Algérie: La restitution des crânes de résistants par la France, une nouvelle page de la réconciliation

C'est en 2018 que les autorités algériennes ont fait une demande officielle à la France pour le rapatriement de ces crânes. (Photo bureau de presse de la Présidence algérienne/AFP).
C'est en 2018 que les autorités algériennes ont fait une demande officielle à la France pour le rapatriement de ces crânes. (Photo bureau de presse de la Présidence algérienne/AFP).
Short Url
Publié le Mardi 21 juillet 2020

Algérie: La restitution des crânes de résistants par la France, une nouvelle page de la réconciliation

  • Fait rare, les crânes de ces chefs de la résistance populaire algérienne ont été acheminés par avion militaire vers Alger
  • La procédure de restitution des crânes des résistants a été longue et compliquée

PARIS: Cinquante-huit ans après son indépendance, l’Algérie vient de se voir restituer les ossements de 24 combattants algériens, tués au xixe siècle, au début de la colonisation française. Le 3 juillet dernier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune assistait en personne à leur réception au palais de la culture d’Alger.

Les crânes de ces chefs de la résistance populaire algérienne ont ainsi été acheminés par avion militaire vers Alger. « C’est un événement rare », note Emmanuel Dupuy, directeur de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (Ipse).

Pour rappel, la résistance s’était organisée pour lutter contre la colonisation après l’invasion française de l’Algérie en 1830. Entre 1838 et 1865, les troupes françaises ont fusillé et décapité de nombreux combattants algériens. Considérés comme des trophées de guerres, leurs crânes étaient transférés en France. Cela permettait également d’éviter que leurs sépultures ne deviennent des symboles. Ils retournent aujourd’hui sur leur terre natale cent soixante-dix ans plus tard, un geste accueilli favorablement par de nombreux Algériens.

« La restitution des crânes, même si elle est surtout symbolique, marque une nouvelle étape dans la reconnaissance des crimes terribles commis pendant l’occupation française », estime Mohamed Khadir, directeur exécutif de l’ONG Free Voice et journaliste accrédité à l’ONU à Genève. « Les dépouilles de ces résistants sont la preuve que la colonisation de l’Algérie n’était pas une simple invasion sur des terres désertiques, comme le présentait la France dans ses manuels d’histoire il y a encore peu de temps, mais bien une occupation, sauvage et indigne, qui a coûté la vie à des millions d’Algériens. » 

« L’histoire retiendra que, de 1830 jusqu’à l’indépendance en 1962, la résistance algérienne n’a jamais cessé et qu’une domination étrangère, aussi longue soit-elle, ne peut durer éternellement, poursuit-il. En se sacrifiant pour leur pays, les Bouziane et les Derkaoui savaient que leurs âmes resteraient à jamais vivantes dans la conscience de toute une nation. »

La procédure de restitution des crânes des résistants a été longue et compliquée.  En mai 2011, l’archéologue et historien algérien Ali Farid Belkadi a lancé une pétition pour le rapatriement des restes mortuaires, qu’il avait découverts au musée de l’Homme, à Paris. C’était un an après le vote, par le Parlement français, d’une loi exigeant la restitution à la Nouvelle-Zélande de toutes les têtes maories. À l’époque, cet appel n’avait pas trouvé d’écho. En mai 2016, l’universitaire et écrivain Algérien Brahim Senouci a lancé un nouveau manifeste, nettement mieux accueilli, avant qu’Emmanuel Macron ne s’engage à restituer ces restes humains en décembre 2017. Et, en 2018, les autorités algériennes ont fait une demande officielle à la France.

Côté français, l’historien Benjamin Stora, natif de Constantine et spécialiste de l’histoire de la guerre d’Algérie, estime que cette restitution « permet de sortir de l’oubli des pages sombres de l’histoire française. On a dit beaucoup de choses sur la violence et les exactions pendant la guerre de 1954-1962, confie-t-il à Arab News. Mais nous avons découvert une autre violence plus meurtrière qui a profondément secoué la société algérienne de 1830 à 1902, avec la conquête du Sahara. »

Une relation qui s’adoucit ?

Si les relations postcoloniales entre les deux pays ont été plus au moins tumultueuses, plusieurs dossiers sont restés en suspens. L’Algérie attend ainsi l’ouverture des archives de cette « guerre sans nom ». En effet, la guerre d’indépendance a fait des milliers de victimes algériennes et provoqué, en 1962, le rapatriement de huit-cent milles français d’Algérie, qui considéraient ce pays comme le leur. Un pan d’Histoire commune qui reste perçu différemment des deux côtés, même si l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence de la république a amorcé un changement, ce dernier ayant fait plusieurs gestes allant dans le sens de la réconciliation. 

