Washington triomphe dans sa bataille pour l’extradition d’Assange

Dans cette photo d'archive prise le 19 mai 2017, le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, apparait sur le balcon de l'ambassade de l'Équateur à Londres. Le gouvernement américain a remporté vendredi un appel contre une décision de justice de Londres qui avait bloqué l'extradition du fondateur de WikiLeaks Julian Assange de Grande-Bretagne. (Justin Tallis/AFP)
Dans cette photo d'archive prise le 19 mai 2017, le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, apparait sur le balcon de l'ambassade de l'Équateur à Londres. Le gouvernement américain a remporté vendredi un appel contre une décision de justice de Londres qui avait bloqué l'extradition du fondateur de WikiLeaks Julian Assange de Grande-Bretagne. (Justin Tallis/AFP)
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Publié le Vendredi 10 décembre 2021

Washington triomphe dans sa bataille pour l’extradition d’Assange

  • Les hauts magistrats britanniques sont revenus sur la décision initiale de la juge Vanessa Baraitser, qui s'était opposée à la remise aux autorités américaines de l'Australien de 50 ans
  • Poursuivi notamment pour espionnage, il risque jusqu'à 175 ans de prison dans une affaire qui représente, selon ses soutiens, une attaque gravissime contre la liberté de la presse

LONDRES : Les États-Unis ont remporté vendredi à Londres une victoire majeure dans leur bataille pour obtenir l'extradition du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, la Haute Cour annulant une décision de première instance qui s'y opposait.

Les hauts magistrats britanniques sont revenus sur la décision initiale de la juge Vanessa Baraitser, qui il y a près d'un an s'était opposée à la remise aux autorités américaines de l'Australien âgé de 50 ans, invoquant le risque de suicide du fondateur de WikiLeaks s'il était incarcéré aux États-Unis. La Cour a estimé que les États-Unis avaient fourni des assurances répondant aux inquiétudes de la juge.

Julian Assange entend toutefois former un recours auprès de la Cour suprême après la décision de vendredi, a annoncé sa compagne Stella Moris. Il a 14 jours pour le faire. La Cour suprême peut refuser de s'en saisir.

Face à la presse devant la Haute Cour à Londres, elle a dénoncé le "cynisme" de la décision de la Haute Cour, durant la journée internationale des droits humains.

"Julian a révélé les crimes de la CIA, les tortures de la CIA", a-t-elle déclaré, "comment peuvent-ils accepter une extradition vers le pays qui a comploté pour tuer Julian (...) à cause de ce qu'il a publié?", a-t-elle poursuivi, décrivant son compagnon comme un représentant de "toutes nos libertés et tous nos droits".

Moscou, qui prend régulièrement la défense de Julian Assange, a jugé "honteuse" la décision rendue à Londres, y voyant "une nouvelle illustration de la vision du monde cannibale du tandem anglo-saxon".

De son côté, Reporters sans frontières a "condamné" la décision de justice britannique, appelant une nouvelle fois à la libération d'Assange.

Les États-Unis reprochent à Julian Assange d'avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700.000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, en particulier en Irak et en Afghanistan.

Poursuivi notamment pour espionnage, il risque jusqu'à 175 ans de prison dans une affaire qui représente, selon ses soutiens, une attaque gravissime contre la liberté de la presse.

Incarcéré dans une prison de haute sécurité près de Londres depuis deux ans et demi, Julian Assange avait été arrêté par la police britannique en avril 2019 après avoir passé sept ans dans l'ambassade londonienne de l'Equateur où il s'était réfugié alors qu'il était en liberté sous caution.

Il craignait alors une extradition vers les États-Unis, ou la Suède où il faisait l'objet de poursuites pour viol depuis abandonnées.

- «Alcatraz des Rocheuses» -

Lors de l'audience en appel au sujet de son extradition fin octobre, les États-Unis ont cherché à rassurer sur le traitement qui serait réservé au fondateur de WikiLeaks.

Les Etats-Unis ont assuré qu'il ne serait pas incarcéré à la prison de très haute sécurité ADX de Florence, dans le Colorado, surnommée l'"Alcatraz des Rocheuses", où sont notamment détenus à l'isolement quasi-total des membres d'Al-Qaïda.

La justice américaine s'assurerait que le fondateur de WikiLeaks reçoive les soins cliniques et psychologiques nécessaires et qu'il puisse demander à purger sa peine en Australie.

Les hauts magistrats britanniques ont souligné que les assurances fournies par les Etats-Unis étaient des "engagements solennels proposés par un gouvernement à un autre", selon un résumé de leur décision.

En octobre, l'avocat de Julian Assange, Edward Fitzgerald, avait estimé que les assurances américaines ne changaient rien et que subsistait "un grand risque de suicide, quelles que soient les mesures" qui seraient prises.

