Le Kosovo commémore un passé douloureux et rêve d'un meilleur avenir, le jour de l'indépendance

Une femme du Kosovo tient une photo de son fils disparu pendant la guerre du Kosovo, lors d'une cérémonie, le 5 avril 2017 marquant le 18e anniversaire du massacre dans le village de Rezalle. (Photo, AFP)
Une femme du Kosovo tient une photo de son fils disparu pendant la guerre du Kosovo, lors d'une cérémonie, le 5 avril 2017 marquant le 18e anniversaire du massacre dans le village de Rezalle. (Photo, AFP)
Des enfants albanais du Kosovo tiennent des photos de parents tués pendant la guerre du Kosovo, alors qu'ils marquent le 15e anniversaire du massacre du village d'Izbica le 28 mars 2014. (Photo, AFP)
Des enfants albanais du Kosovo tiennent des photos de parents tués pendant la guerre du Kosovo, alors qu'ils marquent le 15e anniversaire du massacre du village d'Izbica le 28 mars 2014. (Photo, AFP)
Des enfants albanais du Kosovo tiennent des photos de parents tués pendant la guerre du Kosovo, alors qu'ils marquent le 15e anniversaire du massacre du village d'Izbica le 28 mars 2014. (Photo, AFP)
Des enfants albanais du Kosovo tiennent des photos de parents tués pendant la guerre du Kosovo, alors qu'ils marquent le 15e anniversaire du massacre du village d'Izbica le 28 mars 2014. (Photo, AFP)
Des membres des Forces de sécurité du Kosovo participent au nettoyage des rues de Pristina, le 15 septembre 2018, lors de la Journée internationale de nettoyage. (Photo, AFP)
Des membres des Forces de sécurité du Kosovo participent au nettoyage des rues de Pristina, le 15 septembre 2018, lors de la Journée internationale de nettoyage. (Photo, AFP)
Un mur commémoratif des victimes de la guerre du Kosovo de 1998-1999 dans le village d'Izbica, le 28 mars 2017. (Photo, AFP)
Un mur commémoratif des victimes de la guerre du Kosovo de 1998-1999 dans le village d'Izbica, le 28 mars 2017. (Photo, AFP)
Des membres des forces de maintien de la paix dirigées par l'OTAN au Kosovo assistent à la cérémonie de changement de commandement, à Pristina, le 15 octobre 2021. (Photo, AFP)
Des membres des forces de maintien de la paix dirigées par l'OTAN au Kosovo assistent à la cérémonie de changement de commandement, à Pristina, le 15 octobre 2021. (Photo, AFP)
Les Albanais du Kosovo rendent hommage à leurs proches et aux victimes du massacre de Racak, le 15 janvier 2022, dans le village de Racak. (Photo, AFP)
Les Albanais du Kosovo rendent hommage à leurs proches et aux victimes du massacre de Racak, le 15 janvier 2022, dans le village de Racak. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 17 février 2022

Le Kosovo commémore un passé douloureux et rêve d'un meilleur avenir, le jour de l'indépendance

  • Alors que le Kosovo célèbre sa 14e fête de l’indépendance, le pays européen le plus récent, dont la population est la plus jeune du continent, a de quoi être fier
  • Plus de 100 pays ont reconnu le Kosovo depuis qu’il a déclaré son indépendance de la Serbie le 17 février 2008

ABU DHABI: Alors que le Kosovo célèbre sa 14e fête de l’indépendance, le pays européen le plus récent, dont la population est la plus jeune du continent, a de quoi être fier. Plus de 100 pays ont reconnu le Kosovo depuis qu’il a déclaré son indépendance de la Serbie le 17 février 2008.

En dépit d’un taux élevé de renouvellement de la classe politique, le Kosovo demeure une démocratie robuste, dotée d’un vaste réseau d’institutions non gouvernementales et de groupes de la société civile. Il dispose d’une économie résiliente, de dirigeants compétents et d’excellentes relations avec l’UE, les États-Unis et les pays du Golfe.

Pourtant, il reste beaucoup à faire. Le processus d’engagement et d’intégration du Kosovo dans la région et dans les institutions européennes et euro-atlantiques est en cours. Ses relations avec ses voisins, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, sont loin d’être normalisées. Quant à la Russie, à la Chine et aux cinq membres de l’UE qui ne reconnaissent pas le statut d’État du Kosovo, rien n’indique pour l’instant un quelconque changement d’attitude.