En visite à Alger lors de sa campagne électorale en février 2017, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». À cette occasion, il s’était rendu chez Josette Audin, veuve du mathématicien Maurice Audin, arrêté, torturé et tué par l’armée française sous le commandement du général Massu en 1957, et avait reconnu la responsabilité de la France.

Dans une interview accordée à la chaîne France 24, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a, pour sa part, estimé qu’Emmanuel Macron était quelqu’un de « sincère » et que l’apaisement dans les relations entre les deux pays viendrait quand Paris présenterait ses excuses. 

« La restitution des crânes des combattants est une démarche positive qui va dans le sens d’un apaisement entre les deux pays, assure Farid Benmokhtar, enseignant de langues et de cultures berbères à l’université Paris 8. Il s’agit de rendre justice à ces héros et d’honorer leur mémoire. Mais c’est aussi un geste de réconciliation. Les deux pays doivent poursuivre cette démarche de réhabilitation de l’histoire et notamment ouvrir toutes les archives de la période coloniale », ajoute-t-il.

La présidence française avait en effet indiqué que la restitution des crânes algériens s’inscrivait dans « une démarche d’amitié (…) pour la réconciliation des mémoires des peuples français et algériens. » 

« Le pouvoir algérien pensait redorer son blason »

 « Pour ce qui est de l’État algérien, il doit s’intéresser à cette période sans calculs politiques ni démagogie, pense également Farid. Il s’agit d’enseigner la véritable histoire de la résistance, et de penser aux descendants des déportés, qui se trouvent actuellement en Syrie et en Palestine, afin de les rapatrier s’ils le souhaitent. » Et d’ajouter : « À ma connaissance, c’est ce qu’ils demandent. »

Farid n’est pas le seul à estimer que l’État algérien devrait faire davantage pour honorer son passé. Selon le journaliste algérien Hamid Zanaz, « le pouvoir algérien pensait exploiter la restitution des crânes de ces valeureux résistants pour redorer son blason.» 

« Mais les Algériens ne sont pas dupes, assure-t-il. D’ailleurs, par leur « révolution du sourire », ils ont clairement exprimé que l’État n’était ni l’héritier légitime de la révolution algérienne, ni celui de ces héros qui avaient dit non à la colonisation dès 1830. Ces combattants morts pour la liberté reviennent aujourd’hui dans un pays au pouvoir confisqué par le régime en place, qui étrangle les libertés de leurs descendants », déplore-t-il.  

Une chose est sûre, la question de l’histoire coloniale est au cœur des relations franco-algériennes. L’histoire commune des deux pays, elle, reste passionnante mais très douloureuse.

Six millions d’algériens vivent aujourd’hui en France. 

« La restitution des restes de nos anciens combattants n'est qu'un début à la résolution de beaucoup de dossiers en suspens, confie à Arab News Lydia, une franco-algérienne qui vit à Paris. Les choses ont beaucoup traîné et il est temps de refermer cette blessure, pour avancer ensemble vers un avenir meilleur, plus apaisé. »

 

Une chose est sûre, la question de l’histoire coloniale est au cœur des relations franco-algériennes. L’histoire commune des deux pays, elle, reste passionnante mais très douloureuse.

 

 


Budget: l'exécutif agite le spectre de législatives anticipées en mars

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • L’exécutif brandit la menace d’une nouvelle dissolution et prépare d’éventuelles législatives anticipées en mars pour dissuader le RN et LFI de censurer le gouvernement sur fond de blocage du budget 2026
  • Faute de consensus parlementaire, le gouvernement hésite entre ordonnances et article 49.3, tout en mettant la pression via le budget des collectivités locales et des concessions ciblées aux socialistes

PARIS: L'exécutif a agité vendredi le spectre d'une nouvelle dissolution en cas de censure du gouvernement, remettant la pression sur les députés qui peinent toujours à s'entendre sur un budget pour 2026.

Sébastien Lecornu a donné instruction au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez de préparer l'organisation d'éventuelles élections législatives aux dates des municipales les 15 et 22 mars, a appris l'AFP vendredi d'une source au sein de l'exécutif.

Une censure du gouvernement, comme il en est menacé sur l'accord UE-Mercosur par le Rassemblement national et la France insoumise, serait en effet suivie d'une dissolution, selon cette même source qui précise que le président et le Premier ministre sont d'accord à ce sujet.

Il s'agit pour le Premier ministre d'abord de réduire le risque d'une adoption des motions de censure du RN et de LFI qui seront examinées entre mardi et mercredi prochains.

