Une centaine de pays à la recherche d'un accord mondial sur le plastique

Des ouvrier lavent des tongs usagées et usées à l'atelier Ocean Sole Africa, à Nairobi, le 9 février 2022. (Photo, AFP)
Des ouvrier lavent des tongs usagées et usées à l'atelier Ocean Sole Africa, à Nairobi, le 9 février 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 26 février 2022

Une centaine de pays à la recherche d'un accord mondial sur le plastique

  • Des emballages aux vêtements, au matériel de construction en passant par le médical, le plastique est partout et sa production a atteint 460 millions de tonnes en 2019
  • L'assemblée des Nations unies pour l'environnement, qui se tient pendant trois jours dans la capitale kényane, devrait donc lancer des pourparlers formels sur un traité visant à réglementer le secteur

NAIROBI, Kenya : Plus d'une centaine de pays se retrouvent à partir de lundi à Nairobi pour ouvrir la voie à un traité international "historique" sur le plastique, dont des centaines de millions de tonnes finissent chaque année en déchets.

Des emballages aux vêtements, au matériel de construction en passant par le médical, le plastique est partout et sa production a atteint 460 millions de tonnes en 2019. Mais moins de 10% sont recyclés et les déchets de toutes tailles ont été retrouvés au fond des océans, dans la banquise, l'estomac des oiseaux et même dans l'air ambiant au sommet de montagnes. Sans parler des décharges sauvages.

L'assemblée des Nations unies pour l'environnement, qui se tient pendant trois jours dans la capitale kényane, devrait donc lancer des pourparlers formels sur un traité visant à réglementer le secteur, en créant un Comité intergouvernemental de négociation. Le processus pour aboutir à un texte devrait prendre au moins deux ans.

"C'est un moment pour les livres d'Histoire", s'enthousiasme Inger Andersen, directrice exécutive de l'Unep, l'agence spécialisée de l'ONU pour l'environnement. Un tel traité représenterait selon elle "la plus grande avancée multilatérale en matière d'environnement depuis l'accord de Paris" sur la lutte contre le changement climatique en 2015.

Reste à définir exactement les contours d'une future négociation et les thèmes à aborder.

Le recyclage uniquement, ou l'entièreté du "cycle du vie" du plastique? Limitation de certains produits, à l'image des pays de plus en plus nombreux à interdire les plastiques à usage unique? Voire limitations de production?

Plusieurs textes ont été déposés, parfois restreints à la pollution plastique marine dont les diplomates ont tenté en amont de la conférence de tirer une synthèse. Celle-ci sera discutée pendant l'assemblée, dans l'espoir d'arriver à une feuille de route commune pour les négociations, dont le lancement devra être décidé par consensus.

«Sans fin»

Pour Mme Andersen en tout cas, il ne fait pas de doute qu'il faut en partie "fermer le robinet" du plastique et "qu'on "ne pourra pas se sortir de cette situation juste par le recyclage". "Si on continue à polluer ici et nettoyer là, c'est sans fin".

Et très coûteux, ajoutent de nombreuses ONG environnementales, qui estiment par exemple qu'une bonne vingtaine de tonnes de plastiques se retrouvent chaque année dans les eaux de la planète, dont une bonne partie finissent ensuite dans les océans.

De nombreux pays se sont prononcés en faveur d'un cadre international, dont certain très gros utilisateurs ou producteurs, comme la Chine ou les Etats-Unis. Mais souvent sans s'engager sur des mesures précises. L'OCDE a appelé à une réponse "mondiale et coordonnée" face au problème, alors que la production de plastique pourrait encore doubler d'ici 2040 selon les estimations.

De grosses multinationales très consommatrices d'emballages se sont également prononcées pour l'élaboration d'un cadre international, Coca-Cola ou Unilever par exemple.

Plastique: Cinq choses à savoir sur le recyclage

Moins de 10% des déchets plastiques sur la planète sont recyclés, selon l'OCDE. Voici cinq choses à savoir sur les techniques de recyclage et leurs évolutions.

Recyclage mécanique

- Trier, broyer, chauffer, sont les trois étapes du recyclage mécanique, la technique utilisée dans 99% des cas dans le monde, selon l'institut de recherche IFP Energies nouvelles.

Après avoir été collectés et triés par famille de polymères avec des trieurs optiques ou des systèmes de flottaison, les plastiques sont lavés et broyés en granulés. Et ensuite fondus et réutilisés.