Heureusement pour le Kosovo, les personnes qui occupent actuellement les deux plus hautes fonctions du pays, Albin Kurti et Vjosa Osmani, ont fait leurs armes en politique en s’attaquant à la corruption. Depuis fin mars 2021, la politique au Kosovo est façonnée conjointement par les mouvements lancés respectivement par Kurti et Osmani, Guxo et Vetevendosje.

Kurti est le sixième Premier ministre du pays, tandis que Osmani est la cinquième présidente élue de la République. Tous deux sont considérés comme des politiciens intègres, sans bagage de guerre, ayant des visions claires pour le pays et n’ayant pas peur de se prononcer sur des questions impliquant les alliés et les adversaires du Kosovo.

Ils ne se font pas non plus d’illusions sur les tâches à accomplir. Tant sur le plan régional qu’interne, le Kosovo est confronté à des défis majeurs. Si ses problèmes internes ne sont pas traités en priorité, le rêve du pays de se relever et d’augmenter ses chances d’intégrer l'UE, ce que les Kosovars souhaitent vivement, ne se réalisera jamais.

Kosovo
Dans un rapport du Pnud datant de 2021, les Serbes du Kosovo ont cité le chômage, la sécurité personnelle et le développement urbain comme leurs trois principales préoccupations. (Photo Arab News).

En tête de liste figure la corruption endémique qui sévit aussi bien dans le gouvernement que dans le secteur privé. La simple perception d’une lutte contre la corruption stimulerait les investissements étrangers, car les investisseurs évitent les pays où la corruption est généralisée et où il faut graisser la patte à tous les niveaux.

Dans un rapport du Pnud datant de 2021, les Serbes du Kosovo ont cité le chômage, la sécurité personnelle et le développement urbain comme leurs trois principales préoccupations. Pour les autres groupes ethniques, la pauvreté et l’accès régulier à l’électricité étaient les principales priorités pour le futur proche.

Kosovo
La protection des droits de l’homme, indépendamment de l’appartenance ethnique, de la religion, des convictions et de l’orientation politiques des personnes, constitue un autre défi intérieur pour le gouvernement du Kosovo. (Photo Arab News).

En revanche, tous les groupes ethniques s’accordent à dire que les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire du gouvernement sont devenus plus efficaces et moins corrompus.

Ils estiment par ailleurs qu’il est nécessaire d’accélérer le développement économique, compte tenu de la persistance des taux élevés de pauvreté et de chômage, de l’insuffisance des investissements nationaux et étrangers et des problèmes liés à l’environnement des entreprises.

La protection des droits de l’homme, indépendamment de l’appartenance ethnique, de la religion, des convictions et de l’orientation politiques des personnes, constitue un autre défi intérieur pour le gouvernement du Kosovo. Si tous les citoyens sont traités sur un pied d’égalité devant la loi, tant en théorie qu’en pratique, les chances d’intégration du Kosovo dans l’UE s’amélioreront sans aucun doute.

Le Premier ministre Albin Kurti examine la garde d'honneur du Kosovo à Pristina. (Photo, AFP)
Le Premier ministre Albin Kurti examine la garde d'honneur du Kosovo à Pristina. (Photo, AFP).

Les fondements démocratiques laïques du Kosovo ne peuvent être considérés comme acquis au vu des menaces que représentent les dirigeants autoritaires de pays de l’UE tels que la Pologne et la Hongrie. Il est tout aussi important de maintenir la religion en dehors des affaires civiles que de préserver des élections libres et équitables, la liberté de la presse et de réunion, et un système judiciaire libre de toute influence politique.

L’intégration du Kosovo à l’UE pourrait bien être le meilleur catalyseur pour transformer les conditions socio-politiques et économiques du pays. Mais jusqu’à présent, le chemin s’est avéré plus rocailleux que prévu.

L'ambassadeur kosovar Lulzim Mjeku présentant ses lettres de créance au roi Salmane lors d'une cérémonie à Riyad en janvier 2020. (Photo Twitter)
L'ambassadeur kosovar Lulzim Mjeku présentant ses lettres de créance au roi Salmane lors d'une cérémonie à Riyad en janvier 2020. (Photo Twitter)

En 2016, le Kosovo a conclu l’Accord de stabilisation et d’association avec l’UE, marquant ainsi l’étape la plus importante de son histoire vers l’intégration européenne. Deux ans plus tard, la Commission européenne a publié son plan d’élargissement de l’Union pour l’après-2025, incluant le Kosovo et cinq de ses voisins (le Monténégro, la Macédoine du Nord, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie).

