Omicron: les experts veulent un plan d'action mondial contre la Covid-19

Les gens font la queue pour se faire tester pour la Covid- 19 dans un centre de test à Times Square le 9 décembre 2021 à New York. (Photo, AFP)
Les gens font la queue pour se faire tester pour la Covid- 19 dans un centre de test à Times Square le 9 décembre 2021 à New York. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 19 décembre 2021

Omicron: les experts veulent un plan d'action mondial contre la Covid-19

  • La distanciation sociale et les interdictions de voyager sont de retour dans de nombreux pays depuis la détection d'un variant en novembre
  • 8,4 milliards de vaccins administrés, seulement 7,1 % des habitants des pays à faible revenu ont reçu au moins une dose

DUBAÏ : Au moment où le monde pensait avoir franchi un cap dans la lutte contre la Covid-19, les espoirs d'un retour à la normale ont été anéantis lorsque des médecins d'Afrique du Sud ont signalé qu'environ 3 000 de leurs patients avaient contracté un nouveau variant, peut-être plus infectieux et potentiellement plus résistant aux vaccins du coronavirus.

L'émergence le mois dernier de B.1.1.529, nommé Omicron par l'Organisation mondiale de la santé conformément à son système de désignation de variants notables après les lettres de l'alphabet grec, a plongé les gouvernements dans une frénésie quelques semaines seulement avant le début de la saison chargée des voyages de Noël et du nouvel an.

Le port du masque, la distanciation sociale, les tests de masse et le télétravail ont été rapidement réimposés dans de nombreux pays dans le but de contenir la propagation anticipée du nouveau variant, tandis que les gouvernements ont fermé leurs frontières aux voyageurs des pays où l’Omicron était présent.

Malgré la réponse rapide, le variant s’est déjà propagé dans presque tous les continents et devrait devenir la souche dominante, remplaçant le variant précédent, le Delta.

Une travailleuse médicale prépare un vaccin contre le coronavirus (la Covid-19) BioNtech-Pfizer à Makati City, dans la banlieue de Manille, le 29 novembre 2021. (Photo, AFP)

Emmanuel Kouvousis, conseiller scientifique principal chez Vesta Care, estime que le coronavirus continuera de prendre le dessus tant que les pays n'auront pas de plan d'action uni afin d’atteindre un taux mondial de vaccination plus élevé.

«Si je peux faire une prédiction, je dirais que le virus restera là pendant au moins cinq ans à compter du jour où il a commencé», a déclaré Kouvousis à Arab News, ajoutant qu'il est peu probable qu'Omicron soit la dernière mutation de la Covid-19, avec au moins deux autres souches dominantes attendues avant la fin de la pandémie.

Au 1er décembre, le nombre de personnes infectées par l'Omicron en Afrique du Sud avait plus que doublé pour atteindre 8 561. Au moins 11 pays de l'UE ont depuis signalé des cas d'Omicron, tandis que les responsables de la santé au Royaume-Uni s'attendent à voir jusqu'à 1 million de cas d'ici la fin de l'année.

Parmi les pays de coopération du Golfe, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït et Oman ont tous signalé leurs premiers cas d'Omicron. Israël, le Japon et le Maroc ont entièrement fermé leurs frontières aux voyageurs étrangers.

Des voyageurs font la queue au comptoir d'enregistrement de l'aéroport international OR Tambo de Johannesburg le 27 novembre 2021, après que plusieurs pays ont interdit les vols en provenance d'Afrique du Sud à la suite de la découverte du variant Omicron. (Photo, AFP)

Une partie du problème, selon Konstantinos Dimitrakopoulos, directeur et chef de la division médicale chez Intelligent Care Group, est que de nombreuses personnes sont mal informées sur l'effet des vaccins et ont la fausse impression qu'elles sont complètement immunisées une fois vaccinées.

«Le vaccin ne vous empêche d’avoir le virus. Cela ne vous empêche pas de le contracter. Cela ne vous empêche pas de le transmettre. Cela diminue simplement vos chances de mourir ou d'avoir des symptômes graves», a-t-il déclaré à Arab News.

«Pour que le vaccin soit l'outil ultime, nous devrions appuyer sur un bouton et vacciner instantanément des milliards de personnes à la fois », ce qui est, bien sûr, impossible.

Un autre problème est le «décalage temporel massif» entre les populations recevant la première et la deuxième dose du vaccin, ce qui affaiblit naturellement la lutte contre un virus à mutation rapide.

