Transports, travail, éducation, les bouleversements entraînés par 2 ans de Covid

Tourisme, santé, travail, éducation... l'épidémie a déjà rebattu de nombreuses cartes, installant des tendances qui pourraient s'avérer durables. (Photo, AFP)
Tourisme, santé, travail, éducation... l'épidémie a déjà rebattu de nombreuses cartes, installant des tendances qui pourraient s'avérer durables. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 07 janvier 2022

Transports, travail, éducation, les bouleversements entraînés par 2 ans de Covid

  • Les deux années de Covid-19 ont entraîné une montagne russe d'incertitudes, d'espoirs de relance et d'annulations pour ce secteur
  • Un retour à la normale n'est pas attendu avant au mieux 2024 dans les trains ou les avions

Il y aura un avant et un après Covid-19. Tourisme, santé, travail, éducation... l'épidémie a déjà rebattu de nombreuses cartes, installant des tendances qui pourraient s'avérer durables.

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L'aérien en berne, mais pas pour toujours

Ce fut le premier effet palpable de la crise sanitaire. Les deux années de Covid-19 ont entraîné une montagne russe d'incertitudes, d'espoirs de relance et d'annulations pour ce secteur. Bon an, mal an, des normes plus ou moins acceptées, à commencer par le port du masque et un pass sanitaire reconnu partout en Europe, ont permis une reprise d'une bonne partie des déplacements. Mais les compagnies ont essuyé des milliards d'euros de pertes. Un retour à la normale n'est pas attendu avant au mieux 2024 dans les trains ou les avions.

Le trafic aérien mondial, amputé de deux tiers en 2020 n'a atteint fin 2021 que la moitié du niveau enregistré en 2019, accablé par la fermeture d'une grande partie de l'Asie et, jusqu'en novembre, des Etats-Unis.

Les lignes intérieures ou inter-régionales, à environ 79% des trafics d'avant-crise, ont mieux résisté que les liaisons intercontinentales (34%), victimes des frontières fermées avant même la vague Omicron.

A long terme en revanche, le secteur reste optimiste, comme en témoignent les carnets de commandes bien remplis chez Airbus et Boeing: avec la montée en puissance des classes moyennes en Asie notamment, les compagnies aériennes s’attendent même à accueillir 10 milliards de passagers par an en 2050 contre 4,4 milliards en 2019.

Dans les villes, les transports publics ont vu leur fréquentation s'effondrer -- par peur de la contamination. On note un essor remarqué du vélo -- pourtant assez limité en volume-- et surtout un fort retour de la voiture.

Explosion et transformation des ventes en ligne

L'épidémie de Covid-19 et son lot de confinements et fermetures administratives de magasins a été accélérateur durable de la vente en ligne.

Le panéliste eMarketer, cité par la Fédération du e-commerce français (Fevad), estime que la part des produits et services commandés sur internet (hors voyage, billetterie événementielle, services de restauration et jeux d'argent) était passée de 13,6% en 2019 à 18% des ventes totales dans le monde, pesant la bagatelle de 4 280 milliards de dollars.

Les moins jeunes étaient réticents? "On a observé l'arrivée de nouveaux clients, plus seniors, qui sont désormais fidélisés", indique à l'AFP Gaëlle Le Floch, spécialiste de la distribution chez Kantar.

Certaines catégories de produits, l'hygiène ou la beauté, semblaient moins propices à la vente en ligne? Les acteurs se sont adaptés pour proposer l'essayage en ligne et investi sur la "beauty tech".

La vie sociale des consommateurs a davantage lieu en ligne que devant les vitrines? Selon le cabinet de conseil Accenture, 492 milliards de dollars de ventes ont déjà été réalisées par le biais des réseaux sociaux en 2021, comme ces marques qui se glissent entre deux posts Instagram, un chiffre qui pourrait grimper à 1 200 milliards en 2025.

Rien ne semble pouvoir arrêter ce mouvement de fond, qui profite bien sûr à Amazon, aux résultats financiers étourdissants. Il a d'ailleurs aussi encouragé tous ses rivaux à se mettre à la vente en ligne, au point qu'en France en 2020 par exemple, les ventes du géant américain ont crû moins vite que le marché dans son ensemble, selon Kantar.