En 2020, le Kosovo a levé ses droits de douanes de 100% sur les importations en provenance de Serbie et de Bosnie-Herzégovine, une mesure qui a permis de rétablir le commerce avec la Serbie et la Bosnie et de reprendre le dialogue Belgrade-Pristina facilité par l’UE. Toutefois, les efforts déployés par le Kosovo pour adhérer à l’UE ont échoué principalement en raison du refus de la Serbie de reconnaître son indépendance.

Des membres des forces de maintien de la paix dirigées par l'OTAN au Kosovo assistent à la cérémonie de changement de commandement, à Pristina, le 15 octobre 2021. (Photo, AFP)
Des membres des forces de maintien de la paix dirigées par l'OTAN au Kosovo assistent à la cérémonie de changement de commandement, à Pristina, le 15 octobre 2021. (Photo, AFP).

La Serbie, qui considère le Kosovo comme son propre territoire, continue de solliciter les pays pour qu’ils retirent leur reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, bien que deux anciennes républiques yougoslaves aient défié cette pression: la Macédoine (aujourd’hui République de Macédoine du Nord), qui est devenue membre de l'Otan en 2020, et le Monténégro.

L’un des principaux obstacles à la normalisation des relations avec la Serbie est le statut des Serbes au Kosovo (les chrétiens orthodoxes orientaux représentent 84,5% de la population de la Serbie, tandis que 95,6% de la population du Kosovo est composée de musulmans, pour la plupart d’origine albanaise).

Depuis deux décennies, Mitrovica, dans le nord du Kosovo, est à cheval sur une ligne de fracture entre les Serbes du Nord et les Albanais de souche du Sud.

Les Serbes de Mitrovica et dans d’autres enclaves refusent obstinément de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Avant 1999, les habitants de cette ville vivaient dans des quartiers mixtes, mais dans les années qui ont suivi la guerre, les divisions profondes entre Albanais et Serbes se sont renforcées, laissant peu de place au dialogue.

L’Otan garantit une paix fragile alors que la rivière Ibar sépare effectivement les deux communautés, mais les négociations intermittentes sous l’égide de l’UE n’ont guère progressé au fil des ans.

Le Premier ministre, Kurti, a suggéré une meilleure synchronisation entre Washington et Bruxelles dans les Balkans occidentaux, tandis que le Kosovo œuvre à la réalisation de trois objectifs: renforcer l’État de droit, assurer la sécurité par l’adhésion à l’Otan et forger une plus grande unité européenne par l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE.

De plus, le Kosovo a des partenaires de longue-date au Moyen-Orient qui sont attachés à son indépendance et à son bien-être, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU). Le Royaume a été l’un des premiers pays à reconnaître l’indépendance du Kosovo, l’un de ses principaux défenseurs à la Cour pénale internationale et l’un des acteurs clés qui ont poussé l’OCI à reconnaître sa souveraineté en 2009.

Un an après la guerre du Kosovo, l’Arabie saoudite a dépensé au moins 12 millions de riyals saoudiens (1 riyal saoudien = 0,23 euro) pour reconstruire des maisons, des écoles et des mosquées. En 2020, le Kosovo et l’Arabie saoudite ont commencé à mettre en œuvre conjointement un accord visant à éviter la double imposition.

Lors d’une cérémonie à Riyad en janvier 2020 où le diplomate de carrière kosovar Lulzim Mjeku faisait partie d’un groupe d’ambassadeurs qui ont présenté leurs lettres de créance, le roi Salmane d’Arabie saoudite a fait part de sa volonté de travailler avec chaque pays pour améliorer et développer les relations bilatérales.

Pendant la lutte du Kosovo contre la Covid-19, la Ligue islamique mondiale a envoyé une aide humanitaire précieuse. L’année dernière, Kurti a remercié les dirigeants du Royaume pour leur soutien au Kosovo dans toutes les instances internationales et pour l’aide apportée afin d’atténuer les souffrances humaines.

Plus récemment, les pourparlers entre les deux pays ont porté sur le renforcement de la coopération dans les domaines de l’économie, du commerce, du tourisme, de l’investissement, de l’éducation, de la santé et de l’infrastructure.

Quant aux EAU, ils ont rejoint la Force pour le Kosovo (Kfor) de l’Otan en 1999 et ont entrepris une mission d’aide consistant à nourrir des milliers de réfugiés en fuite à la frontière albanaise. En collaboration avec le Croissant-Rouge, les EAU ont construit un camp qui, à son apogée, accueillait jusqu’à 15 000 personnes par jour.

