L'attaque contre Salman Rushdie était «préméditée», selon le procureur

Nathaniel Barone (G), avocat de la défense de Hadi Matar, s’entretient avec son client après une mise en accusation au tribunal de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
Nathaniel Barone (G), avocat de la défense de Hadi Matar, s’entretient avec son client après une mise en accusation au tribunal de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
Hadi Matar, l'accusé de l'attaque au couteau contre Salman Rushdie, comparaît au Palais de justice de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
Hadi Matar, l'accusé de l'attaque au couteau contre Salman Rushdie, comparaît au Palais de justice de Mayville, New York, le 13 août 2022. (AP, photo/Gene J. Puskar)
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Publié le Dimanche 14 août 2022

L'attaque contre Salman Rushdie était «préméditée», selon le procureur

  • L'attaque a suscité le choc et l'indignation d’une grande partie du monde
  • Les enquêteurs cherchent à savoir si l'agresseur, né une décennie après la publication des Versets sataniques, a agi seul

MAYVILLE, New York : L'homme accusé d'avoir poignardé Salman Rushdie a plaidé non coupable samedi aux accusations de tentative de meurtre et d'agression – un crime que le procureur a jugé «prémédité». Le célèbre auteur des Versets sataniques est toujours hospitalisé et souffre de blessures graves.

L'avocat de Hadi Matar a plaidé en son nom lors de sa comparution devant le tribunal à l'ouest de New York. Le suspect s'est présenté au tribunal vêtu d'une combinaison noire et blanche et d'un masque blanc, les mains menottées devant lui.

Un juge a ordonné qu'il soit détenu sans libération sous caution après que le procureur Jason Schmidt lui a dit que Matar avait volontairement cherché à blesser Rushdie, en obtenant par avance un laissez-passer pour assister à l'événement où devait intervenir l'écrivain et en arrivant un jour plus tôt avec une fausse carte d'identité.

« C'est une attaque ciblée, injustifiée et préméditée contre M. Rushdie », a déclaré Schmidt.

Le défenseur public Nathaniel Barone a déploré le retard pris par les autorités pour faire comparaître Matar devant un juge, le laissant « cloué sur un banc à la caserne de la police d'État ».

« Il a le droit constitutionnel à la présomption d'innocence», a ajouté Barone.

Matar, 24 ans, est accusé d'avoir attaqué Rushdie vendredi, alors que l'on présentait l'auteur lors d'une conférence à l'Institut Chautauqua, un centre d'éducation et de retraite à but non lucratif.

Rushdie, 75 ans, a été atteint au foie et souffre de nerfs sectionnés dans un bras et un œil. Il était sous respirateur et ne pouvait pas parler, a indiqué vendredi soir son agent Andrew Wylie. Il est probable que Rushdie perde son œil blessé.

L'attaque a suscité le choc et l'indignation d’une grande partie du monde. Des hommages et des louanges ont été adressés à l'auteur primé qui, depuis plus de 30 ans, est menacé de mort pour avoir publié Les Versets sataniques.

Des auteurs, des militants et des représentants du gouvernement ont salué le courage de Rushdie et sa détermination à défendre la liberté d'expression malgré les menaces auxquelles il fait face. Ian McEwan, également écrivain et ami de longue date de Rushdie, a qualifié ce dernier de « défenseur inspirant des auteurs et des journalistes persécutés à travers le monde ». Quant à l'acteur et auteur Kal Penn, il a affirmé que Rushdie était un exemple « pour toute une génération d'artistes, en particulier pour les membres de la diaspora sud-asiatique envers qui il s'est montré extrêmement accueillant ».

Samedi, le président Joe Biden a déclaré dans un communiqué que son épouse Jill Biden et lui étaient « choqués et attristés » par la nouvelle.

« Salman Rushdie – avec son regard perspicace sur l'humanité, son sens inégalé du récit, son refus d'être intimidé ou réduit au silence – défend des idéaux essentiels et universels », lit-on dans le communiqué. « La vérité. Le courage. La résilience. La capacité de partager des idées sans crainte. Ce sont les éléments de base de toute société libre et ouverte ».

Rushdie, qui est né en Inde et a vécu en Grande-Bretagne et aux États-Unis, est connu pour son style de prose surréaliste et satirique, à commencer par son roman Les enfants de minuit, lauréat du prix Booker en 1981, dans lequel il critique vivement le Premier ministre indien de l'époque, Indira Gandhi.

Son quatrième roman intitulé Les Versets sataniques a suscité des menaces de mort après sa publication en 1988, de nombreux musulmans ayant considéré la séquence de rêve basée sur la vie du prophète Mahomet, entre autres motifs, comme un blasphème. Le livre de Rushdie avait déjà été interdit et brûlé en Inde, au Pakistan et dans d'autres pays avant que le grand ayatollah iranien Ruhollah Khomeini n'émette en 1989 une fatwa (un décret) demandant la mort de Rushdie.

Khomeini est mort la même année, mais la fatwa reste en vigueur. Le guide suprême actuel de l'Iran, Khamenei, n'a jamais émis de fatwa pour retirer la sentence, bien que l’Iran n’ait pas accordé d'importance à l'écrivain ces dernières années.

