Omicron: les experts veulent un plan d'action mondial contre la Covid-19

Les gens font la queue pour se faire tester pour la Covid- 19 dans un centre de test à Times Square le 9 décembre 2021 à New York. (Photo, AFP)
Les gens font la queue pour se faire tester pour la Covid- 19 dans un centre de test à Times Square le 9 décembre 2021 à New York. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 19 décembre 2021

Omicron: les experts veulent un plan d'action mondial contre la Covid-19

  • La distanciation sociale et les interdictions de voyager sont de retour dans de nombreux pays depuis la détection d'un variant en novembre
  • 8,4 milliards de vaccins administrés, seulement 7,1 % des habitants des pays à faible revenu ont reçu au moins une dose

DUBAÏ : Au moment où le monde pensait avoir franchi un cap dans la lutte contre la Covid-19, les espoirs d'un retour à la normale ont été anéantis lorsque des médecins d'Afrique du Sud ont signalé qu'environ 3 000 de leurs patients avaient contracté un nouveau variant, peut-être plus infectieux et potentiellement plus résistant aux vaccins du coronavirus.

L'émergence le mois dernier de B.1.1.529, nommé Omicron par l'Organisation mondiale de la santé conformément à son système de désignation de variants notables après les lettres de l'alphabet grec, a plongé les gouvernements dans une frénésie quelques semaines seulement avant le début de la saison chargée des voyages de Noël et du nouvel an.

Le port du masque, la distanciation sociale, les tests de masse et le télétravail ont été rapidement réimposés dans de nombreux pays dans le but de contenir la propagation anticipée du nouveau variant, tandis que les gouvernements ont fermé leurs frontières aux voyageurs des pays où l’Omicron était présent.

Malgré la réponse rapide, le variant s’est déjà propagé dans presque tous les continents et devrait devenir la souche dominante, remplaçant le variant précédent, le Delta.

Une travailleuse médicale prépare un vaccin contre le coronavirus (la Covid-19) BioNtech-Pfizer à Makati City, dans la banlieue de Manille, le 29 novembre 2021. (Photo, AFP)

Emmanuel Kouvousis, conseiller scientifique principal chez Vesta Care, estime que le coronavirus continuera de prendre le dessus tant que les pays n'auront pas de plan d'action uni afin d’atteindre un taux mondial de vaccination plus élevé.

«Si je peux faire une prédiction, je dirais que le virus restera là pendant au moins cinq ans à compter du jour où il a commencé», a déclaré Kouvousis à Arab News, ajoutant qu'il est peu probable qu'Omicron soit la dernière mutation de la Covid-19, avec au moins deux autres souches dominantes attendues avant la fin de la pandémie.

Au 1er décembre, le nombre de personnes infectées par l'Omicron en Afrique du Sud avait plus que doublé pour atteindre 8 561. Au moins 11 pays de l'UE ont depuis signalé des cas d'Omicron, tandis que les responsables de la santé au Royaume-Uni s'attendent à voir jusqu'à 1 million de cas d'ici la fin de l'année.

Parmi les pays de coopération du Golfe, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït et Oman ont tous signalé leurs premiers cas d'Omicron. Israël, le Japon et le Maroc ont entièrement fermé leurs frontières aux voyageurs étrangers.

Des voyageurs font la queue au comptoir d'enregistrement de l'aéroport international OR Tambo de Johannesburg le 27 novembre 2021, après que plusieurs pays ont interdit les vols en provenance d'Afrique du Sud à la suite de la découverte du variant Omicron. (Photo, AFP)

Une partie du problème, selon Konstantinos Dimitrakopoulos, directeur et chef de la division médicale chez Intelligent Care Group, est que de nombreuses personnes sont mal informées sur l'effet des vaccins et ont la fausse impression qu'elles sont complètement immunisées une fois vaccinées.

«Le vaccin ne vous empêche d’avoir le virus. Cela ne vous empêche pas de le contracter. Cela ne vous empêche pas de le transmettre. Cela diminue simplement vos chances de mourir ou d'avoir des symptômes graves», a-t-il déclaré à Arab News.

