Rétrospective 2021 : Pourquoi l'Afghanistan, isolé et faili, risque de sombrer à nouveau dans les conflits

Rétrospective 2021 : Pourquoi l'Afghanistan, isolé et faili, risque de sombrer à nouveau dans les conflits
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Publié le Samedi 25 décembre 2021

Rétrospective 2021 : Pourquoi l'Afghanistan, isolé et faili, risque de sombrer à nouveau dans les conflits

  • Les Talibans se trouvent aujourd’hui confrontés à la tâche ardue consistant à relancer l'économie, à affronter la crise alimentaire galopante, à lutter contre l'insurrection de Daëch et à apaiser les tensions au sein de leur groupe
  • Les États-Unis, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont bloqué l'accès de Kaboul à 9,5 milliards de dollars de fonds

WATERLOO, Canada : Les commandants talibans se sont empressés de crier victoire lorsque les dernières troupes américaines ont quitté Kaboul le 31 août, clôturant ainsi 20 ans de guerre en Afghanistan. Au milieu de leur jubilation, ils ignoraient qu'une nouvelle bataille se préparait et qu'elle serait bien plus complexe encore.

On entend souvent dire que le pouvoir est plus facile à acquérir qu'à conserver. Au lendemain de l'offensive éclair qui a permis l'été dernier de conquérir la capitale, Kaboul, les Talibans se trouvent aujourd’hui confrontés à la tâche ardue consistant à relancer l'économie, à affronter la crise alimentaire galopante, à lutter contre l'insurrection de Daëch et à apaiser les tensions au sein de leur groupe.

Ces défis ne seront pas faciles à résoudre. Les États-Unis, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont bloqué les prêts, les financements et les actifs destinés à Kaboul, qui s'élèvent à plus de 9,5 milliards de dollars. Ces mesures mettent le nouveau régime à rude épreuve.

En outre, la tentative des talibans de se faire reconnaître par la communauté internationale en tant que gouvernement officiel de l'Afghanistan s'est soldée par un échec retentissant, en dépit des efforts qu'ils ont déployés à cette fin. Le pays se trouve dangereusement isolé.

« Le véritable risque que courent les Talibans est de ne pas être reconnus par la communauté internationale comme ce fut le cas la dernière fois qu'ils étaient aux commandes, de 1996 à 2001 », explique à Arab News Torek Farhadi, ancien conseiller de l'ancien président afghan, Hamid Karzai. « Cette situation serait peu avantageuse pour les talibans comme pour les millions d'Afghans ».

En effet, s'ils ne sont pas reconnus internationalement et faute de capitaux, les Talibans ne pourront pas tenir leurs promesses de développement.

« Cela compromettrait les chances de collaboration économique pour la région », affirme M. Farhadi. « Les perspectives du Pakistan et de l'Asie centrale en matière d'intégration économique resteront menacées, dans la mesure où les financements dont les institutions internationales ont besoin pour améliorer et investir dans les infrastructures de l'Afghanistan resteront suspendus ».

Des combattants talibans montent la garde devant un poste de police dans la zone de Ghasabha à Qala-e-Now, dans la province de Badghis, le 14 octobre 2021. (AFP/File Photo)
Des combattants talibans montent la garde devant un poste de police dans la zone de Ghasabha à Qala-e-Now, dans la province de Badghis, le 14 octobre 2021. (AFP/File Photo)

Dimanche dernier, les nations musulmanes se sont engagées à créer un fonds destiné à prévenir l'effondrement économique imminent de l'Afghanistan, qui aurait, selon ces nations, un impact « effroyable » sur la scène mondiale.

Lors d'une réunion spéciale des 57 membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) qui s'est tenue au Pakistan, les délégués ont par ailleurs décidé de collaborer avec les Nations unies pour débloquer les avoirs afghans gelés, qui se chiffrent à des centaines de millions de dollars.

Le fonds promis fournira de l'aide humanitaire par le biais de la Banque islamique de développement (BID). Les pays pourront ainsi faire des dons sans composer directement avec les dirigeants talibans du pays.

Les Afghans ordinaires voient dans le retour des Talibans une arme à double tranchant. Cette évolution a en effet éliminé les seigneurs de la guerre corrompus qui ont imposé leur loi à des régions entières du pays. Elle a également renforcé la sécurité dans le pays.