Cette technique ne débarrasse pas le plastique de ses additifs (couleurs..) Le plastique d'emballage alimentaire ne peut ainsi pas revenir à une qualité lui permettant un contact alimentaire. Les utilisateurs sont conduits à faire des produits de moindre qualité, comme des sacs poubelles. La boucle du recyclage n'est pas bouclée.

Du coup, les fabricants préfèrent utiliser du plastique neuf, bon marché plutôt que du recyclé. Et une grande partie des déchets des pays développés est expédiée à l'étranger, dénoncent les ONG.

Sous la pression sociétale, les procédés s'améliorent, notamment pour le PET: grâce à la poly-condensation, les molécules dégradées sont rétablies, et les impuretées évacuées, par chauffage et sous pression. On trouve depuis quelques mois en Europe des bouteilles d'eau en plastique recyclé.

Un plastique, une usine

Chaque molécule nécessite pratiquement un type d'usine et des équipements adaptés.

Or, il existe des dizaines de types de polymères: le plus répandu, le polyethylène (PE) sert pour les flacons de shampoing et les films plastique entourant un pack de bouteilles d'eau, qui, elles, sont en polyethylene terephtalate (PET), indique à l'AFP Marc Madec, expert en développement durable pour l'association des plasturgistes français Polyvia. Quant à leurs bouchons, ils sont en polypropylène (PP)!

Le polychlorure de vinyle (PVC) sert dans la construction pour des revêtements de sol ou des fenêtres.

Le polystyrène (PS) produit des pots de yaourt et, dans sa forme expansée, des barquettes, alors que le polyamide (PA) se réserve pour le textile et l'automobile. Le polyuréthane (PU ou PUR) vise mousses et isolants.

D'où l'intérêt d'investir en amont dans des équipements de tri de qualité pour séparer correctement les plastiques, comme le fait le Japon. Cela permet de limiter les pertes dans la nature, salue le WWF en déplorant toutefois que ce pays fasse plus d'incinération que de recyclage.

Depuis que la Chine a fermé ses portes aux déchets occidentaux fin 2018, quelques 70 gros "plastiqueurs" (Dow, Exxon, Henkel, TotalEnergies, Mitsui Chemicals..), réunis dans le collectif "Endplasticwaste", soutiennent des projets de collecte et de tri en Inde et en Thaïlande notamment, et de recyclage.

L'Europe, meilleure élève, mais peut mieux faire

Face à un taux de recyclage mondial de 9% des déchets plastiques, souvent par manque d'infrastructure de collecte et de tri, "un peu plus d'un tiers (34,6%)" des plastiques collectés en Europe ont été envoyés au recyclage en 2020, selon l'OCDE.

Les pays du nord -Allemagne, Suède, Norvège- sont en avance, autour de 40%. La France est à 24%, indique l'OCDE. L'annuaire spécialisé ENF recense 161 usines en Allemagne, 173 en Pologne, 132 en Italie, 89 en Espagne, et seulement 46 en France.

Mais selon l'Office européen des brevets (OEB), l'Europe et les Etats-Unis concentrent à eux deux 60% des brevets mondiaux sur le recyclage du plastique ou les bioplastiques. "Même en Europe, il y a encore une énorme marche à monter, il faudrait au moins arriver à 50-60%", estime M. Madec.

Le recyclage chimique, désirable ou pire ?

Le recyclage chimique permet de "dépolymériser" le plastique, en revenant aux molécules de base (monomères), voire de remonter plus loin en refabriquant du "naphta", composé huileux dérivé du pétrole et précurseur du plastique.

"C'est comme si en ajoutant un solvant à un gâteau, on revenait aux oeufs, farine, et beurre" explique M. Madec. "Avec les éléments de base, on refabrique du plastique de même qualité que le plastique vierge issu du pétrole".

Son avantage est de boucler la boucle du recyclage pour toutes les molécules, PET, PE, PS, PP etc..

Ses inconvénients sont d'énormes coûts d'investissement, notamment pour la collecte et le tri séparé de pièces fragiles comme les pots de yaourt. Or, le recyclage ne se fait que s'il est rentable.

Par ailleurs, il nécessite énormément d'énergie, et de nombreuses incertitudes demeurent sur ses émissions de gaz à effet de serre et de sous-produits toxiques, souligne la Fondation Heinrich Böll et d'autres experts.

Beaucoup s'inquiètent déjà d'un résultat possiblement édulcoré, à l'image de l'Ong WWF, qui réclame d'ouvrir la voie à un texte "contraignant, ambitieux (qui) oblige les États à respecter une norme d'action commune" et impose des limites de production et d'usage.

