De pire en pire : les conclusions du rapport climat de l'ONU

Une tentative d'extinction des feux de forêt dus au changement climatique sur l'île d'Evia (Eubée), la deuxième plus grande île de Grèce. (AFP).
Une tentative d'extinction des feux de forêt dus au changement climatique sur l'île d'Evia (Eubée), la deuxième plus grande île de Grèce. (AFP).
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Publié le Lundi 28 février 2022

De pire en pire : les conclusions du rapport climat de l'ONU

  • Le rapport des experts climat de l'ONU (Giec) dresse un tableau sans fin des souffrances endurées par l'humanité frappée par les impacts du réchauffement de la planète
  • Les conséquences dévastatrices du changement climatique sont devenues une réalité maintenant aux quatre coins de la planète

PARIS: Le rapport des experts climat de l'ONU (Giec) publié lundi dresse un tableau sans fin des souffrances endurées par l'humanité frappée par les impacts du réchauffement de la planète auxquels elle n'est pas suffisamment préparée.

Voici les principaux éléments de la première évaluation par le Giec des impacts et de l'adaptation au changement climatique depuis sept ans.

Ici et maintenant

Les conséquences dévastatrices du changement climatique, longtemps vu comme un point à l'horizon, sont devenues une réalité maintenant aux quatre coins de la planète, avec 3,3 à 3,6 milliards de personnes d'ores et déjà "très vulnérables", soit près de la moitié de l'humanité.

Le réchauffement d'environ +1,1°C en moyenne depuis l'ère préindustrielle a déjà contribué au déclin des espèces et à l'extinction de certaines, à l'augmentation des maladies transmises par les moustiques, à plus de morts causées par la chaleur et la sécheresse, à une perte de récoltes agricoles et de la pêche. 

La santé des populations, physique et mentale, est également touchée.

"L'augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a conduit à des impacts irréversibles" sur les sociétés humaines et la nature, conclut le Giec.

Mais ce n'est que le début et les impacts sur la nature et l'Homme vont s'accroître: extinction possible de 3 à 14% des espèces terrestres à +1,5°C, des "milliards" de personnes supplémentaires exposés à la dengue, ou de manière générale, une "augmentation sensible des maladies et des morts prématurées".

Les migrations climatiques à l'épreuve d'un monde qui se «claquemure»

PARIS: Le changement climatique va redessiner la carte des zones habitables de la planète, mais les Etats, plutôt d'humeur à "se claquemurer", ne sont "pas prêts" à réfléchir à une redistribution de la population mondiale qu'il faudrait pourtant "planifier", assure à l'AFP l'expert des migrations François Gemenne. 

Evacuation brutale ou transfert anticipé, migration choisie ou forcée... Les déplacements des populations victimes des impacts du réchauffement de la planète, des sécheresses à répétition aux cyclones en passant par l'élévation à long terme du niveau de la mer, sont multiformes et soulèvent d'innombrables questions. Mais une chose est sure, ils vont augmenter, selon le rapport des experts climat de l'ONU (Giec) publié lundi.

"Nous sommes à l'aube d'un changement environnemental majeur qui va forcément redistribuer la population à l'échelle de la planète", explique François Gemenne, un des auteurs principaux du rapport.

Mais "très clairement, vu l'état actuel du débat politique, nous ne sommes pas du tout prêts à nous poser ce type de questions", poursuit-il, pointant du doigt la tendance à "se claquemurer chez soi, à fermer les frontières, à dresser des murs et des barbelés".

Dans ce contexte, il s'inquiète de la tentation de certains d'"agiter le spectre d'une nouvelle crise migratoire pour convaincre les gouvernements de réduire les émissions de gaz à effet de serre".

"Même si on le fait avec les meilleures intentions du monde, on risque de renforcer un discours xénophobe".

D'ores et déjà, l'enjeu n'est pas seulement futur: les "migrants climatiques" sont déjà une réalité, même s'ils ne sont pas reconnus comme tels.

"En 2020, 30 millions de personnes environ ont été déplacées par des événements climatiques extrêmes, trois fois plus que celles déplacées par des violences ou des conflits", assure l'expert. Des déplacements principalement internes ou dans un pays voisin, le plus souvent dans les pays du Sud. 

