L'attaque contre Salman Rushdie était «préméditée», selon le procureur

Nathaniel Barone (G), avocat de la défense de Hadi Matar, s’entretient avec son client après une mise en accusation au tribunal de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
Nathaniel Barone (G), avocat de la défense de Hadi Matar, s’entretient avec son client après une mise en accusation au tribunal de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
Hadi Matar, l'accusé de l'attaque au couteau contre Salman Rushdie, comparaît au Palais de justice de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
Hadi Matar, l'accusé de l'attaque au couteau contre Salman Rushdie, comparaît au Palais de justice de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
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Publié le Dimanche 14 août 2022

L'attaque contre Salman Rushdie était «préméditée», selon le procureur

  • L'attaque a suscité le choc et l'indignation d’une grande partie du monde
  • Les enquêteurs cherchent à savoir si l'agresseur, né une décennie après la publication des Versets sataniques, a agi seul

MAYVILLE, New York : L'homme accusé d'avoir poignardé Salman Rushdie a plaidé non coupable samedi aux accusations de tentative de meurtre et d'agression – un crime que le procureur a jugé «prémédité». Le célèbre auteur des Versets sataniques est toujours hospitalisé et souffre de blessures graves.

L'avocat de Hadi Matar a plaidé en son nom lors de sa comparution devant le tribunal à l'ouest de New York. Le suspect s'est présenté au tribunal vêtu d'une combinaison noire et blanche et d'un masque blanc, les mains menottées devant lui.

Un juge a ordonné qu'il soit détenu sans libération sous caution après que le procureur Jason Schmidt lui a dit que Matar avait volontairement cherché à blesser Rushdie, en obtenant par avance un laissez-passer pour assister à l'événement où devait intervenir l'écrivain et en arrivant un jour plus tôt avec une fausse carte d'identité.

« C'est une attaque ciblée, injustifiée et préméditée contre M. Rushdie », a déclaré Schmidt.

Le défenseur public Nathaniel Barone a déploré le retard pris par les autorités pour faire comparaître Matar devant un juge, le laissant « cloué sur un banc à la caserne de la police d'État ».

« Il a le droit constitutionnel à la présomption d'innocence», a ajouté Barone.

Matar, 24 ans, est accusé d'avoir attaqué Rushdie vendredi, alors que l'on présentait l'auteur lors d'une conférence à l'Institut Chautauqua, un centre d'éducation et de retraite à but non lucratif.

Rushdie, 75 ans, a été atteint au foie et souffre de nerfs sectionnés dans un bras et un œil. Il était sous respirateur et ne pouvait pas parler, a indiqué vendredi soir son agent Andrew Wylie. Il est probable que Rushdie perde son œil blessé.

L'attaque a suscité le choc et l'indignation d’une grande partie du monde. Des hommages et des louanges ont été adressés à l'auteur primé qui, depuis plus de 30 ans, est menacé de mort pour avoir publié Les Versets sataniques.

Des auteurs, des militants et des représentants du gouvernement ont salué le courage de Rushdie et sa détermination à défendre la liberté d'expression malgré les menaces auxquelles il fait face. Ian McEwan, également écrivain et ami de longue date de Rushdie, a qualifié ce dernier de « défenseur inspirant des auteurs et des journalistes persécutés à travers le monde ». Quant à l'acteur et auteur Kal Penn, il a affirmé que Rushdie était un exemple « pour toute une génération d'artistes, en particulier pour les membres de la diaspora sud-asiatique envers qui il s'est montré extrêmement accueillant ».

Samedi, le président Joe Biden a déclaré dans un communiqué que son épouse Jill Biden et lui étaient « choqués et attristés » par la nouvelle.

« Salman Rushdie – avec son regard perspicace sur l'humanité, son sens inégalé du récit, son refus d'être intimidé ou réduit au silence – défend des idéaux essentiels et universels », lit-on dans le communiqué. « La vérité. Le courage. La résilience. La capacité de partager des idées sans crainte. Ce sont les éléments de base de toute société libre et ouverte ».

Rushdie, qui est né en Inde et a vécu en Grande-Bretagne et aux États-Unis, est connu pour son style de prose surréaliste et satirique, à commencer par son roman Les enfants de minuit, lauréat du prix Booker en 1981, dans lequel il critique vivement le Premier ministre indien de l'époque, Indira Gandhi.