Un technicien de laboratoire travaille dans un laboratoire de pathologie équipé pour dépister les patients de la Covid-19 et ceux infectés par le variant Omicron en provenance de destinations à haut risque dans un hôpital gouvernemental de Chennai. (Photo, AFP)

«La communauté mondiale est passée de la compréhension du virus au dépistage du virus, au développement des vaccins, puis à la vaccination des personnes avec un décalage dans le temps, ce qui est un décalage naturel dû aux restrictions de production», a expliqué Dimitrakopoulos.

La grande inégalité des ressources et des capacités financières entre les pays du monde est l'un des nombreux facteurs qui ont entravé les efforts pour vaincre le virus avant qu'il ne subisse un mutation à nouveau.

Après tout, malgré l'administration de plus de 8,4 milliards de doses de vaccin dans le monde dès le début décembre, une moyenne de seulement 7,1% des habitants des pays à faible revenu ont reçu au moins un vaccin.

«Nous n'avons pas d'usines dans le monde capables de produire les vaccins à une telle échelle, ou de les distribuer et de les administrer simultanément dans un laps de temps très court», a souligné Dimitrakopoulos.

Cependant, le simple fait d'envoyer davantage de vaccins dans les pays les plus pauvres d'Afrique et d'Asie dans l'espoir d'augmenter le taux de vaccination ne résoudra probablement pas le problème.

«Il y a toujours la question de savoir qui va parcourir le dernier kilomètre et apporter les vaccins dans chaque village ou chaque zone et les administrer», s’est demandé Dimitrakopoulos.

Avec la souche Omicron récemment découverte de la Covid-19, les responsables de la santé du monde entier exhortent les gens à se faire vacciner ou à un vaccin de rappel et à se faire tester pour le virus. (Photo, AFP)

Un autre facteur est l'interconnexion du monde et l'absence d'une politique mondiale uniforme pour le dépistage du virus. «Tant que les aéroports sont ouverts, le virus a des moyens illimités de se   propager», a ajouté Dimitrakopoulos.

En effet, la majeure partie de la population mondiale n'est pas suffisamment couverte par un système de santé qui suit des procédures de dépistage strictes, répond rapidement aux cas en imposant l'auto-isolement et fournit des traitements et des vaccinations contre le virus.

La distribution des vaccins n'est pas seulement entravée par les défis logistiques dans le monde en développement. La monopolisation des vaccins en tant que propriété intellectuelle par une poignée de grandes sociétés pharmaceutiques a également limité la production, selon Kouvousis.

Les plus petites «entreprises génériques» n'ont pas accès à la formule du vaccin et, par conséquent, ne sont pas en mesure d'augmenter la production ou d'étendre sa portée dans les pays les plus pauvres, a-t-il révélé.

L'un des facteurs les plus préoccupants est le scepticisme généralisé du public à l'égard des vaccinations. La désinformation ou le manque d'éducation ont signifié que de larges segments de la population négligent les mesures de distanciation sociale et d'hygiène ou s'opposent carrément à recevoir le vaccin.

Ces facteurs combinés ont permis au virus de passer à nouveau entre les mailles du filet. «Il y a eu un retard dans la diffusion du message à l'échelle mondiale», a affirmé Kouvousis.

Des enfants accompagnés de leurs parents font la queue à leur arrivée pour recevoir une dose de vaccin contre la Covid-19, devant le centre de vaccination du Parque das Nacoes à Lisbonne, le 18 décembre 2021. (Photo. AFP)

«Nous avons perdu de l'élan à cause de cette arrogance en tant que communauté médicale qui ne craignait rien et pensait pouvoir tout gérer», a signalé Kouvousis. «Les chiffres montrent maintenant autre chose».

Selon le Centre de ressources sur les coronavirus de l'Université Johns Hopkins, le nombre de morts de la Covid-19 a maintenant dépassé les 5,3 millions dans le monde.

Dimitrakopoulos convient que le monde est devenu complaisant et que davantage aurait pu être fait avant et pendant la pandémie pour mieux se préparer à l'épidémie initiale et à la montée de nouveaux variants.

«Nos plans d'urgence n'ont jamais été testés», a-t-il déclaré. «La première fois qu'ils devaient être testés, ils se sont avérés inefficaces ; tout a été fait de façon ponctuelle et sur-le-champ au fur et à mesure que la pandémie se développait».

Certains pays étaient mieux préparés lorsque la pandémie a frappé, tandis que d'autres se sont bien adaptés pour contenir de nouveaux variants au fur et à mesure de leur apparition.

Un exemple de réussite est celui des Émirats arabes unis, où 100% de la population a reçu sa première dose du vaccin, et plus de 90% sont désormais complètement vaccinés.

