Législatives: dans la 5e du Nord, un duel RN/Nupes porté par l'inflation

Jean-Luc Melenchon s'entretient avec les médias lors d'une conférence de presse, deux jours avant le second tour des élections législatives françaises à Paris le 17 juin 2022 (Photo, AFP).
Jean-Luc Melenchon s'entretient avec les médias lors d'une conférence de presse, deux jours avant le second tour des élections législatives françaises à Paris le 17 juin 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 18 juin 2022

Législatives: dans la 5e du Nord, un duel RN/Nupes porté par l'inflation

  • Dans une soixantaine d’autres circonscriptions en France le RN et la Nupes s’affronteront au second tour
  • Très hétérogène, elle regroupe tant des classes populaires que des classes moyennes ou des agriculteurs

LA BASSÉE, France: Un rien les sépare, dans les urnes comme devant le marché de La Bassée, ville au sud de Lille: les candidats du RN et de la Nupes, arrivés au second tour avec deux voix d'écart, tractent côte à côte.

Pendant une heure et demie Victor Catteau, du RN et Ophélie Delneste, de la Nupes, s'ignoreront. Côté Union populaire, une enceinte crache du Bernard Lavilliers, déclenchant quelques commentaires outrés du côté d’une militante RN: "vous imaginez s'ils sont à l’Assemblée !"

Dans la cinquième circonscription du Nord, l'issue du premier tour a été une surprise: la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes) est arrivée en tête avec 24,98% des suffrages, devançant de seulement deux voix le Rassemblement national (24,97%).

"On s’attendait à être au second tour, mais plutôt face à la droite", reconnaît Ophélie Delneste, 27 ans, sourire timide et combinaison short en jean.

Le baron local et maire de La Bassée Sébastien Huyghe a été évincé, avec 17,51% des voix tandis que le candidat de la majorité présidentielle Frédéric Cauderlier a fini troisième avec 24,56%.

Victor Catteau, 26 ans, lunettes rondes et chemise blanche se félicite: "la droite et la majorité présidentielle se sont neutralisées. Nous réalisons une belle progression". Déjà candidat en 2017, le jeune homme avait réuni 18,50% des voix au premier tour, mais sans se qualifier.

"Ce n’est pas pour rien que le RN et la Nupes sont au second tour", estime d’un air entendu Mary Verley, 64 ans devant la camionnette de la bouchère. Cette habitante du petit village d’Illies, près de La Bassée fait référence à l'inflation qui plombe encore plus le pouvoir d’achat, préoccupation numéro un des habitants comme du reste de la France.

Une «petite France»

"La Nupes fait le plein à cause de la situation", confirme Tristan Haute, maître de conférence en sciences politiques à l'Université de Lille. Habituellement, la qualification de la gauche aurait été "improbable", selon le chercheur.

Car cette ancienne circonscription de Martine Aubry où certaines villes ont longtemps été acquises à la gauche, vote plutôt à droite. Très hétérogène, elle regroupe tant des classes populaires que des classes moyennes ou des agriculteurs.

Une "petite France", pour Ophélie Delneste.

Concernant le pouvoir d’achat, Nupes et RN "se valent" pense Sullyvan Halbot, 33 ans, même s’il confesse vouloir davantage voter pour l’alliance de gauche. "Je suis en recherche d’emploi. Avec 970 euros par mois, on fait des sacrifices".

Pour Pierre Loonis au contraire, ce sera RN, pour l’allègement de la TVA sur les carburants. Le jeune homme de 27 ans travaille à Dunkerque comme agent de sécurité, à une heure et demie d’ici. "Je fais un plein d’essence par semaine: avec un Smic c’est compliqué", explique-t-il. Il dit ne pas aimer les idées de Jean-Luc Mélenchon sur la police.

Dans une soixantaine d’autres circonscriptions en France le RN et la Nupes s’affronteront au second tour, notamment dans l’Hérault, la Seine-Maritime ou le Pas-de-Calais.

