Ukraine: la région de Kiev «libérée», Marioupol toujours dans l'étau russe

Un soldat ukrainien passe à côté de chars russes détruits dans le village de Dmytrivka près de Kiev le 2 avril 2022 (Photo, AFP).
Un soldat ukrainien passe à côté de chars russes détruits dans le village de Dmytrivka près de Kiev le 2 avril 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 03 avril 2022

Ukraine: la région de Kiev «libérée», Marioupol toujours dans l'étau russe

  • Joe Biden a affirmé lundi qu'il ne retirait pas ses propos controversés suggérant qu'il souhaitait le départ de son homologue russe Vladimir Poutine du pouvoir
  • Des médias russes ont affirmé lundi que le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, un proche de Vladimir Poutine, s'était rendu à Marioupol

KIEV: Les autorités ukrainiennes se s'inquiètent d'une aggravation de la situation dans le port assiégé de Marioupol, où au moins 5.000 personnes auraient déjà péri, tandis que de nouveaux pourparlers entre négociateurs russes et ukrainiens se préparent à Istanbul.

Selon une conseillère de la présidence ukrainienne, Tetyana Lomakina, "environ 5.000 personnes ont été enterrées, mais les gens ne sont plus enterrés depuis dix jours à cause des bombardements continus". Elle a estimé qu'"au vu du nombre des personnes encore sous les décombres (...), il pourrait y avoir autour de 10.000 morts".

Plus d'un mois après le début de l'invasion russe, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait dénoncé dimanche un blocus total de cette cité portuaire stratégique sur la mer d'Azov, dont l'armée russe tente de s'emparer depuis fin février, et où environ 160.000 personnes sont toujours coincées, selon son maire Vadim Boïtchenko.

"Toutes les entrées et sorties de la ville sont bloquées (...), il est impossible de faire entrer à Marioupol des vivres et des médicaments", a affirmé dimanche soir M. Zelensky, accusant les forces russes de bombarder les convois d'aide humanitaire.

Et avec l'annonce vendredi par Moscou d'"une concentration de ses efforts sur la libération" du Donbass, un conseiller de la présidence ukrainienne a dit redouter une "aggravation" de la situation dans cette ville située au sud de ce bassin minier.

Des médias russes ont affirmé lundi que le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, un proche de Vladimir Poutine, s'était rendu à Marioupol pour galvaniser ses troupes qui participent à l'assaut.

En outre, l'Ukraine a annoncé avoir des "preuves" de l'utilisation par les forces russes de bombes à sous-munitions, des armes interdites par les conventions internationales, dans deux régions du sud de son territoire, celles d'Odessa et de Kherson.

"Ce qui se passe en Ukraine est la répétition de ce qu'on a pu voir en Syrie", a déclaré à l'AFP la secrétaire générale d'Amnesty international Agnès Callamard, lors de la présentation mardi à Johannesburg de son rapport 2021-2022.

"Nous sommes dans des attaques intentionnelles d'infrastructures civiles, d'habitations", des bombardements d'écoles, a-t-elle fustigé, accusant la Russie de permettre des couloirs humanitaires pour les transformer en un "piège mortel".

Irpin libérée

L'Ukraine a annoncé lundi soir qu'Irpin, théâtre de féroces combats dans la banlieue de Kiev, avait été "libérée" des forces russes.

"Les occupants sont repoussés d'Irpin, repoussés de Kiev. Cependant, il est trop tôt pour parler de sécurité dans cette partie de notre région. Les combats continuent. Les troupes russes contrôlent le nord de la région de Kiev, disposent de ressources et de main-d'œuvre", a déclaré M. Zelensky dans une vidéo lundi soir.

Dans les régions de Tchernigiv, Soumy, Kharkiv, du Donbass, et dans le sud de l'Ukraine, "la situation reste partout tendue, très difficile", a-t-il souligné.

D'autres combats se déroulaient par ailleurs dans plusieurs localités autour de la capitale. 

"L'ennemi tente d'effectuer une percée autour de Kiev et de bloquer les routes", a affirmé Ganna Malyar, vice-ministre de la Défense, à la télévision ukrainienne, soulignant que "la défense de Kiev" se poursuivait.

