Présidentielle: quand Zemmour «dédiabolise» Le Pen

Une pancarte "Arrêtez de répandre la haine, Monsieur Zemmour !" brandie lors d'un rassemblement contre la visite à Genève du journaliste français d'extrême droite Eric Zemmour le 24 novembre 2021. (Fabrice Coffrini / AFP)
Une pancarte "Arrêtez de répandre la haine, Monsieur Zemmour !" brandie lors d'un rassemblement contre la visite à Genève du journaliste français d'extrême droite Eric Zemmour le 24 novembre 2021. (Fabrice Coffrini / AFP)
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Publié le Vendredi 26 novembre 2021

Présidentielle: quand Zemmour «dédiabolise» Le Pen

  • Marine Le Pen a concédé samedi que le polémiste, avec la "brutalité" de ses propositions lui rendait "service", notamment en la recentrant politiquement
  • Outre des sondages en berne, des salles refusent Zemmopur, comme à Londres ou à Genève, et l'organisation fragile de sa campagne suscite des critiques en interne

PARIS : Marine Le Pen, désireuse de "rassurer" les Français en 2022 pourrait paradoxalement bénéficier de la diabolisation et des difficultés rencontrées par son rival Eric Zemmour sur le point d'officialiser sa candidature à la présidentielle.

"Elle me plaît ! Zemmour est trop violent, trop clash et trop raciste. Marine, elle n'est pas raciste", s'exclame Karine Poulain, mère au foyer de 50 ans, venue saluer la candidate du Rassemblement national jeudi à la foire de Vesoul.

Marine Le Pen a elle-même concédé samedi que le polémiste, avec la "brutalité" de ses propositions lui rendait "service", notamment en la recentrant politiquement.

"La brutalité qui émane des propositions d'Eric Zemmour et son côté mono-thématique (NDLR: sur l'immigration) démontre que nous avons, en ce qui nous concerne, un projet complet, travaillé (...) avec des équipes pour le porter", soutient la responsable d'extrême droite, qui progresse un peu désormais dans les sondages quand Eric Zemmour semble stagner, après avoir été donné au second tour à sa place.

Marine Le Pen, qui veut "rassurer" les Français sur sa capacité à exercer le pouvoir, malgré son débat raté de 2017 et son échec aux régionales, admet que son futur adversaire la "recentre" et peut représenter "une réserve de voix (pour le second tour) plus importante que celle de Nicolas Dupont-Aignan", avec qui elle s'était alliée entre les deux tours en 2017, en lui promettant d'être son Premier ministre.

- «Expérience» -

Après un démarrage fulgurant, le putatif prétendant à l'Élysée, qui doit annoncer dans les prochains jours sa candidature, butte sur des difficultés. Outre des sondages en berne, des salles le refusent, comme à Londres ou à Genève, et l'organisation fragile de sa campagne suscite des critiques en interne.

Jusqu'au retrait cette semaine du soutien du financier Charles Gave, tandis que l'ex LR Jean-Frédéric Poisson, qui était prêt à s'occuper des législatives, n'a toujours pas renoncé à sa propre candidature en 2022.

Son point presse devant le Bataclan le jour anniversaire des attentats a fait tousser jusqu'au sein de la rédaction de l'hebdomadaire ultraconservateur Valeurs actuelles.

Quant à l'ami Philippe de Villiers, il ne viendra pas au Zénith à Paris le 5 décembre pour son premier meeting de campagne.

Eric Zemmour "est classé extrême-extrême droite et dans ce cas là Marine est reportée vers le centre. Elle bénéficie somme toute de la persécution dont Zemmour est la victime", a admis jeudi l'ancien président du FN (devenu RN) Jean-Marie Le Pen, exclu lui-même de son parti en 2015 pour ses propos polémiques sur la Shoah.

Le cofondateur du FN soutiendra le mieux placé des deux mais il considère aujourd'hui que le polémiste n'a pas "l'expérience" de sa fille et lui prédit une campagne "douloureuse".

- Femmes -

Eric Zemmour, c'est un retour au FN de 1998 et l'antithèse de la dédiabolisation conçue à partir de 2002 par les cadres du parti, qui visait à "en finir avec les déclarations polémiques", explique l'historien spécialiste de l'ultradroite Nicolas Lebourg.

"L'hostilité des femmes envers le (vote) RN n'est plus", en raison d'une "posture moins guerrière et plus apaisée affichée" par Marine Le Pen, et de la "précarisation accrue des femmes", analyse une note récente de la Fondation Jean-Jaurès.