Quant aux migrants dits économiques, beaucoup d'entre eux sont en réalité poussés sur les routes par des facteurs climatiques, insiste François Gemenne, évoquant l'"exode rural massif" de familles africaines dépendant d'une agriculture de subsistance frappée par le dérèglement climatique.

Plus de 200 millions à risque

Et donc combien de personnes quitteront les zones inhabitables, sur quelle durée, dans quelles régions ? 

"Selon les projections de la Banque mondiale, aujourd'hui les plus fiables, dans un scénario optimiste on aurait jusqu'à 216 millions de personnes" vivant dans des zones à risque en 2050 et susceptibles d'être déplacées à l'intérieur de leur pays.

Les prévisions sont encore plus dramatiques et inédites pour des petits Etats insulaires qui pourraient complètement disparaître de la carte, comme Tuvalu ou les Iles Marshall.

Et perdre ainsi leur siège à l'ONU ? Transformer des citoyens en apatrides ? A moins de déplacer un Etat souverain sur un territoire cédé par un autre pays, ou de reconnaître un Etat "virtuel" ?

"Le changement climatique fait vaciller les fondations traditionnelles des relations internationales", souligne François Gemenne.

Avis de submersion

Quel que soit le rythme des émissions de gaz à effet de serre, un milliard de personnes pourraient vivre d'ici à 2050 dans des zones côtières à risque, alors que la hausse du niveau de la mer renforce l'impact des tempêtes et des submersions marines.

La population exposée au risque d'inondations marines va doubler si l'océan s'élève de 75 cm, un chiffre largement compatible avec les projections pour 2100. Aujourd'hui, environ 900 millions de personnes vivent à moins de 10 m au-dessus du niveau la mer.

D'ici à 2100, la valeur des infrastructures et autres actifs installés dans ces zones sujettes à des inondations exceptionnelles ("une tous les 100 ans") sera d'environ 10.000 milliards de dollars dans un scénario modéré d'émissions.

Dépasser temporairement +1,5°C

Le premier volet du rapport du Giec sur la physique du climat en août avait estimé qu'il serait possible, en cas de dépassement probable de +1,5°C, objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, de revenir ensuite sous ce seuil d'ici à la fin du siècle. 

Mais ce dépassement même temporaire, que les climatologues appellent "overshoot", n'irait pas sans répercussions.

Tout dépassement de +1,5° "entraînerait des impacts irréversibles" sur des écosystèmes capitaux comme les récifs coralliens, les glaciers de montagne et les calottes glaciaires.

"Le risque d'impacts graves augmente avec chaque fraction supplémentaire de réchauffement", dépassement temporaire ou pas, selon le rapport. 

Les souffrances sans précédent de l'humanité face au réchauffement

PARIS: La moitié de la population mondiale est d'ores et déjà "très vulnérable" aux impacts cruels et croissants du changement climatique, et l'inaction "criminelle" des dirigeants risque de réduire les faibles chances d'un "avenir vivable" sur la planète, s'alarme l'ONU.

"J’ai vu de nombreux rapports scientifiques dans ma vie, mais rien de comparable à celui-ci", a réagi le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, décrivant "un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques".

Face à ce tableau dramatique, il n'est pas question que ce rapport soit éclipsé par l'invasion russe en Ukraine, plaide Hans-Otto Pörtner, co-président du groupe du Giec ayant préparé ce rapport. Le réchauffement "nous hante. L'ignorer n'est pas une option", a-t-il déclaré à l'AFP.

Question de survie

Le rapport prédit également la disparition de 3 à 14% des espèces terrestres même à +1,5°C, et qu'à l'horizon 2050, environ un milliard de personnes vivront dans des zones côtières à risque, situées dans de grandes villes côtières ou de petites îles.

Alors "l'adaptation est cruciale pour notre survie", a réagi dans un communiqué le Premier ministre d'Antigua et Barbuda Gaston Browne qui préside l'Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS), appelant les pays développés à respecter leur engagement d'augmenter l'aide climatique aux pays pauvres, en particulier pour leur permettre de se préparer aux catastrophes qui s'annoncent.