Boom du télétravail

La crise de la Covid a généralisé le télétravail, même si les pays riches ont pu plus facilement y recourir que les autres.

Selon les prévisions de l'entreprise de recherche Gartner, les télétravailleurs représenteront 32% de tous les employés dans le monde d'ici la fin de 2021, contre 17% en 2019.

Un rapport de l'OCDE publié en septembre indiquait que 47% des employés en France ont télétravaillé en 2020, une progression de plus de 25 points en un an. Au Japon, le taux de télétravail est passé de 10 à 28%.

Une tendance durable? Oui, répond l'OCDE: "la plupart des entreprises et des individus s'attendent à recourir davantage au télétravail", en particulier les travailleurs ayant un niveau de qualification élevé.

Une école à plusieurs vitesses

Pour l'Unesco, la perturbation mondiale de l’éducation causée par la pandémie de Covid-19 est la pire crise éducative jamais enregistrée.

Face à l'épidémie, la fermeture, plus ou moins longue des établissements scolaires ou d'enseignement supérieur a eu des conséquences dramatiques en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Dans cette catégorie, la part des enfants affectés par la pauvreté des apprentissages – de 53% avant la pandémie – pourrait potentiellement atteindre 70%.

Certaines régions du Brésil, du Pakistan, de l'Inde rurale, de l'Afrique du Sud ou encore du Mexique, entre autres, enregistrent des pertes substantielles d'apprentissage en mathématiques et en lecture.

Sur le long terme, la génération de jeunes actuellement à l'école risque de perdre près de 17 000 milliards de dollars de revenus en raison des carences entraînées par les fermetures d'établissements liées à la pandémie, s'alarment la Banque mondiale et des agences onusiennes.

Deux ans de Covid: "La désinformation est entrée dans les familles" (expert)

La pandémie a montré à tous l'ampleur et l'impact de la désinformation sur la société, explique à l'AFP Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences à l'Université de Fribourg (Suisse), co-auteur du livre "Le complotisme" (Ed. Margada).

Q: Quel bilan tirez-vous de ces deux ans de désinformation massive ? 

R: "Pour la première fois, on fait vraiment face à l'insuffisance du modèle strictement informatif. C'est quelque chose qu'on savait déjà pour le climat: il ne suffit pas de donner les faits ou de communiquer la science pour créer l'adhésion ou même faire comprendre ce qui se passe.

Avec la Covid, c'est devenu évident. Au début, personne ne savait rien et donc la science s'est progressivement et rapidement constituée, avec des incertitudes et hésitations. 

Parallèlement, les gens constituaient leur propre registre de savoir, parfois autour de la désinformation sur les réseaux ou du bouche-à-oreille, parfois autour de pure invention, de schémas que les gens ont eux-mêmes dans leur tête sur ce que c'est la maladie.

Ce que nous a montré cette pandémie, c'est aussi que la désinformation est un sujet à part entière: ce n'est pas juste un obstacle, un truc un peu pénible qui vient s'opposer à l'information. La désinformation se fabrique jour après jour, elle est rapide et opportuniste, elle relève plus de l'idéologie que de la crédulité.

C'est quelque chose de dynamique, d'actif, dans lequel des gens s'investissent. On le savait déjà plus ou moins, mais on ne l'avait jamais reçu comme ça en pleine face, en direct. 

C'est un point très important, qui devrait orienter les démarches des scientifiques, chercheurs, autorités, journalistes: ne plus prendre cela comme de simples bêtises mais comme de véritables projets de nature politique. 

Il faut bien sûr corriger les fausses informations mais il faut comprendre qu'il y a une frange de consommateurs de désinformation qui y adhèrent non pas en dépit du fait qu'elles sont fausses, mais précisément parce qu'elles sont fausses, niées par les autorités, rejetées, stigmatisées. Cela les rend attrayantes.

Ce n'est donc pas des gens qu'on va récupérer en transmettant les bonnes informations. Ils anticipent le fait d'être traités de naïfs ou de complotistes.  

Autre leçon de la pandémie: ils ne sont pas totalement isolés ou un petit groupe de farfelus".