Or dans le cas d'Eric Zemmour, dont les propos à l'égard des femmes sont régulièrement dénoncés au RN, les femmes voteraient moins pour lui que les hommes.

La candidate du RN a également mis l'accent sur le pouvoir d'achat et le volet social de son programme, un point jugé faible chez son rival.

Reste que les deux prétendants ont beaucoup de points communs. Ils sont hostiles aux quotas pour les femmes et ont des projets similaires sur l'immigration et la "préférence nationale", qui passeraient par une révision en profondeur de la Constitution.

Zemmour, une campagne tout en fracas, en quête d'un nouveau souffle

 

Eric Zemmour boucle vendredi à Marseille une campagne électorale qui n'aura jamais dit son nom, tout en fracas, marquée par une envolée sondagière et des polémiques incessantes, mais qui semble marquer le pas à l'approche d'une annonce de candidature attendue dans les tout prochains jours.

"Peut-être qu'il faut passer à l'action", fait mine de se demander début juin l'éditorialiste du Figaro et animateur d'une émission quotidienne sur CNews, tandis que le malaise grandit à Europe 1, en plein rapprochement avec la chaîne ultra-conservatrice de Vincent Bolloré, grand ami d'Eric Zemmour.

Les signaux d'une possible candidature du polémiste d'extrême droite, mesuré pour la première fois par l'Ifop à 5,5% d'intentions de vote, se multiplient après l'échec du RN aux régionales.

Dès le lendemain du second tour le 27 juin, des affiches "Zemmour président" fleurissent sur les murs de plusieurs villes. Le Journal officiel publie l'agrément de l'association de financement du parti Les Amis d'Eric Zemmour, par la Commission des comptes de campagne.

Premier caillou dans la chaussure du putatif prétendant à l'Elysée, la maison d'édition Albin Michel ne publiera pas son nouvel essai en raison de son projet "de s'engager dans la présidentielle".

Fin août, il n'est toujours pas candidat mais son équipe fait savoir qu'elle a réuni une centaine de promesses de parrainages, alors qu'il n'y en aurait en réalité qu'une dizaine.

Invité dans le Vaucluse par un entrepreneur proche de François Fillon, Rafik Smati, le polémiste assène que Marine Le Pen "ne gagnera jamais" la présidentielle.

Il expose ses obsessions d'une France "en danger de mort" qui sera en 2050 "un pays à moitié islamique", et avance ses propositions controversées: "arrêter" l'immigration et "obliger les gens à donner des prénoms français" parce qu'"appeler son enfant Mohamed, c'est coloniser la France".

- «Ambiguïté» -

Le coup d'envoi de sa pré-campagne est lancé le 17 septembre à Toulon, où Eric Zemmour entame la promotion de son livre "La France n'a pas dit son dernier mot", dans des conférences qui prennent vite l'allure de meetings.

"Zemmour président" scandent à chaque fois ses jeunes soutiens dans des salles souvent pleines, tandis que des manifestants à l'extérieur protestent contre sa venue, comme à Nantes.

Le maire de Béziers Robert Ménard, qui soutient Marine Le Pen et apprécie aussi Eric Zemmour, s'inquiète d'une division du "camp national" mais échoue à les réunir dans sa ville. Eric Zemmour est alors crédité de 7 à 8% dans les sondages.

Considéré par le CSA comme une "personnalité politique", son temps de parole est décompté et il doit quitter son émission phare sur CNews.

Il crie à la "censure" mais est aussitôt invité sur tous les plateaux, tandis que des débats sur la couverture du non candidat agitent les rédactions.

L'hypothèse de sa candidature parasite la rentrée à Fréjus de Marine Le Pen qui multiplie les clins d'oeil à son égard tout en marquant ses différences.

La fascination ou la répulsion qu'il génère réjouissent l'intéressé, interrogé tous les jours sur sa candidature. "C'est mon intérêt de faire durer l'ambiguïté", dit-il.

"Candidat au débat", il affronte en duel sur BFMTV le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon devant quatre millions de téléspectateurs, avant d'être reçu à Budapest par le Premier ministre hongrois ultraconservateur Viktor Orban.