«Pour que le vaccin soit l'outil ultime, nous devrions appuyer sur un bouton et vacciner instantanément des milliards de personnes à la fois », ce qui est, bien sûr, impossible.

Un autre problème est le «décalage temporel massif» entre les populations recevant la première et la deuxième dose du vaccin, ce qui affaiblit naturellement la lutte contre un virus à mutation rapide.

Un technicien de laboratoire travaille dans un laboratoire de pathologie équipé pour dépister les patients de la Covid-19 et ceux infectés par le variant Omicron en provenance de destinations à haut risque dans un hôpital gouvernemental de Chennai. (Photo, AFP)

«La communauté mondiale est passée de la compréhension du virus au dépistage du virus, au développement des vaccins, puis à la vaccination des personnes avec un décalage dans le temps, ce qui est un décalage naturel dû aux restrictions de production», a expliqué Dimitrakopoulos.

La grande inégalité des ressources et des capacités financières entre les pays du monde est l'un des nombreux facteurs qui ont entravé les efforts pour vaincre le virus avant qu'il ne subisse un mutation à nouveau.

Après tout, malgré l'administration de plus de 8,4 milliards de doses de vaccin dans le monde dès le début décembre, une moyenne de seulement 7,1% des habitants des pays à faible revenu ont reçu au moins un vaccin.

«Nous n'avons pas d'usines dans le monde capables de produire les vaccins à une telle échelle, ou de les distribuer et de les administrer simultanément dans un laps de temps très court», a souligné Dimitrakopoulos.

Cependant, le simple fait d'envoyer davantage de vaccins dans les pays les plus pauvres d'Afrique et d'Asie dans l'espoir d'augmenter le taux de vaccination ne résoudra probablement pas le problème.

«Il y a toujours la question de savoir qui va parcourir le dernier kilomètre et apporter les vaccins dans chaque village ou chaque zone et les administrer», s’est demandé Dimitrakopoulos.

Avec la souche Omicron récemment découverte de la Covid-19, les responsables de la santé du monde entier exhortent les gens à se faire vacciner ou à un vaccin de rappel et à se faire tester pour le virus. (Photo, AFP)

Un autre facteur est l'interconnexion du monde et l'absence d'une politique mondiale uniforme pour le dépistage du virus. «Tant que les aéroports sont ouverts, le virus a des moyens illimités de se   propager», a ajouté Dimitrakopoulos.

En effet, la majeure partie de la population mondiale n'est pas suffisamment couverte par un système de santé qui suit des procédures de dépistage strictes, répond rapidement aux cas en imposant l'auto-isolement et fournit des traitements et des vaccinations contre le virus.

La distribution des vaccins n'est pas seulement entravée par les défis logistiques dans le monde en développement. La monopolisation des vaccins en tant que propriété intellectuelle par une poignée de grandes sociétés pharmaceutiques a également limité la production, selon Kouvousis.

Les plus petites «entreprises génériques» n'ont pas accès à la formule du vaccin et, par conséquent, ne sont pas en mesure d'augmenter la production ou d'étendre sa portée dans les pays les plus pauvres, a-t-il révélé.

L'un des facteurs les plus préoccupants est le scepticisme généralisé du public à l'égard des vaccinations. La désinformation ou le manque d'éducation ont signifié que de larges segments de la population négligent les mesures de distanciation sociale et d'hygiène ou s'opposent carrément à recevoir le vaccin.

Ces facteurs combinés ont permis au virus de passer à nouveau entre les mailles du filet. «Il y a eu un retard dans la diffusion du message à l'échelle mondiale», a affirmé Kouvousis.

Des enfants accompagnés de leurs parents font la queue à leur arrivée pour recevoir une dose de vaccin contre la Covid-19, devant le centre de vaccination du Parque das Nacoes à Lisbonne, le 18 décembre 2021. (Photo. AFP)

«Nous avons perdu de l'élan à cause de cette arrogance en tant que communauté médicale qui ne craignait rien et pensait pouvoir tout gérer», a signalé Kouvousis. «Les chiffres montrent maintenant autre chose».