Des combats acharnés se déroulaient aussi dans l'est. A la périphérie nord-est de Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine, proche de la frontière russe, Saltivka, quartier populaire de hautes barres d'immeubles pilonné quasi-quotidiennement par l'armée russe, n'est plus qu'une cité désertée balayée par les vents où ne survivent, terrés dans les caves, qu'une poignée de vieillards traumatisés, selon des journalistes de l'AFP.

Dans l'Est du pays sont aussi déployés des mercenaires russes du groupe Wagner, a indiqué lundi le ministère britannique de la Défense qui estime que plus de 1.000 combattants de la sulfureuse société paramilitaire pourraient être amenés à combattre dans le pays. 

Les soldats ukrainiens ont repris le contrôle de Mala Rogan, un petit village à environ quatre kilomètres à l'est de Kharkiv, a constaté l'AFP, qui a vu deux corps de soldats russes gisant dans une allée et plusieurs blindés russes détruits.

L'Ukraine affirme que la Russie a accepté oralement les propositions de Kiev

"La Fédération de Russie a donné une réponse officielle à toutes les positions (ukrainiennes), à savoir qu'elle les accepte, sauf en ce qui concerne la question de la Crimée", annexée par Moscou en 2014, a assuré M. Arakhamia. 

Il a ajouté que s'il n'y avait "aucune confirmation officielle par écrit", la partie russe l'ayant accepté "oralement".

Le négociateur a également déclaré que si une rencontre entre les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et russe Vladimir Poutine devait finalement avoir lieu, celle-ci se déroulerait "très probablement" en Turquie. 

Dans le sud, l'étau russe semblait aussi se desserrer autour de certaines villes, comme Mykolaïv, une ville-verrou sur la route d'Odessa, le plus grand port d'Ukraine, dont les habitants semblaient retrouver un peu d'espoir, après des semaines terribles pendant lesquelles l'armée russe a tenté en vain de prendre leur cité.

"L'ennemi est affaibli, désorienté, la plupart n'a plus de soutien logistique et se trouve coupé du gros des troupes", a affirmé l'état-major ukrainien en début de nuit mardi. 

Le front a même sensiblement reculé, avec une contre-offensive ukrainienne sur Kherson, à quelque 80 km au sud-est, seule ville d'importance dont l'armée russe ait revendiqué la prise totale depuis le 24 février.

La défenseure des droits ukrainienne Lyudmyla Denysova a appelé sur Facebook dans la nuit de lundi à mardi la communauté internationale à prendre "toutes les mesures possibles" pour faire partir les troupes russes des alentours de la centrale nucléaire désaffectée de Tchernobyl.

"En utilisant des centrales nucléaires comme abri et comme moyen d'influer sur le cours de la guerre, les troupes de la Fédération de Russie mettent délibérément en danger toute l'Europe", a-t-elle affirmé, évoquant le risque d'explosion de munitions pendant le transport et les manipulations. 

Biden ne s'excuse pas

A Washington, le président américain Joe Biden a affirmé lundi qu'il ne retirait pas ses propos controversés suggérant qu'il souhaitait le départ de son homologue russe Vladimir Poutine du pouvoir, car ils exprimaient son "indignation" personnelle et pas une "politique" en faveur d'un changement de régime.

"Je ne les retire pas" et "je ne m'excuse pas", a-t-il dit devant la presse. "J'exprimais simplement mon indignation", "mais cela ne signifie pas que nous ayons un changement de politique fondamental", a-t-il ajouté.

En visite samedi à Varsovie, il s'en était pris violemment au maître du Kremlin, le qualifiant de "boucher" et jugeant qu'il ne pouvait "pas rester au pouvoir" après le début de l'offensive russe en Ukraine.

La Maison Blanche a peu de temps après précisé qu'il n'avait pas appelé à un "changement de régime" en Russie. Le Kremlin a dénoncé lundi les commentaires "alarmants" de Biden.

La guerre en Ukraine pourrait coûter jusqu'à un point et demi de croissance à l'Europe Selon l'OCDE

L'invasion russe de l'Ukraine pourrait coûter "un point à un point et demi" de croissance à l'Europe, en fonction de la durée du conflit, tandis que l'inflation pourrait encore augmenter "de deux points à deux points et demi", a estimé la cheffe économiste de l'OCDE, Laurence Boone, auprès du Journal du dimanche.