Q: Justement, quel est l'impact sur la société ? 

R: "Ceux qui adhèrent activement ont une action sur le monde réel. Ils peuvent influencer les décisions: les autorités vont essayer de ne pas froisser, de peur des réactions, des manifestations etc.

Cela va rendre timorés les décideurs politiques, surtout en période d'élection.

La désinformation a plusieurs effets: elle induit en erreur mais elle va aussi altérer un environnement intellectuel général et avoir un impact sur ce qui va être dit, à cause de la pression d'une frange très minoritaire mais très bruyante.

On a l'impression --même si c'est difficile à prouver-- qu'on a adapté la lutte contre le virus à la susceptibilité de certains, par exemple avec les campagnes de vaccination, ce qui a agacé beaucoup de chercheurs. 

C'est vrai aussi dans les conversations quotidiennes : les gens ne veulent plus parler du virus parce qu'on sait que tel ou tel n'est pas d'accord et qu'on va +s'engueuler+. 

Les gens se retrouvent obligés de choisir un camp. Le concept de désinformation et de complotisme est entré dans les familles, il déchire les amitiés, les groupes sociaux. Il y a une polarisation, une extrémisation.

+Comment puis-je convaincre ma cousine d'arrêter de regarder ces vidéos?+ ou +ma mère a perdu totalement contact avec la réalité+: c'est ça aussi la préoccupation des gens.

Ils ont moins peur du virus que de ce que leur environnement social est devenu. Il y a un besoin de réparation sur les ravages de la désinformation".

Q: Est-on aujourd'hui mieux armé pour la combattre ?

R: "Malheureusement non. Mais on a peut-être une première leçon: si on veut faire passer la science, il ne faut pas oublier les sciences humaines (comme la psychologie sociale, ndlr).

Il faut savoir comment les gens se comportent, comment marche cette désinformation, comment elle circule. Et le faire main dans la main avec les épidémiologistes, les climatologues, qui n'arrivent pas à faire passer leur message. 

La désinformation exploite tous les nouveaux moyens de communication, internet, les réseaux sociaux... Mais ce sont des choses qu'on peut reprendre en main, pour l'information.

Il y a aussi le +fact-checking+, et le journalisme en général, mais aussi la législation qui doit s'adapter : est-ce qu'on censure ou pas (la désinformation qui circule les réseaux sociaux, ndlr) ? Et ne pas se contenter de commissions ou de rapports par-ci par-là".

Hausse de la faim dans le monde

La pandémie de Covid-19 aura des effets à long terme sur la sécurité alimentaire mondiale, après avoir contribué en 2020 à une envolée du nombre de personnes confrontées à la faim, a averti l'agence spécialisée des Nations unies FAO.

Cette aggravation de la faim dans le monde (+18% l'an dernier sur un an), la plus importante depuis au moins 15 ans, compromet plus que jamais l'objectif fixé par l'ONU de l'éradiquer d'ici 2030.

La Covid-19 a jeté 20 millions de personnes dans l'extrême pauvreté au cours de l'année 2021, souligne le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).

Elle a aussi plongé nombre de systèmes de santé dans le chaos, avec un effet délétère sur la lutte contre d'autres fléaux comme le VIH, la tuberculose ou le paludisme. Cette année, 23 millions d'enfants n'ont pas pu recevoir les vaccins de base.

Covid: ce que l'on sait désormais sur les moyens de se protéger

Il y a deux ans, un virus auquel l'humanité n'avait jamais été confrontée entraînait, le 11 janvier, un premier mort. En plus de bouleverser nos vies, la pandémie de Covid-19 a fait considérablement évoluer la science, y compris sur les manières de se protéger.

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C'est dans l'air

Au début de la pandémie, les autorités sanitaires insistaient beaucoup sur le lavage des mains pour empêcher la transmission de la Covid.

Mais courant 2020, un consensus a émergé chez les scientifiques: plus que par les mains souillées qu'on porte à son nez ou sa bouche, cette maladie se transmet massivement via les aérosols, nuages de particules que nous émettons lorsque nous respirons et, plus encore, lorsque nous parlons, crions ou chantons.