Le mois dernier, Stella Moris, avec laquelle Julian Assange a eu deux enfants lorsqu'il était reclus à l'ambassade d'Equateur, a annoncé que le couple avait reçu l'autorisation de se marier à la prison de Belmarsh où l'Australien est détenu.

Il a également reçu le soutien d'une quarantaine de députés français de tous bords qui ont plaidé pour que Julian Assange puisse bénéficier de l'asile politique en France.

Julian Assange, héros controversé de la liberté d'informer

"Terroriste high tech" ou héros traqué de la liberté d'informer, le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, qui a perdu vendredi une étape importante dans sa bataille pour éviter l'extradition vers les États-Unis, a vu son image se troubler avec le temps.

Les États-Unis veulent juger l'Australien de 50 ans pour une fuite massive de documents. Une juge britannique s'y était opposée en première instance, mettant en avant un risque de suicide s'il était extradé, mais après des assurances de Washington sur ses conditions de détention, la Haute Cour de Londres a cassé vendredi cette décision.

Les avocats d'Assange ont cependant l'intention de saisir la Cour suprême, selon sa compagne Stella Moris, qui a souligné vendredi qu'il était privé de liberté depuis 11 ans.

Les États-Unis reprochent à Julian Assange d'avoir diffusé, à partir de 2010 sur sa plateforme WikiLeaks plus de 700.000 documents concernant les activités militaires et diplomatiques de Washington, notamment en Irak et Afghanistan.

Il risque jusqu'à 175 ans de prison et est détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh, dans l'est de Londres, depuis deux ans et demi. Il y avait été écroué immédiatement après avoir été extrait en avril 2019 de l'ambassade d'Équateur, où il s'était réfugié sept ans plus tôt, déguisé en coursier. A l'époque il était sous le coup de poursuites pour viol en Suède, depuis abandonnées.

Pendant ses années de réclusion dans ces locaux diplomatiques, Assange a eu deux enfants avec Stella Moris, l'une de ses avocates.

Son image de "cyber-warrior" aux cheveux blancs s'est brouillée au fil des ans, en particulier avec la diffusion par sa plateforme, en 2016, pendant la campagne présidentielle américaine, de milliers de courriels piratés provenant du Parti démocrate et de l'équipe d'Hillary Clinton.

Ces révélations avaient alors suscité des éloges appuyés du candidat Donald Trump, qui avait lancé lors d'un meeting: "J'adore WikiLeaks !" Selon la CIA, ces documents ont été obtenus auprès d'agents russes, ce que nie la plateforme.

Cet épisode a alimenté les soupçons, par ses détracteurs, de collusion avec la Russie d'un Julian Assange dont les révélations se font souvent au détriment des Etats-Unis, et qui a collaboré avec la chaîne de télévision RT, proche du Kremlin.

- «Libérer la presse» -

L'Australien a commencé sa vie ballotté de droite à gauche par sa mère, Christine Ann Assange, une artiste de théâtre séparée de son père avant sa naissance.

Il compare son enfance à celle de Tom Sawyer, entre construction de radeau et explorations de son environnement. A 15 ans, il a déjà vécu dans plus de 30 villes australiennes avant de se poser à Melbourne où il étudie les mathématiques, la physique et l'informatique.

Happé par la communauté des hackers, il commence à pirater les sites internet de la Nasa ou du Pentagone en utilisant le pseudonyme de "Mendax".

Lorsqu'il lance WikiLeaks pour "libérer la presse" et "démasquer les secrets et abus d'Etat", il devient, selon un de ses biographes, "l'homme le plus dangereux du monde".

Il devient connu du grand public en 2010 avec la publication des centaines de milliers de documents américains. Il est alors présenté comme un champion de la liberté d'informer.

Dix ans avant son élection à la présidence des Etats-Unis, Joe Biden, alors vice-président de Barack Obama, estimait lui que Julian Assange s'apparentait davantage à un "terroriste high tech" qu'à un héritier des "Pentagon papers" ayant révélé dans les années 1970 les mensonges des États-Unis sur la guerre du Vietnam.

"Selon le vice-président nord-américain, la vérité sur les Etats-Unis, c'est du terrorisme", avait rétorqué Assange.

Sa notoriété grandit, les critiques s'accumulent.

En 2011, les cinq journaux (dont The New York Times, The Guardian et Le Monde) associés à WikiLeaks condamnent la méthode de la plateforme, qui rend publics des télégrammes du département d'Etat américain non expurgés. Ils estiment que les documents sont susceptibles de "mettre certaines sources en danger". La critique sera reprise par le lanceur d'alerte Edward Snowden.

Mais un noyau dur lui est resté fidèle, à l'instar de la créatrice britannique Vivienne Westwood, et nombre d'associations de journalistes ou de défense des droits humains.