Sébastien Lecornu a particulièrement élevé la voix vendredi contre ces formations politiques, fustigeant sur le réseau social X des "postures cyniques partisanes" qui "retardent les discussions budgétaires", et alors que la France a voté "contre" l'accord commercial de l'Union européenne avec des pays latino-américains du Mercosur.

Il rappelle que les discussions sur le budget de 2026 sont "déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d'agenda électoral".

- Collectivités locales -

Or l'exécutif a promis que la France disposerait d'un budget en janvier.

Le lancement de préparatifs en vue d'élections anticipées "n'est pas une menace", assure la source au sein de l'exécutif, mais il accentue la pression sur ceux qui veulent un budget.

Surtout, il semble faire le pari que ces partis politiques n'ont aucun intérêt à des législatives anticipées, à un peu plus d'un an de la présidentielle. Et qu'ils seront donc très réticents à censurer le gouvernement.

"Nous n'avons pas peur de l'élection", a répondu vendredi le leader de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon interrogé par des journalistes en marge d'un déplacement à Villeurbanne (Rhône).

"Si le Premier ministre croit qu'il nous menace, il se trompe", a-t-il  ajouté. "Pour nous, le vote populaire, ce n'est pas une menace".

Le budget de l'Etat pour 2026 n'a pas pu être voté dans les temps avant le 31 décembre. Le Parlement a donc adopté une loi spéciale pour pallier son absence et permettre la continuité des actions de l'Etat et des administrations.

Et les députés ont repris l'examen du texte jeudi en commission des Finances, où ils ont largement rejeté vendredi la partie recettes, laissant peu d'espoir qu'un consensus se dégage en séance à partir de la semaine prochaine.

Autre pression mise sur les parlementaires, le gouvernement entend démarrer ces discussions dans l'hémicycle avec le budget des collectivités locales, qui contient des engagements très attendus à quelques semaines des élections municipales.

Sébastien Lecornu a reçu à cet égard jeudi les représentants de la majorité de la droite et du centre au Sénat, chambre des territoires.

- Crise agricole -

Mais si le budget a peu de chances d'être adopté par vote, le Premier ministre devra décider de l'issue possible: passer par l'article 49.3 de la Constitution ou par des ordonnances qui permettent à l'exécutif de prendre des mesures sans l'approbation du Parlement.

Il n'a pas encore tranché, l'exécutif considérant que tout dépendra du contenu du texte.

Or Sébastien Lecornu a concédé aux socialistes --condition pour qu'ils ne le censurent pas-- de ne plus utiliser l'arme du 49.3, vue comme un passage en force mais désormais réclamée par plusieurs responsables politiques pour sortir de l'ornière budgétaire.

Le Parlement est tout de même parvenu, de justesse, à voter le budget de la Sécurité sociale à la mi-décembre grâce surtout à la suspension de l'emblématique réforme des retraites, geste là encore en direction des socialistes.

Face à la crise agricole venue parasiter ces discussions, le gouvernement, impuissant face au vote de l'accord UE-Mercosur, a annoncé vendredi soir une série de mesures "de justice agricole" mais sans beaucoup céder sur les principales demandes des syndicats.

Le Premier ministre avait prévenu avant Noël qu'il entendait "repousser le désordre" pour éviter l'instabilité dans laquelle le pays replongerait s'il était renversé, et en même temps doter la France d'un budget.


Macron présente aux chefs de partis la future force en Ukraine, des doutes sur la "sincérité" de Trump

Le chancelier allemand Friedrich Merz, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer, l'envoyé spécial américain Steve Witkoff et l'homme d'affaires américain Jared Kushner donnent une conférence de presse à l'issue de la signature de la déclaration sur le déploiement d'une force post-cessez-le-feu en Ukraine, lors du sommet de la Coalition des volontaires sur les garanties de sécurité pour l'Ukraine, à l'Élysée, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le chancelier allemand Friedrich Merz, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer, l'envoyé spécial américain Steve Witkoff et l'homme d'affaires américain Jared Kushner donnent une conférence de presse à l'issue de la signature de la déclaration sur le déploiement d'une force post-cessez-le-feu en Ukraine, lors du sommet de la Coalition des volontaires sur les garanties de sécurité pour l'Ukraine, à l'Élysée, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Emmanuel Macron a présenté aux responsables politiques un projet de force multinationale en Ukraine après un éventuel accord de paix, évoquant jusqu’à ~10.000 soldats, dont environ 6.000 Français, avec un rôle dissuasif loin du front
  • Le projet suscite de fortes réserves politiques, notamment sur la fiabilité du soutien américain sous Donald Trump et le risque d’escalade

PARIS: Emmanuel Macron a présenté jeudi aux principaux responsables politiques le projet de déploiement de plusieurs milliers de soldats français en Ukraine, une fois un accord de paix conclu, suscitant des réactions très réservées sur la "confiance" à accorder à Donald Trump en matière de soutien militaire à ces troupes.

"Il ne faudrait avoir aucune naïveté dans les paroles de Trump qui a une versatilité qui est quand même assez record", a lancé la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier à la sortie de la réunion.

Emmanuel Macron s'est félicité mardi du "soutien" apporté par les Américains aux garanties de sécurité que les Européens vont offrir à l'Ukraine, notamment l'envoi de forces aux sol pour dissuader toute nouvelle attaque russe, une fois un cessez-le-feu en vigueur, une perspective encore lointaine.

"Permettez-nous de douter de la sincérité de ces avancées et de leur stabilité dans le temps", a insisté Marine Tondelier, tout en disant "oui" à des garanties de sécurité.

La France insoumise n'est "pas d’accord que des soldats français puissent être déployés dans ces conditions" et réclamera un "mandat de l'Onu" lorsque la question se posera, a indiqué pour sa part la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot.

Elle a évoqué l'envoi de "deux brigades" sur des contingents français et britannique, soit "un peu moins de 10. 000 soldats", dont "6.000 soldats français qui pourraient être déployés, ce qui est évidemment énorme".

Il y aurait "deux brigades au total soit environ 10.000 hommes. La moitié pourrait être française", a abondé un autre participant.

"C'est cet ordre de grandeur", a juste dit Cyrielle Chatelain chez les Verts où l'on invoque la confidentialité demandée par l'Elysée sur certaines informations.

"Il n'y a aucune raison de faire confiance à Donald Trump, et ce d'autant plus qu'il menace de nombreux pays en Amérique latine" et vient "d'agresser le Venezuela", a ajouté Mme Panot, en reprochant à Emmanuel Macron d'avoir mis "autant de temps à réagir (à l'intervention américaine dans ce pays) sans aucune condamnation des violations du droit international".

"Nous ne faisons confiance ni au Président Poutine, ni au président Trump", a abondé dans un communiqué le parti communiste de Fabien Roussel, voyant dans l'envoi d'un contingent français "une marche de plus vers l’escalade guerrière, vers l’élargissement du conflit à l’ensemble des pays européens".

- Débat au Parlement -

Emmanuel Macron est allé "dans le détail" sur la future force multinationale, son "commandement" qui est déjà installé au Mont-Valérien près de Paris et a donné des "tableaux très précis avec quels types de matériels" à déployer, a précisé le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, Cédric Perrin (LR), à l'AFP.

Le président et le Premier ministre Sébastien Lecornu ont convenu de la "nécessité d'associer le Parlement aux discussions" et un débat aura lieu "dans les 15 jours à trois semaines" selon l'article 50-1 de la Constitution, avec ou sans vote, a-t-il ajouté.

Les présidents du Sénat Gérard Larcher et de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, les responsables des partis représentés dans les deux chambres et les chefs des groupes parlementaires ont assisté à la réunion, de même que les présidents des commissions de la Défense et des Affaires étrangères des deux chambres.

La plupart, dont les deux dirigeants du RN Jordan Bardella et Marine Le Pen, ainsi que Bruno Retailleau pour Les Républicains ou Gabriel Attal pour Renaissance, sont ressortis sans dire un mot. Edouard Philippe (Horizons), bloqué au Havre par l'alerte rouge Tempête, s'était fait représenter.

Cette réunion à huis clos a eu lieu deux jours après le sommet de la "coalition des volontaires" organisé mardi à Paris, où ces pays alliés de Kiev, essentiellement européens, se sont engagés à déployer une force multinationale en Ukraine après un éventuel accord avec Moscou.

Des émissaires de Donald Trump ont, eux, promis un "soutien" des Etats-Unis à cette force, tandis que Washington serait à la tête d'un mécanisme de surveillance d'un cessez-le-feu - encore très hypothétique.

La Russie a dénoncé de son côté ce projet de force multinationale, avertissant que toute présence militaire occidentale dans ce pays serait considérée par Moscou comme une "cible légitime".

Emmanuel Macron a été "très clair" devant les chefs de partis que les Ukrainiens "seraient en première ligne" et que la force internationale les accompagnerait "loin du front", a précisé Cédric Perrin.


Le budget de l'Etat de retour à l'Assemblée, au bout du tunnel le 49.3?

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • L’Assemblée nationale relance l’examen du budget 2026, après l’échec d’un accord avec le Sénat, dans un climat politique tendu et avec la menace croissante d’un recours au 49.3
  • Faute de majorité claire et face à plus de 2 000 amendements, le gouvernement veut aller vite pour adopter un budget d’ici fin janvier et ramener le déficit sous les 5 %

PARIS: Après une première lecture infructueuse, l'Assemblée reprend jeudi en commission l'examen du budget de l'Etat pour 2026, avec l'espoir partagé par le gouvernement et les parlementaires de trouver une issue rapide, quitte à en passer par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Le 19 décembre, une commission mixte partiaire - composée de sept députés et sept sénateurs - avait rapidement acté l'impossibilité pour les représentants des deux chambres de s'accorder sur une version du texte, rendant impossible l'adoption du budget avant le 31 décembre.

Le gouvernement a donc dû recourir en fin d'année à une loi spéciale permettant d'assurer la continuité de l'Etat, en reconduisant en 2026 les impôts de 2025. Mettant en suspens notamment l'augmentation des crédits de défense, ou encore quelques mesures agricoles à l'heure où la profession manifeste sa colère.

Le projet de loi de finances est désormais de retour en nouvelle lecture à la chambre basse, d'abord de jeudi à samedi en commission, puis à partir de mardi dans l'hémicycle, théoriquement jusqu'au 23 janvier. En cas d'adoption du texte, il faudra encore, pour qu'elle soit définitive, que le Sénat l'approuve dans les mêmes termes, ou que l'Assemblée statue une troisième fois.

Les députés repartiront de la version du Sénat, en commission comme en séance, puisque sur les textes budgétaires les travaux de la commission ont valeur consultative.

Le gouvernement souhaite quoi qu'il en soit aller vite, afin de doter la France d'un véritable budget d'ici la fin du mois, et de revenir en 2026 sous la barre des 5% de déficit, contre 5,4% en 2025. Le chef des députés PS, Boris Vallaud, a lui aussi estimé dans Libération mercredi qu'il était "temps (...) de sortir de cette séquence budgétaire".

- Le 49.3 débattu à Bercy -

Sur le plan de la méthode, l'utilisation du 49.3, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote en engageant sa responsabilité, semble de plus en plus inéluctable.

Alors que le PCF et les écologistes se dirigent vers un vote "contre", à l'instar de LFI et du RN, il faudrait pour que le texte obtienne une majorité que les socialistes et les indépendants de Liot votent pour. Ce à quoi le PS se refuse, comme l'a redit M. Vallaud.

La voie des ordonnances, inédite, semble elle aussi compromise, le PS y voyant la "pire des solutions".

La question a été agitée lors d'une réunion à Bercy mardi, qui a réuni pendant plus de quatre heures des représentants de la coalition gouvernementale, de Liot et du PS autour des ministres Amélie de Montchalin (Comptes publics) et Roland Lescure (Economie).

Réticente, alors que Sébastien Lecornu s'est engagé auprès du PS en octobre à ne pas utiliser le 49.3, Mme de Montchalin "comprend que c'est la seule solution qui existe aujourd'hui", a rapporté mercredi à l'AFP un participant. Selon une source PS, le gouvernement "a admis que ce sera l'issue".

L'entourage de la ministre conteste cette version, affirmant que Mme de Montchalin a rappelé que la décision revenait au Premier ministre.

Dans Libération, M. Vallaud renvoie aussi la décision au gouvernement, précisant qu'il "devra donner des motifs de ne pas être censuré".

- Plus de 2.000 amendements -

Quels pourraient être les termes d'un pacte de non-censure? Ils sont pour l'heure difficiles à cerner. Le rapporteur général du budget LR Philippe Juvin propose dans un document révélé par Les Echos et consulté par l'AFP une hausse des recettes de 2,93 milliards par rapport à la version du Sénat et une baisse des dépenses de 6,2 milliards.

Bien éloigné du PS, qui souhaite, lui, augmenter les dépenses de neuf milliards d'euros, par rapport à la version initiale du gouvernement.

L'examen en commission devrait en tout donner lieu de nouveau à des débats enflammés, avec plus de 2.000 amendements déposés.

Que ce soit sur le barème de l'impôt sur le revenu - dont les députés LR exigent le dégel total, contrairement aux sénateurs LR -; la surtaxe sur les bénéfices des entreprises - le PS en espère 8 milliards d'euros, LR au maximum 4; ou côté dépenses, sur la réduction des effectifs d'enseignants souhaitée par le gouvernement et que rejettent les socialistes.

Avec de fortes chances selon plusieurs parlementaires d'aboutir au même résultat qu'en première lecture: la commission avait rejeté la partie recettes comme la partie dépenses du budget.