Si la Française précise que "le degré d'incertitude est élevé" quant à ces estimations, elle considère qu'il faudra mener "une réflexion en profondeur concernant les sujets fondamentaux, dont la sécurité alimentaire, énergétique et numérique, ainsi que l'organisation des échanges commerciaux".

Neutralité de l'Ukraine sur la table

Sur le front diplomatique, les négociateurs russes sont arrivés lundi à Istanbul pour une nouvelle session de pourparlers avec les Ukrainiens qui devrait débuter mardi.

Une précédente séance de négociations en présentiel avait déjà eu lieu le 10 mars en Turquie, au niveau des ministres des Affaires étrangères, mais n'avait débouché sur aucune avancée.

Les discussions s'étaient ensuite poursuivies en visioconférence pour tenter d'arrêter ce conflit qui a déjà contraint près de 3,9 millions d'Ukrainiens à fuir leur pays selon l'ONU et causé plus de 500 milliards d'euros de pertes économiques à l'Ukraine, selon une estimation de Kiev.

Un des points importants des négociations porte sur "les garanties de sécurité et la neutralité, le statut dénucléarisé de notre Etat", a déclaré dimanche le président Zelensky à des médias russes.

Ce point "est étudié en profondeur", mais il rendra nécessaires un référendum et des garanties de sécurité, a-t-il prévenu, accusant Vladimir Poutine et son entourage de faire "traîner les choses".

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a cependant tempéré les attentes lundi, affirmant que les négociations jusqu'ici n'avaient pas produit d'"avancées significatives". 

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a jugé qu'une rencontre entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, que ce dernier appelle de ses voeux, serait pour l'heure "contre-productive". Il l'a fait dépendre de la satisfaction des exigences de Moscou dans les négociations, dont la "démilitarisation" et la "dénazification" de l'Ukraine.

Londres a mis en garde lundi contre des négociations avec la Russie revenant à "brader" l'Ukraine.

L'ONU va elle chercher à mettre en place un "cessez-le-feu humanitaire" entre la Russie et l'Ukraine.

A la veille des nouveaux pourparlers prévus en Turquie, l'oligarque russe Roman Abramovitch, qui tente de jouer les médiateurs entre Moscou et Kiev pour faire cesser la guerre en Ukraine, ainsi que deux négociateurs ukrainiens ont souffert de symptômes qui font penser à un possible "empoisonnement", a dit à l'AFP une source proche du dossier, confirmant des informations du Wall Street Journal.

En Russie, le journal indépendant Novaïa Gazeta, dont le rédacteur en chef Dmitri Mouratov a reçu en 2021 le Nobel de la Paix, est le dernier en date à avoir annoncé, lundi, suspendre ses publications en ligne et au format papier jusqu'à la fin de l'opération militaire en Ukraine.

M. Lavrov a de son côté annoncé qu'un décret était en préparation pour limiter l'accès au territoire russe aux ressortissants de pays auteurs d'actes "inamicaux" à l'égard de la Russie, visée par une multitude de sanctions depuis le déclenchement de son offensive. 


Amnesty International exhorte la Belgique à mettre fin aux violations des droits des demandeurs d'asile

Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
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  • La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme. Sans intervention urgente, cette crise va s'aggraver
  • L'organisation a interrogé des personnes, dont des Palestiniens, qui naviguent dans le système d'asile du pays.

LONDRES : Amnesty International a condamné jeudi la Belgique pour avoir rejeté les demandes d'asile de milliers de personnes, les "forçant à devenir des sans-abri".

Amnesty a accusé ce pays membre de l'UE de "discrimination à l'encontre des hommes célibataires racialisés", ce qui a eu "un impact sur la vie, la dignité et les droits de l'homme des demandeurs d'asile".

L'organisation a ajouté : "À ce jour, les tribunaux nationaux et internationaux ont ordonné plus de 12 000 fois aux autorités belges d'accueillir des demandeurs d'asile.

"La Belgique a toujours refusé de se conformer pleinement aux jugements, bien que ceux-ci soient définitifs et juridiquement contraignants.

Amnesty a interrogé des personnes qui se sont retrouvées sans domicile fixe alors qu'elles naviguaient dans le système d'asile belge depuis 2021. Nombre d'entre elles ont déclaré qu'en plus de se voir refuser un logement, l'accès aux soins de santé est un problème majeur.