"Pour la majorité, ce sont des duels qui étaient déjà présent en 2012. En 2017, la gauche, souvent divisée, s’était fait évincer au profit de la majorité présidentielle", explique Tristan Haute. "L’union vient donc réparer +l’accident+ de 2017", glisse-t-il.

Dans la cinquième, rien n’est acquis et le duel sera probablement encore très serré. "Tout dépendra des reports de voix", indique M. Haute. MM. Huyghe et Cauderlier voteront blanc.

Une logique bien comprise par Victor Catteau, qui revendique une argumentation ciblée en fonction des publics. "Dans les Weppes (territoire plus aisé), j’essaye de rassurer en incarnant la droite, en parlant sécurité et fiscalité". Un grand écart ? "Tout est dans le programme de Marine Le Pen", justifie le jeune candidat.

Un "mensonge électoraliste" pour Ophélie Delneste, qui préfère miser sur les désabusés, nombreux sur le marché, qui refusent les tracts, non sans amertume. "La politique c’est de la merde pour nous", lâche un homme en passant.

"La réserve de voix est là", argue la candidate.


La Cour de cassation n'a pas à se prononcer «plus rapidement», estime l'avocat de Le Pen

L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
  • En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps
  • Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an

PARIS: L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle.

La cour d'appel de Paris a condamné mardi Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme sous surveillance électronique, dans l'affaire des assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.

Son inéligibilité ayant été réduite à 15 mois ferme, déjà purgés, la patronne du Rassemblement national a annoncé mardi sa candidature à l'élection présidentielle mais également déposé un pourvoi en cassation, qui suspend l'exécution de sa peine.

"Il avait été évoqué une accélération du calendrier de la Cour de cassation, pourquoi ? Parce qu'au moment où le président de la Cour de cassation l'avait évoqué, il y avait l'exécution provisoire (application immédiate de la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, ndlr). L'exécution provisoire n'est plus du tout d'actualité", a déclaré mercredi sur France Inter son avocat Rodolphe Bosselut.

En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps.

Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an.

"Quelle est en l'occurrence la situation qui justifierait que la Cour de cassation tranche plus rapidement que d'habitude ?", a interrogé Me Bosselut.

"Ce n'est pas moi qui ai accéléré la cour d'appel (...) Ce n'est pas moi qui ralentirai la Cour de cassation", a-t-il assuré, en référence au traitement de faveur judiciaire pour la tenue rapide d'un procès en appel dont a bénéficié Marine Le Pen.

"Je voudrais que le cours de la justice soit un cours identique à tous les justiciables", a-t-il conclu.

"A partir du moment où Marine Le Pen peut se présenter grâce à cet arrêt de la cour d'appel, il n'y a plus d'urgence à ce que la Cour de cassation se prononce", a abondé sur RMC-BFMTV le maire de Perpignan Louis Aliot, très proche de Marine Le Pen et également condamné dans ce dossier.

"Faites comme pour tout Français", a enjoint le directeur de campagne du RN Julien Sanchez sur RTL, rappelant que "le délai classique pour aller en cassation, en général, c'est douze, quinze mois".

La cour d'appel a déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d'une "organisation" pour salarier au titre d'assistants parlementaires d'eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti, "une rupture d'égalité" avec les autres formations politiques.

Sur les contrats litigieux d'assistants parlementaires dont elle était saisie, la cour d'appel a chiffré le préjudice total du Parlement européen à 2,8 millions d'euros entre 2004 et 2016.


France: Marine Le Pen candidate à la présidentielle malgré sa condamnation

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
  • Marine Le Pen annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 et va se pourvoir en cassation après la décision de la cour d'appel
  • La décision relance la bataille politique : elle maintient son innocence, tandis que ses adversaires contestent sa candidature

PARIS: Marine Le Pen a annoncé mardi soir sa candidature à l'élection présidentielle de mai 2027, malgré sa condamnation pour détournement de fonds européens, qu'elle entend contester devant la plus haute juridiction française.

"Ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle", a déclaré Mme Le Pen, quelques heures après l'arrêt de la Cour d'appel de Paris.

"Comme j'ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n'était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses, et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l'arrêt (de la Cour d'appel), je ferai donc campagne sans bracelet électronique", a expliqué sur la chaîne TF1 la dirigeante du Rassemblement national (RN), candidate pour la quatrième fois à la présidentielle.

Donnée favorite par les sondages, Marine Le Pen, 57 ans, s'est dit convaincue d'avoir gain de cause auprès de cette dernière instance.

- "Mains propres" -

"J'ai les mains propres et (...) je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer", a-t-elle insisté. "Il n'y a plus de scénario qui ferait que je ne pourrai pas me présenter", a-t-elle ajouté.

La cour d'appel a déjà réduit sa peine d'inéligibilité de cinq ans, prononcée le 31 mars 2025, à 15 mois, lui permettant dès à présent de concourir à toute élection. Mais elle a aussi été condamnée à trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique.

Or elle avait conditionné sa participation à la présidentielle à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle estimé mercredi sur la chaîne LCI.

Débarrassée au moins provisoirement de l'encombrant bracelet, elle a indiqué qu'avec Jordan Bardella, président du RN, elle allait dans la foulée démarrer cette campagne présidentielle avec un "ticket gagnant". Le trentenaire sera son Premier ministre en cas de victoire le 2 mai.

"Nous avons offert aux Français un binôme, un binôme que je crois complémentaire, équilibré, cohérent, solide", a-t-elle commenté.

Marine Le Pen, qui a oeuvré à "dédiaboliser" le parti d'extrême droite ces dernières décennies, s'est dit "heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de choisir". Interrogée sur l'éventualité de voir sa peine confirmée en pleine campagne, elle a répondu: "Nous verrons".

- "Délinquante" -

Cette décision de justice était attendue par toute la classe politique française.

Marine Le Pen s'est déjà hissée deux fois au deuxième tour des trois dernières élections présidentielles (2017 et 2022). Les scores du RN progressent depuis des années, et le parti est devenu en 2024 le groupe politique le plus nombreux à l'Assemblée nationale (122 députés).

Les sondages la créditent de plus de 30% d'intentions de vote au premier tour prévu le 18 avril.

La classe politique a immédiatement réagi, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle, estimant que Marine Le Pen devra "expliquer" son choix de se porter candidate.

Le secrétaire général du parti Les Républicains (droite traditionnelle) Othman Nasrou l'a lui accusée de "prendre la démocratie en otage" et de "fragiliser les institutions" en décidant d'être candidate malgré sa condamnation.

A l'énoncé de la décision de la cour d'appel, le leader de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, également candidat déclaré, a estimé qu'il fallait "débarrasser le pays du RN", "quelle que soit la candidature", Le Pen ou Bardella.

Interrogé depuis la Syrie, le président Emmanuel Macron a refusé pour sa part de s'exprimer.

- "Faits graves" -

En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été reconnue coupable d'avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un "système" pour payer avec de l'argent du Parlement européen des salariés du Front national (l'ancien nom du parti), qui traversait alors des difficultés financières.

Elle avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate, brisant son élan vers la présidentielle.

Les faits reprochés sont "graves", car ils se sont déroulés "sur 11 années" et "en regard du montant des sommes détournées, plus de 2,8 millions d'euros", a souligné mercredi la présidente de la cour d'appel.

Mais les peines d'inéligibilité ont été pondérées par "la liberté des candidatures" et "le libre choix des électeurs", "condition de l'expression démocratique", a-t-elle ajouté.


Marine Le Pen, condamnée à 15 mois ferme d'inéligibilité, peut a priori être candidate à la présidentielle

Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
  • La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1
  • "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI

PARIS:  Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique.

La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1.

Mme Le Pen avait conditionné mercredi sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI.