L'augmentation du nombre de véhicules électriques dans le CCG, un bon signe pour un avenir écologique

Les consommateurs de la région du CCG sont attirés par les véhicules électriques pour leur ingénierie avancée, mais des obstacles subsistent, préviennent les experts. (Photo: municipalité de Médine)
Les consommateurs de la région du CCG sont attirés par les véhicules électriques pour leur ingénierie avancée, mais des obstacles subsistent, préviennent les experts. (Photo: municipalité de Médine)
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Publié le Mercredi 27 avril 2022

L'augmentation du nombre de véhicules électriques dans le CCG, un bon signe pour un avenir écologique

  • Les consommateurs régionaux sont attirés par les véhicules électriques pour leur ingénierie avancée et leurs faibles émissions de carbone
  • La montée en flèche de la popularité des véhicules électriques rapproche les tendances du CCG de celles qui règnent sur les marchés occidentaux

DUBAÏ: Parmi les nombreuses industries qui sont confrontées à des pressions pour qu’elles apportent des changements fondamentaux à leurs processus de production figure le secteur automobile, l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique.

Selon l'Agence américaine pour la protection de l'environnement, un véhicule de tourisme type émet environ 4,6 tonnes métriques de dioxyde de carbone par an.

Cela suppose que le véhicule à essence moyen qui est en circulation aujourd'hui consomme environ 35,5 kilomètres par gallon (4,5 litres) et parcourt 18 507 kilomètres par an. Chaque gallon d'essence brûlé ajoute quelque 8 887 grammes de dioxyde de carbone à l'atmosphère.

De tels chiffres amènent même à se demander s'il est possible pour les géants de l'industrie automobile de réduire de manière considérable leur empreinte carbone afin de respecter leurs critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Heureusement, un regain de popularité des véhicules électriques (VE) dans les pays relativement riches du Conseil de coopération du Golfe (CCG) rapproche la région des tendances qui caractérisent les marchés occidentaux.

En pleine croissance au cours de la dernière décennie, le marché mondial des VE était évalué à 370,86 milliards de dollars (1 dollar = 0,93 euro) en 2021 et devrait atteindre plus de 1 200 milliards de dollars d'ici à 2027.

En outre, les ventes mondiales de véhicules électriques ont plus que doublé pour atteindre 6,6 millions de dollars en 2021, selon l'Agence internationale de l'énergie, la mobilité verte représentant 9% de la part de marché de l'industrie automobile mondiale. C'est plus du double de la part qu'elle détenait en 2020 et le triple de ce qu'elle avait en 2019.

Au Moyen-Orient, l'intérêt pour les alternatives écologiques au véhicule à moteur à combustion interne s'accroît lentement, alors que les constructeurs automobiles font la course pour mettre sur le marché davantage de modèles de véhicules électriques chaque année.

L'Arabie saoudite vise à ce qu'au moins 30% de ses voitures soient électriques d'ici à 2030, conformément à son engagement qui consiste à atteindre des émissions nettes de carbone nulles d'ici à 2060. L'année dernière, le fabricant de VE Lucid a annoncé un plan à long terme qui vise à construire la première usine de fabrication internationale en Arabie saoudite, avec pour objectif de produire 150 000 véhicules par an dans la Ville économique du roi Abdallah (Kaec).

L'Arabie saoudite prévoit de nouvelles usines de production de véhicules électriques (VE) capables de fabriquer 150 000 modèles par an et une infrastructure de VE pour les soutenir. (Photo: municipalité de Médine)
L'Arabie saoudite prévoit de nouvelles usines de production de véhicules électriques (VE) capables de fabriquer 150 000 modèles par an et une infrastructure de VE pour les soutenir. (Photo: municipalité de Médine)

Pendant ce temps-là, les Émirats arabes unis (EAU) font pression pour que 42 000 véhicules électriques circulent dans leurs rues au cours de la prochaine décennie. Pour répondre à la hausse de la demande de mobilité verte, les EAU ont ouvert le mois dernier leur première usine de fabrication de véhicules électriques dans la cité industrielle de Dubaï, construite pour un coût total de 408 millions de dollars. Cette usine devrait produire 55 000 voitures par an.

La concurrence est rude pour s'approprier une part du marché des véhicules électriques dans la région du CCG, avec des marques telles que Tesla qui mènent la charge, et d'autres, comme BMW, Audi et Mercedes-Benz, qui les suivent de près.

