Comment le Grand Musée égyptien entend reconquérir le passé antique du pays

Le complexe du Grand Musée égyptien de Gizeh, au Caire, abritera les trésors antiques du pays. (Photo fournie)
Le complexe du Grand Musée égyptien de Gizeh, au Caire, abritera les trésors antiques du pays. (Photo fournie)
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Publié le Lundi 02 janvier 2023

Comment le Grand Musée égyptien entend reconquérir le passé antique du pays

Le complexe du Grand Musée égyptien de Gizeh, au Caire, abritera les trésors antiques du pays. (Photo fournie)
  • Comme tous les archéologues-aventuriers occidentaux de son temps, le plan de M. Carter était d’expédier la majeure partie des trésors en Europe et de les vendre aux musées
  • C’est sans aucun doute le bon moment pour que le patrimoine de l’Égypte soit restauré à sa place légitime, afin qu’il puisse être exposé dans le vaste nouveau temple du pays, au profit de tous les Égyptiens et des nombreux touristes

LONDRES: En raison de retards sans fin, de bouleversements politiques et, plus récemment, de la malédiction de la pandémie de Covid-19, le Grand Musée égyptien a tardé à voir le jour.

Cependant, 2023 est l’année où le complexe moderne présenté comme le plus grand musée du monde consacré à une seule civilisation doit enfin ouvrir ses portes, juste à temps pour aider l’Égypte à relancer son industrie touristique qui lui a cruellement fait défaut.

L’ouverture du musée sera plus qu’une simple occasion de relancer l’économie chancelante du pays. Elle représente une victoire culturelle symbolique, non seulement pour l’Égypte, mais aussi pour toute une région dont l’Histoire ancienne a été pillée par des générations d’aventuriers occidentaux.

Personne ne sait comment le jeune pharaon Toutankhamon est mort à l’âge de 18 ans, il y a près de 3 344 ans. Les théories – dont aucune n’a été prouvée – incluent le paludisme, un accident, un trouble osseux et même un meurtre.

Nous savons que, lorsque le «petit roi» a senti que sa fin prématurée était proche, il aurait été réconforté par la conviction que ses nombreux biens seraient enterrés avec son corps momifié et partiraient bientôt vers l’au-delà, où une glorieuse vie après la mort l’attendrait en compagnie du dieu Osiris.

Mais ce voyage éternel a été brutalement interrompu en 1922 lorsque l’archéologue britannique et marchand d’antiquités ponctuel, Howard Carter, découvre la tombe de Toutankhamon.

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Le seul endroit où il sera possible de voir les cinq mille quatre cents objets de la collection Toutankhamon sera désormais le Grand Musée égyptien du Caire. (AFP)

Comme tous les archéologues-aventuriers occidentaux de son temps, le plan de M. Carter était d’expédier la majeure partie des trésors en Europe et de les vendre aux musées.

Ce plan était considéré comme normal à l’apogée du pillage du patrimoine. Il prenait la forme d’une prétendue recherche scientifique sur les innombrables milliers d’objets, de statues, de biens funéraires, de cercueils, de sarcophages et de momies de l’Égypte ancienne que l’on trouve aujourd’hui dispersés dans le monde occidental, ainsi que dans les grands et petits musées.

Dans le cas de M. Carter, cependant, l’importance de la découverte était telle que, même si l’Égypte était un protectorat britannique à l’époque, les autorités égyptiennes ont réussi à plus ou moins déjouer ses plans. Howard Carter et ses collègues auraient tout de même réussi à sortir divers objets hors d’Égypte, avant de les vendre à un certain nombre de musées occidentaux.

En 2010, l’Égypte a salué la restitution par le Metropolitan Museum de New York (Met) de dix-neuf pièces extraites de la tombe de Toutankhamon. «Ces objets n’auraient jamais dû quitter l’Égypte et ils devraient donc appartenir, à juste titre, au gouvernement égyptien», déclarait Thomas P. Campbell, directeur du Met à l’époque.