Sayed, qui a voyagé depuis l'Afghanistan, a passé du temps dans un squat à Bruxelles avec d'autres migrants sans-abri d'octobre 2022 à 2023.

"Au début, c'était assez bien, il y avait des toilettes et des douches, et certaines personnes apportaient de la nourriture l'après-midi ", a-t-il expliqué à Amnesty.

"Mais peu à peu, le centre s'est complètement transformé en cimetière. Les douches et les toilettes étaient cassées, avec le temps... L'urine arrivait jusqu'à l'endroit où l'on dormait."

Selon lui, les Belges ordinaires et les organisations caritatives locales ont été accueillants, mais l'État ne l'a pas été. "Les gens ressentaient notre douleur, mais pas les autorités", a-t-il ajouté.

Les réfugiés palestiniens Ahmet et Baraa, qui ont fui la guerre de Gaza l'année dernière, ont également été contraints de vivre dans un squat.

"Il faisait froid... Vous pouvez être affamé et personne ne le saura. Personne ne vous aidera", a déclaré Ahmet. "J'ai perdu beaucoup de parents et d'amis (à Gaza). Ma mère est gravement blessée, ainsi que mes frères et ma sœur. Je me suis mis à leur place : Je dois juste survivre."

Baraa a déclaré qu'il souhaitait simplement "une vie simple, des droits fondamentaux, un travail, de la nourriture dans (mon) estomac et vivre comme une personne normale. Nous avions une vie à Gaza, mais nous n'avions pas la sécurité nécessaire et c'est pour cela que nous sommes partis. C'est pourquoi nous sommes venus ici : pour trouver un endroit sûr".

Amnesty International craint que la Belgique ne continue d'exacerber le problème après que son nouveau gouvernement se soit engagé à adopter "la politique migratoire la plus stricte possible".

Amnesty a exhorté le gouvernement à "fournir immédiatement des places d'accueil en nombre suffisant et à veiller à ce que toutes les personnes demandant l'asile bénéficient d'un logement adéquat".

"Il doit veiller à ce que les personnes aient accès à des services de santé adéquats, y compris à un soutien psychologique spécialisé, quelle que soit leur situation en matière de logement.

L'organisation a également demandé à l'Union européenne de "veiller à ce que la Belgique rétablisse le respect" de ses obligations légales à l'égard des demandeurs d'asile, "notamment en lançant des procédures d'infraction si nécessaire".

Eva Davidova, porte-parole d'Amnesty International Belgique, a déclaré que "l'incapacité du pays à fournir un accueil n'est pas due à un manque de ressources mais à un manque de volonté politique".

Elle a ajouté : "Le gouvernement précédent a eu amplement le temps de résoudre la situation des sans-abri et ne l'a pas fait.

"Le gouvernement actuel se préoccupe davantage de réduire le nombre de personnes qui reçoivent l'asile que de s'attaquer aux préjudices réels infligés aux demandeurs d'asile qui se trouvent actuellement dans le pays.

"L'ampleur et la durée du mépris persistant de la Belgique pour les décisions de justice soulèvent des questions quant à la manière dont les détenteurs de droits peuvent espérer demander des comptes au gouvernement belge, en particulier les personnes marginalisées et racialisées comme celles qui sont affectées par cette situation.

Mme Davidova poursuit : "La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme qui aura un impact négatif durable sur la vie et la dignité des personnes, tandis que la société civile est laissée à elle-même pour ramasser les morceaux.

"Sans une intervention urgente, cette crise s'aggravera, violant davantage les droits des demandeurs d'asile et érodant à la fois les pays et l'engagement de l'UE en faveur des droits de l'homme.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Tarifs douaniers américains: Trump impose des prélèvements de 10% aux pays du CCG

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
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  • Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées
  •  La Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement

RIYAD: Les pays du Conseil de coopération du Golfe seront soumis à des droits de douane américains de 10% dans le cadre de la nouvelle politique commerciale de Donald Trump, qui vise à remédier à ce qu'il appelle des pratiques déloyales de longue date.

Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées: la Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement, suivis par la Libye à 31%, l'Algérie à 30%, la Tunisie à 28% et la Jordanie à 20%.