"Je pense que le monde est prêt à un changement dans notre rapport au plastique," souligne Marco Lambertini, directeur général de l'ONG internationale, qui a d'ailleurs publié juste avant la conférence les résultats d'une enquête menée dans 28 pays sur tous les continents, montrant que près de neuf personnes sur dix jugent importante la conclusion d'un tel traité.

"Il ne faut pas juste un traité que les gens puissent signer (...), mais qui n'ait pas de dents", abonde Erastus Ooko de Greenpeace Afrique.

L'assemblée, annulée l'an dernier à cause de la pandémie, se déroulera en présentiel et pour partie en format virtuel. Les délégués se pencheront aussi notamment sur les "actions pour la nature" destinées à protéger la biodiversité et à lutter contre le changement climatique.

Crise du plastique: où en est la production sur la planète ?

Toujours plus de plastique: La production mondiale ne semble pas prête de ralentir et la pollution ne cesse de croître sur la planète, même si des solutions émergent pour tenter de contenir son empreinte sur l'environnement.

Combien produit-on du plastique dans le monde ?

La production mondiale de plastique a doublé entre 2000 et 2019, à 460 millions de tonnes contre 234, selon l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE).

Dans le même temps, la production de déchets plastiques a, elle, plus que doublé, à 353 Mt en 2019.

Sur la seule année 2019, 22 millions de tonnes de plastique ont été rejetées dans l'environnement, dont 6 Mt dans les cours d'eau, lacs et océans, selon l'OCDE. Les plastiques représentent "au moins 85% du total des déchets marins", indique l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement.

Pour l'OCDE, c'est comme si le monde produisait chaque année en poids de plastique l'équivalent de 45 500 tours Eiffel, et 35 000 tours Eiffel en déchets de plastique.

En 2020, avec la pandémie, la production mondiale a légèrement fléchi (-0,5%), pour la troisième fois seulement de l'histoire industrielle moderne selon Plastics Europ, qui regroupe les principaux industriels en Europe.

Cela n'était arrivé qu'à deux occasions: en 1973 avec le premier choc pétrolier et lors de la crise financière de 2008.

Où le plastique est-il produit ?

En 2020, plus de la moitié des matières plastiques venaient d'Asie.

La production de la Chine représente à elle seule près du tiers du bilan mondial (32%). Sur la décennie 2010-2020, elle a fait un bond de 82%, de 64 Mt à 117 Mt, alors que la croissance mondiale était de l'ordre de 30%, indique un rapport de Plastics Europe.

L'Europe, elle, a produit 55 Mt de plastique en 2020, en baisse de 5% par rapport à 2019.

La croissance s'est faite essentiellement aux Etats-Unis, au Moyen-Orient, "parce que les matières premières y sont beaucoup moins chères, ou en Chine, parce que la croissance de la demande est beaucoup plus forte", souligne Jean-Yves Daclin, directeur général pour la France de Plastics Europe.

Comment va évoluer la production ?

Selon des estimations citées en septembre 2021 dans un rapport du WWF, la production de plastique dans le monde devrait doubler d'ici 2040 et "accélérer la crise climatique". L'Institut de recherches IFP Energies Nouvelles (IFPEN) évoque pour sa part des "prévisions inquiétantes", d'un milliard de tonnes par an aux alentours de 2050.

Des chiffres auxquels ne souscrivent pas les industriels.

"Compte tenu des politiques décidées partout dans le monde pour limiter l'utilisation des emballages en plastique à usage unique, il est probable que cette croissance diminue et que la production de plastiques ne double pas à nouveau d'ici 2040", souligne M. Daclin.

Principale voie envisagée pour contenir la progression: le recyclage.

Mais si l'Europe se distingue en recyclant plus du tiers de ses déchets plastiques (34,6%), au niveau mondial, seulement 33 millions de tonnes, soit 9% des déchets plastiques, ont été recyclés en 2019, selon l'OCDE.

Plus que le recyclage, qui n'est pas la panacée, les ONG comme Zero Waste plaident pour une réduction des usages pour baisser la production mondiale. Dans cette optique, elles souhaitent un développement du vrac, de la consigne, et de l'éco-conception "pour une plus grande durée de vie des produits", explique Juliette Franquet, une responsable de l'ONG.

En concevant dès le départ des produits pour la réutilisation et le recyclage, en éliminant les additifs dangereux, on pourrait réduire "de plus de 80% d'ici 2040" le volume de plastiques qui pénètrent dans les océans, et "de 55%" la production de plastique vierge, estimait la directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) Inger Andersen dans une tribune du Times le 9 février.

Des plastiques sans pétrole ?