Quoi qu’il en soit, depuis les années 1960, il semble que la collection Toutankhamon ait passé plus de temps hors d’Égypte qu’à l’intérieur du pays, circulant dans des expositions sans fin à travers le monde.

La première exposition itinérante, baptisée «Toutankhamon, le trésor du pharaon», a été vue dans vingt-quatre villes des États-Unis et du Canada entre 1961 et 1966. Entre 1961 et 2021, une grande partie du trésor a passé trente ans hors d’Égypte – trois décennies au cours desquelles des générations de jeunes Égyptiens ont été privées de l’accès à certains des éléments les plus totémiques de leur patrimoine.

L’existence du Grand Musée égyptien tant attendu mettra fin à cette situation honteuse.

Les cinq mille quatre cents objets ensevelis avec le roi il y a plus de 3 300 ans, notamment l’emblématique masque doré, ont finalement été rassemblés au même endroit pour la première fois depuis qu’ils ont été déterrés par M. Carter dans la Vallée des Rois.

Pierre de Rosette au British Museum.
Pierre de Rosette au British Museum.

Désormais, ils seront à leur place, au seul endroit où il sera possible de les voir – en Égypte, au Grand Musée égyptien.

C’est un musée pas comme les autres. S’étendant sur près de 500 000 mètres carrés, le bâtiment offre aux visiteurs une vue panoramique spectaculaire sur les pyramides voisines de Gizeh.

Outre la «tête d’affiche», Toutankhamon, le musée abrite plus de cent mille objets du riche passé égyptien, datant de la préhistoire jusqu’aux périodes grecque et romaine en passant par l’époque pharaonique. Une statue de onze mètres de Ramsès II domine le vaste atrium d’entrée du musée, qui a été construit autour de l’imposante figure de granit de 83 tonnes.

En Occident, les conservateurs de musée marmonnent sur les capacités supérieures des institutions occidentales à protéger le patrimoine des autres pays qu’ils jugent, par déduction, incapables de le faire.

L’Égypte, cependant, possède une expertise incontestée, voire inégalée, en matière de protection et de conservation des objets de son passé. Un centre de conservation du musée est opérationnel depuis 2010, ayant fait ses preuves avec le cercueil extérieur en bois de Toutankhamon, qui a fait l’objet d’une conservation minutieuse de huit mois.

Le British Museum affirme qu’il est un «musée pour le monde» – un lieu où toute l’Histoire de l’évolution de la civilisation mondiale peut être vue par le monde entier, en un seul endroit. C’est très bien, à condition de vivre à Londres, ou d’avoir les moyens et l’envie de s’y rendre. Mais pour la plupart des Égyptiens, ce n’est pas une option.
 

L’égyptologue anglais Howard Carter (1873-1939) travaillant sur le sarcophage doré de Toutankhamon en Égypte en 1922. (Images Getty/Apic)
L’égyptologue anglais Howard Carter (1873-1939) travaillant sur le sarcophage doré de Toutankhamon en Égypte en 1922. (Images Getty/Apic)

En 2003, la dernière fois que l’Égypte a fait une tentative déterminée, mais finalement vaine, de persuader la Grande-Bretagne de se séparer de la pierre de Rosette, l’une des icônes du patrimoine égyptien, le British Daily Telegraph a fait remarquer avec mépris que «si la pierre devait être déplacée – à ce stade, au musée du Caire – elle serait vue par beaucoup moins de personnes qu’aujourd'hui, quelque 2,5 millions de visiteurs par an, contre 5,5 millions qui visitent le British Museum chaque année».

Combien parmi ces 5,5 millions sont des Égyptiens, et combien d’autres personnes en provenance du monde entier pourraient se rendre en Égypte pour contempler la pierre si elle se trouvait au Grand Musée égyptien?

L’ouverture du musée intervient un siècle après la découverte de la tombe de Toutankhamon et deux cents ans après le déchiffrement de la pierre de Rosette, l’ancienne stèle qui détenait la clé de la traduction des hiéroglyphes égyptiens.