L'Égypte, le Maroc, le Liban et le Soudan ont reçu la même base de 10% que le CCG, ce qui reflète leurs liens commerciaux relativement stables avec les États-Unis, notamment en ce qui concerne les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques.

Hamza Dweik, responsable du négoce chez Saxo Bank, a déclaré à Arab News: «Les secteurs non énergétiques du CCG les plus vulnérables aux nouveaux droits de douane sont l'électronique, l'automobile, la construction, la vente au détail et les biens de consommation.»

Il a ajouté: «Ces industries dépendent fortement des biens importés, et l'augmentation des coûts due aux droits de douane pourrait entraîner une hausse des prix pour les consommateurs et une baisse de la compétitivité sur le marché.»

M. Dweik a également averti que le secteur des services financiers de la région pourrait être confronté à des défis, car l'incertitude mondiale accrue pourrait perturber les flux d'investissement et avoir un impact sur les marchés financiers régionaux.

Des préoccupations ont été soulevées concernant l'impact potentiel d'un tarif de base sur les chaînes d'approvisionnement du CCG, notamment dans les secteurs des métaux, des produits chimiques et de l'industrie.

Selon M. Dweik, des représailles mondiales ou des retombées commerciales sont possibles et pourraient affecter indirectement les économies du Golfe.

«L'incertitude politique et la possibilité de changements rapides pèsent lourdement sur les marchés mondiaux, y compris ceux du CCG. La région devrait se concentrer sur la diversification des relations commerciales et le renforcement des liens avec les régions non touchées afin d'atténuer les pertes potentielles», a-t-il ajouté.

Le pétrole exempté de droits de douane

La Maison Blanche a confirmé que les importations de pétrole et de gaz seraient exemptées des nouveaux droits de douane, ce qui constitue un soulagement notable pour les exportateurs du Golfe. Cette décision, qui s'applique également aux importations d'énergie en provenance du Canada, du Mexique et de l'Europe, vise à éviter de perturber les marchés américains de l'énergie et de faire grimper les prix des carburants.

Pour le CCG, cette exemption protège le secteur d'exportation le plus important de la région, puisque le pétrole et le gaz représentent plus de 60% des exportations de l'Arabie saoudite vers les États-Unis et restent un pilier essentiel du commerce entre le Golfe et les États-Unis.

Étant donné la dépendance du CCG à l'égard des exportations de pétrole, tout ralentissement économique mondial causé par les tensions commerciales pourrait avoir un impact négatif sur les prix du pétrole, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur leurs économies, a déclaré M. Dweik, avant d'ajouter: «L'exonération permet d'atténuer certains de ces effets, en veillant à ce que la principale source de revenus de ces pays reste relativement stable malgré les perturbations commerciales plus générales.»

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First» visant à protéger les industries nationales et à réduire les déficits commerciaux.

Le président a relancé cette approche avec de nouveaux droits d'importation radicaux, arguant que les pratiques commerciales déloyales ont désavantagé les travailleurs américains pendant des décennies.

Les pays les plus durement touchés par la hausse des droits de douane – notamment la Chine, l'Union européenne, l'Australie et le Japon – ont vivement critiqué cette décision et plusieurs d'entre eux ont déjà imposé des droits de rétorsion sur les produits américains. Ces mesures radicales ont suscité l'inquiétude dans le monde entier, alimentant les craintes d'une montée du protectionnisme, de perturbations de la chaîne d'approvisionnement et du risque d'une guerre commerciale plus large.

Bien que les pays du CCG ne soient pas parmi les plus durement touchés, les analystes ont averti que les exportateurs de la région pourraient encore être confrontés à une augmentation des coûts, à des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et à une augmentation des frictions commerciales, en particulier dans des secteurs tels que l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels.

Risque indirect du CCG lié aux droits de douane américains

Selon une analyse réalisée en février par S&P Global Market Intelligence, des pays comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – qui maintiennent des taux de change fixes par rapport au dollar américain – sont particulièrement vulnérables au resserrement des conditions monétaires, car la Réserve fédérale américaine pourrait maintenir des taux d'intérêt élevés pour contenir les pressions inflationnistes résultant des perturbations commerciales.