Des acheteurs, dont certains portent des masques pour lutter contre la propagation du virus, passent devant les magasins d'Oxford Street à Londres le 18 décembre 2021. (Photo, AFP)

«Lorsque le virus a frappé en février 2020, la capacité quotidienne du marché des Émirats arabes unis à effectuer des tests PCR était d'environ 5 000 échantillons», a éclairci Dimitrakopoulos. Aujourd'hui, les Émirats arabes unis ont la capacité d'effectuer plus d'un demi-million de tests par jour, de traiter des échantillons et de suivre la source du virus.

Le variant Omicron a néanmoins laissé les scientifiques se presser de déterminer sa transmissibilité et sa mortalité.

«Les données prennent du temps à rassembler et à analyser, mais nous devrions avoir une meilleure idée d'ici la fin du mois de décembre si l'omicron est aussi transmissible ou plus hautement transmissible que le variant delta», a déclaré à Arab News, le Dr Matthew Binnicker, directeur de la virologie clinique à la Mayo Clinic à Rochester.

Selon l'OMS, «un nouveau variant ne signifie pas que les choses seront nécessairement pires, mais cela signifie qu'elles seront plus incertaines».

Binnicker a ajouté que «le meilleur moyen d'empêcher l'apparition de mutations est de réduire le nombre de personnes infectées. Si le virus ne peut pas infecter quelqu'un, il n'a pas la possibilité de reproduire son génome et cela empêche les mutations de se produire».

Des études préliminaires montrent qu'une troisième dose d'un vaccin, connue sous le nom de rappel, augmente les niveaux d'anticorps neutralisants de 25 fois par rapport à deux doses, qui à elles seules offrent une protection d'au moins 70% contre le variant omicron.

«Afin de réduire considérablement le nombre d'infections, nous aurons probablement besoin d'un taux d'immunité global (issu de la vaccination et/ou de l'immunité naturelle) d'au moins 80%», a déclaré Binnicker.

«Afin de réduire considérablement le nombre d'infections, nous aurons probablement besoin d'un taux d'immunité global (issu de la vaccination et/ou de l'immunité naturelle) d'au moins 80%», a clarifié Binnicker. «Plus vite nous pourrons vacciner la population mondiale, plus vite nous pourrons réduire le taux d'infections et empêcher l'émergence de nouveaux variants».

Pour faire de cela une réalité, de nombreux membres de la communauté médicale adoptent l'idée de vaccinations obligatoires, une idée qui pourrait bien s'avérer politiquement impopulaire. Pour cette raison, Dimitrakopoulos aimerait que la décision ne soit pas entre les mains des politiciens.

«Afin de s'attaquer au problème politique mondial autour des vaccinations obligatoires, une directive devrait émaner des autorités sanitaires telles que l'OMS et les Centres Américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC)», a-t-il soutenu. « Ni des gouvernements, ni des politiciens».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.


L'eau, enjeu dangereux de la guerre au Moyen-Orient

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  • Dans le viseur de Téhéran désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.
  • "Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg

PARIS: Les attaques contre l'eau sont peu fréquentes en temps de guerre mais elles ont fait leur apparition dans le conflit au Moyen-Orient avec notamment des frappes sur des usines de dessalement d'eau de mer, un secteur vital pour des millions d'habitants dans la région.

Après un ultimatum de Donald Trump, menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas rapidement le détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères. Dans son viseur désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.

"Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l'AFP.

Quelles infrastructures ont été touchées?

En Iran, les installations liées à la gestion de l'eau ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, selon le gouvernement.

"Des dizaines d'installations de transmission et de traitement de l'eau" ont été visées lors de ces attaques qui ont "détruit des parties des réseaux d'approvisionnement critiques", a détaillé dimanche le ministre de l'énergie, Abbas Aliabadi.

A Bahreïn, c'est une station de dessalement de l'eau de mer qui a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones de Téhéran, menée en riposte à une attaque attribuée aux Etats-Unis contre une usine de désalinisation iranienne.

L'eau désalinisée, pourquoi c'est important?

Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.

Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Emirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.

Déjà en 2010, une note d'analyse de la CIA affirmait que "la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première".

Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que "Ryad devrait évacuer dans un délai d'une semaine", dans le cas où l'usine de désalinisation de Jubail qui l'alimente, ou ses oléoducs, étaient "gravement endommagés ou détruits".

Quelles menaces pèsent sur elles?

Outre les frappes, ces usines sont vulnérables aux coupures du courant qui les alimente et à d'éventuelles contaminations de l'eau de mer, notamment de marées noires, affirment plusieurs connaisseurs.