Flotter ou se noyer

A cet égard, le rapport constate que malgré quelques progrès, les efforts d'adaptation sont pour la majorité "fragmentés, à petite échelle" et que sans changement de stratégie, cet écart entre les besoins et ce qu'il faudrait risque de s'accentuer.

Mais à un certain point, s'adapter n'est plus possible. Certains écosystèmes sont déjà poussés "au delà de leur capacité à s'adapter" et d'autres les rejoindront si le réchauffement se poursuit, prévient le Giec, soulignant ainsi qu'adaptation et réduction des émissions de CO2 doivent aller de pair.

Le Pacte de Glasgow adopté lors de la conférence climat de l'ONU COP26 fin 2021 appelle pourtant les Etats à renforcer leur ambition et leur action climatiques d'ici la COP27 en Egypte en novembre, dans l'espoir de ne pas dépasser ce seuil. 

"N'oublions pas une chose: nous sommes dans le même canoé", a commenté l'ancien Premier ministre de Tuvalu Enele Sopoaga. "Soit nous lui permettons de flotter, soit nous le laissons couler et nous nous noyons tous".

S'adapter ou mourir

Le précédent rapport de 2007 ne s'étendait pas sur la question de l'adaptation, c'est-à-dire les mesures prises pour limiter ou se préparer aux impacts du réchauffement. Cette question est désormais centrale.

De manière générale, le Giec met en garde contre le fait que le monde n'est pas prêt, le réchauffement va plus vite que les mesures pour s'adapter aux conséquences. En outre, "au rythme actuel de planification et de mise en place de l'adaptation, l'écart entre les besoins et ce qui est fait va continuer à grandir".

Redécouverte de variétés anciennes de cultures agricoles plus résistantes, restauration des mangroves ou construction de digues, plantation d'arbres dans les villes pour créer des couloirs rafraîchis ou climatisation: l'exploration des possibles est urgente. Mais sans garantie de résultat.

«Mal-adaptation»

Le Giec met ainsi en garde contre les dangers de mesures qui peuvent être totalement contreproductives, alors que le monde n'a plus aucune marge d'erreur.

"Il y a des preuves de plus en plus nombreuses de mal-adaptation dans de nombreux secteurs et régions".

Par exemple, construire une digue pour protéger des submersions marines alimentées par la montée du niveau de la mer peut conduire à développer la zone en question pourtant la plus à risque, créant un sentiment erroné de sécurité.

Climat: l'«abdication» des dirigeants mondiaux est «criminelle», dénonce Guterres

PARIS: Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a dénoncé lundi l'"abdication criminelle" des dirigeants mondiaux dans la lutte contre le réchauffement, en réponse à un rapport scientifique décrivant la "souffrance" de l'humanité frappée par les catastrophes climatiques.

Ce rapport des experts climat de l'ONU (Giec) publié lundi "est un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques", a déclaré M. Guterres, pointant du doigt en particulier les grands pays émetteurs.

"Les coupables sont les plus grands pollueurs du monde, qui mettent le feu à la seule maison que nous ayons".

"Le rapport d’aujourd’hui met en évidence deux vérités fondamentales. La première est que le charbon et les autres combustibles fossiles étouffent l’humanité", a-t-il insisté.

"La deuxième vérité, un peu plus positive, est que l'investissement dans l’adaptation aux changements climatiques marche. L’adaptation sauve des vies".

"Perdre du temps, c'est périr", a encore souligné le secrétaire général de l'ONU.

Cascade et points de basculement

Le rapport met en lumière certaines modifications irréversibles et potentiellement catastrophiques du système climatiques, appelées "points de basculement", qui peuvent être déclenchés à certains niveaux de réchauffement.

Cela concerne en particulier la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'ouest de l’Antarctique qui contiennent suffisamment d'eau glacée pour faire monter les océans de 13 m. 

A plus court terme, certaines régions -- nord-est du Brésil, Asie du Sud-Est, Méditerranée, centre de la Chine -- et les côtes presque partout pourraient être frappées par de multiples catastrophes en même temps: sécheresse, canicule, cyclone, incendies, inondations.

La science commence tout juste à se pencher sur les impacts de ces impacts en cascade.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
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  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.