Comment les différentes traditions musicales ont façonné l'identité et la culture de l'Arabie saoudite

Le paysage musical contemporain du Royaume reprend des traditions ancestrales. (Photo fournie).
Le paysage musical contemporain du Royaume reprend des traditions ancestrales. (Photo fournie).
Short Url
Publié le Vendredi 23 septembre 2022

Comment les différentes traditions musicales ont façonné l'identité et la culture de l'Arabie saoudite

  • Les voyageurs ont véhiculé les traditions populaires à travers la péninsule arabique ; les cultures et les influences se sont fusionnées
  • L'Arabie saoudite embrasse aujourd'hui les différentes musiques du monde, sans pour autant se départir de son héritage

DJEDDAH: L'Arabie saoudite se distingue par la diversité et la richesse de sa musique populaire. Celle-ci associe d’un côté sonorités, rythmes et mélodies et de l’autre, poésie, percussions et danses transmises à travers les générations.

Les poètes et les musiciens ont traversé la péninsule arabique et le Moyen-Orient au cours des siècles ; ils ont ainsi échangé et fusionné leurs moyens d'expression par l'intermédiaire de chants, de musiques et de danses.

Le paysage musical contemporain du Royaume reprend ces traditions ancestrales. Il les traduit en rythmes populaires et en chansons inspirées de la littérature classique, des épopées et des poèmes héroïques. Il s'agit d'un miroir reflétant l'histoire, les valeurs, les normes et la conscience de la société.

Les chanteurs et les récitants ont transmis les poèmes au sein des différentes tribus et ce, depuis l'époque préislamique. Cette pratique s'est poursuivie jusqu'aux cours des califes ; ici, de fameux chanteurs récitaient des poèmes sur fond de mélodies et se produisaient devant un public privé.

Ces cours ont disparu au fil du temps. La pratique, elle, a perduré.

folklore
En raison de leurs déplacements continus, les Bédouins ne pouvaient pas transporter de bagages superflus, y compris les instruments de musique. Ils se contentaient donc de jouer sur des rythmes simples, en faisant des battements de mains ou en tapant sur des objets du quotidien. (Photo fournie)

La plupart des mélodies provenant de notre région s'inspirent du maqâm, un système des modes mélodiques séculaires qui caractérise la musique du Moyen-Orient. Le maqâm englobe un ensemble de modes ou de gammes mais aussi la manière dont on peut improviser et former des mélodies à partir de ces modes.

Les gammes de maqâm sont généralement faites de 7 notes qui se répètent à l'octave supérieure, même si certaines ont des fois 8 notes ou plus. Il y a peu d'harmonie dans ce genre de musique, mais on peut parfois percevoir des variations harmoniques qui se répètent pendant un ou deux moments.

Lors d'un voyage dans le Hedjaz en 1814, l'orientaliste suisse Johann Ludwig Burckhardt a répertorié dans son livre « Travels in Arabia » (Voyages en Arabie) les différentes notes musicales de cette région. Il décrit ainsi les prestations de femmes qui chantaient en deux chœurs de 6, 8 ou 10 personnes chacun. Le premier groupe chantait et psalmodiait, tandis que l'autre répétait après lui.

Le Hedjaz possède une riche culture musicale. Celle-ci repose sur des traditions de chant aux mélodies bien plus complexes que dans le reste du Royaume. Ces chants sont accompagnés d'instruments tels que l'oud (un instrument de musique cordophone muni d’une caisse de résonance profonde, NDLR), le qanoûn (un instrument à cordes pincées de la famille des cithares sur table, NDLR), le nay (la flûte) et, plus récemment, le violon.

Les villes comme La Mecque et Médine ont connu pendant des siècles des activités musicales qui rivalisaient voire surpassaient celles qui animaient les villes arabes voisines, dont Bagdad et Le Caire. Dans ces villes, la musique résonnait sans cesse dans les cours royales.

En raison de leurs déplacements continus, les Bédouins ne pouvaient pas transporter de bagages superflus, y compris les instruments de musique. Ils se contentaient donc de jouer sur des rythmes simples, en faisant des battements de mains ou en tapant sur des objets du quotidien ; ces sons servaient de base à leur musique.

Les tambours constituaient par le passé un orchestre en soi. lls le sont de nos jours encore. En effet, la plupart des musiques folkloriques de l'Arabie saoudite et du Golfe font appel à des percussions sur cadre peu profondes. On les tient de la main gauche et avec la main droite, on tape selon un rythme unique à tons multiples.

Dans la musique saoudienne, les claquements de mains et la danse représentent un autre type de son percussif qui se divise en deux catégories. La première consiste en des pas exécutés à l'unisson, comme la danse « al-dahha » (dans le nord) et la « khatwa » (dans le sud-ouest).

La seconde catégorie est celle de la danse libre. Les danseurs font tournoyer des bisht (manteaux) colorés, tels que le « majroor » à Taïf, le « yanbaawi » et le « mezmar » dans la partie occidentale du Royaume. Ils dansent en solo ou en couple.