La production de plastiques biosourcés, vantée par certains pour diminuer l'utilisation de pétrole, ne représente qu'une part infime de l'industrie. Produits à partir de sucre, amidon, maïs ou blé, ils pèsent moins de 1% de la production mondiale.

Parmi les principales limites à leur développement, l'utilisation de terres agricoles et de ressources en eau. La fondation Heinrich Böll estime par ailleurs dans son "Atlas du plastique" qu'ils ne sont pour la plupart ni complétement biodégradables ni compostables, et ne "font en réalité que contourner le problème".

D'où le développement de plastiques biosourcés de deuxième et troisième générations, à partir de déchets végétaux ou d'algues.

En France, la start-up Eranova a inauguré le 18 février un démonstrateur à côté de Marseille pour transformer des algues d'échouage de l'étang de Berre, en granulés bioplastiques.

Autre technique prometteuse, fabriquer du plastique à partir du CO2 rejeté par l'industrie dans l'atmosphère. Des usines commencent à pousser, comme en Autriche, où le groupe Covestro fabrique du polyuréthane.


Trump dit que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin

Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé sa frustration face au manque de soutien des alliés occidentaux et à leur réticence à engager des forces pour aider à rouvrir le détroit d’Ormuz dans le contexte de sa guerre avec l’Iran. (Reuters)
Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé sa frustration face au manque de soutien des alliés occidentaux et à leur réticence à engager des forces pour aider à rouvrir le détroit d’Ormuz dans le contexte de sa guerre avec l’Iran. (Reuters)
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  • Donald Trump menace que les États-Unis pourraient ne pas soutenir l’OTAN en cas de besoin, critiquant l’Alliance pour ne pas avoir répondu aux demandes américaines pour sécuriser le détroit d’Ormuz
  • Il dénonce le coût élevé de l’OTAN pour les États-Unis et loue l’avancée de l’opération militaire américaine contre l’Iran, alors que le trafic dans le détroit reste fortement perturbé

MIAMI: Donald Trump a déclaré vendredi que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin, réitérant ses critiques contre l'Alliance atlantique, lors d'un forum d'affaires à Miami.

"Ils n'étaient tout simplement pas là", a déclaré le président américain, se référant à la demande de Washington - restée lettre morte - de soutien militaire de ses alliés pour sécuriser le détroit d'Ormuz.

"Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'Otan, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être, n'est-ce pas ?", a-t-il dit.

Ces dernières semaines, le président américain a multiplié les prises de parole belliqueuses envers l'Otan, la qualifiant notamment sur son réseau Truth Social de "TIGRE DE PAPIER" et de "LACHES". Les Etats-Unis "s'en souviendront", avait-il déjà déclaré jeudi en Conseil des ministres.

Le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon s'étaient dit prêts, dans un communiqué conjoint le 19 mars, "à contribuer aux efforts appropriés visant à garantir la sécurité de la traversée du détroit", où transite en temps normal un cinquième de la production de pétrole mondiale. Ils avaient cependant exclu toute participation militaire directe.

Le trafic dans ce passage étroit est pratiquement paralysé, entraînant une flambée des prix de l’énergie.

Lors de sa prise de parole à Miami, devant des chefs d'entreprise et des investisseurs réunis pour le sommet du "FII Priority", Donald Trump a une nouvelle fois assuré que l'opération militaire contre l'Iran, qui va entrer dans sa cinquième semaine, se passait pour le mieux.


La guerre au Moyen-Orient entre dans son deuxième mois, Washington espère la finir sous deux semaines

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio en route vers la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris vendredi. (Reuters)
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio en route vers la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris vendredi. (Reuters)
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  • Le conflit entre Israël et l’Iran s’intensifie et s’étend régionalement (Yémen, Liban, Golfe), avec des frappes continues, des victimes civiles croissantes et des risques majeurs (notamment nucléaire et énergétique)
  • Les États-Unis visent une issue rapide sans troupes au sol, tandis que les tensions font grimper les prix du pétrole et aggravent l’instabilité humanitaire et économique mondiale

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient entre samedi dans son deuxième mois sans donner le moindre signe d'apaisement, Israël et l'Iran continuant à se bombarder mutuellement et les Etats-Unis assurant que leurs objectifs seront atteints d'ici deux semaines.

Dans une nouvelle extension d'un conflit qui a fait flamber les prix de l'énergie dans le monde entier, Israël a annoncé avoir été visé pour la première fois depuis le début de la guerre par un missile tiré depuis le Yémen, où les rebelles Houthis soutenus par Téhéran avaient peu de temps plus tôt menacé de se joindre au conflit.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP a entendu une dizaine de violentes explosions samedi à l'aube et vu des panaches de fumée noire s'élever depuis l'est de la capitale. Peu de temps plus tard, comme lors des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé être en train de "frapper des cibles du régime" dans la ville.

