Rétrospective 2021 : Pourquoi l'Afghanistan, isolé et faili, risque de sombrer à nouveau dans les conflits

Rétrospective 2021 : Pourquoi l'Afghanistan, isolé et faili, risque de sombrer à nouveau dans les conflits
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Publié le Samedi 25 décembre 2021

Rétrospective 2021 : Pourquoi l'Afghanistan, isolé et faili, risque de sombrer à nouveau dans les conflits

  • Les Talibans se trouvent aujourd’hui confrontés à la tâche ardue consistant à relancer l'économie, à affronter la crise alimentaire galopante, à lutter contre l'insurrection de Daëch et à apaiser les tensions au sein de leur groupe
  • Les États-Unis, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont bloqué l'accès de Kaboul à 9,5 milliards de dollars de fonds

WATERLOO, Canada : Les commandants talibans se sont empressés de crier victoire lorsque les dernières troupes américaines ont quitté Kaboul le 31 août, clôturant ainsi 20 ans de guerre en Afghanistan. Au milieu de leur jubilation, ils ignoraient qu'une nouvelle bataille se préparait et qu'elle serait bien plus complexe encore.

On entend souvent dire que le pouvoir est plus facile à acquérir qu'à conserver. Au lendemain de l'offensive éclair qui a permis l'été dernier de conquérir la capitale, Kaboul, les Talibans se trouvent aujourd’hui confrontés à la tâche ardue consistant à relancer l'économie, à affronter la crise alimentaire galopante, à lutter contre l'insurrection de Daëch et à apaiser les tensions au sein de leur groupe.

Ces défis ne seront pas faciles à résoudre. Les États-Unis, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont bloqué les prêts, les financements et les actifs destinés à Kaboul, qui s'élèvent à plus de 9,5 milliards de dollars. Ces mesures mettent le nouveau régime à rude épreuve.

En outre, la tentative des talibans de se faire reconnaître par la communauté internationale en tant que gouvernement officiel de l'Afghanistan s'est soldée par un échec retentissant, en dépit des efforts qu'ils ont déployés à cette fin. Le pays se trouve dangereusement isolé.

« Le véritable risque que courent les Talibans est de ne pas être reconnus par la communauté internationale comme ce fut le cas la dernière fois qu'ils étaient aux commandes, de 1996 à 2001 », explique à Arab News Torek Farhadi, ancien conseiller de l'ancien président afghan, Hamid Karzai. « Cette situation serait peu avantageuse pour les talibans comme pour les millions d'Afghans ».

En effet, s'ils ne sont pas reconnus internationalement et faute de capitaux, les Talibans ne pourront pas tenir leurs promesses de développement.

« Cela compromettrait les chances de collaboration économique pour la région », affirme M. Farhadi. « Les perspectives du Pakistan et de l'Asie centrale en matière d'intégration économique resteront menacées, dans la mesure où les financements dont les institutions internationales ont besoin pour améliorer et investir dans les infrastructures de l'Afghanistan resteront suspendus ».

Des combattants talibans montent la garde devant un poste de police dans la zone de Ghasabha à Qala-e-Now, dans la province de Badghis, le 14 octobre 2021. (AFP/File Photo)
Des combattants talibans montent la garde devant un poste de police dans la zone de Ghasabha à Qala-e-Now, dans la province de Badghis, le 14 octobre 2021. (AFP/File Photo)

Dimanche dernier, les nations musulmanes se sont engagées à créer un fonds destiné à prévenir l'effondrement économique imminent de l'Afghanistan, qui aurait, selon ces nations, un impact « effroyable » sur la scène mondiale.

Lors d'une réunion spéciale des 57 membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) qui s'est tenue au Pakistan, les délégués ont par ailleurs décidé de collaborer avec les Nations unies pour débloquer les avoirs afghans gelés, qui se chiffrent à des centaines de millions de dollars.

Le fonds promis fournira de l'aide humanitaire par le biais de la Banque islamique de développement (BID). Les pays pourront ainsi faire des dons sans composer directement avec les dirigeants talibans du pays.

Les Afghans ordinaires voient dans le retour des Talibans une arme à double tranchant. Cette évolution a en effet éliminé les seigneurs de la guerre corrompus qui ont imposé leur loi à des régions entières du pays. Elle a également renforcé la sécurité dans le pays.