- Nuages -

Coup de tonnerre le 6 octobre: Eric Zemmour est donné au second tour à 17-18% devant Marine Le Pen. La perspective de ne pas se qualifier pour le deuxième tour, une première dans les sondages depuis des années, pousse la candidate du RN à hausser le ton face au polémiste. Elle demande à son rival de se déclarer et met l'accent sur le pouvoir d'achat, point jugé faible chez Eric Zemmour.

Son lieutenant, le président du RN Jordan Bardella, dénonce la "brutalité" d'Eric Zemmour sur les femmes.

Le putatif candidat, condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale, s'amuse à prendre pour cible des journalistes avec un fusil, après avoir souhaité ôter le pouvoir aux médias. Le jour anniversaire des attentats du 13-Novembre, il accuse François Hollande de n'avoir pas "protégé les Français". Devant le Bataclan.

Pendant que le groupe Lagardère, dans le giron de Bolloré, remanie les directions de Paris-Match et du JDD, il amplifie la mobilisation, affiche ralliements et financements, ainsi qu'un QG rue Goujon, à deux pas de l'Elysée.

Mais au terme de sa fulgurante percée, les nuages s'amoncellent, avec des sondages qui stagnent à 13-15%, des salles qui le refusent comme à Londres et Genève, et une organisation fragile qui suscite des critiques en interne. Jusqu'au retrait cette semaine du soutien du financier Charles Gave, qui lui a accordé un prêt de 300.000 euros.

Dans son entourage, on le conjure de se déclarer vite pour réenclencher une dynamique. L'annonce est imminente, attendue en amont du congrès des Républicains, autre cible pour celui se présentant comme le seul héritier du RPR, qui commence mercredi.

La salle pour son premier meeting de campagne est déjà réservée: ce sera le dimanche 5 décembre au Zénith de Paris.

Zemmour prié par le diocèse de Marseille de ne pas s'exprimer à la «Bonne Mère»

Le diocèse de Marseille a prié Eric Zemmour, en déplacement dans la cité phocéenne, de ne pas s'exprimer dans l'enceinte de la "Bonne Mère", l'emblématique basilique Notre-Dame-de-la-Garde, où il avait prévu un point-presse vendredi après-midi.

"Ce qui a été demandé à M. Zemmour c'est que ce point-presse se passe à l'extérieur des grilles du sanctuaire, car il s'agit d'un lieu privé et surtout d'un lieu sacré", a précisé le diocèse à l'AFP, en confirmant l'information initiale du site d'investigation local Marsactu.

"Qu'il visite Notre-Dame est son droit, mais ce n'est pas le lieu pour une déclaration politique", a insisté le diocèse auprès de l'AFP, en précisant que cette demande serait la même quel que soit le parti politique concerné. "Et nous espérons que cette requête sera respectée", a-t-il ajouté.

Le polémiste d'extrême droite, condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale, avait prévu de s'exprimer devant la presse vendredi, "côté parvis" de Notre-Dame-de-la-Garde, lors d'une visite de deux jours dans la deuxième ville de France.

Avant ce point-presse et sa visite à Notre-Dame-de-la-Garde, M. Zemmour a prévu une "déambulation" dans le quartier du Panier, derrière l'hôtel de ville. Samedi, il doit se rendre sur le Vieux-Port, au marché aux poissons, après un "rendez-vous provençal" vers la cathédrale de la Major.


Macron au Caire: vers une consolidation du plan arabe de reconstruction à Gaza

La visite du président français Emmanuel Macron en Égypte, qui se déroulera du 6 au 8 avril, s'articulera autour de deux axes principaux: renforcer les relations bilatérales en les transformant en un partenariat stratégique et consolider le plan de reconstruction de Gaza. (AFP)
La visite du président français Emmanuel Macron en Égypte, qui se déroulera du 6 au 8 avril, s'articulera autour de deux axes principaux: renforcer les relations bilatérales en les transformant en un partenariat stratégique et consolider le plan de reconstruction de Gaza. (AFP)
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  • Le président français rencontrera des acteurs humanitaires français et internationaux, ainsi que des représentants des Nations unies et des acteurs sanitaires
  • Un protocole d’accord sanitaire sera signé «pour renforcer le soutien français au système de santé égyptien et contribuer à l’aide humanitaire dans la bande de Gaza»

PARIS: La visite du président français Emmanuel Macron en Égypte, qui se déroulera du 6 au 8 avril, s'articulera autour de deux axes principaux: renforcer les relations bilatérales en les transformant en un partenariat stratégique et consolider le plan de reconstruction de Gaza.