Les enquêteurs cherchent à savoir si l'agresseur, né une décennie après la publication des Versets sataniques, a agi seul.

Le procureur Schmidt a évoqué la fatwa comme un motif potentiel pour plaider contre la libération sous caution.

« Même si le tribunal fixe la caution à un million de dollars, il est possible qu'elle soit payée », a affirmé Schmidt.

« Ses ressources ne m'importent pas. Nous comprenons que ce qui s'est passé dépasse largement les frontières du comté de Chautauqua », a déclaré le procureur.

Barone, le défenseur public, a précisé après l'audience que Matar communiquait ouvertement avec lui et qu'il passerait les prochaines semaines à essayer de mieux connaître son client, notamment pour savoir s'il a des problèmes psychologiques ou de dépendance.

Matar est originaire de Fairview, New Jersey. Rosaria Calabrese, directrice du State of Fitness Boxing Club, une petite salle de sport fermée située à North Bergen, a raconté que Matar s'était inscrit au club le 11 avril et qu'il avait participé à environ 27 séances de groupe destinées aux débutants désireux d'améliorer leur condition physique. Il a ensuite envoyé un courriel à Calabrese depuis quelques jours pour lui dire qu'il souhaitait annuler son inscription parce qu'il « ne reviendrait pas avant un certain temps ».

Le propriétaire de la salle de sport, Desmond Boyle, a assuré qu'il n'avait pas remarqué de signes de violence chez Matar, le décrivant comme un homme poli et calme, mais qui avait toujours l'air « terriblement triste ». Il a également souligné que Matar refusait qu'on l'incite à interagir avec les autres.

« Il avait le même regard à chaque fois qu'il venait. On aurait dit que c'était le pire jour de sa vie », a poursuivi Boyle.

Matar est né aux États-Unis. Ses parents ont émigré de Yaroun, dans le sud du Liban, a indiqué le maire du village, Ali Tehfe, à l'Associated Press (AP).

Des drapeaux du groupe militant chiite Hezbollah, soutenu par l'Iran, ainsi que des portraits du leader Hassan Nasrallah, de Khamenei, de Khomeini et du général iranien Qassem Soleimani, sont affichés dans le village.

Les journalistes qui se sont rendus à Yaroun samedi ont été priés de partir. Les porte-paroles du Hezbollah n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Le gouvernement théocratique de l'Iran et ses médias d'État n'ont attribué aucun motif à l'attaque. À Téhéran, certains Iraniens interrogés par l'AP ont loué l'attaque contre un auteur qui, selon eux, ternissait la foi islamique, tandis que d'autres craignent qu'elle n'isole davantage leur pays.

Un journaliste de l'AP a vu l'agresseur poignarder ou frapper Rushdie à 10 ou 15 reprises. Le Dr Martin Haskell, un médecin parmi ceux qui se sont empressés de porter secours à la victime, a décrit les blessures de Rushdie comme « graves mais guérissables ».

Le modérateur de l'événement Henry Reese, âgé de 73 ans, a été blessé au visage et a reçu des soins avant de quitter l'hôpital, a annoncé la police. Rushdie et lui avaient prévu de discuter de la possibilité de faire des États-Unis un refuge pour les écrivains et autres artistes en exil.

Un agent de la police d'État et un adjoint du shérif du comté étaient chargés de surveiller la conférence de Rushdie, et la police d'État a déclaré que c'était l'agent qui avait procédé à l'arrestation. Mais, après la conférence, certains visiteurs réguliers du centre ont demandé pourquoi la sécurité n'avait pas été renforcée, compte tenu des menaces contre Rushdie et de la prime sur sa tête portée à plus de 3 millions de dollars.

La nouvelle de l'agression a suscité un regain d'intérêt pour Les Versets sataniques. Le roman, qui a figuré en tête des listes de best-sellers après la publication de la fatwa en 1989, a été classé 13e  sur Amazon.com samedi.

La publication du livre en 1988 a déclenché des manifestations souvent violentes dans le monde musulman contre Rushdie, qui est né dans une famille musulmane et s'est longtemps identifié comme non-croyant, se qualifiant lui-même d’«athée pur et dur».

Au moins 45 personnes ont été tuées dans des émeutes, dont 12 à Mumbai, la ville natale de Rushdie. En 1991, un traducteur japonais du livre a été poignardé à mort et un traducteur italien a survécu à une attaque au couteau. En 1993, l'éditeur norvégien du livre a été abattu de trois balles mais a survécu.

Les menaces de mort ont conduit Rushdie à se mettre sous la protection du gouvernement britannique, qui lui fournissait un garde armé 24 heures sur 24. Après neuf ans de réclusion, Rushdie a prudemment repris ses apparitions publiques, tout en continuant à critiquer ouvertement l'extrémisme religieux.

En 2012, il a publié un mémoire sur la fatwa intitulé « Joseph Anton », le pseudonyme que Rushdie utilisait pendant sa clandestinité.

Cette année-là, il avait dit lors d'une conférence à New York que le terrorisme était en réalité l'art de la peur : « La seule façon de le vaincre est de décider de ne pas avoir peur ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.