Son quatrième roman intitulé Les Versets sataniques a suscité des menaces de mort après sa publication en 1988, de nombreux musulmans ayant considéré la séquence de rêve basée sur la vie du prophète Mahomet, entre autres motifs, comme un blasphème. Le livre de Rushdie avait déjà été interdit et brûlé en Inde, au Pakistan et dans d'autres pays avant que le grand ayatollah iranien Ruhollah Khomeini n'émette en 1989 une fatwa (un décret) demandant la mort de Rushdie.

Khomeini est mort la même année, mais la fatwa reste en vigueur. Le guide suprême actuel de l'Iran, Khamenei, n'a jamais émis de fatwa pour retirer la sentence, bien que l’Iran n’ait pas accordé d'importance à l'écrivain ces dernières années.

Les enquêteurs cherchent à savoir si l'agresseur, né une décennie après la publication des Versets sataniques, a agi seul.

Le procureur Schmidt a évoqué la fatwa comme un motif potentiel pour plaider contre la libération sous caution.

« Même si le tribunal fixe la caution à un million de dollars, il est possible qu'elle soit payée », a affirmé Schmidt.

« Ses ressources ne m'importent pas. Nous comprenons que ce qui s'est passé dépasse largement les frontières du comté de Chautauqua », a déclaré le procureur.

Barone, le défenseur public, a précisé après l'audience que Matar communiquait ouvertement avec lui et qu'il passerait les prochaines semaines à essayer de mieux connaître son client, notamment pour savoir s'il a des problèmes psychologiques ou de dépendance.

Matar est originaire de Fairview, New Jersey. Rosaria Calabrese, directrice du State of Fitness Boxing Club, une petite salle de sport fermée située à North Bergen, a raconté que Matar s'était inscrit au club le 11 avril et qu'il avait participé à environ 27 séances de groupe destinées aux débutants désireux d'améliorer leur condition physique. Il a ensuite envoyé un courriel à Calabrese depuis quelques jours pour lui dire qu'il souhaitait annuler son inscription parce qu'il « ne reviendrait pas avant un certain temps ».

Le propriétaire de la salle de sport, Desmond Boyle, a assuré qu'il n'avait pas remarqué de signes de violence chez Matar, le décrivant comme un homme poli et calme, mais qui avait toujours l'air « terriblement triste ». Il a également souligné que Matar refusait qu'on l'incite à interagir avec les autres.

« Il avait le même regard à chaque fois qu'il venait. On aurait dit que c'était le pire jour de sa vie », a poursuivi Boyle.

Matar est né aux États-Unis. Ses parents ont émigré de Yaroun, dans le sud du Liban, a indiqué le maire du village, Ali Tehfe, à l'Associated Press (AP).

Des drapeaux du groupe militant chiite Hezbollah, soutenu par l'Iran, ainsi que des portraits du leader Hassan Nasrallah, de Khamenei, de Khomeini et du général iranien Qassem Soleimani, sont affichés dans le village.

Les journalistes qui se sont rendus à Yaroun samedi ont été priés de partir. Les porte-paroles du Hezbollah n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Le gouvernement théocratique de l'Iran et ses médias d'État n'ont attribué aucun motif à l'attaque. À Téhéran, certains Iraniens interrogés par l'AP ont loué l'attaque contre un auteur qui, selon eux, ternissait la foi islamique, tandis que d'autres craignent qu'elle n'isole davantage leur pays.

Un journaliste de l'AP a vu l'agresseur poignarder ou frapper Rushdie à 10 ou 15 reprises. Le Dr Martin Haskell, un médecin parmi ceux qui se sont empressés de porter secours à la victime, a décrit les blessures de Rushdie comme « graves mais guérissables ».

Le modérateur de l'événement Henry Reese, âgé de 73 ans, a été blessé au visage et a reçu des soins avant de quitter l'hôpital, a annoncé la police. Rushdie et lui avaient prévu de discuter de la possibilité de faire des États-Unis un refuge pour les écrivains et autres artistes en exil.

Un agent de la police d'État et un adjoint du shérif du comté étaient chargés de surveiller la conférence de Rushdie, et la police d'État a déclaré que c'était l'agent qui avait procédé à l'arrestation. Mais, après la conférence, certains visiteurs réguliers du centre ont demandé pourquoi la sécurité n'avait pas été renforcée, compte tenu des menaces contre Rushdie et de la prime sur sa tête portée à plus de 3 millions de dollars.