Un dollar plus fort pourrait éroder la compétitivité des exportations et affaiblir les balances commerciales de ces économies ancrées. Le rapport met en garde contre le fait que des taux d'intérêt américains durablement élevés puissent également réduire les flux de portefeuille vers la dette des marchés émergents, ce qui pourrait déclencher des sorties de capitaux et des pressions sur les liquidités, en particulier dans les pays surendettés tels que l'Égypte et la Tunisie.

Bien que la situation de l'Égypte se soit améliorée grâce aux investissements du Golfe et à un programme du Fonds monétaire international, un cycle prolongé de resserrement des taux américains pourrait compromettre cette reprise.

En outre, si les prix du pétrole chutent dans un contexte de ralentissement économique mondial, les exportateurs de pétrole du CCG pourraient être contraints de retarder leurs dépenses d'infrastructure, ce qui exercerait une pression sur les programmes de diversification à grande échelle.

Le géant du transport maritime Maersk a mis en garde contre les retombées mondiales des nouveaux tarifs douaniers américains, avertissant que l'escalade des tensions commerciales pourrait perturber les chaînes d'approvisionnement et augmenter les coûts d'expédition dans le monde entier.

Pour la région du CCG, qui dépend fortement du commerce maritime pour ses exportations pétrolières et non pétrolières, ces perturbations représentent un risque important. Si les exportations de pétrole du Golfe vers les États-Unis restent exemptées, des secteurs comme l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels pourraient être indirectement touchés par le ralentissement de la demande mondiale et l'augmentation des coûts de fret.

M. Dweik a fait remarquer que le CCG pourrait bénéficier de l'évolution de la structure du commerce mondial, en particulier si les droits de douane américains restent concentrés sur les concurrents d'autres régions.

Réaction du marché des actions du CCG

Selon les données de Bloomberg, les marchés boursiers régionaux du CCG ont largement baissé à la suite de l'annonce des tarifs douaniers.

Le principal indice d'Arabie saoudite, le Tadawul All-Share Index, a chuté de 72,78 points, soit 0,61%, tandis que le marché parallèle Nomu a baissé de 0,77% à 12h20, heure saoudienne. Les Émirats arabes unis ont connu les plus fortes baisses, l'indice d'Abu Dhabi ayant chuté de 2,86% et l'indice DFM de Dubaï de 2,64%.

L'indice MSX 30 de la Bourse d'Oman a perdu 0,76%, l'indice Bahrain Bourse All Share a chuté de 0,50% et l'indice général de la Bourse d'Amman en Jordanie a baissé de 1,70%.

En revanche, le Qatar a fait figure d'exception, tous les principaux indices affichant une évolution positive. La bourse du Qatar a gagné 0,46%, reflétant probablement la confiance des investisseurs dans le positionnement économique diversifié du pays et une exposition directe moindre aux risques de la politique commerciale américaine.

Alors que les exportations de pétrole de la région restent exemptes des nouveaux tarifs douaniers, le sentiment du marché semble avoir été affaibli par les préoccupations concernant les impacts indirects sur des secteurs clés tels que les métaux, l'industrie manufacturière et les biens industriels. Cette réaction souligne la sensibilité croissante des investisseurs à l'escalade des tensions commerciales mondiales et à leurs retombées potentielles sur les économies régionales.

Mesures prises par le CCG pour atténuer les risques liés aux droits de douane américains

Bien que les derniers droits de douane américains visent principalement la Chine, le Mexique et le Canada, les exportateurs du CCG ne peuvent pas se permettre de rester passifs. Les États-Unis ayant explicitement lié leur politique commerciale à la sécurité nationale et revu tous les accords commerciaux mondiaux dans le cadre d'un «plan équitable et réciproque», les entreprises basées dans le Golfe sont de plus en plus exposées.

Selon le rapport de mars de PwC sur le commerce, les droits de douane récemment annoncés sur l'aluminium et l'acier s'appliqueront à tous les pays, y compris les Émirats arabes unis, Bahreïn et Oman, et primeront sur les accords de libre-échange existants. Le rapport prévient également que les réductions de droits de douane ne s'appliqueront plus à ces produits, ce qui augmentera les coûts pour les exportateurs du CCG et affectera la compétitivité sur le marché américain.

PwC recommande aux entreprises du CCG d'évaluer d'urgence leur exposition en modélisant l'impact des coûts, en réexaminant les classifications commerciales et en exploitant des outils tels que les zones de libre-échange et les stratégies d'optimisation douanière.