Selon le Centre de ressources sur les coronavirus de l'Université Johns Hopkins, le nombre de morts de la Covid-19 a maintenant dépassé les 5,3 millions dans le monde.

Dimitrakopoulos convient que le monde est devenu complaisant et que davantage aurait pu être fait avant et pendant la pandémie pour mieux se préparer à l'épidémie initiale et à la montée de nouveaux variants.

«Nos plans d'urgence n'ont jamais été testés», a-t-il déclaré. «La première fois qu'ils devaient être testés, ils se sont avérés inefficaces ; tout a été fait de façon ponctuelle et sur-le-champ au fur et à mesure que la pandémie se développait».

Certains pays étaient mieux préparés lorsque la pandémie a frappé, tandis que d'autres se sont bien adaptés pour contenir de nouveaux variants au fur et à mesure de leur apparition.

Un exemple de réussite est celui des Émirats arabes unis, où 100% de la population a reçu sa première dose du vaccin, et plus de 90% sont désormais complètement vaccinés.

Des acheteurs, dont certains portent des masques pour lutter contre la propagation du virus, passent devant les magasins d'Oxford Street à Londres le 18 décembre 2021. (Photo, AFP)

«Lorsque le virus a frappé en février 2020, la capacité quotidienne du marché des Émirats arabes unis à effectuer des tests PCR était d'environ 5 000 échantillons», a éclairci Dimitrakopoulos. Aujourd'hui, les Émirats arabes unis ont la capacité d'effectuer plus d'un demi-million de tests par jour, de traiter des échantillons et de suivre la source du virus.

Le variant Omicron a néanmoins laissé les scientifiques se presser de déterminer sa transmissibilité et sa mortalité.

«Les données prennent du temps à rassembler et à analyser, mais nous devrions avoir une meilleure idée d'ici la fin du mois de décembre si l'omicron est aussi transmissible ou plus hautement transmissible que le variant delta», a déclaré à Arab News, le Dr Matthew Binnicker, directeur de la virologie clinique à la Mayo Clinic à Rochester.

Selon l'OMS, «un nouveau variant ne signifie pas que les choses seront nécessairement pires, mais cela signifie qu'elles seront plus incertaines».

Binnicker a ajouté que «le meilleur moyen d'empêcher l'apparition de mutations est de réduire le nombre de personnes infectées. Si le virus ne peut pas infecter quelqu'un, il n'a pas la possibilité de reproduire son génome et cela empêche les mutations de se produire».

Des études préliminaires montrent qu'une troisième dose d'un vaccin, connue sous le nom de rappel, augmente les niveaux d'anticorps neutralisants de 25 fois par rapport à deux doses, qui à elles seules offrent une protection d'au moins 70% contre le variant omicron.

«Afin de réduire considérablement le nombre d'infections, nous aurons probablement besoin d'un taux d'immunité global (issu de la vaccination et/ou de l'immunité naturelle) d'au moins 80%», a déclaré Binnicker.

«Afin de réduire considérablement le nombre d'infections, nous aurons probablement besoin d'un taux d'immunité global (issu de la vaccination et/ou de l'immunité naturelle) d'au moins 80%», a clarifié Binnicker. «Plus vite nous pourrons vacciner la population mondiale, plus vite nous pourrons réduire le taux d'infections et empêcher l'émergence de nouveaux variants».

Pour faire de cela une réalité, de nombreux membres de la communauté médicale adoptent l'idée de vaccinations obligatoires, une idée qui pourrait bien s'avérer politiquement impopulaire. Pour cette raison, Dimitrakopoulos aimerait que la décision ne soit pas entre les mains des politiciens.

«Afin de s'attaquer au problème politique mondial autour des vaccinations obligatoires, une directive devrait émaner des autorités sanitaires telles que l'OMS et les Centres Américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC)», a-t-il soutenu. « Ni des gouvernements, ni des politiciens».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.