Dans le passé, l’Égypte a tenté à plusieurs reprises de récupérer la pierre de Rosette. Pillée par les troupes de Napoléon lors de sa campagne en Égypte de 1798 à 1801, elle fut à son tour saisie par les Britanniques et expédiée au Royaume-Uni en 1802, avant d’être présentée au British Museum par le roi George III.

En 2003, l’égyptologue Zahi Hawass, alors directeur du Conseil suprême des Antiquités au Caire et futur ministre des Antiquités, déclarait à la presse britannique que «si les Britanniques veulent qu’on se souvienne d’eux, s’ils veulent restaurer leur réputation, ils devraient restituer la pierre de Rosette, car c’est l’icône de notre identité égyptienne».

En 2020, M. Hawass a renouvelé sa campagne, élargissant les revendications de l’Égypte pour inclure le retour du buste de Néfertiti du Musée égyptien de Berlin, le zodiaque de Dendérah et plusieurs autres pièces du Louvre à Paris.

La pression exercée sur les institutions internationales a augmenté en décembre, lorsque l’Allemagne a restitué au Nigeria vingt et un objets qui figuraient parmi les milliers pillés par les troupes britanniques du royaume ouest-africain du Bénin il y a 125 ans. Plus de cent bronzes du Bénin sont également détenus par l’université de Cambridge, qui a également accepté le mois dernier de les restituer à leur pays d’origine.

L’ancien ministre égyptien des Antiquités, Zahi Hawass, qui a fait campagne pour le retour des objets égyptiens. (AFP)
L’ancien ministre égyptien des Antiquités, Zahi Hawass, qui a fait campagne pour le retour des objets égyptiens. (AFP)

Cependant, la majeure partie des objets béninois sont en possession du British Museum, qui affirme entretenir «d’excellentes relations de travail à long terme avec des collègues et des institutions nigérianes», mais a néanmoins jusqu'à présent refusé de restituer les objets.

Le musée ne témoigne par ailleurs d’aucune volonté de se séparer de ses objets égyptiens. En plus des trente-huit objets «trouvés ou acquis» par Howard Carter à la gloire de Toutankhamon, il contient plus de quarante-cinq mille autres objets de l’Égypte ancienne – dont moins de deux mille sont exposés.

En février 2020, le Dr Khaled el-Anany, ministre du Tourisme et des Antiquités, affirmait que l’Égypte était «en négociations directes avec le British Museum et d’autres musées», insistant sur le fait que «tous les objets qui sont illégalement sortis de l’Égypte y retourneront».

Comme toujours, le musée joue sa carte de «musée du monde».

«Au British Museum, les visiteurs peuvent voir la pierre de Rosette aux côtés d’autres monuments de temples pharaoniques, mais aussi dans le contexte plus large d’autres cultures anciennes, permettant à un public mondial d’examiner les identités culturelles et d’explorer le réseau complexe de l’Histoire humaine interconnectée», déclare un porte-parole du British Museum à Arab News.

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Une statue de onze mètres de Ramsès II au Grand Musée égyptien. (Photo fournie)

Le British Museum souligne également qu’il est l’un des quatre musées européens à collaborer avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités pour rénover le musée égyptien de la place Tahrir dans le cadre d’un projet de 3,1 millions d’euros financé par l’Union européenne (UE). Mais cela compense-t-il vraiment des siècles de pillage?

Reste à savoir si les musées du monde entier qui abritent des objets pris à l’Égypte à l’époque impérialiste saisiront cette occasion en or pour les restituer, renforçant ainsi leur réputation.

C’est sans aucun doute le bon moment pour que le patrimoine de l’Égypte soit restauré à sa place légitime, afin qu’il puisse être exposé dans le vaste nouveau temple du pays, au profit de tous les Égyptiens et des nombreux touristes – venus de partout dans le monde – qui devront certes faire le voyage pour le voir.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Du blues de "Sinners" à une rare égalité: cinq temps forts des Oscars 2026

Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
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  • Une bataille après l'autre triomphe aux Oscars, tandis que Sinners brille par sa performance musicale spectaculaire rendant hommage au blues et à la musique noire
  • Javier Bardem lance un message politique discret mais fort : « non à la guerre, libérez la Palestine », dans une cérémonie par ailleurs plutôt consensuelle

HOLLYWOOD: "Une bataille après l'autre" a triomphé aux Oscars dimanche devant "Sinners", auquel on doit un des temps forts de la cérémonie, une performance musicale magistrale.

Le blues de "Sinners" et la Corée de "KPop Demon Hunters" sur scène

Le blues s'est emparé du Dolby Theatre, transformé en bar de fortune dans une grange du Mississippi pour reproduire la scène musicale d'anthologie de "Sinners" (quatre Oscars dont la meilleure musique de film).

Miles Caton, qui interprète un fils de pasteur accro à la musique du diable, et l'auteur-compositeur-interprète Raphael Saadiq ont repris "I Lied To You", entourés d'artistes incarnant toutes les époques de la musique noire, de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au hip-hop américain. Participaient à cet hommage le musicien Shaboozey et la danseuse étoile Misty Copeland, qui a récemment subi un remplacement de hanche.

Les chanteuses de "KPop Demon Hunters" (meilleur film d'animation) ont elles rendu hommage à la culture sud-coréenne en interprétant leur tube "Golden", meilleure chanson originale.

Robert Redford "cowboy intellectuel" pour Barbra Streisand

La cérémonie a honoré les figures du cinéma disparues récemment, dont l'acteur et réalisateur Robert Redford, "cow-boy intellectuel qui a tracé sa propre voie", selon Barbra Streisand, son amie depuis "Nos plus belles années" (1973).

Tué avec son épouse Michelle en décembre, le réalisateur Rob Reiner laisse en héritage des films qui "dureront des générations, parce qu'ils parlaient de ce qui nous fait rire et pleurer, et de ce à quoi nous aspirons à être", a dit Billy Crystal, héros de sa comédie romantique "Quand Harry rencontre Sally" (1989). Le fils du couple a plaidé non-coupable de ces meurtres.

Rachel McAdams, qui incarnait la fille de Diane Keaton dans "Esprit de famille" en 2005, a salué "une légende qui ne se terminera jamais".

Humour consensuel pour Conan O'Brien

"Je dois vous prévenir, cette soirée pourrait devenir politique", avait annoncé le présentateur de la cérémonie, l'humoriste Conan O'Brien. Ses piques sur le système de santé américain ou le patron de Netflix se sont avérées plutôt consensuelles.

C'est sur le traitement de l'affaire Epstein aux Etats-Unis qu'il a été le plus mordant, lançant: "C'est la première fois depuis 2012 qu'aucun Britannique n'est nommé dans les catégories meilleur acteur ou meilleure actrice. Un porte-parole britannique a déclaré: "+Ouais, mais au moins, nous on arrête nos pédophiles+".

En pleine guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump, le ton est resté globalement très sage, hormis le "non à la guerre, libérez la Palestine" lancé par Javier Bardem sur scène.

"Bébé yoda" fait sa promo

Diffusée sur la chaîne américaine ABC, propriété du groupe Disney, la cérémonie a été l'occasion de faire la promotion de plusieurs films produits par la firme aux grandes oreilles.

"Bébé yoda", héros de la série "The Mandalorian" et du film "The Mandalorian and Grogu", en salles en France le 20 mai, est apparu dans le public. Anne Hathaway, à l'affiche du "Diable s'habille en Prada 2" le 29 avril, a remis un prix avec la papesse de la mode Anna Wintour. Et les "Avengers" Chris Evans et Robert Downey Jr se sont retrouvés sur scène avant la sortie de "Doomsday" le 16 décembre.