En revanche, le retour des Talibans a ramené le pays 20 ans en arrière en termes de libertés individuelles et de libertés civiles.

De ce fait, ce sont des dizaines de milliers d'Afghans qui tentent aujourd'hui de quitter le pays, emboîtant le pas à plus de 123 000 civils qui ont été évacués de l'aéroport de Kaboul au mois d’août par les forces américaines et leurs partenaires au sein de la coalition.

À la mi-novembre, le Conseil norvégien pour les réfugiés a rapporté qu'environ 300 000 Afghans ont fui leur pays pour se réfugier en Iran depuis le mois d'août et que près de 5 000 Afghans franchissent illégalement la frontière chaque jour.

Le 2 septembre, des femmes afghanes ont organisé une manifestation inédite pour affirmer qu'elles accepteraient le port de la burqa si le régime taliban permettait à leurs filles d'aller à l'école. (AFP/File Photo)
Le 2 septembre, des femmes afghanes ont organisé une manifestation inédite pour affirmer qu'elles accepteraient le port de la burqa si le régime taliban permettait à leurs filles d'aller à l'école. (AFP/File Photo)

Cet exode massif et l'isolement dans lequel se trouvent les Talibans s'expliquent notamment par leurs positions ultraconservatrices à l'égard des femmes, des minorités ethniques et de la liberté d'expression.

« Les talibans ont certes vaincu leurs rivaux militairement. Toutefois, sur les plans politique, social, économique et académique, ils ont déçu le peuple afghan », confie à Arab News Ahmad Samin, ancien conseiller de la Banque mondiale basé aux États-Unis.

« Ils n'ont pas décroché le soutien des Afghans ni celui de la communauté internationale. Ils ont institué le gouvernement des Talibans, par les Talibans, pour les Talibans. Ils souhaitent être reconnus sans trop d’engagements, mais je pense que la communauté internationale ne fera pas de compromis à cet égard ».

Des combattants talibans patrouillent le long d'une rue de Kaboul, le 2 septembre 2021. (AFP)
Des combattants talibans patrouillent le long d'une rue de Kaboul, le 2 septembre 2021. (AFP)

Isolé, l'Afghanistan se tient à deux doigts d'une catastrophe humanitaire. Les réserves de devises étrangères épuisées, les silos à grains vidés, les hôpitaux à cours de médicaments et l'aide internationale gelée laissent présager un hiver marqué par la faim et la misère pour les Afghans ordinaires.

De surcroît, les coupures de courant menacent de frapper Kaboul et les autres grandes villes, faute de capitaux étrangers permettant de couvrir les besoins en électricité fournie par les pays voisins.

John Simpson, journaliste à la BBC, a réalisé ce mois-ci un reportage dans la ville de Bamiyan, dans le centre de l'Afghanistan, intitulé « Afghans facing ‘hell on earth’ as winter looms » (Les Afghans face à un enfer sur terre à l'approche de l'hiver). Il y explique qu’ « avant la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan au mois d'août, les gens savaient que le gouvernement du président Ashraf Ghani réussirait à affronter la menace d'un rude hiver, grâce à l'aide de la communauté internationale. Cette aide a volé en éclats à la suite de l'effondrement du gouvernement de M. Ghani ».

« Les pays occidentaux ont supprimé l'aide qu'ils fournissaient au pays pour ne pas sembler soutenir un régime qui interdit aux filles de recevoir une éducation et qui préconise la restauration des châtiments dictés par la charia ».

S'adressant à Arab News, le porte-parole des Talibans, Ahmedoullah Wasiq, reconnaît que l'Afghanistan est confronté à des problèmes de taille sur les plans économique et sanitaire. Il attribue toutefois la responsabilité de la crise à la suppression de l'aide et au gel des avoirs du pays.

Le 17 novembre, le ministre des Affaires étrangères des Talibans, Amir Khan Muttaqi, s'est adressé au Congrès américain dans une lettre ouverte dans laquelle il a prévenu que les réfugiés quitteraient l'Afghanistan en masse si Washington refuse de débloquer les avoirs du pays et de lever les sanctions.