La nouvelle de l'agression a suscité un regain d'intérêt pour Les Versets sataniques. Le roman, qui a figuré en tête des listes de best-sellers après la publication de la fatwa en 1989, a été classé 13e  sur Amazon.com samedi.

La publication du livre en 1988 a déclenché des manifestations souvent violentes dans le monde musulman contre Rushdie, qui est né dans une famille musulmane et s'est longtemps identifié comme non-croyant, se qualifiant lui-même d’«athée pur et dur».

Au moins 45 personnes ont été tuées dans des émeutes, dont 12 à Mumbai, la ville natale de Rushdie. En 1991, un traducteur japonais du livre a été poignardé à mort et un traducteur italien a survécu à une attaque au couteau. En 1993, l'éditeur norvégien du livre a été abattu de trois balles mais a survécu.

Les menaces de mort ont conduit Rushdie à se mettre sous la protection du gouvernement britannique, qui lui fournissait un garde armé 24 heures sur 24. Après neuf ans de réclusion, Rushdie a prudemment repris ses apparitions publiques, tout en continuant à critiquer ouvertement l'extrémisme religieux.

En 2012, il a publié un mémoire sur la fatwa intitulé « Joseph Anton », le pseudonyme que Rushdie utilisait pendant sa clandestinité.

Cette année-là, il avait dit lors d'une conférence à New York que le terrorisme était en réalité l'art de la peur : « La seule façon de le vaincre est de décider de ne pas avoir peur ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump: L'Iran « entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain»

Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains. (AFP)
Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains. (AFP)
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  • L'Iran "entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain" (mardi), a menacé lundi Donald Trump pendant une conférence de presse par ailleurs consacrée au spectaculaire sauvetage d'un aviateur américain
  • Le président a assuré que l'armée pourrait détruire en quatre heures les ponts et centrales électriques iraniennes, si l'ultimatum qu'il a fixé à Téhéran expire sans résultat, mardi à 20h00 (00h00 GMT)

WASHINGTON: L'Iran "entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain" (mardi), a menacé lundi Donald Trump pendant une conférence de presse par ailleurs consacrée au spectaculaire sauvetage d'un aviateur américain.

Le président a assuré que l'armée pourrait détruire en quatre heures les ponts et centrales électriques iraniennes, si l'ultimatum qu'il a fixé à Téhéran expire sans résultat, mardi à 20h00 (00h00 GMT).

Le républicain de 79 ans, qui a dit ne pas "s'inquiéter" de commettre des crimes de guerre si les Etats-Unis attaquaient réellement ces infrastructures civiles, a assuré que l'opération militaire américaine avait le soutien de la population iranienne.

Les Iraniens "seraient prêts à souffrir pour avoir la liberté", a déclaré Donald Trump lors d'une rare conférence de presse, en assurant que les Américains avaient intercepté de nombreux messages disant: "Continuez à bombarder".

Mais le président américain a comme à son habitude livré le même jour des propos contradictoires, certains allant dans le sens d'une aggravation, d'autres d'une résolution diplomatique du conflit débuté le 28 février.

"Bonne foi" 

Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains.

Le milliardaire a aussi décrit les difficultés de communication avec ces dirigeants en assurant que les négociations se faisaient "comme il y a 2.000 ans avec des enfants qui transportent un message dans un sens et l'autre".

Un peu plus tôt, en marge d'une célébration de la fête de Pâques dans les jardins de la Maison Blanche, il avait qualifié d'"étape très importante" une proposition de cessez-le-feu de 45 jours avancée par des pays médiateurs.

"Ce n'est pas encore assez bien", a toutefois aussi estimé le président américain sous l'oeil fixe d'une mascotte en costume de lapin.

Pendant sa conférence de presse, il a indiqué que l'une des conditions fixées à l'Iran dans les discussions était la réouverture du détroit d'Ormuz, cela après avoir plusieurs fois assuré ces derniers jours que le sort de cette artère vitale pour le commerce de pétrole lui était indifférent.

Si Donald Trump est allé à la rencontre des journalistes lundi, c'est d'abord pour vanter la spectaculaire opération de sauvetage d'un aviateur américain, qui lui a permis de chanter les louanges de l'armée alors que le conflit est impopulaire auprès de la majorité des Américains.

La mission a "capté l'attention du monde entier", s'est réjoui l'ancien animateur de téléréalité.