Noor Hajir, responsable de la planification des transports et de la mobilité chez WSP Middle East, affirme qu'il existe des signaux positifs sur le marché du Golfe avec de nombreux promoteurs, en particulier en Arabie saoudite, qui adoptent des alternatives plus vertes et des solutions de mobilité futures telles que les véhicules électriques pour les aider à atteindre leurs futurs objectifs de zéro émission.

«Nous constatons que les promoteurs privés ont tendance à utiliser les stations de recharge pour véhicules électriques comme outil de promotion de l'image de marque et d'incitation des clients dans des actifs tels que les grands centres commerciaux et les quartiers d'affaires», souligne-t-elle.

Au-delà du défi qui consiste à disposer d'un nombre suffisant de bornes de recharge, les véhicules électriques doivent également faire face au climat d'accueil aride de la région. (Photo: AFP)
Au-delà du défi qui consiste à disposer d'un nombre suffisant de bornes de recharge, les véhicules électriques doivent également faire face au climat d'accueil aride de la région. (Photo: AFP)

Mme Hajir estime néanmoins que la région a encore un long chemin à parcourir avant que l'infrastructure nécessaire à l'adoption généralisée des véhicules électriques par les secteurs privé et public ne soit véritablement mise en place.

«Le Moyen-Orient est peut-être à la traîne par rapport aux économies plus développées en ce qui concerne la fourniture d'infrastructures routières pour faciliter et encourager la généralisation de la propriété privée des véhicules électriques, qui dépend largement de l'appui du secteur public», explique-t-elle à Arab News.

Le Dr Hamid Haqparwar, directeur général de BMW Group Middle East, a signalé que le développement des infrastructures pour les véhicules électriques dans la région varie d'un pays à l'autre, ce qui entraîne des taux d'adoption différents selon les marchés.

Toutefois, comme beaucoup d'autres experts dans ce domaine, il pense que l'orientation générale de la région est claire. Les modes de transport plus écologiques sont un élément clé des visions de durabilité établies par les gouvernements et l'adoption massive de véhicules électrifiés par marché est «une question de temps, pas de possibilité».

Le Dr Haqparwar affirme que, au cours de la phase de «transition» actuelle, la région voit une gamme plus large de véhicules électriques entrer sur ses marchés, confirmant que les fabricants continueront à élargir leur portefeuille de véhicules électriques.

«Cette croissance de l'offre ainsi que l'expansion de l'infrastructure requise vont progressivement augmenter la demande au Moyen-Orient. Je m'attendrais à ce que les ventes de véhicules électriques connaissent une croissance plus importante au cours des cinq prochaines années», souligne-t-il à Arab News.

Aussi souhaitable que puisse être la viabilité des véhicules électriques sur le marché du Moyen-Orient, elle n'est pas exempte de défis.

En chiffres

- 33% de dommages environnementaux sont causés par une automobile avant même qu'elle ne soit vendue et conduite. 
- 3%: c’est la part des véhicules hybrides et électriques dans les ventes totales de véhicules neufs en Arabie saoudite. 
- 8% de Saoudiens estiment que les véhicules électriques seront de plus en plus courants à l'avenir.

Selon Mme Hajir, l'une des principales lacunes réside dans le cadre réglementaire, tant au niveau de l'économie de base que des autorités locales.

Par exemple, en Arabie saoudite, où le déploiement des véhicules électriques n'en est qu'à ses débuts, des mises à jour de ces cadres réglementaires sont nécessaires afin de rationaliser les processus de certification et encourager l'adoption de ces véhicules, indique-t-elle à Arab News.

En outre, elle identifie les problèmes de la chaîne d'approvisionnement mondiale et les délais de fabrication qui en découlent comme un défi majeur auquel sont actuellement confrontés les constructeurs automobiles.

Ces retards risquent d’entraîner des répercussions sur certains des projets immédiats de véhicules électriques mis en œuvre au Moyen-Orient.

«L'approvisionnement et la livraison des VE peuvent prendre entre six et dix-huit mois en moyenne», précise Mme Hajir, qui souligne que les fournisseurs de services de mobilité doivent envisager une planification adéquate de la mise en œuvre et un engagement précoce des opérateurs et des fabricants.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, les ventes mondiales de véhicules électriques ont plus que doublé pour atteindre 6,6 millions de dollars en 2021. (Photo: AFP)
Selon l'Agence internationale de l'énergie, les ventes mondiales de véhicules électriques ont plus que doublé pour atteindre 6,6 millions de dollars en 2021. (Photo: AFP)

Ensuite, il y a le climat chaud et aride du Moyen-Orient, qui pourrait nuire à la longévité des batteries des véhicules électriques. Selon Mme Hajir, il est urgent de disposer davantage de données centrées sur le Moyen-Orient au sujet de l'impact total de la chaleur sur les batteries des VE.