Les bandes-annonces ont ensuite été diffusées pendant les publicités.

Rare ex-aequo dans l'histoire des Oscars

Pour la 7e fois seulement depuis 1929, un prix a récompensé deux films ex-aequo. Le meilleur court métrage de fiction est revenu à "The Singers", de Sam Davis et Jack Piatt, et à une production française, "Deux personnes échangeant de la salive", d'Alexandre Singh et Natalie Musteata.

L'acteur et humoriste Kumail Nanjiani, qui remettait ce prix, s'est amusé de "l'ironie que l'Oscar du court métrage prenne deux fois plus de temps".

Barbra Streisand, pour "Funny Girl", et Katharine Hepburn, pour "Le Lion en hiver", s'étaient partagé le prix de la meilleure actrice en 1969. La dernière égalité remontait à 2013, avec "Skyfall" et "Zero Dark Thirty" dans la catégorie meilleur montage sonore.


L’Institut du monde arabe rend hommage à Leila Shahid

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
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  • Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix"
  • "Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne"

PARIS: Mardi 31 mars 2026, l’Institut du monde arabe rendra hommage à Leila Shahid pour une soirée exceptionnelle. Proches, amis et compagnons de route évoqueront son parcours et son engagement, avec notamment les interventions d’Elias Sanbar, Karim Kattan et de nombreux invités. Un moment de mémoire et de dialogue pour saluer une grande voix de la Palestine.

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark.

Elle a ensuite été déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, avant d'occuper les mêmes fonctions à Bruxelles auprès de l'UE durant la décennie suivante.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix".

"Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne".

"Combattante infatigable" 

L'ancien Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a salué, toujours sur X, "une ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts", qui "fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste et durable au Proche-Orient".

De nombreuses réactions en France sont venues de la gauche, à l'instar de l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a évoqué une "inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël".

"Leïla Shahid aura été de ces diplomates exemplaires qui marquent une génération", a pour sa part réagi dans un communiqué l'Institut du Monde Arabe (IMA): "Combattante infatigable, héroïne des temps modernes, elle portait la Palestine en elle avec force et dignité".

"Le désastre des souffrances du peuple palestinien à Gaza l'a hantée jusqu’à sa fin tragique", ajoute l’institution parisienne.

Face à la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Leïla Shahid n'avait eu de cesse d'appeler la communauté internationale à agir pour un cessez-le feu.

Mais dans un entretien à France-Inter deux jours après le 7-Octobre, elle se disait "pessimiste" quant à l'avenir de la Palestine, et mettait en garde contre une annexion par Israël de "ce qu'il reste comme territoires palestiniens".


La femme au cœur de la transformation saoudienne selon Doha Brahim

L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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  • Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité
  • Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020

PARIS: Délicatesse et chaleur humaine étaient au rendez-vous lors de l’iftar organisé par l’épouse de l’ambassadeur saoudien à Paris, Fatima Al Ruyaily, qui a réuni plusieurs dizaines de personnalités féminines connues de la place parisienne.

Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité.

Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020.

De passage à Paris pour quelques heures seulement, la docteure Brahim a livré un témoignage éclairant sur l’évolution de la place des femmes dans le Royaume.

Vision 2030 et promotion du rôle des femmes

Arrivée le matin même de Riyad, elle devait repartir dès le lendemain, mais son intervention a permis de mesurer l’ampleur des transformations engagées ces dernières années.

Au cœur de son propos : la Vision 2030, vaste programme de réformes lancé par le Royaume pour diversifier son économie et transformer en profondeur la société saoudienne.

« Nous vivons un moment historique dans l’histoire de notre pays », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette vision stratégique constitue bien plus qu’un projet économique : elle dessine une transformation globale fondée sur l’innovation, le progrès social et l’ouverture culturelle.

