frapper fort, vite et de manière dissuasive.

Pour l’État hébreu, la menace posée par le Hezbollah est existentielle : peu importe que le mouvement soit affaibli ou que ses capacités soient entamées, sa simple présence armée à la frontière nord constitue un risque inacceptable à ses yeux.

Mais cette logique, souligne Ancel, comporte ses limites, car les opérations israéliennes, souvent d’une intensité considérable, voire disproportionnée, n’ont jamais réussi à éradiquer le Hezbollah. Au contraire, elles contribuent régulièrement à renforcer sa légitimité interne, tout en infligeant des destructions massives au Liban.

C’est là que se révèle l’un des nœuds du problème : l’impuissance de l’État libanais.

L’armée libanaise ne dispose ni des moyens militaires ni de la légitimité politique pour affronter le Hezbollah, et toute tentative de désarmement par la force risquerait de plonger le pays dans une nouvelle guerre civile, un scénario que tous cherchent à éviter.

Sur le plan diplomatique, l’idée persiste : le Liban devrait reprendre le contrôle de son territoire et mettre fin à l’autonomie militaire du Hezbollah.

La France pour un renforcement de l’armée libanaise

Cette position, défendue notamment par la France, plaide pour un renforcement de l’armée libanaise, avec le soutien de partenaires européens, afin de rééquilibrer progressivement le rapport de force interne.

Cette stratégie se heurte à un obstacle majeur : comment envisager un processus de désarmement dans un pays soumis à des bombardements réguliers, sachant qu’une telle initiative suppose un minimum de stabilité, voire un cessez-le-feu ?

Or, le Hezbollah ne semble pas prêt à suspendre ses opérations sans garanties préalables, et il en va de même pour Israël, qui tourne en outre le dos à la main tendue par les autorités libanaises pour discuter d’une désescalade.

Dans ce contexte, estime Ancel, la clé du conflit libanais ne se trouve pas à Beyrouth, mais à Téhéran : « tant que l’Iran maintient son soutien au Hezbollah, celui-ci conservera sa capacité d’action et sa volonté d’affronter Israël ».

À l’inverse, ajoute-t-il, un affaiblissement du régime iranien pourrait rebattre les cartes et souligne une réalité dérangeante : le Liban dépend largement de décisions prises en dehors de ses frontières, et son destin est suspendu à l’évolution d’un rapport de force régional qui le dépasse.

En attendant, le pays continue de s’enfoncer : les infrastructures sont touchées, les populations déplacées, l’économie touche le fond. Mais le plus inquiétant est le tissu social libanais, historiquement fragile, qui risque de se déliter davantage sous la pression des événements.

Le pronostic est pessimiste, mais Ancel rappelle que le pays a déjà traversé des crises majeures et a su, à plusieurs reprises, éviter l’effondrement total.

« L’essentiel, affirme-t-il, réside dans la manière dont le président américain Donald Trump va terminer cette guerre », qui est déjà dans sa troisième semaine, « et il n’a plus beaucoup de temps devant lui ».

Mais là aussi, on est face à une inconnue, car, souligne Ancel, « personne ne sait dire aujourd’hui quel est l’état du régime iranien : est-ce qu’il est au bord de l’effondrement ou bien est-il capable de résister encore pendant des semaines ? »

Il est en revanche important de signaler que les frappes américaines ciblent essentiellement les centres du pouvoir et les gardiens de la révolution, tout en épargnant l’armée iranienne.

Cela permet donc de penser que « l’armée américaine mise sur le fait que l’armée iranienne prenne le pouvoir », mettant fin au régime des mollahs et des gardiens de la révolution.

Le sort du Liban, affirme Ancel, étroitement lié à celui du régime iranien, dépend donc du dénouement de ce conflit. Si ce dénouement conforte le régime actuel, « je crains que la situation au Liban ne soit vouée à davantage de dégradation ».

Si, en revanche, poursuit-il, le régime iranien s’effondre, « à ce moment-là, le sujet du Hezbollah sera géré et nécessitera une aide internationale pour mettre un terme à son aspect militaire, tout en continuant à exister comme entité politique ».