En revanche, le retour des Talibans a ramené le pays 20 ans en arrière en termes de libertés individuelles et de libertés civiles.

De ce fait, ce sont des dizaines de milliers d'Afghans qui tentent aujourd'hui de quitter le pays, emboîtant le pas à plus de 123 000 civils qui ont été évacués de l'aéroport de Kaboul au mois d’août par les forces américaines et leurs partenaires au sein de la coalition.

À la mi-novembre, le Conseil norvégien pour les réfugiés a rapporté qu'environ 300 000 Afghans ont fui leur pays pour se réfugier en Iran depuis le mois d'août et que près de 5 000 Afghans franchissent illégalement la frontière chaque jour.

Le 2 septembre, des femmes afghanes ont organisé une manifestation inédite pour affirmer qu'elles accepteraient le port de la burqa si le régime taliban permettait à leurs filles d'aller à l'école. (AFP/File Photo)
Le 2 septembre, des femmes afghanes ont organisé une manifestation inédite pour affirmer qu'elles accepteraient le port de la burqa si le régime taliban permettait à leurs filles d'aller à l'école. (AFP/File Photo)

Cet exode massif et l'isolement dans lequel se trouvent les Talibans s'expliquent notamment par leurs positions ultraconservatrices à l'égard des femmes, des minorités ethniques et de la liberté d'expression.

« Les talibans ont certes vaincu leurs rivaux militairement. Toutefois, sur les plans politique, social, économique et académique, ils ont déçu le peuple afghan », confie à Arab News Ahmad Samin, ancien conseiller de la Banque mondiale basé aux États-Unis.

« Ils n'ont pas décroché le soutien des Afghans ni celui de la communauté internationale. Ils ont institué le gouvernement des Talibans, par les Talibans, pour les Talibans. Ils souhaitent être reconnus sans trop d’engagements, mais je pense que la communauté internationale ne fera pas de compromis à cet égard ».

Des combattants talibans patrouillent le long d'une rue de Kaboul, le 2 septembre 2021. (AFP)
Des combattants talibans patrouillent le long d'une rue de Kaboul, le 2 septembre 2021. (AFP)

Isolé, l'Afghanistan se tient à deux doigts d'une catastrophe humanitaire. Les réserves de devises étrangères épuisées, les silos à grains vidés, les hôpitaux à cours de médicaments et l'aide internationale gelée laissent présager un hiver marqué par la faim et la misère pour les Afghans ordinaires.

De surcroît, les coupures de courant menacent de frapper Kaboul et les autres grandes villes, faute de capitaux étrangers permettant de couvrir les besoins en électricité fournie par les pays voisins.

John Simpson, journaliste à la BBC, a réalisé ce mois-ci un reportage dans la ville de Bamiyan, dans le centre de l'Afghanistan, intitulé « Afghans facing ‘hell on earth’ as winter looms » (Les Afghans face à un enfer sur terre à l'approche de l'hiver). Il y explique qu’ « avant la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan au mois d'août, les gens savaient que le gouvernement du président Ashraf Ghani réussirait à affronter la menace d'un rude hiver, grâce à l'aide de la communauté internationale. Cette aide a volé en éclats à la suite de l'effondrement du gouvernement de M. Ghani ».

« Les pays occidentaux ont supprimé l'aide qu'ils fournissaient au pays pour ne pas sembler soutenir un régime qui interdit aux filles de recevoir une éducation et qui préconise la restauration des châtiments dictés par la charia ».

S'adressant à Arab News, le porte-parole des Talibans, Ahmedoullah Wasiq, reconnaît que l'Afghanistan est confronté à des problèmes de taille sur les plans économique et sanitaire. Il attribue toutefois la responsabilité de la crise à la suppression de l'aide et au gel des avoirs du pays.

Le 17 novembre, le ministre des Affaires étrangères des Talibans, Amir Khan Muttaqi, s'est adressé au Congrès américain dans une lettre ouverte dans laquelle il a prévenu que les réfugiés quitteraient l'Afghanistan en masse si Washington refuse de débloquer les avoirs du pays et de lever les sanctions.