La centrale nucléaire de Bouchehr, dans le sud de l'Iran, a été frappée pour la troisième fois en dix jours, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) citant des responsables iraniens. Même si aucun dégât sur le réacteur actif et aucune fuite radioactive n'ont été signalés, le directeur de l'AIEA Rafael Grossi a de nouveau appelé "à une retenue militaire maximale pour prévenir le risque d'un accident nucléaire".

En Israël, au moins une personne a été tuée et deux autres blessées à Tel-Aviv, selon les services de secours, peu après une alerte de l'armée faisant état de tirs de missiles depuis l'Iran. Deux autres personnes ont été blessées par du shrapnel dans le sud du pays.

Le chef du commandement intérieur de l'armée israélienne, Miki David, a déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux qu'un missile à sous-munitions avait provoqué des "destructions considérables" dans un immeuble résidentiel.

"L'appartement a été touché par une bombe à sous-munitions (...) qui a traversé le toit, a traversé un étage, puis a explosé au deuxième étage", a-t-il expliqué.

Les armes à sous-munitions sont conçues pour libérer sur une zone des dizaines de petites charges explosives. Outre le fait qu'elles ont un périmètre d'effet étendu, une partie de ces charges n'explose pas lors de l'impact et fait donc souvent des victimes dans la durée parmi la population civile. Ce type d'armes est interdit par une convention de 2008, signée par plus d'une centaine de pays dont ni l'Iran ni Israël ne font partie.

La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran. Depuis, le conflit touche durement les populations civiles dans la région et entraîne des perturbations sur la distribution de gaz et de pétrole qui bouleversent l'économie mondiale. Des pays du monde entier ont annoncé ces derniers jours des mesures pour répondre à la flambée des prix de l'énergie provoquée par le conflit.

- Espoir de négociations -

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, a déclaré vendredi qu'il s'attendait à ce que les objectifs de guerre de Washington en Iran soient atteints dans "les deux prochaines semaines".

"Quand nous en aurons fini avec eux, dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu'ils ne l'ont été dans l'histoire récente", a affirmé le ministre américain à des journalistes à l'issue d'une réunion du G7 près de Paris.

M. Rubio a aussi estimé que les Etats-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l'envoi de troupes au sol. Alors que, selon le Wall Street Journal et le site d'informations Axios, Washington envisage d'envoyer au moins 10.000 soldats supplémentaires dans la région.

"Posez le pied sur le sol iranien, et 150 dollars deviendra le prix plancher du pétrole", a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X. Le cours du Brent a terminé en hausse vendredi à plus de 112 dollars.

L'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui dit avoir l'espoir de tenir des discussions dans la semaine avec l'Iran, qui continue de riposter.

Selon plusieurs médias américains, au moins 12 soldats américains ont été blessés, dont deux grièvement, dans la nuit de vendredi à samedi par une attaque iranienne contre la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, qui a également endommagé deux avions ravitailleurs.

La République islamique a appelé les civils à se tenir à l'écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d'éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.

Aux Emirats arabes unis, cinq personnes, de nationalité indienne, ont été blessées samedi lors d'un incendie provoqué par des chutes de débris provenant de l'interception d'un missile balistique au-dessus d'une zone industrielle d'Abou Dhabi, selon les autorités.

- "Pris en étau" -

Un mois après le début de la guerre, les civils de tous bords continuent de payer un tribut exorbitant. Comme à Téhéran, où les nuits sont rythmées par les bombardements.

Ensieh, une dentiste de Téhéran, dit "perdre un peu plus espoir chaque jour". Aujourd'hui, "nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles", soupire cette femme de 46 ans.

"La guerre a arraché une partie de moi", ajoute-t-elle.

La situation empire aussi au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.

L'aviation israélienne a continué vendredi à bombarder le sud du Liban, la plaine de la Bekaa (est) et la banlieue sud de Beyrouth, considérés comme des bastions du Hezbollah, selon les médias officiels libanais qui ont recensé plusieurs morts.

Le Hezbollah a affirmé pour sa part se livrer à des combats "au corps à corps" dans le sud, où Israël mène une profonde incursion en vue d'élargir une "zone tampon" le long de sa frontière.

Selon le dernier bilan officiel vendredi, la guerre a fait 1.142 morts et plus d'un million de déplacés au Liban.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.