La justice française relance l'enquête sur le «bateau cercueil» au large de la Libye

Des migrants arrivent à la base navale de Tripoli, la capitale libyenne, le 29 avril 2021, après que les garde-côtes ont intercepté un bateau pneumatique transportant 99 migrants à destination de l'Europe au large de la côte ouest du pays. (AFP).
Des migrants arrivent à la base navale de Tripoli, la capitale libyenne, le 29 avril 2021, après que les garde-côtes ont intercepté un bateau pneumatique transportant 99 migrants à destination de l'Europe au large de la côte ouest du pays. (AFP).
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Publié le Jeudi 22 septembre 2022

La justice française relance l'enquête sur le «bateau cercueil» au large de la Libye

  • Dans la nuit du 26 au 27 mars 2011, un fragile canot pneumatique parmi tant d'autres avait quitté Tripoli à destination de l'Italie, avec à son bord cinquante hommes, vingt femmes, pour certaines enceintes, ainsi que deux bébés
  • «Au bout de onze ans, obtenir le basique, notamment concernant les carnets de bord qui permettront d'exonérer, ou pas, l'armée française, c'est un peu long», a réagi l'avocat des plaignants Me Stéphane Maugendre

PARIS : La justice française a rouvert jeudi l'enquête sur les soupçons d'inaction des marines occidentales face au "bateau cercueil", un bateau qui avait dérivé deux semaines au large de la Libye en 2011, dont 63 des 72 occupants, des migrants africains, étaient morts.

Une relance après dix ans d'impasse. Il est rare qu'une enquête connaisse tant de vicissitudes : une première plainte pour "non assistance à personne en danger" et une enquête classée sans suite en 2012, une information judiciaire et un non-lieu en 2013, une relance par la chambre de l'instruction en 2014, quelques investigations qui donnent lieu à un second non-lieu en 2018, une confirmation de celui-ci en appel en 2020 mais une cassation en 2021.

Le dossier est revenu en juin dernier devant la cour d'appel de Paris, qui a décidé jeudi d'infirmer l'ordonnance de non-lieu de 2018 et d'ordonner, selon une source proche du dossier, non seulement la jonction de procédures judiciaires belge, italienne et espagnole sur ce naufrage mais aussi la production des carnets de bord de tous les bâtiments et aéronefs passés sur zone.

"Rare survivant de cette tragédie qui a fait 63 morts devant des navires militaires européens, je continue de réclamer justice, car j'ai assisté à tout", a réagi Abu Kurke Kebato, rescapé éthiopien de 35 ans, vivant actuellement aux Pays-Bas et sollicité par l'AFP.

"C'était très simple de sauver des vies, vu qu'ils sont venus nous donner à manger. J'espère que le juge d'instruction va prendre rapidement une décision", a-t-il ajouté.

Dans la nuit du 26 au 27 mars 2011, un fragile canot pneumatique parmi tant d'autres avait quitté Tripoli à destination de l'Italie, avec à son bord cinquante hommes, vingt femmes, pour certaines enceintes, ainsi que deux bébés. Tous originaires d'Afrique, dont 47 d'Éthiopie.

Très vite à court de carburant, l'embarcation avait dérivé pendant quatorze jours avant d'être rejetée sur une plage de Libye le 10 avril.

"Quinze jours de périple, dont quatorze de dérive (...). La soif, la faim, l’odeur des cadavres ont jeté ces migrants dans un désarroi qui a poussé certains d’entre eux à se jeter à l'eau", détaillent les plaignants dans une note judiciaire consulté par l'AFP.

«Insuffisance» des investigations

Pendant ces deux semaines cauchemardesques, ils assurent que l'embarcation a été photographiée par un avion militaire, survolée par deux hélicoptères, dont un qui leur largua "bouteilles d'eau et biscuits", et qu'ils ont croisé au moins deux bateaux de pêche. Leur appel de détresse est parvenu aux garde-côtes italiens, au QG de l'Otan à Naples (Italie) et aux navires sur zone.

Soutenus par plusieurs ONG, ils estiment que plusieurs armées européennes engagées alors dans l'intervention en Libye à la suite de la révolution contre le régime de Mouammar Khadafi, et l'armée française en particulier, n'ont pas réagi malgré leur proximité et leur connaissance du péril pesant sur leur canot en panne.