Accompagné des responsables talibans (de gauche à droite), Amir Khan Muttaqi, Shahabeddine Delawar et Abdel Latif Mansour, le chef de la délégation des Talibans, Abdel Salam Hanafi (à droite) se promène dans le hall d'un hôtel lors des négociations à Doha, la capitale du Qatar, en août 2021. (AFP/File Photo)
Accompagné des responsables talibans (de gauche à droite), Amir Khan Muttaqi, Shahabeddine Delawar et Abdel Latif Mansour, le chef de la délégation des Talibans, Abdel Salam Hanafi (à droite) se promène dans le hall d'un hôtel lors des négociations à Doha, la capitale du Qatar, en août 2021. (AFP/File Photo)

« Le principal défi auquel notre peuple est confronté actuellement concerne la sécurité financière et il est imputable au gel des avoirs de notre peuple par le gouvernement américain », écrit-il.

Mais comme rien ne laisse présager que les Talibans sont disposés à revoir leur ligne idéologique, les responsables des Nations unies estiment que l'Afghanistan se précipite vers un désastre.

« Le peuple afghan se sent abandonné, oublié et puni en raison d'une situation dont il n'est pas responsable », a souligné Deborah Lyons, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan, lors de la réunion des délégués à New York le mois dernier.

« Laisser le peuple afghan à son sort constituerait une erreur historique, erreur  commise par le passé, qui a entraîné des conséquences tragiques ».

David Beasly, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, estime que 23 millions d'Afghans sont menacés de famine ; la communauté humanitaire est mal équipée pour relever ce défi.

Des milliers d'Afghans fuient la misère dans leur pays et se dirigent vers la frontière sud avec le Pakistan, mais les Talibans les arrêtent. (AFP)
Des milliers d'Afghans fuient la misère dans leur pays et se dirigent vers la frontière sud avec le Pakistan, mais les Talibans les arrêtent. (AFP)

« Le PAM ne possède pas les fonds nécessaires pour fournir de la nourriture à tout le monde. Nous devons décider qui mangera et qui ne le fera pas », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur Twitter le mois dernier. « Combien d'enfants vont mourir de faim avant que le monde ne se réveille ? Il ne faut accepter de voir mourir aucun enfant ».

Nikolai Patrushev, secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, affirme que la situation en Afghanistan prend une tournure critique. Il avertit que le pays peut sombrer à nouveau dans la guerre civile si les Talibans et la communauté internationale ne parviennent pas à un accord.

« La situation actuelle en Afghanistan est sans précédent du point de vue politico-militaire et socio-économique », a déclaré M. Patrushev le mois dernier.

« Si les nouvelles autorités de Kaboul ne parviennent pas à ramener la situation à la normale et si la communauté internationale n'apporte pas un soutien efficace au peuple afghan, on assistera à un scénario catastrophique, entraînant une nouvelle guerre civile, un appauvrissement général de la population et la famine ».

Des enfants afghans se réchauffent avec une couverture dans une maison en terre dans un camp de réfugiés à la périphérie de Laghman. (AFP/File Photo)

Kamran Bokhari, directeur de l'Analytical Development, un groupe de réflexion américain, estime lui aussi que les talibans se heurtent à un lourd dilemme qui risque de plonger le pays dans un nouveau conflit si aucun compromis ne se dégage.

« Les Talibans ont besoin de l'aide financière de la communauté internationale, ils déploient donc des efforts frénétiques pour convaincre le monde qu'ils sont pragmatiques, en dépit de leur nature islamiste radicale », confie M. Bokhari à Arab News. « Mais les Talibans ne peuvent pas être les deux à la fois. Ils doivent changer d'approche, ce qu'ils ne pourront pas faire sans que cela n'entraîne des divisions internes. Nous nous attendons donc à davantage de conflits ».

M. Farhadi reconnaît que les Talibans courent le risque de dissensions internes et de remises en cause de leur pouvoir s'ils ne parviennent pas à résoudre ce dilemme au plus vite et à lever les obstacles qui entravent leur stabilité économique.

« Voilà les risques qui pèsent sur l'Afghanistan ; ils sont réels », a-t-il déclaré. « Les Talibans refusent d'admettre que la pauvreté extrême et l'instabilité politique en Afghanistan sont étroitement liées l'une à l'autre. Les risques engendrés par l'extrême pauvreté ne sont pas illusoires. Les Talibans risquent de connaître de nouvelles violences liées à l'instabilité et risquent de perdre le contrôle ».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

EN CHIFFRES

 

 

* 3 750 victimes parmi les civils depuis mai 2021.

 

* 9,5 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire.


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.