Pour cette raison, et pour bien d'autres encore, les moteurs à combustion interne seront certainement encore présents sur nos routes, affirme M. Haqparwar. D’après lui, la conduite automobile continuera à occuper une place importante dans la vie des habitants du CCG.

«Alors que d'autres parties du monde verront moins de voitures sur les routes, cette région est plus susceptible de voir de nouveaux modèles écologiques sur nos routes, dans la mesure où la mobilité individuelle entre dans une nouvelle ère», estime-t-il.

M. Haqparwar souligne encore que, si la croissance des ventes de véhicules électriques dans l'ensemble de l'industrie est conforme à l'évolution des valeurs de durabilité de la jeune population de la région, les facteurs émotionnels jouent toujours un rôle majeur dans leur décision d'achat.

Au même moment, la conscience environnementale croissante de la jeune génération de la région se reflète dans les conversations en ligne concernant les véhicules électriques dans le CCG.

Rami Deeb, directeur marketing Ceemea chez Talkwalker, la plate-forme de renseignements sur les consommateurs qui est le leader du secteur, pense que les données en temps réel joueront un rôle essentiel dans le développement de l'industrie régionale des véhicules électriques.

L'entreprise, qui suit les conversations sur les blogs, les réseaux sociaux, les vidéos, l'audio, les forums et les sites d'évaluation dans six pays – l’Arabie saoudite, les EAU, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman –, rapporte une tendance positive autour des véhicules électriques dans la région du CCG au cours des treize derniers mois.

Pendant cette période, il y a eu plus de 133 000 conversations en ligne autour des véhicules électriques dans la région du CCG. 21% d’entre elles expriment un sentiment positif et tournent autour des engagements des gouvernements à atteindre l’objectif de net zéro dans un avenir proche.

Noor Hajir (à gauche), responsable de la planification des transports et de la mobilité chez WSP Middle East et le Dr Hamid Haqparwar (à droite), directeur général de BMW Group Middle East. (Photo fournie)
Noor Hajir (à gauche), responsable de la planification des transports et de la mobilité chez WSP Middle East et le Dr Hamid Haqparwar (à droite), directeur général de BMW Group Middle East. (Photo fournie)

Les 25-34 ans ont débattu des dernières innovations technologiques et se sont principalement intéressés aux commentaires vidéo des clients sur les véhicules électriques.

Les 18-24 ans ont surtout partagé leur enthousiasme pour l'avenir et la façon dont des entreprises technologiques comme Apple et Sony explorent l'espace des véhicules électriques avec des voitures conceptuelles et des rendus 3D, indique M. Deeb.

Cette même tranche d'âge a également évoqué l'impact environnemental néfaste de la fabrication de batteries et de l'extraction du lithium.

Dans une étude menée dans le Royaume par le cabinet de conseil Kearney à la fin de l'année dernière, 15% des Saoudiens interrogés ont fait savoir qu'ils avaient l'intention de se procurer un véhicule électrique dans les trois prochaines années, tandis que 33% d’entre eux ont confié que la disponibilité d'un plus grand nombre de stations de recharge augmenterait leur intérêt pour un tel achat.

Par ailleurs, 23% des personnes interrogées ont révélé que la fourniture d’informations supplémentaires et l'exonération des frais par le gouvernement pourraient rendre la possession d'un véhicule électrique plus attrayante.

«Les consommateurs du CCG réagissent positivement au potentiel des véhicules électriques à réduire les émissions de carbone, ainsi qu'au niveau d'innovation qu'ils apportent», reconnaît M. Deeb.

Simultanément, «les grands constructeurs automobiles du monde entier élaborent une feuille de route claire pour adapter leurs usines à l'avenir des véhicules électriques et annoncent leur intention de ne construire que des véhicules électriques», ajoute-t-il.

Dans une poignée de pays, plusieurs mesures d’incitation sont mises en œuvre pour accroître la demande et l'intérêt des consommateurs, comme des places de stationnement gratuites réservées aux véhicules électriques, des badges de péage gratuits et la recharge gratuite via le réseau public de recharge des VE.