Le lundi matin, selon le palais de l’Élysée, la visite débutera par un entretien en tête-à-tête entre le président français et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, suivi d’une réunion élargie avec plusieurs membres des gouvernements des deux pays.

La délégation française comprendra notamment le ministre des Armées, Sébastien Le Cornu, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le ministre des Transports, Philippe Soro, et la ministre du Travail et de la Santé, Catherine Vautrin.

Les discussions porteront sur l’ensemble des crises au Moyen-Orient, y compris celles en Libye, au Soudan, au Liban, en Syrie et en Iran.

Cependant les discussions se concentreront sur la situation à Gaza, avec un accent particulier sur le plan de reconstruction récemment adopté par la Ligue arabe, en partenariat avec l’Organisation de la coopération islamique (OCI). 

La deuxième journée de la visite, indique l’Élysée, se déroulera à Al-Arich (au nord du Sinaï) et sera dédiée à la gestion de la crise à Gaza, marquée récemment par une détérioration dramatique de la situation humanitaire. 

Le président français rencontrera des acteurs humanitaires français et internationaux, ainsi que des représentants des Nations unies et des acteurs sanitaires présents sur place. 

Un protocole d’accord sanitaire sera signé «pour renforcer le soutien français au système de santé égyptien et contribuer à l’aide humanitaire dans la bande de Gaza» indique l’Élysée, ajoutant que «malgré les difficultés d’accès, la France reste déterminée à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza».

Outre les préoccupations humanitaires, la question de la sécurité à Gaza sera un point central des discussions. Le président échangera avec le contingent français déployé dans le cadre de la mission européenne EUBAM, chargée de sécuriser le point de passage de Rafah et de soutenir le retour de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, «élément clé pour un avenir stable et sécurisé» selon le palais présidentiel.

La visite constitue également une occasion pour réaffirmer le soutien français au plan de reconstruction de Gaza, porté par la Ligue arabe en partenariat avec l’Organisation de la coopération islamique (OCI). 

La France souligne l’importance de «définir un cadre de sortie de crise solide avant même de considérer une solution politique durable fondée sur le principe de deux États».

Cette approche inclut, selon l’Élysée, «la sécurité et la gouvernance de Gaza, ainsi que la nécessité d’une coordination avec les partenaires internationaux, dont les États-Unis et les acteurs arabes».

Le président français et son homologue égyptien «entretiennent des échanges réguliers sur ces questions, témoignant de la proximité et de l’intensité de leurs relations bilatérales», souligne l’Élysée.

Cependant leur volonté de conjuguer les efforts, pour une sortie de crise et un plan de reconstruction, reste pour l’instant compromise par la position des États-Unis, qui plaident pour une éviction des Gazaouis de leur territoire et celle d’Israël qui tente dans l’immédiat d’élargir sa mainmise sur une partie de l’enclave.

Interrogé au sujet d’une éventuelle reconnaissance de la Palestine, au cours de cette visite, l’Élysée a esquivé la question, indiquant que Macron «n’exclut pas, à terme, la reconnaissance de l’État palestinien, considérée comme une étape potentielle vers la résolution du conflit.»

Mais cette démarche «pourrait intervenir à un moment opportun, notamment en amont de la conférence de juin organisée sous l’égide des Nations unies, avec le soutien de l’Arabie saoudite».

Cette reconnaissance, ajoute l’Élysée en coordination avec les partenaires arabes et européens, «vise à contribuer à une sortie de crise et à répondre aux aspirations des peuples palestinien et israélien» et la conférence de juin prochain «portera sur des questions politiques clés», en s’appuyant sur les résolutions du Conseil de sécurité et les paramètres internationaux.

La visite du président français sera également l’occasion d’aborder des questions stratégiques, notamment en mer Rouge où le contexte sécuritaire reste tendu.

Le passage du porte-avions Charles de Gaulle dans le canal de Suez souligne l’engagement de la France en faveur de la sécurité maritime dans cette région stratégique.

Le renforcement de la coopération militaire franco-égyptienne se concrétise également par la livraison de nouveaux Rafales, dans le cadre d’un contrat signé précédemment. 

«Ces livraisons coïncideront avec la visite du président français, qui sera accompagnée d’un volet défense renforcé au sein de la délégation officielle», affirme l’Élysée.