Les entreprises devraient également renforcer la conformité commerciale, investir dans des solutions numériques pour la chaîne d'approvisionnement et explorer la diversification des marchés pour réduire la dépendance à l'égard des États-Unis.

Alors que l'environnement commercial mondial évolue vers des politiques plus protectionnistes, le rapport conclut qu'une approche «attentiste» n'est plus viable pour la région.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'émissaire spécial de Poutine se rend à Washington pour améliorer les relations bilatérales

Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
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  • Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
  • Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement n'est pas un processus facile ».

WASHINGTON : L'émissaire économique spécial du président russe Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, a annoncé qu'il tiendrait jeudi « des réunions » à Washington avec des représentants de l'administration Trump, alors que les États-Unis et la Russie sont en plein rapprochement.

Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, alors que le président américain Donald Trump affirme vouloir trouver une issue en négociant avec Moscou.

Elle survient au lendemain de l'annonce par M. Trump de droits de douane significatifs visant de nombreux pays, mais pas la Russie, déjà soumise à des sanctions américaines en raison de la guerre et qui n'est officiellement plus un partenaire commercial important selon Washington.

« Les 2 et 3 avril (...), je dois tenir des réunions à Washington avec des représentants de l'administration du président Donald Trump », a annoncé Kirill Dmitriev sur Telegram. 

Des médias américains ont annoncé son arrivée sur le sol américain dès mercredi, mais la Maison Blanche n'a pas confirmé sa venue à ce stade. Il n'a pas été précisé s'il s'était déjà entretenu avec des représentants américains.

Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a refusé de donner « des détails » de ce déplacement organisé « sur instruction du président » Vladimir Poutine. Le patron du puissant Fonds souverain russe, M. Dmitriev, ne s'exprime pas sur les discussions en cours concernant l'Ukraine.

Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement (...) n'est pas un processus facile ». « Mais chaque réunion, chaque conversation franche, nous permet d'avancer », a-t-il assuré.

De son côté, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a qualifié de « dynamique » le dialogue avec les États-Unis « sur les irritants » qui dure depuis plusieurs semaines, évoquant « quelques progrès » mais « pas de percées » à ce stade. 

- Trump « furieux » -

Les sanctions américaines visant l'économie russe et les perspectives de coopération économique devraient ainsi figurer au programme des discussions.

Le 13 mars dernier, c'était Steve Witkoff qui s'était déplacé en personne à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine au Kremlin. Sa visite n'avait toutefois pas permis d'aboutir à une trêve sans conditions des combats en Ukraine, comme le proposait Donald Trump et comme le validait le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Depuis, le locataire de la Maison Blanche s'est dit « très énervé, furieux » contre son homologue russe, après que Vladimir Poutine eut évoqué l'idée d'une « administration transitoire » en Ukraine, sans M. Zelensky, dans le cadre du processus de paix. 

Dans la foulée, il a menacé la Russie de sanctions secondaires visant son pétrole si Moscou et Washington ne parvenaient pas à un accord rapide sur la question ukrainienne. 

Kirill Dmitriev est, lui, personnellement sous sanctions américaines depuis 2022 et a dû obtenir une suspension temporaire de ces restrictions pour obtenir un visa et se rendre aux États-Unis.

Il figurait parmi les négociateurs russes lors des pourparlers russo-américains qui se sont tenus le 18 février en Arabie saoudite, première rencontre de ce genre entre Russes et Américains, quelques jours après le premier appel officiel entre Vladimir Poutine et Donald Trump depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche en janvier.

Fin février, une autre réunion russo-américaine a eu lieu à Istanbul concernant le travail des ambassades, après de multiples expulsions de diplomates des deux côtés depuis plusieurs années.

Né à Kiev sous l'URSS, Kirill Dmitriev connaît très bien les États-Unis où il a fait carrière. Il a travaillé auparavant pour la banque Goldman Sachs à New York, ainsi qu'au sein du cabinet de conseil McKinsey. Il est diplômé de l'université de Stanford et de la prestigieuse Harvard Business School.

Dans les années 2000, il a dirigé une division du fonds d'investissement USA-Russie, mis en place en 1995 par le président américain Bill Clinton pour dynamiser l'économie russe, alors en proie à des difficultés.