Compte tenu de l'abondance des signaux du marché, M. Deeb estime que la véritable «menace» pour le secteur serait toute résistance au changement ou tout irrespect des préférences des consommateurs.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les tensions au Moyen-Orient font grimper le pétrole et le coût de la dette des Etats

Des opérateurs de marché travaillent à la Bourse de New York (NYSE) le 6 août 2026 à New York. Le Dow Jones était en légère baisse dans les échanges matinaux, alors que les investisseurs continuent de suivre l’évolution de la situation en Iran et ses répercussions sur les marchés mondiaux. (AFP)
Des opérateurs de marché travaillent à la Bourse de New York (NYSE) le 6 août 2026 à New York. Le Dow Jones était en légère baisse dans les échanges matinaux, alors que les investisseurs continuent de suivre l’évolution de la situation en Iran et ses répercussions sur les marchés mondiaux. (AFP)
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  • Les tensions au Moyen-Orient font grimper le pétrole et ravivent les craintes d’inflation
  • La hausse des taux obligataires pèse sur les Bourses mondiale

WASHINGTON: Les cours du pétrole et les taux obligataires sont repartis de concert à la hausse lundi, soutenus par les nouvelles menaces de Donald Trump sur le Moyen-Orient, un mouvement qui a pénalisé les indices boursiers mondiaux.

A Wall Street, le Dow Jones a cédé 0,51%, l'indice Nasdaq a perdu 0,32% et l'indice élargi S&P 500 a reculé de 0,52%.

En Europe, Paris a perdu 0,66%, Francfort s'est repliée de 0,38% et Londres a également perdu des plumes (-0,28%). Seule Milan est parvenue à garder un équilibre (+0,01%).

Le président américain Donald Trump a menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" d'un accord sur le détroit d'Ormuz et appelé l'Iran à "hisser le drapeau blanc de la capitulation" tout en se disant "pas pressé" à l'idée de mettre fin à sa guerre.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a lui assuré que le délai de négociation de 60 jours prévu en vue d'un règlement durable par le protocole d'accord irano-américain de juin est rendu caduc par les "violations" commises par les Etats-Unis.

Ces déclarations ont crispé le marché pétrolier. Le baril de Brent de la mer du Nord a pris 2,66% à 90,87 dollars et son équivalent américain, le baril de WTI, a gagné 2,55% à 84,50 dollars.

"La hausse des coûts du pétrole alimente les anticipations d'inflation tout en pesant sur les perspectives de marges des entreprises", note Jose Torres, de la plateforme Interactive Brokers.

- "Frein" pour les actions -

Dans ce contexte, les investisseurs demandent des rendements plus élevés pour compenser les hausses de prix, qui érodent dans la durée la valeur de leur capital prêté.

Vers 20H45 GMT, le rendement à échéance dix ans des emprunts de l'Etat américain évoluait à 4,73% contre 4,69%. A plus long terme (30 ans), il évoluait à 5,31%, au plus haut depuis juin 2007.

En Europe aussi la remontée était visible. Le taux français des emprunts de l'Etat à dix ans augmentait encore à 4,07% (le plus haut depuis 2009) contre 4,05% la veille. Son équivalent allemand était à 3,23%, au plus haut depuis 2011.

"Lorsque l'on observe une telle évolution du pétrole et des taux d'intérêt, cela tend à constituer un frein (pour les actions, ndlr) se traduisant par une prise de risque un peu moindre que ce qui aurait pu être le cas autrement", commente auprès de l'AFP Patrick O'Hare, analyste de Briefing.com.

"Le message, plus dérangeant, est donc que l'inflation effective et l'inflation anticipée ne racontent plus exactement la même histoire", selon Florian Ielpo, de la banque Lombard Odier.

Les dernières données d'inflation, notamment aux Etats-Unis, ont ainsi mis en avant un ralentissement de la hausse des prix.

Mais ces chiffres sont publiés avec du retard - le temps de les compiler - et lorsque la situation est instable comme en temps de guerre, ils peuvent sembler en décalage avec les pressions économiques comme la hausse des cours du pétrole.

Les perspectives relevées d'inflation relancent les doutes sur la dynamique de l'économie américaine, qui a déjà montré des signes de faiblesse la semaine passée avec le recul surprise des ventes au détail.