Au-delà des enjeux sécuritaires et humanitaires, la visite du président français inclut également un volet culturel majeur. Le lancement de la nouvelle Université française d’Égypte et la signature de plus d’une dizaine d’accords universitaires illustrent l’ambition de renforcer les liens éducatifs et culturels entre les deux pays.

 


Droits de douane: la France en appelle au patriotisme des entreprises

Face aux droits de douane massifs annoncés par les Etats-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l'Economie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques. (AFP)
Face aux droits de douane massifs annoncés par les Etats-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l'Economie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques. (AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis, et de 20% pour celles arrivant de l'Union européenne
  • "Nous faisons appel au patriotisme", a déclaré M. Lombard. "Il est clair que si une grande entreprise française acceptait d'ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains" dans les discussions

PARIS: Face aux droits de douane massifs annoncés par les Etats-Unis et les risques pour l'emploi en France, le ministre de l'Economie a appelé vendredi les entreprises françaises à faire preuve de "patriotisme", leur promettant un "accompagnement" pour affronter d'éventuelles turbulences économiques.

Les déclarations d'Eric Lombard sur BFMTV/RMC interviennent au lendemain de celles du président Emmanuel Macron appelant à suspendre les investissements outre-Atlantique, dans le cadre d'une riposte européenne qu'il souhaite "proportionnée" afin de laisser sa chance à la négociation avec les Américains.

"Nous faisons appel au patriotisme", a déclaré M. Lombard. "Il est clair que si une grande entreprise française acceptait d'ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains" dans les discussions.

Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis, et de 20% pour celles arrivant de l'Union européenne, faisant dégringoler les marchés financiers et suscitant des représailles chinoises.

Emplois menacés 

Les entreprises françaises sont bien implantées aux Etats-Unis, où la France était le troisième investisseur européen et le cinquième investisseur étranger en 2023.

"La première inquiétude, (..) celle qui doit nous alerter, c'est pour les producteurs français, pour les entreprises qui produisent et exportent aux Etats-Unis", a déclaré le Premier ministre François Bayrou, avertissant que des "dizaines de milliers d'emplois (étaient) menacés" dans le domaine agricole, viticole et des spiritueux.

Pour Eric Lombard, la riposte européenne doit être "proportionnée" et "nous conduire à la table de négociation", laquelle se fait "d'égal à égal", l'économie européenne étant une "des plus puissantes du monde" avec un marché intérieur de 450 millions de consommateurs.

"Nous avons tout à fait les moyens de négocier (...) pour obtenir un désarmement (des mesures annoncées, NDLR) le plus rapidement possible. Le dialogue se poursuit en permanence", a-t-il ajouté.

Il a averti qu'une riposte pourrait aller "au-delà des droits de douane", évoquant normes, échange de données ou outils fiscaux, afin de ne pas "désorganiser l'échelle de valeur en Europe".

"La riposte peut être très vigoureuse et il ne faut pas qu'on riposte exactement avec les mêmes armes parce que si on fait comme les Etats-Unis (...), on va avoir aussi un effet négatif en Europe", avec inflation et baisse de la croissance, a-t-il souligné.

Alors que se prépare le budget pour 2026 dans un contexte très contraint pour les finances publiques, le gouvernement redoute aussi un nouveau coup de frein à la croissance, déjà pénalisée par les fortes incertitudes internationales.

En cas d'accord négocié, "on peut encore avoir une année (...) de croissance, certes modérée mais positive", a estimé Eric Lombard. En cas d'escalade de la guerre commerciale, "on sera (...) dans une autre situation, beaucoup plus difficile".

Déficit malmené?

La Banque de France a déjà abaissé de 0,2 point à 0,7% sa prévision de croissance pour 2025 et le gouvernement pourrait prochainement suivre le mouvement, possiblement le 15 avril lors d'une conférence sur les finances publiques.

Une détérioration de l'économie entraînerait aussi le risque pour la France de manquer son objectif de ramener le déficit public à 5,4% du produit intérieur brut en 2025, contre 5,8% en 2024, a laissé entendre le ministre.

Et il a exclu un "coup de rabot supplémentaire (sur) la dépense publique" après un effort budgétaire d'une cinquantaine de milliards d'euros cette année.

L'objectif de réduction du déficit est toutefois maintenu, a ensuite précisé son ministère.

Pour prémunir les entreprises exportatrices face au "risque réel" de perturbation économique, Eric Lombard leur a promis un "accompagnement" par le ministère, avec notamment des échanges réguliers, à l'instar de la réunion jeudi à l'Elysée avec les filières les plus exposées, comme l'aéronautique, la viticulture ou les cosmétiques.