Vendredi, sa compagne a estimé que la décision de la Haute Cour à Londres allait "contre les fondamentaux de la liberté de la presse et de la démocratie".

Les grandes dates d'une saga judiciaire

Voici les grandes dates du feuilleton judiciaire autour de Julian Assange, dont la justice britannique a écrit un nouvel épisode vendredi en annulant en appel le refus d'extrader le fondateur de WikiLeaks vers les Etats-Unis.

- Révélations et mandat d'arrêt -

Fin juillet 2010, la presse mondiale publie 70.000 documents confidentiels sur les opérations de la coalition internationale en Afghanistan diffusés par le site internet WikiLeaks. 400.000 rapports concernant l'invasion américaine en Irak sont publiés en octobre puis, un mois plus tard, le contenu de 250.000 câbles diplomatiques américains.

Le 18 novembre, la Suède lance un mandat d'arrêt européen contre Julian Assange dans le cadre d'une enquête pour viol et agression sexuelle de deux Suédoises en août 2010. L'Australien assure qu'elles étaient consentantes.

Assange se livre à la police britannique le 7 décembre. Il est détenu neuf jours puis assigné à résidence.

En février 2011, un tribunal londonien valide la demande d'extradition suédoise. L'Australien redoute d'être extradé aux Etats-Unis et d'y encourir la peine de mort.

- Réfugié à l'ambassade d'Equateur -

Le 19 juin 2012, Assange se réfugie à l'ambassade d'Equateur à Londres et demande l'asile politique. L'Equateur, présidé alors par la figure de la gauche sud-américaine Rafael Correa, le lui accorde en août puis exige en vain un sauf-conduit de Londres pour qu'il se rende en Equateur.

Assange restera cloîtré dans l'ambassade pendant près de sept ans et obtiendra la nationalité équatorienne, avant d'en être déchu.

Le 2 avril 2019, le président équatorien Lenin Moreno - en rupture avec son prédécesseur - affirme qu'Assange a violé l'accord sur ses conditions d'asile. Le 11, il est arrêté dans l'ambassade par la police britannique.

- Enquête sur le viol rouverte -

Aussitôt, l'avocate de la femme qui accuse Julian Assange de viol en Suède annonce qu'elle va demander la réouverture de l'enquête, classée sans suite en 2017. Les faits concernant l'autre plainte, pour agression sexuelle, ont été prescrits en 2015.

Le 1er mai 2019, Julian Assange est condamné à 50 semaines de prison par un tribunal londonien pour violation des conditions de sa liberté provisoire.

Le 13, le parquet de Stockholm annonce la réouverture de l'enquête pour viol.

- Nouvelle inculpation américaine -

Le 23 mai 2019, la justice américaine, qui l'accuse déjà de "piratage informatique", l'inculpe de 17 nouveaux chefs en vertu des lois anti-espionnage. Assange encourt jusqu'à 175 ans d'emprisonnement.

Le 31, le rapporteur de l'ONU sur la torture, après avoir rencontré Assange en prison, estime qu'il présente "tous les symptômes (de) torture psychologique". Il affirmera en novembre que le traitement infligé à Assange met sa vie "en danger".

Le 21 octobre, Julian Assange, confus et bredouillant, comparaît pour la première fois devant le tribunal de Westminster.

- Abandon des poursuites en Suède -

Le 19 novembre, le parquet suédois classe sans suite l'enquête pour viol, faute de preuves.

- Refus d'extradition -

Le 24 février 2020, la justice britannique commence l'examen de la demande américaine d'extradition. Reportée en raison de la pandémie de coronavirus, l'audience reprend en septembre. Julian Assange confirme qu'il refuse d'être extradé. Sa compagne, l'avocate Stella Morris, prévient que le livrer aux Etats-Unis reviendrait à une "peine de mort".

Le 4 janvier 2021, la juge Vanessa Baraitser rejette la demande, estimant que les conditions d'incarcération aux Etats-Unis posent un risque de suicide.

La justice britannique décide de maintenir Julian Assange en détention.

- Annulation en appel du refus d'extradition -

Le 12 février, le gouvernement américain fait appel du refus d'extradition. 

L'audience en appel débute le 27 octobre. L'avocat des Etats-Unis conteste les risques de suicide, assurant qu'en cas d'extradition Assange ne serait pas incarcéré à la prison de très haute sécurité ADX de Florence (Colorado), qu'il recevrait les soins cliniques et psychologiques nécessaires et qu'il pourrait demander à purger sa peine en Australie.

L'avocat d'Assange affirme lui que subsiste "un grand risque de suicide".

Le 10 décembre, la Haute Cour de Londres annule en appel le refus d'extradition, estimant que les Etats-Unis ont fourni des assurances sur le traitement qui serait réservé au fondateur de WikiLeaks.

La justice britannique devra de nouveau statuer sur la demande d'extradition américaine.


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
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  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.