En attaquant un hôtel chinois, Daech cible les intérêts internationaux en Afghanistan

Les forces de sécurité talibanes arrivent sur le site d'une attaque contre une maison d'hôtes populaire auprès des visiteurs d'affaires chinois, à Kaboul, le 12 décembre (Photo, AFP).
Les forces de sécurité talibanes arrivent sur le site d'une attaque contre une maison d'hôtes populaire auprès des visiteurs d'affaires chinois, à Kaboul, le 12 décembre (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 14 décembre 2022

En attaquant un hôtel chinois, Daech cible les intérêts internationaux en Afghanistan

  • Un hôtel et un complexe résidentiel gérés par des Chinois à Kaboul ont été la cible d'une attaque meurtrière lundi
  • Depuis septembre, la filiale afghane de Daech a pris pour cible des ressortissants russes, pakistanais et chinois

KABOUL: Une série d'attaques exécutée par Daech contre des étrangers à Kaboul au cours des quatre derniers mois montre les efforts déployés par le groupe pour cibler les intérêts internationaux en Afghanistan, ont déclaré des experts mardi, au lendemain d'une attaque meurtrière contre un hôtel de la capitale afghane.

L'hôtel et le complexe résidentiel gérés par des Chinois dans le centre de Kaboul ont été attaqués pendant plusieurs heures lundi en fin d'après-midi, lorsque trois hommes armés ont pénétré dans le bâtiment à plusieurs étages. Au moins trois assaillants ont été tués et 21 autres personnes ont été blessées, dont deux étrangers.

Mardi matin, une filiale régionale de Daech – connue sous le nom de Province de Khorasan de l'État islamique, ou ISIS-K – a revendiqué l'assaut.

Depuis septembre, le groupe a revendiqué plusieurs attaques similaires visant des diplomates et des civils russes, pakistanais et chinois dans la capitale afghane, alors que le gouvernement dirigé par les talibans tente d’obtenir une reconnaissance internationale.

L'attaque de lundi est survenue au lendemain de la rencontre de l'ambassadeur de Chine, Wang Yu, avec des responsables du ministère des Affaires étrangères. Lors de cette rencontre, Yu a demandé aux talibans la mise en place de mesures supplémentaires pour la sécurité de l'ambassade de Chine. Pékin est l'un des rares gouvernements à maintenir une présence diplomatique active à Kaboul depuis la prise du pouvoir par les talibans en août 2021.

Selon les analystes, ce n'est pas une coïncidence si la présence diplomatique et commerciale de Moscou, d'Islamabad et de Pékin a fait l'objet d'attaques de la part des rivaux des talibans, les trois pays étant considérés comme les plus favorables aux nouveaux dirigeants de l'Afghanistan.

Andreas Krieg, professeur adjoint au département des études de défense du King's College de Londres, a indiqué que la récente série d'attentats mettait en évidence la différence entre les talibans et Daech.

«Cela fait partie des efforts d'ISIS-K en Afghanistan pour rendre l'environnement inhospitalier pour les étrangers de toutes origines», a-t-il déclaré à Arab News.

Alors que les talibans tentent de se rapprocher des autres nations et cherchent à être reconnus, Daech les considère comme «des non-croyants qui vont corrompre les valeurs islamiques traditionnelles de la société afghane», a expliqué Krieg.

Le groupe ne voit aucun intérêt à bâtir des ponts avec ces pays et préfère travailler activement à les expulser d’Afghanistan dès que possible.

Les effets de ces attaques vont bien au-delà de la politique et risquent de provoquer un nouvel effondrement de l’économie afghane déjà en pleine crise.

Une source d'une institution financière de premier plan en Afghanistan a déclaré que les attaques pourraient décourager les investissements étrangers que les Talibans recherchent depuis que les États-Unis et plusieurs organismes internationaux ont imposé des sanctions et des restrictions bancaires à leur gouvernement.

La source, qui a requis l'anonymat parce qu'elle n'est pas autorisée à parler aux médias, a révélé qu'avant l'attaque de lundi, «beaucoup d'avancées avec les talibans sur l'exploitation minière étaient en cours, notamment des paiements qui étaient dus par Pékin».

Les talibans ont compté sur le potentiel des ressources minérales et des pierres précieuses de l'Afghanistan afin de contribuer au redressement de l'économie. Les Chinois, qui possèdent une part dans la plus grande mine de cuivre du pays, Mes Aynak, étaient considérés comme un espoir possible pour donner un coup de pouce financier indispensable.

Mais la source a affirmé que ce progrès pourrait maintenant être perdu, car les hommes d'affaires chinois, dont beaucoup résidaient ou faisaient des affaires dans l'hôtel visé lundi, seront de plus en plus réticents à apporter leur argent et leur personnel en Afghanistan.

Pékin pourrait également suivre la décision de Moscou et réduire sa présence physique dans le pays, ne serait-ce que temporairement, ce qui constituerait un nouveau revers pour les efforts déployés par les talibans de manière à obtenir l'acceptation régionale et la reconnaissance internationale.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
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  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.