Dans les investigations, deux versions s'opposaient jusque-là : d'un côté, la juge d'instruction Sabine Kheris, qui a ordonné en octobre 2018 le second non-lieu, arguant de nouvelles recherches non-concluantes mais selon elle "longues, pointues et fouillées".

De l'autre, Me Stéphane Maugendre, engagé dans ce dossier depuis dix ans en défense de M. Kebato et d'un autre survivant, érythréen, qui dénonce de longue date "l'insuffisance manifeste des investigations" et une instruction "exclusivement à décharge", en ce qu'elle aurait écarté trop vite des contradictions apparentes ou des lacunes dans les réponses de l'armée française.

Le ministère avait ainsi exclu en 2012 qu'un avion ayant photographié les migrants au premier jour de leur dérive soit français, avant de finalement le reconnaître en 2017, à la suite d'une déclassification d'informations.

De la même manière, il n'avait fourni l'emplacement des navires dans la zone qu'au premier jour de la dérive du bateau pneumatique.

L'avocat avait demandé la jonction des procédures étrangères qui témoigneraient de "contradictions" avec la française, chaque État "se disant hors de cause au motif que ce serait leur voisin qui serait impliqué".

"Au bout de onze ans, obtenir le basique, notamment concernant les carnets de bord qui permettront d'exonérer, ou pas, l'armée française, c'est un peu long", a réagi Me Maugendre.


Les Etats-Unis vont retirer la Syrie de leur liste des Etats soutenant le terrorisme

L'adoubement d'Ahmed al-Chareh par Donald Trump intervient malgré les réticences d'Israël, qui a mené à plusieurs reprises des frappes aériennes en Syrie. (AFP)
L'adoubement d'Ahmed al-Chareh par Donald Trump intervient malgré les réticences d'Israël, qui a mené à plusieurs reprises des frappes aériennes en Syrie. (AFP)
  • Cette annonce survient après la rencontre en marge du sommet de l'Otan en Turquie entre Donald Trump et Ahmed al-Chareh, un ancien djihadiste devenu président de la Syrie après le coup d'Etat contre le régime de Bachar al-Assad en décembre 2024
  • "C'est un autre pas historique de la part du président Trump pour donner au peuple syrien une chance de grandeur", a déclaré Marco Rubio dans un communiqué

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé mercredi qu'ils allaient retirer la Syrie de leur liste noire des pays accusés de soutenir le terrorisme, une classification vieille de plusieurs dizaines d'années qui limitait les investissements dans ce pays.

Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a officiellement informé le Congrès de cette décision attendue de longue date, qui sera effective dans 45 jours, à moins que les parlementaires ne choisissent, de manière inattendue, de la bloquer.

Cette annonce survient après la rencontre en marge du sommet de l'Otan en Turquie entre Donald Trump et Ahmed al-Chareh, un ancien djihadiste devenu président de la Syrie après le coup d'Etat contre le régime de Bachar al-Assad en décembre 2024.

"C'est un autre pas historique de la part du président Trump pour donner au peuple syrien une chance de grandeur", a déclaré Marco Rubio dans un communiqué.

"Lever les sanctions contre la Syrie va débloquer le commerce international et les investissements, donner à la Syrie une chance de se reconstruire, et ouvrir un nouveau chapitre pour le peuple syrien", a-t-il poursuivi.

L'adoubement d'Ahmed al-Chareh par Donald Trump intervient malgré les réticences d'Israël, qui a mené à plusieurs reprises des frappes aériennes en Syrie.

Le président américain avait auparavant publiquement poussé en faveur d'un accord de paix entre Israël et la Syrie, mais a finalement choisi de lever cette classification malgré l'absence de progrès dans les négociations.

Dans son communiqué, Marco Rubio a expliqué que cette décision avait été prise après avoir reçu des "assurances formelles" de la part d'Ahmed al-Chareh selon lesquelles "la Syrie ne soutiendra pas d'actes de terrorisme international à l'avenir".

Il a soutenu qu'une "Syrie stable, unifiée et en paix avec elle-même et avec ses voisins ne sera pas seulement bénéfique pour la région, mais pour le monde entier".

Donald Trump avait commencé à lever la plupart des sanctions contre la Syrie il y a un an, après que la Turquie et l'Arabie saoudite l'ont encouragé à rencontrer Ahmed al-Chareh.

"Il fait un travail incroyable pour unifier la Syrie", a affirmé le président américain à son sujet lors de la rencontre à Ankara.

La Syrie était sur la liste américaine des pays accusés de soutenir le terrorisme depuis sa création en 1979.

Après cette décision, seuls l'Iran, la Corée du Nord et Cuba demeurent sur cette liste.

 


Trump affirme que le cessez-le-feu avec l'Iran est « terminé»

Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
  • Donald Trump affirme que le dossier iranien est « terminé » pour lui, tout en laissant la porte ouverte à une reprise des négociations par ses émissaires
  • Les tensions restent vives entre Washington et Téhéran, sur fond de frappes, de représailles militaires et d'accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu

ANKARA: Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", ouvrant toutefois la porte à une reprise éventuelle des discussions.

"En ce qui me concerne, c'est terminé", a-t-il lancé au deuxième jour d'un sommet de l'Otan.

"C'est juste une perte de temps de discuter avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il ajouté.

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions, après l'avoir consulté.

Jared Kushner et Steve Witkoff sont "de bons négociateurs, ils veulent négocier", a-t-il ainsi affirmé, mais "ils doivent revenir vers moi".

Le président américain n'a pas eu de mots assez durs contre les dirigeants iraniens qu'il a qualifiés d'"ordures" avec qui il refusait désormais de discuter.

"Je ne veux plus avoir affaire à eux, ce sont des ordures. (...) ce sont des malades", a-t-il encore affirmé .

"Ils sont vicieux, ce sont des gens violents, et s'ils avaient l'arme nucléaire, ils l'utiliseraient", a-t-il ajouté, aux côtés du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, affirmant avoir pourtant obtenu un accord avec l'Iran.

"Tout le monde est d'accord : pas d'arme nucléaire. On passe un marché. Ils sortent, plaisantent devant la presse, ils disent qu'on n'en a même jamais parlé. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez eux, ils sont fous", a-t-il encore déclaré.

Les Etats-Unis ont frappé plus de 80 cibles en Iran en riposte à des tirs iraniens sur des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz, déclenchant mercredi des représailles de Téhéran qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien après les attaques de navires. Les deux camps s'accusent de violer leur protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique.


Les Etats-Unis réinstaurent leurs sanctions sur le pétrole iranien, dénoncent les actes de Téhéran dans le détroit d'Ormuz

Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit. (AFP)
Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit. (AFP)
  • Le ministère américain des Finances, qui gère les sanctions, venait de publier un document interdisant les "nouvelles transactions" d'hydrocarbures iraniens à compter du jour même
  • Il s'agit d'un brusque revirement: fin juin, Washington avait suspendu jusqu'au 21 août son embargo sur le pétrole iranien dans le cadre du protocole d'accord avec Téhéran visant à mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit.

"Les agissements de l'Iran dans le détroit sont totalement inacceptables aux yeux des Etats-Unis et ne resteront pas impunis", a commenté un responsable gouvernemental américain auprès de l'AFP, sous le couvert de l'anonymat.

Le ministère américain des Finances, qui gère les sanctions, venait de publier un document interdisant les "nouvelles transactions" d'hydrocarbures iraniens à compter du jour même.

Il s'agit d'un brusque revirement: fin juin, Washington avait suspendu jusqu'au 21 août son embargo sur le pétrole iranien dans le cadre du protocole d'accord avec Téhéran visant à mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient.

La guerre a été déclenchée fin février par des bombardements israélo-américains sur l'Iran. La République islamique avait riposté en frappant Israël et des intérêts américains dans les pays du Golfe, mais aussi en bloquant la navigation dans le très stratégique détroit d'Ormuz, ce qui a fait flamber les prix du pétrole, depuis retombés.

Le protocole d'accord prévoyait la reprise du trafic maritime dans le détroit, où plusieurs navires ont récemment subi des attaques.

Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé à Téhéran la responsabilité de deux d'entre elles.

Le document publié mardi par les autorités américaines permet aux transactions conclues après le 21 juin d'être finalisées. La date limite est le 17 juillet.