Dans ce contexte, les "minutes (le compte rendu, ndlr) de la réunion de juillet du comité de la Réserve fédérale seront scrutées pour obtenir des indications sur l'état d'esprit des responsables (de la Fed)", souligne Neil Wilson de Saxo.


Le pétrole repart en hausse avec les menaces renouvelées de Washington contre Téhéran

Des automobilistes font le plein dans une station Leclerc à Saint-Étienne-de-Montluc, dans l’ouest de la France, le 15 avril 2026, alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fait flamber les prix du pétrole après la fermeture de fait du détroit d’Ormuz. (AFP)
Des automobilistes font le plein dans une station Leclerc à Saint-Étienne-de-Montluc, dans l’ouest de la France, le 15 avril 2026, alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fait flamber les prix du pétrole après la fermeture de fait du détroit d’Ormuz. (AFP)
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  • Le pétrole repart à la hausse face au durcissement américain envers l’Iran : Brent à 88,52 dollars et WTI à 82,40 dollars
  • Washington menace d’un isolement économique inédit et d’un blocus prolongé d’Ormuz, tandis que le marché européen du gaz reste sous forte tension

WASHINGTON: Les cours du pétrole ont progressé vendredi, portés par le durcissement de ton des Etats-Unis à l'encontre de l'Iran, Washington évoquant la possibilité d'un isolement économique "comme le monde n'en a jamais vu".

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en octobre, a gagné 1,67% à 88,52 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en septembre, a pris 1,42% à 82,40 dollars.

S'exprimant sur la chaîne conservatrice Newsmax, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a menacé jeudi Téhéran d'une "combinaison d'un isolement économique comme le monde n'en a jamais vu et de la poursuite du blocus dans le détroit d'Ormuz, qui empêchera quoi que ce soit d'entrer ou de sortir des ports iraniens".

"Restez à l'écoute, d'autres annonces arrivent la semaine prochaine", a-t-il promis.

Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a, lui, assuré que le blocus des ports iraniens pourrait être maintenu "aussi longtemps que nécessaire", affirmant qu'il n'y a "pas de date butoir".

En quelques jours à peine, le ton a changé: Washington promettait début août un accord imminent pour rouvrir le détroit d'Ormuz, faisant reculer les cours du brut.

"Les États-Unis et l'Iran continuent d'avancer des affirmations contradictoires quant au contrôle du détroit d'Ormuz et à l'état du trafic maritime dans cette voie navigable", souligne David Morrison, un analyste de Trade Nation.

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, a récemment assuré que "près de 9 millions de barils par jour" quittent le Golfe en passant par le détroit d'Ormuz.

"C'est environ deux fois plus de pétrole que n'en estiment la plupart des analystes indépendants qui surveillent le trafic dans le détroit", note Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.

Ces chiffres "sont discutables", abonde Norman Liebke, de Commerzbank. L'analyste note cependant que les navires sont nombreux à circuler dans la zone en laisser leur transpondeur éteint, ce qui complique leur suivi.

Par ailleurs, "la situation sur le marché européen du gaz est actuellement plus tendue que sur le marché pétrolier", ajoute M. Liebke.

Les exportations du Qatar, un des plus grands exportateurs de gaz naturel liquéfié au monde, restent "coupées" par la guerre au Moyen-Orient, souligne-t-il.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du gaz, prenait 0,66%, à 60,80 euros le mégawattheure. Son cours a pratiquement doublé depuis le début du conflit.


Après un été dévastateur, l'agriculture écartelée face au mur de la transition

Le 3 août 2026, à Beynost, dans l’est de la France, une culture de maïs est irriguée afin de limiter les effets de la sécheresse avant la récolte. (AFP)
Le 3 août 2026, à Beynost, dans l’est de la France, une culture de maïs est irriguée afin de limiter les effets de la sécheresse avant la récolte. (AFP)
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  • Après un été marqué par les sécheresses et les pertes agricoles, les syndicats alertent sur un possible regain de colère à l’automne
  • Les agriculteurs dénoncent des injonctions contradictoires entre productivité, compétitivité et transition écologique, sur fond de crise climatique

PARIS: Vers un automne de colère? L'été dévastateur pour les cultures comme pour l'élevage, juste après l'adoption de la loi d'urgence agricole, exacerbe les clivages autour de la transformation des agriculteurs, ballottés par les crises et perdus au milieu d'injonctions à produire mieux mais toujours plus.