La « ardah » est une ancienne danse de guerre, qui s'est muée en danse de paix et de célébration. Elle associe élégies, chants, tambours et mouvements lents et majestueux. La ardah fait désormais partie intégrante de la culture traditionnelle saoudienne.

Les poèmes entonnés sont empreints de patriotisme et les mouvements fiers, virils et majestueux des danseurs relatent une histoire alliant bravoure, résilience et persévérance.

Dans la province orientale du Royaume, les arts populaires s'inspirent des traditions ancestrales : la pêche aux perles, les activités maritimes, l'agriculture dans les oasis et l'échange commercial au-delà des frontières. Le gouvernorat d'Al-Ahsa se distingue par des chants liés à la récolte des dattes, alors que les chants de bergers résonnent dans le sud-ouest et dans d'autres régions encore.

Ces traditions ne proviennent toutefois pas du néant. Les commerçants, les pèlerins et les nomades qui cherchaient de nouveaux pâturages ont propagé les traditions à travers les frontières ; les cultures se sont fusionnées et les influences ont commencé à se répandre.

« Si l'on examine la carte de l'Arabie saoudite, on s'aperçoit qu'elle est entourée de toutes parts par des pays aux cultures différentes tant au niveau de la musique que des paroles », explique à Arab News le poète et écrivain saoudien Abdallah Thabit.

« L'Arabie saoudite est limitrophe du Yémen au sud, de l'Irak et du Levant et de la Turquie au nord, des pays du Golfe à l'est, et de l'Égypte et du Soudan à l'ouest. Au fil des siècles, les différentes régions du Royaume ont été influencées par leurs voisins ».

Pour les personnes non averties, il est donc difficile de déterminer avec précision les caractéristiques intrinsèques de la musique saoudienne qui est distincte de celle de ses voisins, mais qui se retrouve dans toutes les provinces du Royaume.

Selon M. Thabit, Tariq Abdel-Hakim, commandant en chef de l'orchestre de l'armée saoudienne et maestro ayant composé l'hymne national saoudien, a joué un rôle déterminant dans ce domaine. C'est à lui que l'on doit le style musical moderne qui caractérise l'Arabie saoudite.

Les contributions de Tariq Abdel-Hakim (décédé en 2012 à l'âge de 92 ans) ont marqué un tournant pour la musique saoudienne. Grâce à lui, la musique saoudienne a évolué d'une mélodie auditive à une notation musicale écrite fondée sur des principes scientifiques solides.

« C'est son élève, Omar Kadras, qui s'est employé à établir un lien entre le rythme et les sons du folklore. Il a créé un nouveau son au sein de la musique saoudienne », explique M. Thabit.

« Talal Maddah est un pionnier de la musique saoudienne, connu sous le nom de la Voix de la Terre. Il a été le premier à chanter Al-Mkblahah, en l’occurrence les longues chansons. Mohammed Abdo a quant à lui contribué à populariser cette nouvelle forme de musique. Mais comme vous pouvez le constater, avant que cette musique n'arrive à maturité, de grands noms l'ont rendue populaire.  Parmi ceux-ci figurent Hisham Al-Abdali, Hassan Jawah, Abdelrahman Muezzin Platin - qui était également muezzin (cheikh chargé d'appeler, du haut des minarets des mosquées, aux cinq prières quotidiennes, NDLR), et bien d'autres encore ».

Au cours de la seconde moitié du siècle dernier, ce mouvement artistique a connu un essor. De nombreux compositeurs sont apparus, comme Siraj Omar, Kadars, et de nombreux chanteurs, à commencer par Maddah, Mohammed et Abou Bakr Salem, puis Abdel Majeed Abdallah, Abadi Al-Jawhar, Rabeh Saqr, Rashid Al-Majed et bien d'autres.

« Dans le même temps sont apparues des voix féminines, qui étaient malheureusement peu nombreuses, comme celles d'Ibtisam Lutfi, Etab, Sarah Qazzaz et Toha. Ces chanteuses étaient plutôt orientées vers le chant populaire », explique M. Thabit.

Etab
La chanteuse saoudienne Eta. (Photo fournie).

La musique saoudienne contemporaine embrasse tous genres de musique : le jazz, le hip-hop, le rap, la techno et le rock'n roll. Elle intègre souvent des éléments du folklore, comme en témoignent les chansons « Lifestyle Samry », « Lehe » et « Hawages » de Majed Al-Eissa.

En dépit du caractère coloré et animé des chansons traditionnelles, les jeunes Saoudiens sont également séduits par la musique étrangère. Jara, chanteuse qui compte parmi les plus jeunes artistes saoudiens de renom, a fait sensation en 2020 avec la sortie de son single de rap « 966 ». Le musicien hip-hop Qusai Qusai poursuit son ascension dix ans après la sortie de son premier album.

« Les sonorités provenant de la région que j'intègre dans mes chansons me permettent de célébrer mon héritage ; je souhaite faire connaître au monde notre belle culture », confie à Arab News Saud Al-Turki, un producteur de musique basé à Khobar.

Roi Salmane
Une vue de la danse traditionnelle saoudienne Ardah, à laquelle prend part le roi d'Arabie saoudite Salmane. ​​​​​

« En tant que producteur, je souhaite me sentir libre d'utiliser tous genres de sons. Toucher un public mondial a plus d'impact, à mon avis. En écoutant les sons saoudiens, on peut percevoir qu’ils s'inspirent des différentes parties de la région et ce, en fonction de la région d'où on est originaire ».

En 2016, le Royaume s'est ouvert au monde et a commencé à promouvoir les activités artistiques et à encourager les jeunes à y participer. Avant cela, M. Al-Turki affirme que le fait de s'aventurer dans des styles musicaux variés n'était pas monnaie courante.

« À l'époque, les entités gouvernementales et les grandes entreprises ne nous soutenaient pas. Au contraire, nous ne bénéficiions pas de la même adhésion, du même respect et du même soutien que ceux accordés aux artistes d'aujourd'hui », explique-t-il.

L'Arabie saoudite embrasse aujourd'hui les différentes musiques du monde et les goûts qui évoluent, sans pour autant se départir de son héritage.

« Nous ne devons jamais oublier nos origines », affirme M. Al-Turki. « L'Arabie saoudite est historiquement diversifiée et rien n'est plus beau qu'une culture diversifiée. Chaque région se pare de sons particuliers qui méritent d'être appréciés et valorisés ».

« Nous sommes tenus de souligner et de célébrer cette variété de sons ». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

Short Url
  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

--
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.


«American Doctor», ou la brutalité de la guerre à Gaza vue par des médecins

Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Short Url
  • Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza
  • Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes.

PARK CITY: Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer.

Teng craint de devoir flouter la scène pour protéger la dignité des enfants. Mais sa décision fait débat.

"On ne leur rend pas justice à moins de laisser leur mémoire, leurs corps, raconter l'histoire de ce traumatisme, de ce génocide. On ne leur rend pas service en ne les montrant pas ", estime le médecin juif américain Mark Perlmutter au Festival du film de Sundance, où le film a été présenté en avant-première vendredi.

"Voilà ce que mes impôts ont fait. Voilà ce que vos impôts ont fait. Voilà ce que les impôts de mon voisin ont fait. Les gens ont le droit de connaître la vérité", souligne-t-il.

"Vous avez la responsabilité, comme moi, de dire la vérité. Si vous floutez cela, c'est une faute professionnelle journalistique".

Malgré un cessez-le-feu fragile, les violences se poursuivent entre les forces israéliennes et le Hamas, faisant des victimes parmi les non combattants dont des dizaines d'enfants, selon l'Unicef.

Des enquêteurs de l'ONU ont accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, accusation qu'Israël a qualifiée de "déformée et fausse", tout en taxant ses auteurs d'antisémitisme.

Contrebande d'antibiotiques 

Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza depuis qu'Israël a répondu à l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes. On les voit également en d'autres occasions dans les couloirs du pouvoir à Washington et dans les médias israéliens et américains.

Le documentaire montre aussi les difficultés pratiques auxquelles ils sont confrontés, les blouses chirurgicales et les antibiotiques qu'ils doivent faire passer en contrebande à travers la frontière pour contourner le blocus israélien. Et les refus de dernière minute des autorités israéliennes de les laisser entrer.

Le film décrit le courage d'hommes qui vont volontairement travailler dans des hôpitaux frappés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. Comme l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, cible d'une double frappe en août 2025.

Israël affirme viser des "terroristes" dans ces établissements et soutient que des combattants du Hamas sont retranchés dans des tunnels sous les hôpitaux.

"Complices du meurtre d'enfants" 

Feroze Sidwha, peut-être le plus loquace des trois médecins, répète n'avoir jamais vu de tunnels. Et de toute façon, insiste-t-il, même la présence de combattants blessés dans un hôpital n'en fait pas une cible légitime.

"Les Américains méritent de savoir ce qui se passe, à quoi sert leur argent, et tout simplement de pouvoir décider", dit-il. "Voulez-vous vraiment qu'on fasse cela?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je suis à peu près sûr que la réponse est +non+. Je veux juste continuer à m'exprimer et à faire savoir aux gens qu'ils n'ont pas à être complices du meurtre d'enfants. Nous le sommes tous, à l'heure actuelle".

Le film est dédié aux quelque 1.700 soignants tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Selon Reporters sans frontières (RSF), près de 220 journalistes ont également été tués, faisant d'Israël le plus grand tueur de journalistes dans le monde pour la troisième année consécutive.

Le Festival de Sundance se tient jusqu'au 1er février.