La banque publique d'investissement Bpifrance est mobilisée. "Mais je demande aussi à l'ensemble des réseaux bancaires d'être très attentifs dans le suivi de ces entreprises, dans ce moment où notre économie peut être en fragilité", a-t-il expliqué.

Le groupe bancaire BPCE et ses réseaux Banque Populaire, Caisse d'Epargne et Natixis se sont dits "particulièrement attentifs à accompagner" les entreprises clientes.

 


La France et Israël veulent éviter que l'Iran se dote de l'arme nucléaire 

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (à gauche), s'entretient avec le ministre grec des Affaires étrangères, Georgios Gerapetritis (à droite), avant le début d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord en session des ministres des Affaires étrangères avec les partenaires indo-pacifiques, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée, au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 3 avril 2025. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (à gauche), s'entretient avec le ministre grec des Affaires étrangères, Georgios Gerapetritis (à droite), avant le début d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord en session des ministres des Affaires étrangères avec les partenaires indo-pacifiques, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée, au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 3 avril 2025. (AFP)
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  • Le ministre israélien, qui a rencontré dans la matinée son homologue français Jean-Noël Barrot, a souligné que l'Iran était une menace pour toute la région et pas seulement pour Israël
  • Dans ce contexte, Israël a des discussions avec la France et le Royaume Uni et "un dialogue plus intense" avec les Etats-Unis

PARIS: La France et Israël ont pour "objectif commun de ne pas laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire", a déclaré jeudi le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar lors d'une conférence de presse à Paris.

Le ministre israélien, qui a rencontré dans la matinée son homologue français Jean-Noël Barrot, a souligné que l'Iran était une menace pour toute la région et pas seulement pour Israël. Dans ce contexte, Israël a des discussions avec la France et le Royaume Uni et "un dialogue plus intense" avec les Etats-Unis.

Interrogé sur l'imminence d'un conflit direct avec l'Iran, Gideon Saar ne s'est toutefois pas prononcé. "Nous n'excluons pas la voie diplomatique", a-t-il dit. Les Iraniens "ont clairement indiqué qu'ils étaient prêts à une négociation indirecte avec les Etats-Unis et je ne serais pas surpris si cette négociation commençait", a-t-il dit.

Mercredi, le chef de la diplomatie française avait estimé que si les négociations sur le programme nucléaire iranien venaient à échouer, "une confrontation militaire" serait "presque inévitable".

L'inquiétude monte alors que les discussions semblent dans l'impasse et que la fenêtre pour négocier un nouveau traité avec Téhéran doit se refermer à l'automne.

"Il y a a une coopération entre l'Iran, le Hezbollah (libanais) et le Hamas (palestinien). Et nous ne laisserons pas faire les activités terroristes de là-bas contre Israël et nos civils", a par ailleurs dénoncé Gideon Saar.

Sur la reprise des opérations militaires meurtrières à Gaza, il a martelé que l'objectif israélien était d'anéantir toute menace du groupe islamiste palestinien Hamas.

Il a en outre assuré que son gouvernement était "engagé à faire libérer tous les otages". Il a balayé l'idée que celui-ci "sacrifiait" les otages, soulignant que les autorités rencontraient les familles des otages constamment et qu'elles ne portaient pas toutes le même point de vue sur la politique menée à Gaza.

Le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, a accusé mardi le Premier ministre Benjamin Netanyahu de "sacrifier" les captifs à Gaza en ordonnant des frappes intenses sur le territoire palestinien.

La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Concernant le Liban, où Israël a frappé à deux reprises la banlieue sud de Beyrouth en dépit du fragile cessez-le-feu conclu il y a 4 mois, M. Saar a affirmé que son pays souhaitait la stabilité au Liban, mais ne laisserait pas le mouvement pro-iranien Hezbollah "se réarmer".

"Nous souhaitons normaliser nos relations avec le Liban", a-t-il assuré. "C'est peut-être prématuré du point de vue libanais", a-t-il dit, tout en faisant part de début de négociations "sur certaines problématiques". "Nous avons une équipe qui négocie sur (...) les différends à la frontière", a-t-il dit.

Gideon Saar a par ailleurs annoncé avoir invité le ministre français en Israël, assurant avoir "un dialogue continu" avec les autorités françaises. Et la visite de M. Barrot pourrait avoir lieu "prochainement".