Dans une pièce fermée et mal aérée, ces aérosols peuvent flotter dans l'air pendant une longue durée et se déplacer dans tout l'espace, ce qui augmente considérablement les risques d'infection.

Malgré cela, l'importance de l'aération --qui disperse ces nuages contaminés, comme de la fumée de cigarette-- n'est pas toujours bien comprise par le grand public.

"Je pense qu'il y a eu une erreur de communication: on n'a pas été assez clairs sur l'aération, nous les scientifiques", a récemment assuré à l'AFP Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement français.

"Quand les scientifiques parlent des gestes barrières, il faut bien préciser aux gens que l'aération en fait partie", a-t-il ajouté.

Volte-face sur les masques

Conséquence directe de la prise de conscience sur la transmission par aérosols, le discours sur les masques a radicalement changé en deux ans.

Dans un premier temps l'Organisation mondiale de la santé et de nombreux gouvernements répétaient que les masques devaient être uniquement utilisés par les soignants, les malades et leur entourage proche, et non par le grand public.

Mais aux yeux des partisans du port du masque généralisé, ce discours était avant tout destiné à éviter une pénurie chez les soignants.

A partir du printemps 2020, changement de cap: le masque est devenu un outil essentiel de la lutte contre la pandémie, et son utilisation a même été rendue obligatoire par moments.

Au fur et à mesure de l'émergence de variants plus contagieux, les simples masques en tissu, moins filtrants, ont été délaissés au profit du masque chirurgical, devenu un symbole des années Covid.

Et avec la prise de pouvoir d'Omicron, à la contagiosité extrême, nombre de scientifiques conseillent désormais de passer au masque FFP2 en intérieur. Plus ajusté sur le visage et plus filtrant, ce masque est donc plus protecteur, mais aussi plus contraignant à porter.

Vaccins: un effet turbo...

La pandémie nous l'a appris: il est possible de concevoir de nouveaux vaccins contre une maladie inédite puis de commencer à les administrer mondialement en moins d'un an. Auparavant, ce processus prenait dix fois plus de temps.

Début janvier 2022, soit un peu plus d'un an après le début de la campagne de vaccination mondiale, environ la moitié de la population de la planète est complètement vaccinée contre la Covid, selon le site de l'université britannique d'Oxford Our world in data.

En revanche, ce qui était prévisible dès le début s'est confirmé: l'accès aux vaccins est très inégalitaire entre pays pauvres et pays riches.

"Si nous mettons fin à cette inégalité, nous mettons fin à la pandémie", a martelé le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans son message du Nouvel An. Son objectif est de "vacciner 70% des gens dans tous les pays d'ici juillet."

 ... mais pas magique

La vaccination a été l'outil primordial de la lutte contre la pandémie: sans elle, le bilan aurait été beaucoup plus lourd puisqu'elle protège contre les formes graves de la maladie.

Pourtant, certains espoirs qu'elle avait fait naître ne se sont pas confirmés.

A l'origine, on espérait que vacciner rapidement la planète permettrait de mettre un point final à la pandémie.

On sait désormais que ce ne sera pas le cas, car les vaccins n'empêchent pas de transmettre la Covid et leur efficacité baisse avec le temps.

Cette efficacité est en outre moins élevée contre les derniers variants --désormais Omicron et, avant lui, Delta-- qu'elle ne l'était contre la souche historique du coronavirus SARS-CoV-2.

Tout cela a incité les pays riches à intensifier leur campagne de rappel pour restaurer l'efficacité des vaccins contre l'infection. Mais on ignore encore combien de temps durera cet effet.

Tout miser sur les rappels, quitte à devoir les multiplier, pourrait donc n'être qu'une stratégie court-termiste, mettent en garde des spécialistes.

"Aucun pays ne pourra se sortir de la pandémie à coups de doses de rappel", a prévenu fin décembre Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Les vaccins ne mettront pas fin à la pandémie à eux seuls", a renchéri lundi sur Twitter Maria Van Kerkhove, responsable technique de l'OMS pour la Covid, en citant d'autres outils complémentaires: "La surveillance, les tests, l'isolement, les traitements, la ventilation, les masques ou la distanciation".


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
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  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.