Portée par le roi Salman ben Abdelaziz et mise en œuvre par le prince héritier Mohammed ben Salmane, la Vision 2030 place le développement humain au cœur de ses priorités. « Les citoyens sont à la fois le moteur, le sujet et les bénéficiaires de cette vision », a insisté Doha Brahim.

Dans ce cadre, la promotion des femmes occupe une place centrale. Loin d’être perçue comme un simple symbole ou un privilège, l’autonomisation féminine est présentée comme un droit fondamental et un levier indispensable du développement.

« Un développement global ne peut être atteint que par la participation de tous », a-t-elle affirmé, soulignant que les réformes engagées dépassent le cadre économique pour s’inscrire dans une véritable transformation culturelle et sociale.

Cette évolution s’inscrit également dans les engagements internationaux du Royaume, notamment dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, parmi lesquels figure l’égalité entre les sexes.

Au cours des dernières années, l’Arabie saoudite a multiplié les initiatives destinées à mesurer et encourager la participation des femmes dans la société, parmi lesquelles la création d’outils statistiques et d’institutions dédiées, comme l’Observatoire national des femmes, chargé de suivre leur participation dans les différents secteurs de la vie publique et économique.

Ces efforts commencent à produire des résultats tangibles, souligne Brahim. La participation des femmes au marché du travail a connu une progression spectaculaire, passant d’environ 17 % à plus de 36 %, dépassant même les objectifs initialement fixés dans le cadre de la Vision 2030.

Aujourd’hui, les femmes saoudiennes occupent des postes dans des domaines autrefois largement masculins. Elles participent à la vie politique à travers leur présence dans les instances consultatives, exercent des responsabilités diplomatiques et contribuent activement au développement économique.

La femme saoudienne est également présente dans les secteurs d’avenir, notamment la technologie, l’innovation et l’entrepreneuriat, et cette présence ne cesse de croître.

De nombreuses femmes créent désormais leurs propres entreprises, contribuant à dynamiser l’économie nationale et à renforcer le tissu entrepreneurial du pays.

L’éducation constitue l’un des moteurs les plus puissants de cette transformation, puisque les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des étudiants dans les universités du Royaume, notamment dans les disciplines scientifiques.

Certaines participent désormais à des projets scientifiques internationaux majeurs, affirme Brahim, qui signale au passage la participation d’une astronaute saoudienne à une mission vers la Station spatiale internationale.

La transformation touche également des domaines inattendus : les femmes s’illustrent dans les arts, la littérature et la culture, devenant des ambassadrices de l’identité saoudienne sur la scène internationale.

Mais c’est peut-être dans les secteurs de la sécurité et de la justice que le changement apparaît le plus marquant, car les femmes sont désormais présentes dans les forces armées, la garde nationale ou encore l’armée de l’air.

Parallèlement, le système judiciaire s’est ouvert à leur participation, avec un nombre croissant d’avocates et de juristes. Sur la scène diplomatique, plusieurs femmes ont été nommées ambassadrices, représentant le Royaume dans des capitales importantes et au sein d’organisations internationales, y compris auprès de l’Union européenne.

Le sport féminin constitue un autre symbole de cette évolution rapide. En quelques années seulement, l’Arabie saoudite est passée d’une absence quasi totale de pratique sportive féminine à la création de ligues professionnelles et à la participation de sportives saoudiennes à des compétitions internationales.

Pour Doha Brahim, ces évolutions traduisent une transformation profonde de la société saoudienne. « Le parcours d’autonomisation des femmes n’est pas un projet temporaire », a-t-elle souligné. Il s’inscrit dans une dynamique de long terme visant à construire une société plus inclusive et durable.

« Nous ne construisons pas seulement une économie », a-t-elle conclu, « nous construisons aussi une société fondée sur la justice, le partenariat et l’égalité des opportunités ».

L’iftar, qui s’est prolongé par un échange entre les convives sur le potentiel des femmes et le rôle central qui leur revient dans le développement social, a constitué une parenthèse de détente et d’espoir au milieu des turbulences que traverse le monde.