Quelque 1 500 soldats émiratis ont servi au Kosovo au cours de deux opérations: l’une avec la Kfor du printemps 1999 jusqu’à la fin 2001, et l’autre était la mission d’aide White Hands de l’autre côté de la frontière, en Albanie, entre mars et fin juin 1999.

Les relations étroites que les pays du Golfe entretiennent avec les pays des Balkans occidentaux laissent entrevoir la possibilité de faciliter la normalisation des relations entre le Kosovo et tous ses voisins, et de libérer tout le potentiel humain et économique de la région.

À mesure que les liens entre le Kosovo et les pays arabes évoluent, passant de l’humanitaire et de la reconstruction à la coopération politique, économique et sécuritaire, cette transformation pourrait bien avoir un effet salutaire sur ses relations avec la Serbie également.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Espagne championne du monde de foot: Madrid fait la fiesta pour sa Roja

Rodri soulève le trophée de la Coupe du monde aux côtés de ses coéquipiers pour célébrer leur victoire au Mondial. (Reuters)
Rodri soulève le trophée de la Coupe du monde aux côtés de ses coéquipiers pour célébrer leur victoire au Mondial. (Reuters)
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  • Madrid a célébré dans une ambiance de liesse la deuxième Coupe du monde de l’Espagne après sa victoire 1-0 contre l’Argentine en prolongation, avec des milliers de supporters réunis dans les rues
  • Les supporters ont prolongé les festivités toute la nuit et attendaient le retour des champions pour le défilé et les célébrations prévues à la place de Cibeles

MADRID: Il est presque minuit, Madrid s'embrase au coup de sifflet final: l'Espagne vient de remporter sa seconde Coupe du monde et les cris de joie et vuvuzelas retentissent dans le centre, où des milliers de supporters s'étaient rassemblés pour suivre la finale sur un écran géant.

"Je suis euphorique, je n'arrive pas à y croire!" s'exclame depuis la place Colon Diego González, large sourire au lèvres, à l'issue du match qui a vu son pays vaincre l'Argentine en prolongation (1-0).

Autour de lui, des supporters craquent des fumigènes et des klaxons de voiture retentissent dans les rues adjacentes.

Diego n'a que 25 ans, mais ce second sacre lui rappelle le premier en 2010 en Afrique du Sud: "on avait gagné l'Euro" en 2008, "puis la Coupe du monde: il y a deux ans, et là on a gagné l'Euro et on vient de gagner le mondial à nouveau".

Une marée humaine vêtue des couleurs du drapeau espagnol, rouge et jaune, entonne en choeur le tube de Queen "We are the champions" et agite des drapeaux.

- Faire la fête à tout prix -

"C'est fou" de le chanter, "car à un moment on n'y croyait plus", raconte Alejandra Silva, 26 ans, maillot sur le dos, au milieu d'une foule euphorique.

Pour son amie Ángela Lambea, 30 ans, "on le méritait, on a très bien joué, on a eu le ballon tout le temps, l’Argentine ne l’a presque pas touché, donc on est très émues".

Toutes les deux pensent continuer à faire la fête pour célébrer la victoire de la Roja "mais on ne sait pas encore" où et comment, "et demain nous travaillons".

Partout dans Madrid, des feux d'artifice éclatent dans le ciel torride de cette nuit d'été.

A bord d'un avion atterrissant à Madrid peu après le sacre de l'Espagne, un pilote de la compagnie espagnole Iberia n'a pu retenir sa joie et a annoncé au micro :"Nous sommes champions du monde, mesdames et messieurs les passagers", avant de diffuser également le tube de Queen.

Entonnant des chants et sautant de joie, les supporters s'exclamaient  "Campeones, campeones !" ("Champions, champions !") et "Que viva España ! ("Vive l'Espagne !").

Ce nouveau titre planétaire résonne particulièrement dans ce pays passionné de football où ce sport fédère ses 50 millions d'habitants, dont une partie de la jeune génération n'avait d'ailleurs pas vécu le premier sacre de la "Selección" en Afrique du Sud.

John Molina, 40 ans, se souvient pourtant très bien de la première étoile de son équipe, "un rêve" à l'époque". Seize ans plus tard, "les gens y croyaient déjà" avant la fin du match, selon lui.

Et il sait déjà où il va continuer les festivités; "on va tous à Cibeles", la place où se rassemblent habituellement les supporters du Real Madrid pour célébrer les titres du club.

C'est aussi là que sont attendus les champions du monde dans quelques heures, à l'issue d'un défilé dans les rues de Madrid à bord d'un bus à impériale.


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".