Accompagné des responsables talibans (de gauche à droite), Amir Khan Muttaqi, Shahabeddine Delawar et Abdel Latif Mansour, le chef de la délégation des Talibans, Abdel Salam Hanafi (à droite) se promène dans le hall d'un hôtel lors des négociations à Doha, la capitale du Qatar, en août 2021. (AFP/File Photo)
Accompagné des responsables talibans (de gauche à droite), Amir Khan Muttaqi, Shahabeddine Delawar et Abdel Latif Mansour, le chef de la délégation des Talibans, Abdel Salam Hanafi (à droite) se promène dans le hall d'un hôtel lors des négociations à Doha, la capitale du Qatar, en août 2021. (AFP/File Photo)

« Le principal défi auquel notre peuple est confronté actuellement concerne la sécurité financière et il est imputable au gel des avoirs de notre peuple par le gouvernement américain », écrit-il.

Mais comme rien ne laisse présager que les Talibans sont disposés à revoir leur ligne idéologique, les responsables des Nations unies estiment que l'Afghanistan se précipite vers un désastre.

« Le peuple afghan se sent abandonné, oublié et puni en raison d'une situation dont il n'est pas responsable », a souligné Deborah Lyons, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan, lors de la réunion des délégués à New York le mois dernier.

« Laisser le peuple afghan à son sort constituerait une erreur historique, erreur  commise par le passé, qui a entraîné des conséquences tragiques ».

David Beasly, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, estime que 23 millions d'Afghans sont menacés de famine ; la communauté humanitaire est mal équipée pour relever ce défi.

Des milliers d'Afghans fuient la misère dans leur pays et se dirigent vers la frontière sud avec le Pakistan, mais les Talibans les arrêtent. (AFP)
Des milliers d'Afghans fuient la misère dans leur pays et se dirigent vers la frontière sud avec le Pakistan, mais les Talibans les arrêtent. (AFP)

« Le PAM ne possède pas les fonds nécessaires pour fournir de la nourriture à tout le monde. Nous devons décider qui mangera et qui ne le fera pas », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur Twitter le mois dernier. « Combien d'enfants vont mourir de faim avant que le monde ne se réveille ? Il ne faut accepter de voir mourir aucun enfant ».

Nikolai Patrushev, secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, affirme que la situation en Afghanistan prend une tournure critique. Il avertit que le pays peut sombrer à nouveau dans la guerre civile si les Talibans et la communauté internationale ne parviennent pas à un accord.

« La situation actuelle en Afghanistan est sans précédent du point de vue politico-militaire et socio-économique », a déclaré M. Patrushev le mois dernier.

« Si les nouvelles autorités de Kaboul ne parviennent pas à ramener la situation à la normale et si la communauté internationale n'apporte pas un soutien efficace au peuple afghan, on assistera à un scénario catastrophique, entraînant une nouvelle guerre civile, un appauvrissement général de la population et la famine ».

Des enfants afghans se réchauffent avec une couverture dans une maison en terre dans un camp de réfugiés à la périphérie de Laghman. (AFP/File Photo)

Kamran Bokhari, directeur de l'Analytical Development, un groupe de réflexion américain, estime lui aussi que les talibans se heurtent à un lourd dilemme qui risque de plonger le pays dans un nouveau conflit si aucun compromis ne se dégage.

« Les Talibans ont besoin de l'aide financière de la communauté internationale, ils déploient donc des efforts frénétiques pour convaincre le monde qu'ils sont pragmatiques, en dépit de leur nature islamiste radicale », confie M. Bokhari à Arab News. « Mais les Talibans ne peuvent pas être les deux à la fois. Ils doivent changer d'approche, ce qu'ils ne pourront pas faire sans que cela n'entraîne des divisions internes. Nous nous attendons donc à davantage de conflits ».

M. Farhadi reconnaît que les Talibans courent le risque de dissensions internes et de remises en cause de leur pouvoir s'ils ne parviennent pas à résoudre ce dilemme au plus vite et à lever les obstacles qui entravent leur stabilité économique.

« Voilà les risques qui pèsent sur l'Afghanistan ; ils sont réels », a-t-il déclaré. « Les Talibans refusent d'admettre que la pauvreté extrême et l'instabilité politique en Afghanistan sont étroitement liées l'une à l'autre. Les risques engendrés par l'extrême pauvreté ne sont pas illusoires. Les Talibans risquent de connaître de nouvelles violences liées à l'instabilité et risquent de perdre le contrôle ».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

EN CHIFFRES

 

 

* 3 750 victimes parmi les civils depuis mai 2021.

 

* 9,5 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire.


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.