Il a donné de nombreux détails - ainsi sur l'engagement de plus de 170 avions militaires au total et sur la destruction de deux appareils que l'armée américaine a été contrainte d'abandonner sur place.

 "Stupides" 

Le chef du Pentagone Pete Hegseth, usant comme d'habitude d'un vocabulaire tantôt religieux tantôt viril, a dressé un parallèle entre le sauvetage de l'aviateur et la résurrection de Jésus Christ, célébrée à Pâques par les chrétiens.

Pendant sa conférence de presse, le président américain a aussi émis des menaces contre les journalistes ayant révélé la recherche en cours d'un membre d'équipage dont l'appareil avait été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, ainsi que leur source.

Il a aussi critiqué vivement les reporters de CNN et du New York Times.

Donald Trump a par ailleurs lancé, cette fois pendant son apparition du matin dans les jardins, que "si cela ne tenait qu'à lui", il s'emparerait du pétrole iranien mais a ajouté que "malheureusement, les Américains voudraient nous voir rentrer à la maison".

"Ils sont stupides", a-t-il répondu à un journaliste qui lui demandait ce qu'il pensait des opinions majoritairement défavorables sur la guerre.

Au pupitre de la salle de presse, l'ancien homme d'affaires a indiqué qu'il existait un plan dans lequel les Etats-Unis prélèveraient un droit de passage dans le détroit d'Ormuz, sans davantage de précisions.


Un nouveau pétrolier appartenant à une compagnie japonaise a franchi le détroit d'Ormuz

Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit. (AFP)
Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit. (AFP)
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  • Le blocage de facto de ce passage maritime du Golfe en raison de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes empêche le transit de pétrole, affectant de nombreuses économies en Asie
  • Le Japon qui dépend fortement du brut importé du Moyen-Orient

TOKYO: Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit.

Le blocage de facto de ce passage maritime du Golfe en raison de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes empêche le transit de pétrole, affectant de nombreuses économies en Asie, dont le Japon qui dépend fortement du brut importé du Moyen-Orient.

Cette quasi-fermeture a entraîné des pénuries de carburant et une flambée des prix de l'énergie à travers le monde.

Une porte-parole de l'armateur nippon Mitsui OSK Lines a indiqué à l'AFP que le méthanier GPL Green Asha avait traversé le détroit. "Le personnel à bord comme la cargaison sont en sécurité", a-t-elle déclaré.

Samedi, le gouvernement indien avait déjà annoncé que le méthanier GPL Green Sanvi, également détenu par une filiale de Mitsui OSK, avait franchi le détroit en toute sécurité.

Et la veille, trois pétroliers, dont un codétenu par le groupe nippon, avaient traversé le détroit. Le navire Sohar LNG, également codétenu par Mistui OSK, était le premier méthanier de gaz naturel liquéfié à franchir le détroit depuis le 1er mars.

Les rares navires qui ont franchi ce point d'étranglement depuis le début de la guerre au Moyen-Orient ont emprunté un itinéraire approuvé par l'Iran à travers ses eaux près de l'île de Larak, surnommé le "péage de Téhéran" par la société de données maritime Lloyd's List Intelligence.

 


Ce que l'on sait de l'opération de sauvetage d'un aviateur américain en Iran

Donald Trump a annoncé dimanche le sauvetage spectaculaire d'un aviateur américain dont l'appareil a été abattu en Iran et qui a été "gravement blessé", tandis que Téhéran entretient le doute sur le succès de l'opération menée par Washington. (AFP)
Donald Trump a annoncé dimanche le sauvetage spectaculaire d'un aviateur américain dont l'appareil a été abattu en Iran et qui a été "gravement blessé", tandis que Téhéran entretient le doute sur le succès de l'opération menée par Washington. (AFP)
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  • L'avion a été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, selon des médias américains et iraniens - ce que l'administration Trump n'a pas officiellement confirmé
  • Les deux hommes se sont alors éjectés de l'appareil

PARIS: Donald Trump a annoncé dimanche le sauvetage spectaculaire d'un aviateur américain dont l'appareil a été abattu en Iran et qui a été "gravement blessé", tandis que Téhéran entretient le doute sur le succès de l'opération menée par Washington.

Voici ce que l'on sait, sur la base de déclarations officielles et de médias:

Que sait-on de l'aviateur ?

Il a été qualifié d'"officier membre d'équipage" par le président Donald Trump, ce qui signifie qu'il était opérateur des systèmes d'armes à bord du chasseur-bombardier F-15E.