"On a renforcé la sécurité d'accès, les contrôles dans le périmètre immédiat des usines", détaille Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l'entreprise française Veolia, qui alimente en eau désalinisée les régions de Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, et de Jubail en Arabie saoudite.

"Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations", ajoute-t-il, précisant que "dans certains pays, les autorités ont mis des batteries de missiles autour des plus grosses usines, contre la menace drone ou missile".

Pour les marées noires, les opérateurs disposent d'outils pour en diminuer les nuisances.

Quels sont les précédents?

Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années: le Yémen et l'Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l'eau.

Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

Quels effets en cas d'attaque?

Ils peuvent aller de perturbations ponctuelles à des conséquences beaucoup plus lourdes si la situation dure.

"On va potentiellement voir des grandes villes en exode. Et puis des rationnements", imagine Esther Crauser-Delbourg, avec des effets en chaîne sur l'économie: tourisme, industrie, et centres de données, très consommateurs d'eau pour être rafraichis.

Des garde-fous existent, tempère Philippe Bourdeaux de Veolia: les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les conséquences de l'arrêt d'une seule usine, détaille-t-il.

Il ajoute qu'elles ont en général plusieurs jours, de deux à sept, de consommation en réserve, de quoi contenir les pénuries tant que les pannes ne durent pas trop longtemps.

 


Israël frappe Téhéran, l'AIE met en garde contre une grave crise de l'énergie

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
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  • La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
  • Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise mondiale de l'énergie la plus grave de ces dernières décennies, a prévenu l'Agence internationale de l'énergie (AIE), alors qu'Israël a dit s'attendre à "plusieurs semaines de combats" et a frappé de nouveau Téhéran lundi matin.

La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques iraniennes.

En réponse, Téhéran a menacé de fermer complètement le détroit et cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.

La crise de l'énergie a fait réagir le directeur de l'AIE, Fatih Birol, depuis l'Australie. Selon lui, "à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970.

Dans les faits, le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis le début de la guerre, le transit de marchandises s'y étant effondré de 95%, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.

"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. Il est donc nécessaire de mener une action à l'échelle mondiale", a lancé M. Birol, évoquant une "menace majeure" pour l'économie de la planète.

Dans l'espoir d'endiguer la flambée de l'or noir, les Etats-Unis ont même autorisé vendredi pour un mois la vente et la livraison du pétrole iranien se trouvant sur des navires. Mais Téhéran a affirmé n'avoir aucun surplus de pétrole brut en mer.

Outre le blocage du détroit et le fait que Téhéran vise des navires croisant le Golfe, nombre de sites énergétiques des pays du Golfe sont sous le feu de l'Iran. D'après le chef de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays du fait de la guerre lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

Nouvelles attaques à Téhéran 

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale. Un épais panache de fumée noire se dégage toujours dans le ciel d'au moins un point plus d'une heure après l'explosion, a constaté un journaliste de l'AFP.

A Bandar Abbas, dans le sud du pays, l'attaque d'un transmetteur radio "par l'armée terroriste américano-sioniste" a par ailleurs fait un mort et un blessé, a rapporté dans la nuit la radio-télévision publique iranienne Irib.

Dans la capitale iranienne, l'angoisse domine. "La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit Shiva, Téhéranaise de 31 ans.

La nuit a aussi été le théâtre d'attaques dans plusieurs pays du Golfe.

Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a dit répondre à une attaque de missiles et de drones en provenance d'Iran. Deux missiles et un drone ont aussi visé l'Arabie saoudite, selon le gouvernement, tandis que le Bahreïn a fait sonner l'alerte, d'après son ministère de l'Intérieur.

Si Washington entretient le flou sur la fin de ses opérations militaires, entrées dans leur quatrième semaine, Israël a indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.

L'armée israélienne compte "intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes" au Liban pour repousser le Hezbollah "loin de la frontière", a indiqué son chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

Dimanche, elle avait détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, utilisé selon elle par le Hezbollah. Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a estimé qu'il s'agissait d'un "prélude à une invasion terrestre" et dénoncé "une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban", où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Inquiétude sur le nucléaire 

Si Israël et les Etats-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien depuis le lancement de leur offensive le 28 février, Téhéran poursuit ses attaques et ses menaces.

La préoccupation grandissante concerne les attaques ciblant des sites nucléaires.

Samedi soir, deux frappes iraniennes particulièrement destructrices ont fait plus d'une centaine de blessés dans le sud d'Israël. Un des missiles a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres d'un centre stratégique de recherche nucléaire à Dimona, site ultra-secret.

"Nous pensions que nous étions en sécurité. Nous ne nous attendions pas à ça", a déclaré à l'AFP Galit Amir, soignant de Dimona, âgé de 50 ans.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".