Pour la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, il y a un "risque majeur d'une crise humaine inédite à l'automne". La Confédération paysanne, troisième syndicat, prévient que les "braises de la colère" pourraient se raviver.

Mais les solutions proposées sont bien différentes. Habituée des actions coup de poing, la Coordination rurale appelle notamment à irriguer sans respecter les restrictions et à la réintroduction de pesticides interdits. Quand la Confédération paysanne appelle à une "bifurcation agroécologique indispensable" et soutient les appels à manifester en octobre contre les pesticides.

Interrogé sur l'adaptation des fermes au changement climatique, le président de la FNSEA, syndicat dominant, a affirmé qu'elle était en cours mais prendrait des années. "Avant de parler du moyen et long terme, encore faut-il survivre à cette crise", a ajouté Arnaud Rousseau, tout en assurant ultérieurement que son syndicat n'a pas pour l'instant en tête de manifester.

- Injnctions "contradictoires" -

Pour Claire Ruault, sociologue spécialiste de l'agriculture, le contexte "exacerbe les clivages idéologiques" et entraîne plus des réponses d'urgence pour "compenser financièrement au lieu d'une réflexion globale sur l'adaptation en prenant en compte la complexité du monde agricole".

"On demande aux agriculteurs de changer depuis la période de modernisation de l'après-guerre. Ce qui est différent aujourd'hui, c'est que les orientations ne sont pas claires", ajoute la coordinatrice du Gerdal, association de recherche sur le développement agricole.

"Il y a des objectifs de maintien de la productivité, des exportations sur un marché ultra compétitif. Les agriculteurs doivent produire beaucoup, à bas coût. C'est assez peu compatible avec les exigences de la transition agro-écologique affichées par ailleurs par le gouvernement mais pour lesquelles les moyens ne sont pas en adéquation".

Pour la sociologue, le malaise dans les fermes face à ces injonctions contradictoires est renforcé par une "culpabilisation individuelle" des agriculteurs, face aux résultats d'études sur les dangers de résidus de pesticides, d'additifs ou de PFAS dans les produits.

- "Déconnexion" -

Pour Eve Fouilleux, directrice de recherche au CNRS en science politique, "les politiques publiques ont favorisé depuis des décennies l'agrandissement et l'hyperspécialisation des exploitations agricoles par l'utilisation massive d'engrais et de pesticides, ce qui les rend plus vulnérables aux crises tout en générant des problèmes environnementaux et sanitaires majeurs".

La sécheresse record et les canicules à répétition vont créer à la rentrée des "situations dramatiques". Les agriculteurs ont "très peu de marges de manoeuvre du fait d'un endettement massif" alors qu'ils sont "en première ligne des conséquences du réchauffement climatique", affirme cette agroéconomiste de formation.

Dans les campagnes, nombre d'agriculteurs se disent "assommés" par les pertes et l'inquiétude grandit sur le risque de suicides dans la profession, qui s'est déjà mobilisée trois hivers d'affilée.

Si Eve Fouilleux n'exclut pas une mobilisation des agriculteurs indépendante des syndicats - comme en 2024 pour demander des revenus -, ou à l'initiative de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne - comme en 2025 pour protester contre la gestion gouvernementale de la dermatose bovine -, elle rappelle que ces mobilisations ont été "récupérées" in fine par l'alliance syndicale dominante de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs.

Selon la chercheuse, "la FNSEA a les ressources politiques et économiques pour mobiliser des troupes et réorienter le débat public autour de la fausse idée selon laquelle la souveraineté alimentaire serait menacée en France. Et donc de défendre ce qu'ils appellent les moyens de production: les pesticides et l'accès prioritaire à l'eau, dans un but principal d'exportation", comme en témoignent les grands thèmes de la loi d'urgence agricole.

Les deux chercheuses soulignent que l'alliance a toutefois perdu sa majorité aux dernières élections professionnelles et que les dirigeants de la FNSEA sont "déconnectés" de la base, ce qui participe au malaise des agriculteurs.

Claire Ruault ajoute qu'au niveau local, les agriculteurs peinent à construire un point vue collectif, et à le porter dans leurs interactions avec les autres acteurs, pour alimenter les politiques agricoles.

"Quand on interroge les agriculteurs individuellement sur la transition écologique, ils sont massivement pour", souligne Eve Fouilleux, "mais le système ne les incite pas à changer".