L'avion a été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, selon des médias américains et iraniens - ce que l'administration Trump n'a pas officiellement confirmé.

Les deux hommes se sont alors éjectés de l'appareil.

Le pilote avait été exfiltré peu après le crash lors d'une opération en plein jour des forces spéciales américaines dans la province accidentée de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad (sud-ouest de l'Iran).

Le sort du second occupant était lui incertain. D'après le site Axios et le New York Times, il a pu échapper à une capture dans les montagnes pendant plus d'une journée, en gravissant une crête de 2.100 mètres.

Donald Trump a déclaré dimanche qu'il était "gravement blessé", alors qu'il l'avait présenté dans un premier temps comme simplement "blessé" et "sain et sauf".

Les aviateurs américains suivent une formation dite SERE  - Survival, Evasion, Resistance and Escape (survie, évasion, résistance et fuite) - en cas d'atterrissage en territoire hostile.

Leurs gilets de combat contiennent une balise radio/GPS sécurisée pour transmettre leur position, un appareil de communication, ainsi que de l'eau, de la nourriture, du matériel de premiers secours et un pistolet.

Le président américain fournira des détails lors d'une conférence de presse annoncée pour lundi "avec l'armée" dans le Bureau ovale.

Selon CBS, l'aviateur blessé a été transporté au Koweït.

Comment s'est déroulée la mission de sauvetage ?

Les autorités iraniennes ont appelé la population à participer aux recherches du pilote, conscientes de l'intérêt politique et militaire que présenterait sa capture vivant, proposant une récompense.

Une course s'est alors engagée dans un terrain montagneux tout au long du week-end, avec des images circulant sur les réseaux sociaux montrant des avions et hélicoptères américains volant à basse altitude.

La CIA a participé à sa localisation et a mené une "campagne de désinformation" visant à convaincre les autorités iraniennes qu'il avait déjà été retrouvé, ont relaté le New York Times (NYT) et le Financial Times.

Selon Axios, citant un responsable, l'aviateur - un croyant fervent qui a hurlé "Dieu est bon" sur sa radio après s'être éjecté - se trouvait "dans une cavité rocheuse, invisible sauf pour les capacités de la CIA".

L'opération de sauvetage lancée dans la nuit de samedi à dimanche a mobilisé "des dizaines d'appareils", a affirmé Donald Trump.

Selon le NYT, citant un responsable sous couvert de l'anonymat, c'est l'unité spéciale de la marine américaine SEAL Team 6 - connue pour avoir participé à l'opération contre Oussama Ben Laden en 2011 - qui a été chargée de cette difficile mission, pendant que des avions d'attaque américains assuraient la couverture.

Deux des avions censés ramener l'aviateur et ses sauveteurs en lieu sûr sont restés bloqués sur une base isolée en Iran et ont dû être détruits pour les soustraire aux forces iraniennes, d'après des médias américains. Les forces américaines ont ensuite utilisé trois autres appareils.

Trump a affirmé qu'aucun Américain n'avait perdu la vie.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a indiqué lundi, sans détails, qu'Israël avait contribué à l'opération de sauvetage. "Je suis profondément fier que notre coopération (avec les Etats-Unis, ndlr), sur et en dehors du champ de bataille, soit sans précédent et qu'Israël ait pu contribuer à sauver un brave soldat américain", a-t-il écrit sur le réseau X.

Que dit l'Iran ?

L'armée iranienne assure sans plus de détails que l'opération américaine a été "déjouée". Dans la soirée, les Gardiens de la Révolution ont diffusé une photo présentée par l'agence Isna comme étant celle du "crâne d'un soldat américain au milieu des débris d'un avion détruit".

Les Gardiens n'ont donné aucune information, diffusant seulement ce message sibyllin: "une preuve supplémentaire de la défaite humiliante du menteur Trump".

Selon le porte-parole des forces armées, Ebrahim Zolfaghari, "deux hélicoptères Black Hawk et deux avions de transport militaire C-130" américains ont "été détruits".

Cinq Iraniens ont été tués lors de l'opération américaine, a annoncé l'agence de presse Tasnim.

Les médias d'Etat ont diffusé des images de débris et de moteurs calcinés éparpillés dans une zone désertique. Elles ont été prises à environ 50 kilomètres au sud de la ville d'Ispahan, selon des spécialistes de la géolocalisation.